JUI
Exemple fâcheux ! mais .sans qompamison avec celui qu'ont laissé ces écrivains , ces orateurs politiques, et même ces guerriers si positivistes^
qui, n'appréciant qu'à la valeur d'un effet de commerce leur renommée , trafiquèrent de leurs
coups d'épée , de plume ou de langue , comme
des marchands de leurs marchandises!
D'autre part, l'avenir verra-t-il , moins que le passé :
De ces mondains demi-dévots qui , selon leurs succès ou leurs revers, leur bonne ou 'mauvaise santé , prennent , quittent et reprennent Dieu : plus inconstants avec leur Créateur qu'ils n'oseraient l'être avec leur parti , leurs amis , ou leurs maîtresses?' •
Comme aussi de ces vieillards moribonds, sans force pour vivre ni mourir, s'itritant , voulant qu'on les plaigne de ce que la vie est viagèi^e, et si surpris d'être arrivés où ils allaient depuis si longtemps?
Comme encore de ces dangereux conseillers d^actions mauvaises, traitant de peurs lâches nos scrupules, qui sont peurs en effet, mais de braves peurs, ne l'étant pas d'au t ru i, mais de soi-même ?
8 SOUVENIRS Et RÊVERIES
Comme enfin de ces excellents amis, toujours prêts, pour se consoler de vos maux ou de vos revers , à vous les reprocher comme des fautes qu'ils se croient trop avisés pour commettre eux-inêmes , jusqu'à ce que de semblables malheurs , les frappant à leur tour, les rendent plus indulgents ou plus justes ?
Sans oublier ces autres amis de pire espèce, qui , pour s'excuser de ne point venir à votre aide, vous déclarent incurable et inexcusable dans vos infortunes !
Cet avenir saura-t-il mieux que nous :
Lorsque, voulant foire le mal, on trouve si facile la pratique de sa théorie , pourquoi, *lorsqu'on veut faire le bien , c'est presque toujours tout le contraire ?
Pourquoi l'innocence, si forte au dedans de nous contre l'injustice , est si faible contre elle au dehors de nous , et pourquoi Dieu la protège moins qu'il ne la venge?
Pourquoi , quand le confbrt et le luxe même se généralisent autant, l'homme, déplus ei^ plus
esclave dé tant de choses et de lui-même, ne veut plus rêtre de personne?
Pourquoi ce qui est cru le plus généralement est ce qui semble le plus incroyable, comme la croyance de tant de mortels à l'immortalité , si ce n'est par une raison semblable à celle qui fait que les axiomes se montrent et ne se démontrent pas?
Nos arrière-neveux verront-ils , plus que leurs aïeux :
Le jouir tenir les promesses du désir, et le salut celles du péril ?
Leurs mémoires les plus naïfs avouer des fautes dont ils ne crpiraient pas tout le monde coupable on du moins capable ?
Ia foule admirer moins ce qu'eUe craint,, et résister plus aux caresses d'une main qui peut l'écraser? ^
Le caractère de Washington devewr plus vraisemblable dans l'histoire que celui de ,Gi:andisson dans les romi^s ?
Le peuplier, qui ne porte ni fruits , ni abri, ni
ombrage 9 ne plus être le symbole dé notre liberté ?
Leurs chefs sauront-ils , plus que les nôtres , faire aimer la guerre aux peuples , et la paix aux gens de guerre ?
Auront-ils, plus que nous, de ces hommes qui, s'élançant hors de la foule , se posent et se maintiennent en exemple au-dessus d'elle? G^ens rares ! en ce qu'ils forcent en eux , ainsi, notre commune nature : l'homme étant fait pour vivre en troupe, et l'exemple isolant celui qui le donne ;
Non vraiment; et, qomme nous, ils verront encore :
Toute ambition, même la plus satisfaite en apparence j être , en secret , toujours plus ou moins rouée sur la rouç de sa fortune ;
L'ambitieux à tout prix ne mépriser autant les hommes que pour s'autoriser à en mépriser les
justes mépi^is ;
Les guerres, celles de partis surtout ^ et les plus cruelles, n'être souvent que des combats entre deux. peurs, où le vainqueur n'est que celui qui a su le mieux dissimuler la sienne ;
liCa gens de bruit y être toujours lesi moins à
craindre : ces prétendus foudres de guerre procédant au contraire de la vraie foudre, qui frappe avant de gronder, tandis qu'eux grondent avant d'attaquer, pour effrayer, espérant qu'on n'osera pas se défendre ;
Les parents , encourager souvent comme une qualité , ou s'efforcer de corriger comme un défaut dans leur enfant ce qui , tout au contraire, sera blâmé ou loué dans ce même enfant devenu homme ;
Bien des gens se tromper parfois , de même , en jugeant Irop vite de la nature de l'homme d'après celle de l'action qu'il a commise; l'iine
pouvant être bonne quoique l'autre ait été mauvaise : témoin , entre autres , ce maréchal X***, qu'à tel âge et dans telle position la passion aveugla et égara jusqu'à l'avilissement , et qu'ensuite cette même passion, dans une autre position et âge, a éclairé et relevé jusqu'au faîte d'une gloite la plus noblement acquise ;
Sans compter cette autre erreur dans nos jugements sur de certains homnies , que le^ point d'honneur a transformés jusqu'à les faire: vivre eil dépit d'etix-mêmes au gré dé l'opinion d'au-
It SOUVENIRS ET RÊVERIES
trui. Tel X***, cet autre guerrier, réputé de nature si brave, quand, tout au contraire, il était intérieurement accessible à toutes les peurs; mais celle de passer pour lâche, ayant dominé les autres, força nature en lui jusqu'à le faire croire et lé rendre même téméraire.
Demain , comme hier, sera-t-il moins vrai :
Qu'il ne faut pas dire indiscrètement aux gens : Soyez naturel ! de peur de s'adresser à une mauvaise nature ?
Qu'il faut rendre vertueux par habitude , de peur qu'on ne le soit pas naturellement; et, nonobstant, croire que nos cours de philosophie seraient fort insuffisants s'ils n'avaient pour succursales nos Cours d'Assises?
Que la raison a trop souvent tort quand , de ce qu'elle irrite s'irritant, elle devient injurieuse et conséquemment moins convaincante; la raison étant si calme de sa nature, qu'elle n'est plus reconnaissable en nous dès qu'elle s'irrite?
Que l'excellent adage, dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es, n'est pourtant pas d'une
application si absolue , qu'à le prendre au rebours on n'ait quelquefois raison : ainsi voit-on les orgueilleux, les susceptibles, les irascibles, se heurtant entre eux , fuir en autrui leur propre défaut; en sorte que de ceux-là, c'est dis-moi qui tu ne hantes pas et je te dirai qui tu es , qu'il faudrait dire? D'où vient, aussi, que l'égoïsme en autrui nous est plus ou moins odieux selon le degré de notre propre égoïsme ;
Que souvent on se sacrifie aux autres dans sa jeunesse , et plus souvent les autres dans sa vieillesse, comme on l'avait fait dans son enfance, finissant ainsi par l'égoîsme, comme on avait commencé?
Que beaucoup de nous- oht dans leur vie le souvenir d'un jour de bonheur plus vif, d'un succès plus saillant , d'un point enfin plus brillant que tous les autres, qu'ils s'efforcent en vain de reproduire tout pareil, bien surpris qu'ils sont de leur impuissance ; comme s'il était si facile de retrouver, en soi et hors de soi, cet
ensemble de circonstances dont l'accord seul a pu produire ces rares éclairs de bonheut ou
d'illustration qui, pendant le reste de notre vie, nous rendent jaloux de nous-mêmes ?
Mes contemporains ! serons-nous aussi les derniers à remarquer :
Que dans une démocratie, où tout s'ose tant et à'use si vite, tous pouvant parvenir à tout et tout y être mis en question , l'homme de bien n'est plus guère que celui qui a du bien, et que , le plus souvent, on n'y devient l'un qu'en devenant l'autre?
Que le commun des esprits ne conçoit guère la possibilité des grandes choses quand elles sont à faire,. ni leur difficulté quand elles sont faites?
Qu'en toute grande entreprise, beaucoup d'esprit avec peu de caractère avortera , tandis que plus de caractère avec moins d'esprit réussira?
Que le plus difficile n'est point de savoir quand on doit ou l'on peut commencer ces entreprises, mais quand on y doit s'arrêter?
Que, chez les ambitieux , les moyens qui mon-
D'UN OGTOGËNAIRE. 16
trent le but n'y conduisent guère, et qu'on le manque souvent en voulant trop tôt paraître ce qu'on veut être ?
Que presque jamais l'orgueil n'enfante le succès, qui, presque toujours, enfante l'orgueil, lequel gâte le succès?
Que , quelle que soit la renommée de l'homme dont . le nom est donné à un siècle ou à une époque , c'est l'époque qui fait l'homme et non l'homme son époque; qu'elle le domine quand il croit la dominer; qu'il s'annule à se laisser devancer par elle, et se perd à vouloir aller plus loin ou plus vite qu'elle ?
Qu'on ne se sauve guèjfe d'un danger présent que par un danger à venir, qu'on soit homme ou peuple ; mais que , quel que soit ce danger, le
salut pour un chef est dans ce qu'il y a de plus haut , et non dans ce qu'il y a de plus bas en lui : c'est-à-dire, dans son cœur, sa tête ou ses bras , et non dans ses jambes ?
Qu'un Roi, dans une Démocratie surtout, n'est vraiment Roi que lorsque c'est lui-même qui s'est fait Roi ; et qu'au contraire , s'il reçoit de ses sujets sa royauté , il devient le plus sujet de
tous ceux qui l'ont créé Roi ; ces créateurs* là ne pouvant s'accoutumer à respecter leur créature, ni même à supporter qu'elle ne leur soit pas respectueuse et obéissante ?
Qu'enfin, dans toute révolution populaire, c'est bien moins tel gouvernement qu'on a abattu ,que le pouvoir gouvernemental lui-même; en sorte que les chefs du parti vainqueur ne sont guère plus victorieux , après leur victoire , que le vaincu chassé de ce pouvoir qu'ils ont détruit pour s'en emparer ?
Mais c'est assez montrer que toute vérité est applicable à tous les temps, et que tout ce qu'on a vu se re verra. Osons donc croire que les souvenirs et les rêveries d'un octogénaire pourront être de quelque intérêt et utilité pour l'avenir. Peu importe l'ordre dans lequel ils se présenteront ; mais , puisque nous venons de parler de nos temps révolutionnaires, commençons par quelques observations sur l'esprit de parti qui nous divise.
DE l'esprit de parti.
L'esprit de parti manque si souvent d'esprit,
que ce nom ne lui convient guère. C'est une
passion : il en a la violence et l'aveuglement.
C'est au point qu'il ne s'aperçoit pas que le
Pouvoir, cet objet de tous ses vœux , il le détruit
en s'acharnant à l'insulter dans ses rivaux qui
en sont ré vêtus; en sorte que, lorsqu'à son
tour il parvient à s'en saisir, il n'en retrouve
plus que l'ombre, et si déconsidéré, si avili,
qu'il ne sait plus comment s'en servir et le conserver.
D'où, l'on pourrait conclure que , tel que la véritable mère dans le jugement de Salomon, l'homme de parti véritablement digne du pouvoir serait celui qui saurait le respecter jusque dans la main même du rival heureux qui le lui aurait arraché. i-*.*
18 SOLYEMBS ET RÊVERIES
Bien aveugle est le parti vaincu qui ne souhaite que revers à son vainqueur, quand au contraire c'est bien plutôt des succès que, dans Tintérét de sa haine , il devrait lui souhaiter, tant le bonheur gâte ! Ce qui est si vrai , que le plus dangereux ennemi du victorieux, c'est sa victoire I ces vainqueurs n'étant jamais mieux ni plus promptement vaincus que par eux-mêmes.
Vaincu, laisse donc faire à ton vainqueur I Espère en la> facilite de sa marche ascendante ^ au lieu de t'en désespérer : plus en sera rapide l'élévation , moins en sera longue la durée; car toute fortune humaine a son sommet, qu'elle ne dépasse jamais sans se perdre , et que l'orgueil de l'avoir atteint l'entraîne toujours à dépasser.
Si l'esprit de parti, malgré sa violence habituelle, est respectable, c'est parce qu'il représente une opinion ou une conviction , ce qui est toujours fort à considérer. Mais dépouillez-le de tout alliage impur d'intérêt privé , soit cupide, soit vaniteux, soit ambitieux, et vous verrez
D'UN OCTOGÉNAIRE. Id
que , de ces convictibns si fîères , . il reste trop souv«at peu de icbose à respecter. •
Et tal effet, par quel singulier hasard tant de gens sont-ils d'opinion aristocratique ou égalt" taire ^ sliivant qu'ils sont nobles ou plébéiens? et tant de propriétaires partisans de l'ordre à tout prix , comme, du mouvement à tous risques, tant de prolétaires?
Pourquoi , quand le courtisan s'indigne contre tout contrôle du Pouvoir qu'il sert , comme d'une hostilité factieuse, voit-on le journaliste si persuadé que la liberté de la presse est une panacée universelle , et l'orateur politique toujours si convaincu de l'excellence du gouvernement parlementaire ?
Que l'esprit de parti nous pardonne donc de manquer quelquefois de respect à ses diverses convictions, et de nous en excuser par l'exemple de Sganarellé avec son orfèvre monsieur Josse.
X*** est connu , c'est un personnage. Homme de parti, tout le monde sait qu'il déteste le gouvernement actuel Or, chaque soir X*** rentre
chez lui tout ravi d'aise d'avoir trouvé tout le monde si bien de son avis, que chaque lendemain matin il se réveille fort surpris de se retrouver encore sous ce même gouvernement. « Pourtant, s'écrie- t-il, je n'en puis douter, le a mécontentement est uniyersel : toutes les « voix, même celles que nourrit ce gouverne- « ment, sont d'accord pour en médire! » — Eh! oui vraiment, lui pourrait répondre un observateur, elles sont d'accord pour en médire , mais devant vous, mais sachant à qui elles parlent, chacun, en France, aimant, avant tout, à plaire à son interlocuteur ; avec tout autre , il en eût été tout autrement. Que votre mécontent esprit de parti ne prenne donc pas trop au sérieux ces complaisances, et pas plus aussi cette autre disposition de notre société si vaine et si légère , où chacun est bien plus enclin au blâme qu'à la Ibuange : louer étant reconnaître en autrui une supériorité, tandis que blâmer, c'est, aux dépens d'autrui, s'^n reconnaître une à soi-même , ce qui satisfait la vanité, mais n'a guère ici d'autres conséquences.
D'UK OCTOGENAIRE. 2f
Uomi3(ie$. de parti, à vos attachements, à vos convictions noblement fidèles, demeurez-vous républicains Sfous la monarchie , royalistes sous la république, ou partisans dévoués d'une dynastie déchue Sious une autre dynastie sa rivale heureuse, quelque honorable que soit la fermeté de votre esprit de parti vaincu , croyezmoi , si vous voulez rester bon parent, ami sûr, et bon citoyen , défiez-vous-en !
Vous vous récriez? Mais regardez-y bien ; ceci est un examen de conscience. Mentalement donc, quand vous VQUS croyez si bon citoyen en ne voulant être que spectateur d'un fait accompli Gcmtre votre gré , dites-moi , ne Têtes-vous , bénévole ou malévole, que selon l'intérêt seul de votre pays? Et, par exemple, que le gouvernement nouveau, votre vainqueur, mène à bien les affaires, votre esprit de parti vaincu l'a-t-il désiré? en conyient-il? s'en applaudit-il? ou plutôt, dans son désappointement > n'en conte$te-t-il pas l'évidence? et, s'irritant de la joie publique, ne s'en trouve-t-il pas dépité?
Que , tout au contraire , ce gouvernement commette des fautes : loin de les avoir souhaitées et
22 SOUVENIRS ET RËYËRIÇS
dé s'en réjouir, votre esprit de parti est-il assez patriote pour s'en affliger? Et quaiad votre voix s'élève et les blâme, est-ce ponr redi:çsser pes fautes, pour en prévenir d'autres? N'est-ce pas plutôt pour les exagérer, pour les proclamer, pour eh triompher même , malgré les maux qu'en souffre votre pays?
D'autre part encore, d'où vient que dans^ votre société habituelle, qu'au ^ein de votre propre famille, on voit tant de vives amitiés refroidie*, de doux sentiments transformés en dissentiments amers ^ d'aimables entretiens, changés ea, querelles violentes, enfin, héla^! tant de liens ^ jusque-là si chers, ou relâchés, ou même rompws? Or dites-moi, votre esprit de parti vaincu seraitil ^snialgré son amertume , assez étranger à^d'aussi cruels déqhirements ,: comme à ces vœux âicontraires au bien public , pour que vous puissiexvous récrier encore autant ?» quand je v^us demande, non d'en changer,'^ais de vous en dé-' fier, si vous voulesç rester bon pavent,, janii sûr» et bon citoyen? ms: « i »; ... ,
Vaines paroles!. Bien loin d'pcouter la voix qui leur parle ainsi, ces hommes du parti vaincu , dans l'orgueil de leuj:' fidélité et l'irritation de leur défaite, se saisissent, contre le parti vainqueur, et surtout contre ceux qui s'y rattachent , de l'arme outrageante du mépris, la seule,. il est vrai, qui d'abord leur reste. Mais que gagnent*ils à s'arpoger ainsi le droit d'insulter pour venger leur cause, sinon de faire de ceux qu'ils outragent d'irréconciliables ennemis à cette cause? .
Observateurs impartiaux , vous qui recherchez, avant tout et partout , le bien et le vrai , évitez ces inj5ulteurs ! vous les reconnaîtrez :
A leur haine si aveugle, qu'ils croient tfue chaque jour est le dernier jour du pouvoir qui les offusque, ou tout au moins la veille de sa chute;
Comme aussi à leurs nouvelles désastreuses de chaque matin, reconnues fausses chaque soir : désAppointement qui ne les empêche pas de recommencer le lendemain ;
Comme encore à leur esprit de parti si violent , que toute arme leur est bonne, jusqu'à la ca-
U SOUVENIRS ET RÊVEHIES
lomniie, et tout allié bon, jusqu'à rennemi même du pays!
Vous les recoimaîtrez, surtout, à ces injurieuses et brutales épithètes dont ils qualifient leurs adversaires , s'imaginant ainsi les ravaler, quand eux-mêmes se dégradent , et se croyant des hommes d'État graves et sérieux, lorsque, perdant toute mesure , et sans respect d'antrui iâ d'eux-mêmes , ils s'abaissent jusqu'au langage trivial et grossier de la lie du peuple*
Est-ce à dire qu'en politique , n^l ne puisse êtreà mépriser? Non. sans doute; mais en ce cas, le sens moral , commun à tous , suffit pour faire justice, sans que l'esprit de parti ait besoin d'y rien ajou;ter.
JHors de là, et dans le gouvernement des hommes, qu'y a-t-ilde si certain, quoi de si absolu , pour qu'on n'y puisse supporter d'autre opinion que la sienne, ni admettre ' que les icirconstances et l'expériaice puissent modifiei^ <îes opinicms ? Gens sérieux de partis honnêtes^, dont les convictions politiques se cottiplicjuént de tant d'atlachemerttspersoïinels, d'intérêts privés, *d'engageiiieiits publics et d'amours-propreà si îrâS-
cibles, combattez-vous donc entre vous, obstinément, ardemment même, puisqu'il n'en peut être autrement; mais ne vous insultez pas , et n'oubliez pas, 'surtout, que le mépris est souvent la plus injtiste\ et toujours la plus grande des insultes!
Mais Tespirit de parti n'est-il donc que politique? Et sans oublier qu'on l'a vu jadis au cirque s'abaissdT' jusqu'à se faire cocher bleu ou vert, ou, plus récemment , musicien glukiste ou picciné^te^ ne se montre-t-il pas, surtout et sans cesse, depuis dix-huit siècles , sous la forme religieuse?
O profanation ! va-t-on s'écrier ; hé quoi ! cette foi toute céleste qui nous inspire , vous oseriez Ik compara? à l'opinion toute terrestre qui vous divisé?' '•?•-■-■•:•.
£t oui, sans doute , puisque entre vos diverses sectes, isi hostiles l'une à l'autre, comme entre nos divers ^partis , s'élève une comparable intolamciQe. C^te intolépance est même moins violienite;dan& res{»*it (je parjli politique,, de toute la différence qui ^;mt^ entre, l!0piujon. hurmaine ,
26 SOUVENIRS ET HËVERIES
qui , croyant ne parler qu'au nom de la raison , raisonne du moins , et votre foi , laquelle , prétendant toujours parler au nom de Dieu , s'impose , ne raisonne point , et défend de raisonner. Pourquoi donc n'oserait-on appeler cet esprit de secte esprit de parti? Ne se compose-t-il pas, pareillement, de convictions consciencieuses, il faut le croire, mais certes , sans plus et même avec encore moins de charité évangéliqtie! et cela, par Teffet d'un même amourpropre, et de mêmes ambitions ou intérêts, privés ou collectifs, toutes choses fort terrestres, qui, se mêlant à ces convictions religieuses, comme! à celles de la politique, ne les rendent guère plus respectables, et autorisent à leur donner cette même dénomination d'esprit de parti qui vous révolte. S'il y a là profanation, elle est dans le fait signalé , et non dans la voii! qui le signale ! '
Maintenant , pour en finir sur ce sujet, envisageons-le sous une autre fkce. Voyons si Ffesprit de parti , quand il triomphe! , est plus iattray^t,
plus patriote et moins aveugle dans l'orgueil du succès , qu'il ne Tétait dans le dépit et Tirritation de la défaite.
Remarquons d'abord que > dès lors , il ne se regarde plus comme un parti dans le pays , ni même comme mie partie du pî^ys, mais comme tout le pays, qu'en, effet, par ses chefs maîtres du pouvoir, il représente ; eja sorte que les autres partis, qu'il a abattus, sont désormais, à ses yeux, non-seulement ses ennemis, mais encore ceux du pays tout entier lui-même.
Oh! comine alors s'étonne et s'indigne, du langage hostile de ces vaincus, ce parti vainqueur, cet. heureuse du jour, oubliant qujs ce sont ses propres et mecaes sentiment?' de la veille qu'il retrouve dans ceux qu'il vient de remplacer, à ce pouvoir et qui le remplacent à leur tour dans toutes les amertumes delà décheÉ^nce! . .
De là ces odieux abus de sa puissance, détestables inspirations de sa colère , ou de sa peur bien pire encore! Mais ne supposons pas, malgré tant d'e:i^e^ples, . uijl au^i fatal, entraînement; admettons plutôt que le chef régnait de qe parti ^ miejiji^ ifispiré» ait le. bq^heup généreux, et qu'il
veuille, par la modération, feire aimer sa force.
Toutefois ce ne peut être qu'après avoir rassasié, et, autant qu'il se peut, avec les dépouilles des vaincus, l'ambitieuse ou cupide avidité de ses partisans : inévitable curée, toujours scandaleuse! par quoi gorgés enfin, et dans l'ivresse d'un aussi Bplendide festin, ces satisfaits ne voyent plus que du beau côté tous les actes du gouvernement qui le leur donne.
C'est surtout alors que, dans l'orgueil de leur importance , ils montrent , avec les ridicules des gens de coteries, des défauts plus graves, ne manquant pas de gâter les meilleurs actes de leur chef en les exaltant outre mesure, et d'empirer les plus mauvais en prétendant forcer le public à les approuver, lui reprochant toute critique comme uije malveillante et coupable hostilité, et bien plus, en réprouvant, en retranchant même de leur parti , comme transfuges , ceux des leurs , restés plus sages, qui s'efforcent d'éclairer leur aveuglement.
. Non! s'écrient-ils, blâmer c'est trahir! c'est se joindre à l'ennemi! D'ailleurs, puisque notre parti, c'est le pays, l'opinion publique vraie.
D'UN OCTOGÉNAIRE. 2î>
c'est la nôtre! et puisque nous soinmes satisfaits, le pays doit Têtre!
Cest ainsi que Tesprit de parti , quand il a le pouvoir, ne manqué jamais de gâter tout à la fois son chef ei sa cause.
D'où l'dn peut conclure que cet esprit , étant partout et toujours le même, n'est pas plus attrayant , plus patriote , ni moins aveugle dans les joies de son triomphe , qu*il ne l'était dans le idépit et tous les riiécompfes de la défaite.
S'il est vrai que chacun de nous porte en soi soh'pîus grand ennemi, cette vérité pour tout être jbris isolément, en est une aussi pour cet èité complexé qu'on appelle un parti :• être collectîf i dont les membres personnifiés daiis un
seul cïîéf , ou réunis par une même opinion et sous un niéme drapeau, ne forment plus ainsi qii une seule et mêméindi^^iduàhté. j i^it^f^l
Dans cette situation, et suivant Taxiome cidessus posé, l'ennemi souvent le plus à craindre pour un parti n'^est donc pas le parti contraire ; il est dans lui-ménie^ c'ést-à-dîre dans le chef
OU dans rôpinion qui le caractérise. C'est delui^ c'est d'elle, toujours passionnés, par la Iritte, que nous devons sans cesse nous défier; sans quoi nous subirions , tôt ou tard , les déceptions , les regrets, les remords même, suites trop fréquentes des emporteiiients de ce chef, ou des égarements de cette opinion.
D'oïl il suit qu'un homme prudent et réellement consciencieux ne sera jamais ce qu'on fippelle un homme de parti j ou que, si par accident il s'était fait tel , bientôt son libre arbitré , révolté d'une telle servitude, saurait ressaisir à propos son indépendance.
Pourtant, comme c'^tti l'âge où la vie enivre qu'il nous faut le plus souvent en décider l'emploi , et que c'est dès lors que nous nous engageons sous un chef ou dans un parti, ne croyons pas, quand ceux-ci. viennent à nous compromettre dans leurs erreurs , leurs excès et même dans leurs crimes , qu'il nous soit si facile de nous en séparer.
Non vraiment : car alors , que faire de tant de paroles données , ou publiquement prononcées > dont il faudra nous dédire? Comment effocer la
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méuioire de ces violences que déjà , sans doute , on a trop souvent dites , fuites ou approuvées , soit pour ne pas déplaire à cet être complexe dont on est membre , soit par ambition de s'en faire considérer comme le bras, le cœur ou la tête?
Comment encore oublier cette longue communauté de travaux, de combats et de périls, ces services rendus ou reçus, ces bienfaits jadis acceptés? Comment enfin, rompre avec tant d'attachements, d'intérêts matériels et moraux de toute nature , qui nous enchaînent à ce chef ou à ce parti si intimement, qu'une telle rupture ne peut s'accomplir sans laisser une part de soimême, dans un aussi pénible et si dangereux déchirement?
Quelque bien fondée et consciencieuse que puisse être une pareille détermination, les conséquences en sont toujours tellement graves, que si des règles de conduite à ce propos pouvaient être posées , leur utilité serait grande et incontestable.
La première dirait les raisons qui doivent décider à cette séparation ; puis , quel est le moment le plus opportun ou la meilleure occasion à
saisir pour Teffectuer, et le soin à prendre pour en bien signaler la cause. Heureux alors s'il se trouve que cette rupture éclate au milieu des triomphes et non des revers du chef ou du parti dont on se sépare!
La seconde indiquerait les précautions à prendre pour que cette défection ne puisse être attribuée à un esprit léger, à un cœur ingrat, à un caractère intéressé , et pour que rien en elle n'ait même la moindre apparence d'une trahison, ce qui est surtout à éviter.
La troisième. / Mais laissons à d'autres le soin d'un pareil travail , tant il est pénible , tant la situation dont il s'agit de sortir honorablement est délicate. Elle est si fâcheuse, qu'on en revient à s'écrier : Eh! qu'alliez- vous faire dans cette galère , dans ce parti ou avec ce chef auquel vous avez livré votre libre-arbitre, sans prévoir l'abus qu'un jour ou l'autre il en ferait infailliblement;' sans savoir que dans la carrière qu'il faut choisir pour servir son pays, s'il est déjà si difficile de se bien conduire isolément, c'est multiplier cette difficulté que de faire ainsi de soi un être multiple; et qu'enfin, entre
D'UN OCTOGÉNAIRE. Zt
la conscience de cet être collectif et celle d'un être isolé, il y a tant de différence, que jamais ces deux consciences ne peuvent entre elles s'accorder longtemps?
DE LA S]év£RlT£ DE l'oPINION PUBLIQUE POUR CEUX QUI CHANGENT DE PARTI.
Quel cas faisons-nous donc de Texpérience, quand le plus grand éloge que nous croyons pouvoir faire d'un homme public, c'est de dire de lui qu'il n'a jamais changé d'opinion ?
Qu'en morale cette invariabilité soit admirée, la morale n'étant pas une opinion , cela se com* prend. Mais en politique, lorsque sans cesse autour de nous tout change et se modifie ; quand, chaque jour, la pratique éclaire sur l'erreur des plus séduisantes théories, qu'une fixité invariable dans une première conviction , en dépit de l'expérience, nous soit un mérite, d'où vient cette anomalie?
Mais en est-ce une? Et ici l'adage f^ox Populiy Fox Dei n'est-il pas plus juste qu'on ne
pense, ces jugements du peuple sur ces esprits persévérants lui étant inspirés par un sentiment moral si universel, qu'il semble être venu d'en haut, et s'appliquant bien plus à la moralité du personnage qu'au mérite de son opinion? En «ffet, cette imperturbable fixité dans une opinion, même reconnue inapplicable, obtient surtout notre estime lorsque, frappée d'infortune, spn inflexibilité en prouve le courage , la sincérité et le désintéressement. D'où il vient que, même dans de certains grands criminels politiques, on la respecte dès qu'on les voit s'y sacrifier euxmêmes après lui avoir tout sacrifié ! Respect qui n'est mérité et obtenu que lorsque ces sacrifices ne peuvent être imputés à un intérêt personnel y 5oit d'amour-propre , soit d'ambition , ou à des engagements de parti qu'on n'ose rompre, alliage impur, dont presque toujours , il est vrai , la siniîérité de ces convictioijs si inflexibles est altérée. La difficulté de la question n'est donc point là; elle est dans le fait contraire, celui de la dé- <îonsidération dont reste frappé tout homme public, quand l'expérience des hommes et des choses l'a conduit à changer d'opinion, et en même
temps de parti, ce qui en est lia conséquence.
Quoi de plus naturel pourtant, déplus moral et logique qu'un tel changement? Pourquoi donc, quand on^en a reconnu l'opportunité et la sincérité , le personnage qui donne un exemple aussi honorable de bonne foi et de soumission à l'expérience n'en est-il pas moins déconsidéré , et cela , non-seulement aux yeux de la faction dont il est transfuge , mais même à ceux du parti plus sage dont il. est venu grossir les rangs ?
Ah! c'est qu'ici le f^ox Popîdi, Fox Dei s'applique encore, et que Dieu le veut ainsi! C'est qu'atout péché, s'il y a miséricorde, il y faut l'expiation! Expiation entre vous et Dieu seul, si votre maturité , repentante de Terreur de votre jeunesse, se retire en elle-même et s'y cache ainsi; mais, soit conscience plus militante, soit ambition , oserez-vous, en vous désavouant hautement vous-même , et portant vos talents d'un parti dans l'autre , prétendre réparer publiquement votre erreur publique, dès lors, à son expiation entre vous et Dieu, résignez-vous à ajouter celle qui vous viendra de la main des
as SOUVENIRS ET RÊVERIES
hommes : et d'abord , leur doute injurieux sur votre désintéressement dans ce changement d'opinion et de parti, dont vous recueillez les avantages; puis leur méfiance : ne pouvant s'empêcher de voir, sans cesse, deux- hommes en vous, celui du passé et celui du présent, se contredisant entre eux ; ce qui peut leur en faire craindre un troisième dans l'avenir, et ôte à vos paroles leur autorité. £n sorte, tant sont fatales nos erreurs premières , qu'à leur expiation devant les hommes tout le reste de notre vie suffit à peine, fût-elle même, désormais, invariablement irréprochable!
DE l'indifférence EN POLITIQUE.
Puisqu'à l'intolérance en religion éteinte dans le septicisme l'intolérance en politique a succédé, ne verra- t-on pas à cette autre intolérance succéder un autre scepticisme? Et l'homme, voyant
D'UN OCTOGÉNAIRE. Sf
la durée des diverses formes de gouvernement également impossible , après avoir réprouvé le gouvernement par le droit divin j ne croyant guère plus au droit humain^ ne deviendra-t-il pas aussi tolérant en politique qu'en religion, un égal scepticisme pour l'une comme pour l'autre l'ayant conduit à une même indifférence?
Cette indifférence aurait donc, ainsi que toutes choses, même les plus mauvaises, son bon côté : puisque entre nos partis, comme entre nos sectes, elle aurait détruit l'intolérance!
DE l'^GOÎSME COLLEGTIP.
Quand l'égoïsme dans tout être pris isolément est un si odieux défaut, d'où vient que dans ces êtres collectifs appelés nations il déplaît si peu , que les plus admirées sont toujours celles qui se montrent les plus égoïstes?
N'est-ce pas parce que les actes égoïstes d'une nation étant l'effet du dévouenjent à sa gloire ou à ses intérêts , de chacun des citoyens qui la composent, ce n'est nullement son égoisme collectif qu'on admire, mais tout au contraire ces abnégations individuelles si contraires à l'égoisme, et leurs résultats glorieux?
UN MAL-A-PROPOS SUR l'ÉGOÏSME.
ce Je me mets à son aise, » répondait ce matin un pauvre ouvrier à son camarade surpris de l'attitude fatigante qu'il avait prise pour porter son enfant malade.
• Le pauvre homme ne se doutait guère que cette réponse , faite si naïvement , était à la fois la plus touchante et la plus ingénieusement expressive qu'on pût entendre.
Je l'entendis, et, chemin faisant : «L'excellent
« homme! » m'écriai -je. Puis réfléchissant :* combien , me suis-je dit , dans cette réponse de six mots, l'emploi d'une lettre au lieu d*une autre, en change l'esprit et le sens : {son aise, au lieu de mon aise) ! Comme cette seule lettre nous révèle , au lieu d'une âme égoïste , un cœur aimant et dévoué! Qu'il est rare, qu'il est aimable de se mettre à Vaise de ses semblables , quand se mettre à son aise avec eux est si commun et si déplaisant !
Toutefois , ajoutons ici , au risque* de paraître quelque peu subtil , que sur la première et si aimable de ces deux manières d'être dans le monde , on se trompe assez souvent ; ce qui arrive quand celui qui se met à notre aise par mille petits soins officieux , ne nous les prodigue que pour séduire et se faire aimer. Pourquoi dès lors le préférer autant à celui qui se met avec nous trop à son aise , puisqu'il en diffère si peu en réalité? En effet, tous deux, dans leurs façons d'agir quoique fort diverses, n'ont-ils pas un même objet , celui de leur propre satisfaction ? Tous deui^ la cherchent, l'un en se sacrifiant plus ou moins les autres , et l'autre en se sacri-
fiant à eux , mais seulement en apparence , sans abnégation et non pour leur bien , mais pour le sien : pure coquetterie , laquelle on sait être , de tous nos penchants , le plus égoïste !
Ce ne sont donc là que deux égoismes , allant à un même but par des moyens différents; moyens que nous, public, de notre côté, nous jugeons être bons ou mauvais , seloh qu'ils plaisent où déplaisent à notre propre égoîsme. En sorte que dans ce cas, chez tous ainsi , juges et jugés, c'est l'égoïsme qui domine.
La réponse de notre bon ouvrier n'annonçait guère une telle conclusion ; mais elle en console en prouvant' qu'à cette règle assez générale d'égoîsme , il ne manque pas d'exceptions vraiment charitables. Et c'est l'immortel honneur de la morale évangélique , d'avoir fait de la charité le premier des devoirs de nos sociétés modernes !
D*UN OCTOGËNAIRE. 41
DE l'indulgence.
On sait assez qu'elle est si indispensable , que sans elle nul ne pourrait vivre en repos , ni dans sa société, ni dans sa famille, ni avec luimême.
Aussi ce monde fourmille-t-il d'indulgents, mais d'une indulgence qui n'a de cette vertu que l'apparence.
Et en effet , tels ne sont indulgents que par insouciance ou défaut de sens moral;
Tels autres, et c'est le plus grand nombre, par une paresse égoïste, ou par aveuglement, faiblesse , et lâcheté même ;
Tels encore par calcul : pour ne pas se condamner dans leurs pareils, ou pour s'autoriser dans leurs méfaits et qu'on leur passe ce qu'ils passent à d'autres.
L'indulgence chez l'orgueilleux n'est que dédain : c'est une offense.
Elle n'est, de même, qu'ambition à tout prix,
OU entraînement cupide, dans ces rapprochements si compromettants des uns avec ces factieux jusque-là tant combattus, et des autres avec ces industriels déhontés, dont ils avaient jusque-là tant méprisé les spéculations si scandaleuses.
Doit-on enfin voir une indulgence plus -vraie dans cette affluence de tant de gens du grand monde, et des plus fiers, chez ce riche parvenu si mal famé , mais seulement tant que ses salons leur offrent , chaque soir, tous les plaisirs réunis; et auquel ils tournent le dos si dédai-
gneusement, dès que sa vanité l'a fait retomber dans la misère?
Oii donc chercher la véritable indulgence, l'indulgence pure et désintéressée, qualité de haute lignée et de noble race , proche parente de la générosité , de la clémence et de la charité , puisque nous voyons ici qu'elle est si rare^ qu'on ne peut guère la trouver que chez ceux qui n'ont pas besoin d'elle.
D'UN OGTOGËMAIRE. 4»
DE l'exagération.
X*^* était si sujet à Texagération , qu'il en est
mort! il a si fort exagéré son mal à son médecin, qu'un remède, conforme à cette exagération,
vient de l'emporter !
Châtiment: sévère qui, s'il n'était si rare pour un défaut si commun en France aujourd'hui , la dépeuplerait infailliblement, tant elle renferme d'exagérateurs en tous genres, et surtout en littérature : gens que le besoin de plaire à un public blasé ou devenu trop nombreux pour être d'élite entraîne à outrer tout ce qu'ils touchent , sans aucun égard pour la vérité , ni même pour la vraisemblance.
Aussi est-il fort heureux pour le chiffre de notre population , que cette foule d'exagérateurs ne soient punis que dans leurs œuvres ; et que ce soient ces œuvres seulement, et non leurs auteurs , qu'on voie chaque jour, et en si grand nombre, mourir, comme le pauvre X***, de leurs exagérations