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INSTITUTIONS

Nous sommes ,. comme notre climat ^ variables et excessifs dans nos variations. Moins qu'hpmT

mes la veille du i4 juillet 1789, et plus qu^hommes dès le lendemain , c'est-à-dire nous croyant tous devenus des hommes d'État , nous sommes si fiers d'être hommes que nous ne voulons plus être gouvernés par aucun homme, maïs uniquement par des institutions. Or, celles-ci ne pouvant avoir de vie et d'action qu'en étant faites hommes dans ceux chargés de les faire vivre et agir, il en résulte que tant valent ces hommes, tant valent ces institutions, et qu'eu fin de compte et de notre fierté , qu'ils soient monarques ou ministres responsables, ce sont toujours et bien plus en réalité des hommes que des institutions qui nous gouvernent !

S'il est vrai que la raison ait été donnée à l'homme pour rechercher quels ont été , dans les événements humains, les desseins de la Providence , certes jamais leur étude n'a pu donner un plus clair enseignement que celle de l'année i8o5.

lÉvidemment alors , Dieu n'a point voulu que le génie anglo-saxon, qu'il semble avoir créé

pour coloniser, christianiser et civiliser les deux nouveaux mondes , ait été enchaîné par le génie de Napoléon. Voilà pourquoi la plus grande des conceptions de notre Empereur, celle de de la Descente et l'admirable manœuvre de notre flotte vers les Antilles , pour y attirer Nelson , et revenir, celui-ci absent , nettoyer la Manche, a manqué au milieu de son succès, quand il n'y avait plus qu'à en profiter, notre Amiral, par peur de sa responsabilité , ayant osé désobéir à Napoléon !

C'est ainsi qu'en toutes choses, il se rencontre toujours , soit selon, soit malgré la volonté de l'homme, seule libre en lui, quelque accident qui les conforme tout naturellement et sans miracle à leur prédestination.

Mais enfin, si telle a été, jusques ici, la mission de la libérale , mais si égoïste et si aristocralique Angleterre, et l'une des causes de sa prospérité si dominante, ne doit-on pas croire aujourd'hui, à en juger parles progrès mêmes de cette mission, que le terme en est atteint, et que déjà, dans le vieux comme dans les deux nouveaux mondes , elle commence à pas-

ser en d'autres mains y destinées à la continuer plus évangéliquement , c'est-à-dire plus démocratiquement , et par conséquent même peutçtre, risquons le mot, plus républicainement?

Oui, républicainement! Oui, malgré nos mœurs encore aristocratiques et monarchiques, malgré même la diversité des climats , des caractères , et le partage de notre vieille Europe en plusieurs grandes nationalités rivales, à la fois guerrières et mercantiles !

Quoi ! dira-t-on , de grandes Républiques démocratiques, unitaires, et si voisines, qui ne s'entre-dévoreraient pas, ou qui, nécessairement militaires en raison de ce voisinage , resteraient des Républiques ! Quelle chimère ! Le passé ne montre-t-il pas l'impossibilité de cet avenir ?

Et pourquoi ne point oser concevoir la possibilité d'être de ce qui n'a point encore été? Savons-nous combien de difficultés peut vaincre le temps; si de nouvelles découvertes dans les moyens de destruction ne rendront pas un jour la guerre impossible; ou bien si le développement commercial et industriel, avec

tout ce qu'il crée de besoins nouveaux, de mœurs nouvelles, et de rapports internationaux, ne fera point de la paix une nécessité ' impérieuse et universelle ? Est-ce au milieu de tant de perfectionnements scientifiques et autres que Ton se découragerait? En quoi ce monde moderne et le monde antique se ressemblentils? Voyez en France oii, depuis trois quarts de siècle , tant de diverses formes de gouvernements n'ont été que des accidents révolutionnaires ou contre-révolutionnaires, quels progrès a faits, dans l'égalité , la légalité; cette légalité dont la toute-puissance dans le nouveau monde , en dépit même de la plus terrible des guerres civiles, nous offre chez la race anglo-saxonne un exemple si grand, si neuf et si séduisant!

Jugez-en par cet autre fait tout récent encore, lorsque tout à coup , dans un coin* sauvage de ce nouveau monde, Tor, en cailloux roulant sur la terre, brilla réellement comme , un siècle plus tôt, il avait brillé dans l'imagination du plus célèbre de nos poètes ; et qu'à cet éclat , toutes les avidités, se précipitant, peuplèrent,

soudaitaLemént ce désert des passions cupides les plus féroces.

L'observateur Européen, révolté de ce dégoûtant spectacle, en avait, depuis quelques mois à peine, détourné les yeux, que ses regards , rappelés sur cet enfer, ô surprise ! y retrouvent, au lieu de ce chaos de crimes, rÉtat démocratique et républicain le plus florissant, où régnent, avec Tordre et les lois,^ tous les bienfaits de la civilisation moderne!

Saisi d'étonnement , il demande quel Dictateur, quel Législateur à jamais célèbre , quel Numa, Solon ou Lycurgue, a pu improviser ce prodige! Mais plus surpris encore, il voit

que nul en particulier ne prétend à une re-

nommée pareille ; et que c'est ce Peuple tout entier, d'un commun accord, inspiré du génie anglo-saxon, celui de l'esprit d'association sous Fempire absolu de lois par lui librement votées, qui vient spontanément d'accomplir cette transformation si rapide et si miraculeuse!

Certes, jusqu'à présent, ce génie tout-puissant de la légalité dans l'égalité, n'a guère été le nôtre ; et nul» ne peut dire par combien d'épreuves

2Gi ^ SOUVENIRS ET RÊVERIES

nouvelles l'Europe passera encore, avant que son éducation lui rende possible de se Tassimiler. Mais n*est-il pas de toute évidence qu'aujourd'hui, chez elle, la marche &talement ascendante du principe égalitaire et démocratique la conduit à cette assimilation , sous peine de mort au milieu du plus effroyable des chaos?

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