DISCOURS EN VERS
Tout être qui naît j meurt ; nous le savons trop bien ! Mais son commencement| nul de. nous n'en sait rien ! Le premier grain de blë qui parut sur la terre , Comme le premier homme j est pour nous un mystère ! Tout principe se cache au sein de l'Éternel; Son germe est hors<lu temps , où tout devient mortel; £t captif dans ce temps j quoi que l'homme imagine , Il ignore de tout la première origine!
En sait-il mieux la fin? Non ; mais l'homme comprend Que lui, dernier venu , s'il est au premier rang, C'est qu'un progrès moral est la loi de ce monde; Et que , de plus en plus de la matière immonde Si l'âme en lui s'épure , il se pourrait qu'enfin Il entrevit un jour, son principe et sa fin !
Mais quoi! sans successeur comme il est sans ancêtres ^ L'homme est-il au sommet de Féchelle des êtres? Nul autre être à venir h'aura-t-il , pour appui , Quelque échelon de plus entre le Gel et lui? Le sien , qu'il croit si haut ,. en est si loin encore ! Voit-il de là le Vrai , dont l'instinct le dévore ?
Mais j hélas ! en dépit de quelle obscurité ! . . . S'en plaint-il?..... On lui dit que sur la vérité Dieu veut, du doute en lui , maintenir l'équilibre ; Que s'il en savait plus , il en serait moins libre; Et lorsque , dans Je doute, à la fin accepté y Son esprit , las d'erreurs , s'arrête rebuté ,, On l'en accuse ! On veut que surtout il redoute , . Comme une impiété , sa fatigue et ce doute I
Oui , s'il retend sur Dieu ! si , rebelle à ses lois , Dans l'instinct qui nous parle il méconnaît sa voix : L'instinct d'un Dieu vivant , l'instinct d'une autre vie , Et celui de l'amour des siens , de la Patrie , Du Bien y du Beau y du Vrai; d'un bonheur dont le cours Naît de l'accord heureux de ces divers amours , Lorsqu'en nous la raison en règle l'harmonie. Cette foi 9 du chrétien est la philosophie
Mais croire , est-ce élre sur? Et le plus ferme espoir Peut-il se dire, enfin , que croire c'est savoir?
Mystère de la mort , quand sur ton noir abime y D'un monde à l'autre , en nous, plane un instinct sublime, Cet instinct nous dit-il ce que sont devenus Compagne j amis , parents , avant nous disparus ? Hélas ! non : il n'ajoute à l'espoir qu'il fait naître Qu'un peut-être de plus à tant d'aulres peut-être !
Ainsi Dieu l'a voulu ! Mais ce sublime instinct , Dans le fond de notre âme en est- il moins empreint? Quel fait est moins douteux ? Quelle terrestre étude De son savoir acquis a plus de certitude ? Contre ce grand espoir qu'on se révolte ou non , Il est l'homme ! et sans lui l'homme perdrait son nom ! C'est à lui seul qu'il doit ses divines croyances ! Ne lui comparons pas nos terrestres sciences ! Ah ! de l'astre du jour l'éclat matériel Vaut-il cette lueur qui vient d'un autre Ciel ?'
472 CROIBE ET SAVOIR.