‹ MélangesChapitre 36 sur 111 · NAPOLÉON EN · texte numérisé non relu

NAPOLÉON EN

C'est un devoir pour moi de consigner dans ces souvenirs le récit suivant, tel qu'il m'a été adressé par son auteur; il est d'une vérité incontestable; il montre jusqu'où pénétrait la Terreur en 1 794 , et que Napoléon , alors général de brigade, osait la braver, même en présence de Robespierre jeune, qu'il avait su rendre moins mauvais que son détestable frère :

« Le 3 septembre i84i, M. le général

M** de Laplace (i) , que j'avais Thonneur d'accompagner comme aide de camp, se rendait de Toulon à Entrevaux, oii rappelaient ses fonctions d'inspecteur général.

« Nous fîmes une courte halte au bourg de Gomps, entre Draguignan et Castellane, dans la pauvre et unique auberge du lieu* L'hôtelier, après avoir posé le déjeuner sur une vieille table assez grossière, s'en excusa en nous apprenant qu'elle avait servi au général Bonaparte, dans une circonstance dont il gardait précieusement le souvenir depuis son enfance.

ce Je n'avais guère que sept ans , nous dit-il , lorsqu'à la fin de 1798, ou au commencement de 1 794, le général Bonaparte passa par Comps, et y séjourna. Il avait récemment conquis son nouveau grade au siège de Toulon , et servait sous Dumerbion, commandant l'armée des Alpes. Les Représentants du peuple Robespierre jeune et Salicetti l'accompagnaient. Ils descendirent à la maison commune, d'oii le général Bonaparte vint commander leur dîner chez mon

(i) Général d'artillerie et fils du célèbre savant.

père y qui tenait alors la seule auberge du pays. 11 y tomba au milieu des apprêts de la noce de ma sœur aînée et de la réunion des deux familles. Un certain air de gêne et de tristesse y régnait. Cette singularité dans un pareil jour l'ayant frappé , il en demanda la cause. Mon père lui avoua qu'elle tenait au regret de ne pouvoir faire bénir par un prêtre l'union qui allait être contractée. « N'avez-vous donc ici « aucun ecclésiastique? dit le général. — Oh! ré- « pondit mon père , nous avons l'ancien curé, a qui n'est même pas bien loin ; mais le pauvre « homme se eache, et n'ose exercer son mice nistère, dans la crainte d'être dénoncé et a arrêté. — Eh bien ! reprit le général , faites- « lui dire que le général Bonaparte est ici ; qu'il « répond de sa sûreté; et qu'il l'invite à venir « consacrer le mariage de votre fille ! » Ce fat moi que mon père envoya à •la recherche du curé pour lui faire cette proposition; mais je ne rapportai d'abord qu'un refus, motivé sur le danger d'une telle démarche, à moins que le général Bonaparte ne consentît à l'y autoriser par une invitation de sa main et signée de

lui. Le général écrivit aussitôt, sûr la table où vous déjeunez maintenant , un sauf-conduit dans lequel , se portant garant de la sécurité de notre curé, il l'engageait à bannir toute inquiétude , et à se rendre aux vœux des deux familles. .

,« La céicémonie eut lieu en effet; le général y assista publiquement ; il accueillit ensuite la prière qui lui fut faite d'honorer de sa présence le repas de noces, accepta l'hospitalité de mon père , et repartit le lendemain , emportant les bénédictions de notre curé, nos vœux et notre reconnaissance !

« Les souvenirs du narrateur (dont le nom m'échappe) sur l'attitude que gardèrent les deux membres de la Convention en présence d'un acte alors si rare et aussi hardi étaient effacés ; mais ils étaient restés si nets et si précis sur le fait principal, et son récit était empreint d'un tel caractère de naïveté et de sincérité , qu'il m'a paru permis de lui accorder toute confiance.

« Paris, janvier 1847.

« Signé : L.Batbedat, chef d'escadron. »

Napoléon et Wellington.

L'histoire, quand un grand homme surtout en est le sujet, doit, pour être philosophique, être anecdolique. D'où il suit que, sous ce point de vue , la meilleure est souvent trompeuse, lorsque les témoins, autant que les pièces officielles, n'ont point été assez recherchés et judicieusement consultés. Consignons donc ici quelques particularités delà vie de Napoléon, depuis 1809 jusqu'à la fin de sa vie politique en 181 5.

On a dit qu'à son retour de Wagram, en 1809, la flatterie l'avait exalté. Oui peut-être; mais celle du seul flatteur auquel nul heureux n'échappe, et qu'on appelle le succès; succès bientôt, alors, couronné par son mariage avec une Archiduchesse ! Il n'eut point d'autre adulateur; non que sa Cour en manquât, mais, hors ses ministres , lesquels certes n'étaient point flatteurs, un seul excepté, qu'il n'écoutait pas, quel est celui qui aurait osé l'aborder sur ses affaires

d'administration, de guerre, ou de politique? Quant à ses entretiens littéraires ou scientifiques, combien de fois , au contraire, à ses levers ou couchers, n'avons-nous pas entendu et vu ses interlocuteurs , tels que le républicain Lemercier, Fontines, Monge, Laplace, etc., Finterrompre brusquement, pour le contredire? Inconvenance si patiemment supportée, qu'il ne semblait pas même s'en apercevoir.

Il est vrai que, à cette époque, on remarqua qu'enorgueilli de l'énorme accroissement d'une fortune à laquelle la règle commune ne lui semblait plus applicable, plus altier, il se gêna moins, exigea plus, et se laissa trop aller à exhaler, en paroles blessantes, ses mécontentements.

Il est encore trop vrai qu'alors, autour de lui, et même en lui, se formaient de funestes désaccords : d'une part, entre la multiplicité, l'étendue, les difficultés croissantes des affaires et ses moyens d'hommes et d'argent pour les surmonter; comme, d'autre part, entre ses forces physiques, de plus en plus affaiblies, et son ardeur ambitieuse , toujours grandissante. Il en résulta que, ne pouvant plus être présent par-

.^.Q S0UVET4IRS £T RÊVERIES

tout OÙ il eût fallu, il compta trop sur la toutepuissance de sa renommée , et lui laissa trop à faire ; qu*il la surchargea , démesurément et simultanément, d'un bout de l'Europe à l'autre, d'une responsabilité trop grande, la mettant à la place de ces principes étemels à l'observation desquels lui-même nous avait dit, tant de fois, qu'il la devait!

Tels furent les entraînements d'une trop grande fortune. Toutefois une part en doit être attribuée à cette gigantesque lutte du génie d'un homme contre le génie de tout un peuple ! du plus grand des dominateurs de la terre contre la plus grande des nations maritimes des temps modernes : querelle de géants, ou l'un s'empare de toutes les mers pour en chasser l'autre, et soudoyé l'Europe entière pour la soulever contre lui et l'en écraser; où celui-ci, domptant cette Europe sur tous ses Trônes, interdit toutes les terres à sa rivale , comme il a été <îhassé par elle de toutes les mers, et retourne contre elle les peuples qu'il s'est soumis, pour l'en accabler! Lutte de génies égaux en grandeur, mais inégaux en longévité de toute la différence existant

entre les quelques années viriles de la vie d'un houiine , et les siècles de durée de la vie d'un peuple , qui pourtant faillit y succomber J ' J'ai dit qu'une des causes de nos revers avait été, dès 1809, l'affaiblissement de la santé de Napoléon : mes mémoires en offrent plusieurs preuves incontestables. Les faits suivants , aussi certains, viennent à l'appui de cette observation. Évidemment, ses héroïques efforts en i8i4, les violentes et cruelles émotions de Fontainebleau, son audacieux , et d'abord si rude retour de l'île d'Elbe , avaient usé de plus en plus ses forces physiques. Le 21 mars 181 5, lendemain de son arrivée aux Tuileries, son épuisement, dont je fus témoin, était manifeste. Les jours suivants , ses ministres , Mollien entre autres , s'étonnèrent de le voir maintes fois vaincu par la fatigue d'un travail qui, jusque-là , l'avait toujours trouvé infatigable. Lui-même, dans les derniers jours qui précédèrent son départ pour Waterloo , dit à Davout et k mon père , « qu'il « n^ avait plus confiance dans sa fortune! » et ces paroles si tristes, l 'affaissement de sa contenance et de sa voix en les pronon^^nt, ne les confirmait que trop ! Quelques jours plus tard , à

Charleroi , le matin de la bataille de Fleuni», l'Empereur ayant fait appeler le général Reille, ce général, en le voyant, fiit saisi d'une surprise douloureuse. Il l'avait , me dit-il , trouvé assis près de la cheminée , dans un abattement profond , l'interrogeant languissamment, et paraissant écouter à peine ses réponses (i) : appesantissement auquel Reille attribuait l'inaction de l'un dé nos corps ce jour-là , et la longue et sanglante indécision de cette première bataille.

Quant à la seconde f celle de Waterloo , Turenne et Monthyon , général de division , souschef de l'état-major général, m'ont cent fois raconté que pendant ce combat, où se décidait son sort , il resta longtemps assis devant une table dressée sur ce champ funeste, et qu'ils virent plusieurs fois sa tête tomber de sommeil sur la carte déployée sous ses yeux appesantis.

Monthyon ajoutait que , la catastrophe accomplie , lui et le grand maréchal Bertrand ne purent faire achever à l'Empereur sa retraite vers Charleroi qu'en soutenant entre eux deux, sur son cheval, son corps affaissé et sa tête vacil-

(i) Ce qui confirme les souvenirs laissés sur la fin de cette journée par le maréchal Grouchy.

lante, vaincue par un fiévreux assoupissement.

Mais voici d'autres causes de ce grand désastre. La veille au matin, Napoléon, entendant passer sous ses fenêtres le second corps commandé par Reille, fit appeler à son déjeuner ce général. Pendant le repas il l'interpella sur ce qu'il pensa:it de l'armée anglaise, qu'il devait connaître, l'ayant souvent combattue. Reille répondit que, bien postée comme Wellington en avait l'habitude, et attaquée de fropt, il la regardait comme inexpugnable, en raison de la ténacité calme et de la supériorité de tir de son infanterie, supériorité telle, qu'avant de l'aborder à la baïonnette, on pouvait s'attendre à ce que la moitié des assaillants serait abattue; mais qu'elle était moins agile, moins souple et moins manœuvrière que la nôtre. Il en conclut qu'on ne devait donc es- , pérer vaincre cette armée qu'en manœuvrant. A quoi l'Empereur, soit que cet éloge des Anglais le contrariât , ou crainte de son effet sur les témoins, soit qu'il se flattât pour espérer, ne répliqua que par une exclamation d'incrédulité.

Mais Reille, de qui je tiens cette anecdote, n'avait que trop bien apprécié nos ennemis. En

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effet, c'est au calme tenace des Anglais et à la supériorité de tir de leurs fusiliers qu'il faut attribuer nos revers à Sainte-Euphémie, en Espagne, et à Waterloo, comme jadis, à Poitiers, Crécy et d'Azincourt, à l'habileté de leurs archers. Dans ces chocs, leurs chefs, toujours bien postés, comptèrent tellement sur cet avantage, qu'on les vit attendre notre attaque et recevoir plutôt que donner bataille.

Quant à cette bataille de Waterloo, voici ce que Reille me dit encore : « Le lendemain les deux armées étaient en présence; la nôtre, mal pourvue de vivres , mutilée par le double combat de

l'avant-veille , harassée des marches et bivouacs précédents, sbus une pluie diluvienne et dans une boue profonde; l'autre armée, au contraire, bien reposée, bien repue, fraîche, et fortement établie dans une position choisie d'avance. Nous commençâmes, et à ces désavantages s'ajoutèrent nos attaques , non-seulement de front, mais sans ensemble, sous des feux dominateurs. Toutefois , à la fin du jour, la lutte avait épuisé , autant que nous, nos adversaires; et si Grouchy fût alors arrivé sur leur flanc, comme Ta fait

Blûcher sur celui de TEmpereur, Tannée anglaise eût infailliblement éprouvé le sort qu'a subi la nôtre! »

Quelque mal que nous ait iait Wellington, Dieu me garde de penser qu'on puisse obtenir une renommée aussi grande sans les plus rares qualités d'espi'it, d'âme ou de caractère! Mais enfin la Fortune y met aussi la main , les deux même quelquefois. Or, quel regard impartial et calme ne les aperçoit pas ici, guidant, protégeant ce général depuis le début jusqu'à la fin de sa glorieuse carrière européenne ?

Voyez, dès son premier pas à Vimeyra, en 1808, cette Fortune le mettre au)^ prises, plus fort dé moitié , avec un général d'une bravoure incontestée y mais sans habitude du eomniandement, et qui vient briser son faible corps contre des positions et des feux inabordables.

A son second pas, celui d'Oporto, en 1809^ Wellington a cette fois contre lui un Maréchal renommé , mais avec dix-neuf mille hommes seulement contre trente mille Anglais, que cent mille insurgés secondent. Eh bien , ce n'est point assez encore : la Fortune veut que son adversaire, ail-

leurs si prudent , saisi d'un inconcevable accès de folie ambitieuse, se croie, en dépit des siens, élu Roi d'un pays entièrement soulevé contre sa présence ; qu'il oublie la guerre qui l'environne; et que , surpris tout à coup par elle , il soit forcé de fuir, dépouillé , désarmé , en laissant à Wellington , sans coup férir, l'honneur d'avoir une seconde fois affranchi le Portugal !

Bientôt ensuite vient Talavera , son troisième triomphe. Wellington , malgré ses instructions, s'est imprudemment aventuré jusque-là. Près d'y être environné et anéanti par trois corps français , il est forcé d'y abandonner, en blessés et en prisonniers , le quart de ses forces ; mais, par une faveur du sort, ce n'est qu'après y avoir repoussé l'attaque, sans ensemble et prématurée, d'un seul de nos trois corps ; en sorte qu'avant de fuir il a pu rester maître, vingt-quatre heures , du champ de bataille ; tout juste assez pour que l'honneur de cette journée augmente sa gloire!

On pourrait citer d'autres exemples des faveurs de la Fortune pour ce général ; faveurs , il est vrai, qu'il mérita puisqu'il sut en profi-

ter. Mais le fait le plus remarquable , celui qui semblerait indiquer qu'elle le prédestinait à ce fatal et dernier coup de Waterloo , c'est cette protection mystérieuse du Destin, qui, pendant huit ans, et jusqu'à ce cruel jour, l'avait préservé de rencontrer Napoléon sur tant d'autres • champs de bataille!

. En effet, lorsque Wellington, en 1808, est victorieux dans la Péninsule , voyez ce Destin l'en retirer quand Napoléon y arrive; et ne . l'y renvoyer qu'alors que Napoléonien sort pour ne plus y revenir, quoique, de 1809 a 181 2, nulle autre guerre ne l'en 'ait pourtant empêché! C'est seulement quand les désastres de Russie, de Leipsick et. de Fontainebleau ont presque détruit l'autorité , l'armée et la santé de Napoléon, que, pour la première et seule fois, la fortune de Wellington veut qu'il le rencontre ; et c'est pour le lui livrer, avec une armée improvisée à la hâte contre ses deux armées , que suivait l'Europe entière !

Dois-je enfin ajouter ici que cette Fortune , protectrice si constante de Wellington, après lui avoir si bien prçparé cette première , cette

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seule et si fatale rencontre avec Napoléon , n'a rien épargné pour lui en assurer le -triomphe , et qu'elle y a même employé surabondamment jusqu'à la trahison !

On connaît celles qui précédèrent la bataille. Quant à une autre moins connue, qui , pendant le combat, contribua peut-être à notre défaite, en voici le récit , tel que nous l'avoiis entendu de la bouche du général Alava , qui en fut témoin.

C'était à l'instant oii se préparait la grande

charge de cavalerie du maréchal Ney. « J'étais

« alors , nous dit Alava , à côté de Wellington, « arrêté dans un pli de terrain qui nous déro- « bait momentanément la vue du combat. Wcl- « lington , impatient de Blûcher, avait à la main <c sa montre , qu'à chaque niinute i 1 consultait ; <c quand , tout à coup , sur la hauteur qui nous « cachait l'ennemi, nous apparut, tout étince- « lant de l'or et de l'argent de son casque et de « sa cuirasse aux Fayons d'un soleil brillant, « que vous dirai-je ? un colosse , le Dieu Mars « lui-même , un magnifique ofBcier de carabi- « niers français I Dès qu'il aperçut Wellington :

<i Général, lui cria-t-il, le inaréchal ^oy , toute (d notre cavalerie vont vous assaillir! Préparez- « vous ! 3) Et comme Wellington voulait Tinler- « roger : « Croyez-moi , répliqua-t-il , vous n a- « vez pas un instant à perdre! » Wellington, « s'en étant convaincu par ses yeux , fit sur-le- « champ avancer son artillerie contre cette <i charge furieuse dont elle décida la défaite ! »

Le traître était D , un Français! d'une

taille en effet colossale...... Mais je n'achèverai

pas de le nommer, par égard pour sa famille , et parce que j'ai su qu'ensuite ce malheureux, jeune alors, et que l'esprit de parti avait égaré, s'est repenti !

Napoléon a Sainte -Hélène.

Je tiens d'Emmanuel de Las Cases, qu'au temps où avec son père il servait de secrétaire

à l'Empereur, à Sainte-Hélène, la correspondance de Napoléon avec l'Europe était transmise par des voyageurs anglais. Les uns cédaient à des offres d'argent; le plus grand nombre à une générosité honorable , et à leur admiration pour le captif de leur gouvernement !

L'un de ceux-ci, capitaine d'un bâtiment marchand, s'offrit même à favoriser l'évasion de l'Empereur. Cette évasion , telle qu'il la proposait, parut d'un succès probable et même facile. — «Je crois être présent encore à cette « scène de notre captivité , me dit Las Cases. (c L'Empereur était à demi couché sur un socc pha , le capitaine anglais assis en face de lui, ce et mon père, debout près d'eux, servant d'incc terprète. Sur la demande du capitaine, on con- « vint du sort qui serait assuré à ses officiers ; ce quant à lui-même, comme il n'en parlait pas, « ayant été interrogé sur ce point délicat par « l'ordre de Napoléon : — Rien ! répliqua-t-il ; « et cela avec une simplicité si nette et si ré- « solue, que l'Empereur, après un instant * de surprise silencieuse , voulut savoir quel

« mobile le poussait à s'exposer gratuitement (c au danger et aux suites , inévitables pour lui , « d'une entreprise aussi audacieuse. A cette a question fort embarrassante pour mon père à (( tourner convenablement , je vis tout à coup , « ajouta X<as Cases, ce capitaine, d'une taille peu « élevée , se redresser, se grandir, et s'écrier : « — Quoi ! gratuitement , Monsieur ! eh ! comp- (c tez-vous donc pour rien l'honneur de lier à «jamais mon nom à celui de Bonaparte? — « L'Empereur, à cette explication , ne répondit ce que par un léger sourire; après quoi il con- « gédia cet Anglais en lui faisant dire qu'il lui a demandait jusqu'au lendemain pour se dé- « cider.

ce La délibération , qui suivit aussitôt après , «dura environ trois heures. L'Empereur ré- (( sista à toutes les sollicitations de mon père. a Sa principale objection porta sur le lieu de « refuge qu'il faudrait choisir. En Europe, il « n'en existait aucun, trop évidemment! Quant • ce aux États-Unis d'Amérique , il répondit à plu- « sieurs reprises : ce Je n'y serais point reçu! » ' La fermeté de cette conviction- avait étonné

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le jeune Las Cases ; mais il assure que depuis la mort de Napoléon l'opinion de plusieurs membres du gouvernement américain, qu'il consulta sur ce sujet , s'y trouva conforme.

Croyons aussi que l'âge de l'Empereur, le mal dont il était atteint et l'impossibilité de faire désormais de sa liberté un usage digne d'une vie jusque-là si grande dans le bonheur et dans l'infortune , le décidèrent, sans doute, à préférer le sort qui lui avait été fait à celui qu'il aurait cherché à se faire encore.

Quoi qu'il en soit , le résultat de sa délibération fut que se résignant à rester captif, il refusa la liberté qu'on lui offrait!

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