THEORIE ET PRATIQUE
Piefrs de notre siècle libéral, nous le croyons supérieur à tous ceux qui l'ont précédé. Il a ses pto^tès , et de grands sans doute , mais convenons ijtfe pour deux des plus importants, c'est eh âiéôWë plus qu'^i pratique.
Depuis le trop fameux libéral Danton et le
1^ SOUVfiNltt^ Kt RÊVERIES
philosophe Père Duchesne, inventeurs, l'un, d'une liberté fondée sur la terreur, l'autre, d'un culte de la raison déifiée exclusif de tout autre culte, combien d'autres libéraux et librespenseurs , moins expéditifs il est vrai , ont assez abusé du grand mot de liberté politique ou philosophique pour qu'on puisse dire aujourd'hui : despote comme un libéral! intolérant comme un libre-penseur!
Voyez, en effet, avec quel arrogant dédain nos agitateurs libéraux traitent d'esprits serviles tous ceux qui osent croire qu'une liberté libre de tout frein est au moins aussi pernicieuse qu'un pouvoir libre de tout contrôle !
Voyez, de même, avec quelle pitié méprisante nos athées libres-penseurs traitent tous ceux qui pensent que la liberté de penser n'implique pas celle d'oser tout dire et tout écrire, jusqu'à ces pensées destructives de tout ordre dans les sociétés humaines !
Remettons donc, avant d'être si fiers pour notre siècle qui produit de tels libéraux, eft isuit de bouleversements successifs dont ils sont causé, jusqu'au jour oii , plus dignes de ces libeilséfi si
I>'l]N OCTOGÉNAIRE. 187
bktifaisanCies en theoFie, nous aurons du les Fendre , en pratique , moins malÊdsantes !
DES COMPXËS-RENPUS.
Le compte-rendu des interminables discussions de nos assemblées politiques ne pourrait-il pas le plus souvent s'analyser ainsi :
Le Gouvernement, au nom du bon ordre a dit : a Je suis là, et j'y veux rester! »
L'Opposition , au nom de la liberté , lui a répondu : « Ote-toi de là, pour que je m^ mette! »
l'abbé trente mille hommes.
Cet 'atibé ^ qui , toujours avec ce même chiffre (l'liQmtiie&^ g^^â t^^^ d^ batailles pendant la gtt^re de sept ans, sous Les marronniers dçs
Tiiil^fÂesf, »^t podmt iau^si moirt ({uîônrleFpense} ou, s'il est biert M wprt y qweHe|, postérité) \imt abbé qu'il étwti, ilrîilaissé*i.(V f * .j. tm^ n î » ^ Qn exi regontiait les s^pr^senliaiil^ > (pi;»s f cfe co meTOe j^rdifik, à kujjs long^ disQwrsr^tili prome^teixt tunC^de bqnhéurî.npn ph*^ à tpmte mille • seu|çB*âii , i mai» , à? ^tt^èfete: * il^u r t^m^ranfe milUonij d'âœ^s/|^ar la simule vertu «le i«ub g^4. vernCTaent parieto^njiiire* sousi fd^rme rrof^ale. ?
S'il y a quelque diffiérenee Qntjne»(eiwxiîet rla^iron abbé leur ancêtre, o'è^t que o^luiKîiv/:pluÂïdé+ sintéressé dans ses paroles, ne pouvait s'attendre à ce qu'on le mît à la tête de ses trente mille hommes, tandis que ses descendants espèrent bien que, les prenant au mot, on leur confiera le sort des 3o ou 4o millions de leurs concitoyens, auxquels ils promettent uft boph^uj?>i grand.
Un autre avantage qu'a sur eux notre abbé , c'est que s'il a eu des contradicteurs, ce que prouve le sobriquet qu'ils lui ont' domaine, eux aussi ont eu les leurs, et de beatjicoup inoiris plaisants. Ce sont trois faits >^ trois e3$e^ de! ce gouvernement parlemeataîjpe et démo^i^ti^w sous forme royale : cQuxdej79i, l8i4 eti^So,
B'UlS' OCTOGËKAîRE. 1«î>
essais'ldohtla durée n'a point ët^ aussi longue ni hmii prospère! qu'on s'y attendait.
En sorte que définitivement , dans cette comparaison y l'a^^ntage reste au bon abbé , dont Futopic' guerrière V non essayée', demeure intacte et entière ; tandis que èelle de ses descendants ^ Urois fois démentie par les faits , se trouve fort discréditée ; ce qui ne les empêche pas , après chaque chute , de reproduire leur utopie , n'osant en aborder une autre, plus franche, où le mot Royal serait supprimé.
UN HABIT DTE LABB^ SIEYES.
C'est tiri fait très-peu connu, qu'à l'époque du t8 fructidor 1 798, où recommença la Terreur, l'abbé Sièyes, d'extraction fort noble mais fort in^^eete^'Ct comme tel fort révolutionnaire, p^o|>o8a au Directoire le bannissement complet
IVO SOUVEMBS £J RfiV£Rl£S
de la Noblesse française tcmt entièce, imaunes, femmes et enfants , et qu'on refusa de rtécouter.
Cet ahbé régicide^ et si bilieux qu'on eût pu l'appeler l'abbe jaune, tant il arait le teint de cette couleur, dans son étonnement et son dépit dé ce refus , s'était écrié : « Les voilà bien ! je « leur offre un bon habit tout neuf, taillé en <c plein drap , et ils lui préfèrent un vieil habit « tout usé , fait de pièces et de morceaux 1 t>
Ce qu'il y avait là pourtant de plus surprenant, c'était sa surprise. Ce bel habit qui convenait si bien au bon abbé , c'était au directeur Barras qu'il le présentait, lequel était des plus nobles, ainsi que tant d'autres personnages du jour, tels que Cavaignac , Desaix, d'Hautpoul, etc., sans oublier le général en chef, Bonaparte lui-même.
Toutefois , ne nous étonnons pas tant de cette inadvertance de notre abbé ; elle est moins rare qu'on ne pense , sauf le mal à propos de sa métaphore. Car, si l'on ne voit personne d'assez insensé pour croire que son habit, parce qu'il lui va bien , doit aller de même à tout le monde, on voit sans cesse des chefs de famille
B'tm OCTOGÉNAÎBB. 10!
OU de gouvernement , en dépit de toute dissesn-» blance de vocation ou de caractère , de mœtrrs ou de situation, vouloir imposer, Tun, à ses fils, sa profession parce qu*il y a réussi ; Tautre, aux peuples ses voisins , la constitution de son propre peuple, parce qu'elle convient à celui-ci ; ce qui n'est pas moins insensé à propos de professions ou de constitutions qu'à propos d'habits.
Quand donc une Aristocratie insulaire, à la fois royale et parlementaire , cessera-t-elle de se proposer en modèle à des Démocraties continentales et égalitaires? Quand celles-ci s'apercevront-elles , de leur côté , que leurs vains efforts pour se calquer sur ce modèle ne peuvent aboutir qu'à les faire tourner sans cesse dans un cercle vicieux, tantôt de république et tantôt de dictature, jusqu'à leur chute dans une barbarie nouvelle et démagogique?
Mais que faire contre ce destin qui semble être inévitable? Espérons du moins qu'alors, si Dieu cette fois n'en a pas assez du genre humain , il renaîtra de ce chaos une troisième civilisation, supérieure à la seconde , comme aujourdTiui la
seconde est évidemment supérieure à la pre-
miere !
IN viNo Veritas!
C'était hier, sur la place de la Discorde {^Concorder veux-je dire) , que deux de nos célèbres orateurs et journalistes , dans leur éloquent entretien , se félicitaient du bonheur que la France leur devrait, quand, à force de libertés, son gouvernement serait si bien contrôlé, qu'enfin le peuple ou ses représentants seraient sans contrôle !
Ils en étaient là, quand un malencontreux homme ivre, en chancelant, vint tomber entre eux et les interrompre : ce Excusez ! balbutia-t-il « en se relevant avec peine; c'est qu'on m'a- « vait dit qu'un verre de vin doublerait mes € forces; j'en ai bu dix, et voilà que je ne puis
D'UN 0CTQ<;j51«îA^IKE. , 193
<ic plus nie' temr Sfuf œe&*j{|iill)es! Cela A'estnl (( pas bien singulier? »
C'est , mon ami , lui répondirent ces Mes-^ sieurs (sans remarquer l'analogie), que sou-
« vent on se trouve bien plus éloigné de son
(( but quand on Ta dépassé, que lorsqu'on n'a « point fait assez d'efforts pour l'atteindre. » Sur quoi notre orateur et notre journaliste, fort satisfaits de leur sage observation, rentrèrent chez eux pour ne- pas moins y écrire, IW lé diseèBrs , l'autre l'aîrticle nuxquek , dans ieiii^ «conversation si l:|rillantê, ils préluddi^ent saUBdpute, et dont ib avaient publia l'iatervuption. • ,
Nous avons d'excellentcss lois contre le vol , le meurtre et l'assassinat ; mais nous n'en ayons aucune contre celui qui, préconiserait publique* ment les voleurs, les meurtriers et les assassins. £n sorte qu'au nûlieud'une grande nation, assezmalheureuse pour avoir subi , deux ans entiers , le joug de la Terreur^ c'est-à-dire, celui du vol et:dn meurtre par le pire des assassinats , Tassas-
^inat juridique , on peut lire ou entendre , journellement, l'apothéose des scélérats qui lui imposèrent ce honteux et affreux r^ime !
Comment ne pas croire cette nation toujours à la veille de retomber sous ce. joug infâme, tant qu'une loi spéciale, la réhabilitant de ce déshonneur, n'aura point interdit d'aussi scandaleux, de si criminels éloges?
Conçoit-on qu'en i866 cette même nation n'ait point encore osé déclarer Jégislativement : Que préconiser devant elle des monstres, reconnus et jugés par elle coupables de cet amas de crimes qu'on appelle la Terreur, c*est en provoqjaer la récidive , s'en déclarer d'avance le complice, et mériter d'être chassé d'au milieu <l'elle?
P'LN OCTOGENAIRE. î^5
Eîi HAUT COM3fE EX BAS
MÊMEâ CAUSES. MEMES EFFETS !
Grands ou petits propriétaires , des villes ou des champs , avez-vous renvoyé un domestique pour un méfait quelconque? dès le lendemain, combien d'autres méfaits, que chaque jour commettait cet homme, vous découvrez, et dont jusque-là ceux qui vous entourent ne vous avaient pas avertis! Ils ont 'craint : Tun, le rôle de dénonciateur, où de se faire un ennemi ; Tautre , (Ju'on lui rendît la pareille ; un troisième, de n'être pas cru, ou de vous déplaire en troublant ainsi votre repos; et tous vous ont laissé dans l'ignorance sur ce qui se passait dans votre maison.
Etonnez- vous donc, après cela, que votre Prince, tout entouré qu'il est de ministres, de conseillers et de courtisans, ignore si souvent ce qui se passe dans son Empiré!
MDE^TOi , LE CIEL T'AWERJ!
Excellent adage , si le Gel n'était pas placé là, trop souvent, fort mal à propos!
Témoin ce bon Roi de Prusse , aidé de Bismark et non du Ciel , mais qui , trompé par ce proverbe, vient, si consciencieusement, de chanter un Te Deum en remercîment à Dieu de ravoir aidé à dépouiller brutalement ses voisins de leurs États pour les ajouter aux siensi
Car tels sont les hommes, qu'ils attribuent à Dieu touties leurs passions, l'en faisant complice, et le glorifiant même des succès les plus scandaleux qu'elles ont obtenus!
D'où l'on doit conclure qu'il serait bon de compléter ainsi le proverbe ci-dessus rappelé : ce Aide-toi y le Ciel,... ou l'Enfer^ t'aidera! » comme aussi de rectifier un autre dicton par cette remarque, que ce n'est pas Dieu qui a fait l'homme, mais l'homme qui fait Dieu à son image! Double rectification qui, toutefois,
n'empêchera point tout séducteur, tout joueur heureux , tout triomphateur enfin , dans Tenivrement d'un succès , q[uelque scandaleux qu'il soit, de chanter, comme ce bon Roi Prussien, son Te Deum !