SCENE xvn
BOILEAT}, BODRSAULT, MIGNOT.
MIGNOT. le bonnet de trâven.
Monsieur me demande ?
49i BOILEAi; ÇT BQ.U^SAULT.
Ah! vqiis voilà donc, .]\([pnsieMi>! ^ous faite$de jolies choses!
MIGNOT. ,
Monsieur n'est pas content du dîner?
BOURSAULT
Il est détestable !
MIGNOT
Il y a des goûts si difficiles à contenter.
BOURSAULT
Maraud! voyez, goûtez cette soupe! quelle
amertume! Vous mériteriez que je vous la fasse
manger tout entière , avec ma provision de sel
que vous avez vidée dedans , sans aucun doute !
MIGNOT, regardant de travers Boileau.
Daine! Monsieur a la réputation d'aimer tant le sel.
BOURSAULT
Insolent!
BpILEAU.
Allons , je prends sa défense.. Il n'a pas tout à fait tort; chacun l'emploie à sa manière.
MIGNOT
Oui, oui. Monsieur; et surtout chacun son métier.
SCÈKE XVII.
C'est un plat du vôtre, je le reconnais.
MIGNOT
Monsieur est si connaisseur !
BOURSAULT
Comment ! vous osez ! . . .
BOILEAU
( A Boursauit. ) Ah ! VOUS , m'avcz promis de nç pas VOUS fâcher, (a Mignot. ) J'entends bien. C'est ici l'intention qui fait le mérite. Pourtant, d'une soupière faire une salière! N'eut-il pas mieux, valu que chaque chose restât à sa place ?
BOURSAULT
Et chaque personne aussi, entendez- vous , drôle ! Mais que direz-vous de ce ragoût , de ce poivre , de toute cette muscade que vous y avez fourrés.
MIGNOT
Ah ! pour la muscade , chacun sait que monsieur a dit qu'il en fallait mettre partout !
BOILEAU
C'est juste , mon cher hôte ; ne vous fâchez pas , c'est ma faute : il y avait double entente dans ce que j'ai écrit là-dessus.
420 BOILEàU et tlOUASAULT.
SIK3NOT.
Mai, Monsieur, je l'ai compris ainsi.
BOmcSAULT.
Pendard ! Et cette moiitarde qui m'a emporté la bouche?
MKÎNOT.
Est-ce qu'elle serait montée au nez de Monsieur?
BOILEAU
Au contraire , vous voyez bien que je ne feis qu'en, rire, (a Boursann.) Faites donc comme moi, mon cher hôte, (a iubbou} Qu'elle m'ait un peu pris à la gorge, j'en conviendrai.
MIGNOT
Cela me rappellera au souvenir de Monsieur.
BOURSAULT
Ah, c'en est trop ! Laissez ; laissez. . . . Non, tout cela est par trop inccmveiiant ! Sortez d'ici, misérable ! Dès ce moment vcfos n'êtes plus à mon«...
BOILEAU
Oh ! pour cela, nom, je m'y oppose* Ce serait un mauvais procédé envers moi, ^ vous n'es êtes pas capable.
SCfiKE XV H. ,.^
BOURSAULT
Mais comment vottlei-voas que cheit moi je souffre. • . . ?
Quoi! prendre cela au sérieux? s'en ikdiÊet? rébruiter? Songez-y donc ! Et si cela parvenait aux oreilles de Boursault, un auteur dramatique ! Quel sujet de comédie ! Soyez-en sûr, nous serions bientôt mis tous les trois en scène; il n'y manquerait pas ! Donnons-nous donc le beau rôle, et prenons cela gaiement.
BOtTRSAULT, Mntscyam.
Dans cette considération , et puisque vous le voulez absolument
BOILEAU
D'ailleurs , tenez , voici un troisième plat dont la mine appétissante va nous faire reprendre à tous notre assiette.
BOURSAtlLT..
Soit... (AMf^ot.) Donnez-en une à Monsieur... M'entendez-vous ?
MIGNQT y & part, en k Ctamant bnitalbnieDU
Va! va! si tu l'achèves, celui-là! si le cœur ne te manque pas , tu m'en diras des nouvelles !
♦ ? BOILEAU/BT 9QURSAULT.
]BJOilh^Ali ^ riant e^^^^v4^rwnt. sur. sa «Wslï. \
J'en étais sûr ! voilà la paix faite l,Qatp$^ gas 4eux premières œuvres , M- Mignot avait cédé à un premier nipuyement bien na^turel ; jmais , évidemment ici l'âpreté de sa colère s'est radoflcie complètement! il n'y a pas même mis de transition...
BOUBSAUJLT« .
Parbleu! je le croi^/^ieiji!, Quelle fadeur! quelle insipidité! cela porje au cœur! Et vous voulez que^... /
MIGHrOT. . .
Je me suis rappelé que Monsieur était malade et qu'un régime anodin.,.- .
BOUaSAUIiT*
Encore! Vous tairez-vous, insolent?
BOILEAU
Mais calmez-vous donc, prenez donc la chose du bon côté. Quant à moi, je n'y vois qu'un procédé délicat du seigneur Mignot : il a voulu m'épargner un repentir, et me justifier à mes propres yeux dans ce que j'avais peut-être avancé trop légèrement.
BOURSAULT , Jetant sa serviette et se levant ainsi que Boileau.
Fort bien ; mais il n'y a pas moyen d'achever