SCÈNE VIL m
Si chaque auteur en profitait , Qii trouverait-on à médire?
Vous en ôteriez tout sujet; Et voilà pourquoi je puis dire Que nul , plus que vous , en effet , N'est ennemi de la satire !
BOILEAU
Ah! Monsieur, que n'êtes-vous le curé de Montluçon, au lieu d'en être le receveur? Je ne prendrais pas d'autre directeur de ma conscience que vous! Il me serait impossible d'en trouver un plus rassurant! Peut-être même me tranquilliseriez-vous sur une autre crainte dont je suis souvent tourmenté, et que renouvelle en moi la vue de tant d'œuvres de génie qui occupent ce premier rayon. Horace! Virgile!
Homère ! O mes maîtres ! La postérité n'a point
trompé votre attente ! voilà vos œuvres ! Mais
vous-mêmes , qu'est-il resté de vous en ce monde
pour jouir de tant de renommée? (n tombe dans une profonde rfiverie.)
BOURSAULT
Quant à ceci, vous comprenez qu'un receveur des tailles étant sans prétention sur la
postérité, c'^st une question hors de sa compétence ; mais nul autre que vous , qui ^vez tant de rapports avec ces grands hommes , ne pourrait en décider.
BOILEAU
Air, ou plutôt stances à dire sans les cbaoter :
Noble instinct d'une âme immortelle 1 Amour d'une gloh*e à venir, Espoir de nous survivre en elle, Ne seriez-vous qu'un vain désir?
Nous trompez- vous? et quand notre âme A la grande âme va s'unir, De sa gloire oubliant la flamme En perd-elle le souvenir?
Gloire ! en ce lieu ta voix sonore Ne peut-elle nous parvenir?
Ne pouvons-nous l'entendre encore D'un monde à l'autre retentir î Hp quoi ! du Temple de Mémoire Homère en mourant aurait fui!
Et des trois mille ans de sa gloire Son âme n'aurait point joui !
Non^ non; quelque lieu qu'il liabite, Nps transports le disent assez ,