‹ MélangesChapitre 62 sur 111 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

BOURSAULT

Pourtant la censure est indispensable. Les Romains en avaient fait une magistrature. Sans la critique , sans les leçons qu'elle donne , saiton jusqu'où pourrait s'égarer le talent; et sans la crainte qu'elle inspire , ce que deviendraient les mœurs .^ Partout, et pour tout, il faut un contrôle.

BOILEAU

Et des contrôleurs! Mais c'est là que gît la difficulté. Mission dangereuse , et souvent bien ingrate, pour ne parler que des lettres et des mœurs ; car on lit pour se distraire , rarement pour s'instruire ; et la satire ne fait qu'ajouter la haine aux vices de ceux qu'elle attaque , en se faisant des ennemis sans rien corriger !

BOURSAULT

Des ennemis, qu'à leurs dépens vous forcez à rire

BOILEAU

Oui, mais en riant ils me montrent les dents,

BOURSAULT

* Eh ! que vous importe .^

Sft? BOILEAU ET BOURSAULT.

BOILBAU.

Hé, hé, c'est selon. Sans compter que, parmi ces mécontents , il m'arrive parfois de me rencontrer moi-même.

^OURSAULT.

Comment! vous repentiriez- vous de quelques jugements trop sévères?

BOILEAU

Mais oui J'avoue que quelquefois — ce métier de médire....

BOURSAULT

Bon ! Qui est-ce qui ne médit pas en littérature! Qu'est-ce, je vous prie, qu'un auteur comique, un fabuliste, un historien même, sinon des auteurs satiriques.^ Voyez Tacite, le plus renommé de tous , et pourquoi ? si ce n'est parce qu'il est le plus mordant.

BOILEAU

C'est me donner bien des complices !

Air:

Il est difficile d'écrire

Sans être plus ou moins mordant ;

L'éloge est même une satire!...

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