‹ MélangesChapitre 4 sur 111 · CALCULATEUR · texte numérisé non relu

CALCULATEUR

L'esprit de conduite de X*** est d'une rare habileté. Il sait, à leur insu, foire vouloir aux siens tout ce qu'il veut , et marche , en les entraînant autour de lui, vers son but, comme Tastre au milieu de son système.

En 'toute affaire toujours maître de lui, et par là de beaucoup d'autres, leurs défauts ou qualités , leurs sentiments ou intérêts , sont pour' lui autant de touches au moyen desquelles, jouant sur eux comme sur un instrument, il parvient à en tirer tout ce qu'il lui plaît; en sorte que, dans tout ce qu'il entreprend, il réussit.

Mais son amour-propre satisfait semble ignorer que tout succès porte en lui le germe d'un revers : soit, qu'il attire l'envie , ou des inimitiés privées plus à craindre encore, ce qui est succès pour l'un, étant le plus souvent ppur

d'autres une défaite ; soit surtout parce que le succès rend orgueilleux, et l'orgueil, dédaigneux ; d'où il vient que notre bonheur offense , irrite , et nous place dans une .atmosphère hostile , prête , dès la première occasion favorable , à faire çxplosion.

Il est si rare qu'en nous l'esprit de conduite survive assez aux succès qu'il donne , pour nous les faire pardonner ; et si commun , tout au contraire, de le voir alors s'isoler dans l'orgueil de ses froids calculs !

Tel est X***, dont l'habileté inspire une estimé presque égale à celle que lui-même en a ; mais qu'on aime peu, parce qu'en lui, plus sensible à Tamour-propre qu'à l'amour, on sent trop le besoin de dominer, d'être admiré ou envié, et point assez celui de se faire aimer.

Vérité telle , que , s'il en était averti , X*** répondrait que (c peu lui importe ! » Mais qu'un jour ou l'autre, l'heureux de la veille ne soit plus celui du lendemain , et que X*** soit frappé dans ses affaires , sa famille ou sa santé , on le verra , ayant enfin besoin de sympathie et n'en

rencontrant guère , s'irriter à tort, ou regretter, avec raison, de s'être jusqu'alors montré, en cela^ si indifférent.

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