A CICÉRON
OTWM CUM DtGNlTATE. (Marcus TuUius QceroO
Oui, Marcus^ des vieux ans le repos respecté Jamais d'un trop grand prix ne peut être acheté. Mais quelle ambition, de sa gloire repue , Croit jamais du repos que Theure soit venue? Vois combien peu d'auteurs , d'orateurs, de héros, . Acceptent les loisirs de ce noble repos , Et de leurs noms , inscrits au Temple^ de Mémoire , Se contentent , chez eux , de ruminer la gloire ! Eh! qui sait mieux que toi, que dès qu'on a goûté Au breuvage enchanteur de la célébrité , On veut puiser sans cesse à sa source enivrante? I/âge ne tarit pas cette soif, il l'augmente; Et jaloux , au présent , de lui-même au passé , «Tusqu'à son dernier jour veut s'être surpassé! Vains élans ! au-dessous de lui-même il retombe , Et n'aura de repos que celui de la tombe.
Cependant, ôMarcus! un vieillard, ton égal (i), Echappe , de nos jours, à ce destin fatal ; Sa foi Ta préservé des vanités du doute ; L'Evangile est sa loi , la seule qu'il redoute ; C'est l'homme du devoir, partout l'homme de bien , Qu'il soit premier ministre ou simple citoyen. Nul autre, autant que lui, c'est sa gloire première, Dans la nuit du passé n'a porté ]a lumière ; Mais, plus qu'historien, à l'Histoire à venir Bientôt il sut dicter un plus grand souvenir : Elle dira comment sa puissante éloquence Longtemps de nos partis contint la violence; Comment de nos Clodius , de nos Catilina , L'audace devant lui fléchir et recula.
S'il n'eut point d'un Verres à flétrir l'avarice , Mieux que toi , son exemple a combattu ce vice : Quand , huit ans au Pouvoir s'étant pu maintenir. Pauvre on l'y vit entrer, pauvre on l'en vit sortir, Mais riche d'une gloire au-dessus de la tienne , Gloire que rend à Dieu l'austère Foi Chrétienne Que tu ne connus pas , et dont le ferme appui Lui donne ce repos que l'on respecte en lui !
(i) M. Guizot