DES GRANDS HOMMES
On a pu remarquer, que si l'on voit as^ez souvent • dans le^ .familles , se perpétuer cj^s hommes grands « on n'y a iamais vu deux grands hommes se succéder de père en fils, et que même, plus un père a été grand, moins son fils a soutenu la gloire de son ancptre^ . .. ^ •
Suffîr^it-il , |)oui: s;expliq|ieiv ce.|ait,.,d^ypir obsçryé que daiius les enfapt^, quand la tête, siège de rintelligênce, est celle d'un fils, qt^ n'est point le père, mais plutôt la mère que sa ressemblance nous rappelle? Non vraiment, puisque cette règle a tant d'exceptions, qu'elle ne pçut . s'appliquer à un fait qiii n'en a poipt.
On scjrait donc bien plutôt porté à croire que si le fils d'un grand homme en diffère toujours autant, c'est que tenant à la fois de ses deux ascendants, il ne peut reproduire exclusivement l'un ou l'autre, mais qu'il doit être un composé du mélange de l'un et de l'autre, ce
qui en fait un troisième personnage fort dif-
férent.
Qui ne sait d'ailleurs à quel prix coûteux le grand homme achète la gloire ; combien elle est de ses passions la plus dominante , et que ses autres passions , s'il en a d'autres , n'ayant que les restes de celle-là , ne doivent guère rien produire qui lui ressemble.
A ces causes physiologiques de la non-hérédité du génie dans les familles, ajoutons que dans les fils d'un grand homme , la jouissance de réclat du nom (ju'il leur laisse ne doit guère les exciter à l'accroître encore. Jouir d'une chose et la 'désirer tout à la fois, cela est si rare; surtout quand ce doit être avec cette ardeur qu'on appelle \efeu sacré^ sans lequel on n'obtient jamais la gloire !
D'autre part, quel' grand homme n'impose chez lui, comme au dehors, l'ascendant de son génie dominateur ? ce qui dresse les siens à être sujets, bien plutôt qu'à devenir un jour maîtres à leur tour.
Répondra-t-on, que l'admiration qu'inspirent ses grands exemples doit entraîner, les enfants
surtout, à lesii^iter. Eh! qu'obtiendraient-ils de cet efifart, sinon ce faible et si pâle reflet de gloire, seul prix que tout ce qui. est imitî^tion puisse re;ïnporter?
Enfin , et sous un autre point de vue, puisque tout ce qui brille le plus en ce monde ne doit être regardé qu'à distance, et que l'astre du jour lui-même perd à être vu de trop près , pourquoi n'osçrait-on en dire autant de la gloire ? Ne se peut-il pas qu'un grand homme soit beaucoup
moins séduisant dans son laisser-aller en famille,
que dans sa pose héroïque à l'extérieur? En sorte qu'il ne serait pas plus un héros pour ses fils que pour son valet de chambre ; ce qui les porterait bien plutôt à différer de leur père qu'à vouloir lui ressembler,
. Mais quoi ! nous arrêter ici ? sur cette impiété filiale? Non : finissons plutôt en remarquant qu'il n'y a point de grand homme sans une grande circonstance dont il s'empare, se sert, et qu'il domine , ce qui fait sa gloire : gloire si expansive et si attractive, que les siens s'y troï;^veiJitj. entraînés et subjugués, plus encore qu^qses adversaires. D'où il suit que, plus la ce-
\^\ SOUYEKia^ BT RÊVERIES
lébrité d'un père a été grande, plus la source en étant épuisée , moins il est possible à ses fils, héritiers et soutiens de cette gloire , de s'en faire
une autre aussi grande^ qiii leur sbit propre:
Quand X*^*, l'orateur en vogue, nous dit qu'il se contente de ce que la France demeure informe et mutilée comme elle l'est depuis i8i5, pourvu que le gouvernement soit parlementaire; quand il déclare qu'il la trouve ainsi plus heureuse et glorieuse que si elle reconquérait ses frontières naturelles et légitimes à l'aide d'un gouvernement plus monarchique, ce qu'il dit et déclare en réalité, ce n'est pas seulement qu'il aime mieux , comme César, être le premier dans un village que. le second dans Rome; mais que Rome reste un village où il régnerait, plutôt
qu'elle ne devienne une grande et glorieuse. capitale où. il ne jouerait pa^ le premier, côle !
D'UN ^'CtOGEKAlKE.
Tel s'érjgÇ encx)re eu professeur de gouvernement d'un grand pays, qui, Tayant gouverne trois fois, en a, les deux premières fois et en quelques mois, compromis le gouvernement, et la troisième fois , en moins d'un jour, achevé la perte : ce qui ne l'empêche pas de s'étonner qu'pjQ. trouve un peu chères ses leçons d^ gouvernement !