CHAPITRE IV
»C la médecine elle» le*, population*, arrieoinc*. de l’Alnérle.
La médecine est moins avancée que la chirurgie dans l’Afrique septentrionale, et il doit en être ainsi chez tous les peuples barbares. En effet, en chirurgie, on peut faire beaucoup avec des sens exercés, un peu d’art, de l’observation et une dose de raisonnement; tandis que la médecbi, partant des élémens acquis par l’observation et par l’eprcice des sens, a besoin, pour arriver à son but, de procédés plus délicate et plus difficiles du raisonnement, parce que, du fait brut à la conclusion, il y a souvent une longue série de déductions qui découlent les unes des autres. Or, les Arabes ne sont pas encore parvenus à cette période de l’éducation de l’intelligence humaine, dans laquelle un pareil travail de l’esprit est possible (1).
S I. — Syphilis (el tencHa). '
La syphilis exerce d’affreux ravages sur les habitans des villes et des douars ; dans certaines tribus, la moitié de la population est infectée ; lesenfans naissent syphiliüques ; adultes, ils vivent avec la syphilis, elle les accompagne dans leur vieillesse et ils descendent dans la tombe, après avoir créé des enfans voués comme leurs frères à une misérable existence. Quand les accidens ne sont pas bien graves, les Arabes s’en occupent peu; affectés de chancres et de gonorrhées, ils continuem quelquefois leurs rapporte avec les femmes, surtout dans les tribus arriérées et éloignées des villes; mais le mal devient souvent si intense, que la continence est forcément imposée, et que le marabout est appelé h délivrer des amulettes et des talismans.
Dans les villes du littoral et dans les grands centres de population de l’intérieur, le tébib dirige une médication souvent efficace contre la syphilis.
Le traitement arabique, (pii a pris racine dans ces derniers temps Montpellier et à Marseille, n’est autre que la méthode algérienne. Selon M. Jaumes, elle a été importée en France par un pharmacien espagnol. Elle comsiste en une diète sèche de trente à cinquante jours, laps pen-
(1) C’est à peu près l’opinion de Knrl Sprcngcl. Trad. .lonrdan ; t. i, p. 22.
lequel on ne donne au malade que des ligues sèches, des raisins secs, des amandes et des noix torréfiées. Le traitement est rarementemployé à cet état de simplicité; on soumet d’ordinaire en môme temps le malade à des boissons sudorifiques, et on excite la diaphorèse en étoulTant sous des amas de bournous et de couvertuures le patient couché immobile dans un coin de la tente. Dans quelques endroits, on lui fait mâcher de la mauvaise salsepareille de Portugal, ou bien on la lui donne en décoction.
^ Après un mois d’un pareil traitement, le sujet est très amaigri et d une extrême débilité, mais il reprend avec assez de rapidité. Les faits que nous avons recueillis tendent à établir que cette méthode, efficace contre les accldens consécutifs, échoue souvent contre les syphilis récentes : quand l’embonpoint renaît et que les forces reviennent, les symptômes reparaissent aussi.
Le virus syphilitique est au contraire radicalement expulsé de l’économie quand on accompagne le traitement arabique de l’ingestion d’un sel de mercure. Malheureusement, l’usage de ce précieux médicament est encore moins répandu que celui de la salsepareille. Quelques tébibs seulement l’emploient dans les principales villes. Ben Zergua nous a dit n’j avoir Jamais eu recours. Aussi, doit-on considérer comme une thérapeutique tout à fait exceptionnelle celle que M. Furnari a décrite en la généralisant. Cette méthode consiste à administrer conjointement les pilules mercurielles et l’opiat sudorifique dont voici la composition :
Pilules.
Mercure coulant \
Deuto-chlorure de mercure. . . /
fde chaque, 2 grammes.
Racine de pyrèthre l
Agaric J
Miel q. s.
Pulvériser les substances végétales ; diviser le mercure avec le sublimé, jusqu’à disparition des globules ; ajouter le miel ; diviser en pilules de 20 à 25 centigrammes, à prendre deux par jom\
Opiat sudorifique, 10 h 15 grammes par jour :
Salsepareille
Squine et Séné
Coquilles de noisettes torréfiées. . . .
Gérofle
Miel.
150 grammes.
Noils avons dit que les tébibs essaient de faire disparaître la gonor* rhée, en donnant de fortes doses de coloquinte. 11 nous reste a signaler un barbare préjugé : les Arabes croient qu’en cohabitant avec une négresse, on se débarrasse de son uréthrite qu’on passe à la malheureuse esclave, obligée de se soumettre h cet impur coït qui double le nombre des infectés.
Le pian est, selon MM. Guyon et Baudain* une affection conlmune dans l’Aurès, où elle sévit surtout sür la race noire. Les tébibs traitent comme la syphilis cette maladie qu’ils appellent douny ou mord-el-kébir. On sait, du reste, que plusieurs pathologistes considèrent le pian ou ffambœsia, comme une conséquence de la syphilis.
Les Arabes ne dirigent aucun traitement topique contre la dermathose tuberculeuse et ulcéreuse appelée el habba, affection que M, PoggioU a décrite dans sa thèse, comme spéciale au cercle de Biskra, mais qu’on rencontre dans beaucoup d’autres localités, notamment dans les environs de Tlemcen et dans le Maroc, où M. Cabasse l’a fi'équemment observée. El habba paraît, du reste, être le bouton d’alep. Elle atteint, à Biskra, Kabyles, Arabes et Européens.
S 11. — Impuissance et stérilité.
11 n’est pas de. médecm de l’armée d’Afrique qui n’ait été assailli, pour peu qu’il fréquentât les indigènes, par des hommes jeunes encore lui demandant des remèdes propres à les rendre aptes à satisfaire leurs désirs érotiques. Ces sollicitations répétées nous ont d’abord paru dénoter une haute dose de salacité ; mais, en y regardant de plus près, nous nous sommes aperçu qu’elles ont pour cause réelle un véritable affaiblissement prématuré des facultés génératrices, à un âge où le cœur est encore passionné et l’imagination ardente. Comme c’est à l’amoiu’ que les Musulmans demandent presque tous leurs plaisirs, on comprend leurs efforts pour remédier à leur caducité génitale anticipée.
Les aromatiques, le piment, et en génér al tous les condimens, sont employés dans ce but, mais les cantharides sont surtout en grand renom. On recherche avec avidité le précieux coléoptère, qui néanmoins est fort rare dans les tribus et même dans certaines villes. Ben-Zergua nous a assuré ne l’avoir jamais administré. Quand on sut chez les Beni-Suassen que notre ami Cabasse se servait de cantharides comme vésicant, il fut tellement tourmenté de demandes que sa provision passa presque tout entière par l’estomac des débauchés et des impuissans. Un nègre manqua mourir pour en avoir avalé 6 décigrammes en une seule fois.
Ua singulier procédé est employé à Tlemcen pour rendre les femmes fécondes. La femme est couchée par terre et une matrone lui met suite ventre un nouet de sel marin, dont les quatre angles s’épanouissent librement au sortir de la ligature qui retient le sel dans le sachet. On enflamme cette extrémité libre, et, quand le feu flambe, on applique sur le ventre une énorme ventouse, qui n’est autre chose, le plus souvent, qu’un grand pot à beurre. Le vide se fait, le ventre entre presque tout entier dans le vase, et la femme ne l essemble pas mal alors à une tortue dont les quatre appendices et la tête sortent seids de la carapace. Au lieu de déprimer avec la main un point restreint de l’abdomen, pour faire pénétrer l’air et tomber la ventouse, trois ou quatre matrones se mettent à tirer, souvent de toutes les forces, sur le pot à beurre, bousculant et ballotant la pauvre femme dont le corps suit les mouvemens imprimés à la gigantesque ventouse.
M. Catteloup,qui nous a communiqué ce fait curieux, pense que cette opération peut quelquefois produire un résultat avantageux, soit en congestionnant un utérus anémique et paresseux, soit en remédiant à sa rétroversion. 11 est bien entendu, au reste, que nous n’avons nulle envie d’introduire ce barbare procédé dans note thérapeutique.
§ 111. — nUirihéc et (iyssenteric (djeri).
Quelques tébibs se contentent de mettre des cataplasmes sur le ventre; d’autres prescrivent des opiats irritons; des poudres de gérolle, de poivre ; de la coloquinte et de la racine de turbith. Ce traitement substitutif est quelquefois suivi d’un succès qui ne doit pas nous étonner, puisqu’il est aujourd’hui hors de doute que le calomel uni à l’ipéca (et à l’opium dans quelques circonstances) , sont en général le médicament le plus héroïque contre les flux intestinaux, en Algérie. îdais le péril est près du bienfait, et comme les tébibs ne savent pas saisir les diverses indications, ils jettent souvent, par un traitement inopportun, le patient dans l’état le plus déplorable.
Un médicament fort en vogue chez les Arabes, c’est le dutura stramoniuniy solanée très abondante dans l’Afrique septentrionale. On emploie communément la décoction très concentrée, qu’on conserve dans des fioles bjen bouchées et dont on verse quelques gouttes dans la boisson du malade. Ben-Zergua donnait du daturaà]toussesdyssentériques, et M. Cabasse nous apprend que ce remède est vulgaire dans le Maroc. Le Koran défend l’opium (afion) aussi bien que le haschich.
Il est rare que l’Arabe atteint de dyssenterie s’astreigne à un régime ; il participe, quand il a faim au repas préparé pour sa famille ; il boit
quand il a soif. Tout son rdgiint; consiste donc, à pcoprcinent parler, h ne pas manger sans faim.
Néanmoins, dans les maladies du tube inlestinal accompagnées de maigreur, de débilité et de diflicultés dans la digestion gastrique et intestinale, on prépare du bouillon de poulet ou de pigeon, seule nourriture qu’il lui soit alors permis de prendre.
S tV. — Fièvres.
Sous les noms de seliema et bes'la, les Arabes comprennent les affections à marche rapide, dans lesquelles dominent les troubles des centres nerveux ; c’est donc un groupe complexe semblable au phrenilis, nom que les Grecs appliquaient à desaflections dissemblables par le fond, mais analogues par la physionomie de leurs symptômes. En général, pourtant, le selleinu et le begta par excellence des tébibs, c’est la fièvre pernicieuse dans laquelle le coma et l’excitation se monü-ent alternativement. Le dem-el-mitïa des Égyptiens nous semble, comme les deux dénominations algériennes, englober des allections que sépare notre cadre nosologique plus parfait ; ce n’est ni une inflammation cérébro-méningée exclusivement, ainsi que le pense Clot-Bey , ni une fièvre pernicieuse dans tous les cas, comme le voudrait Pugnet ; mais c’est tout cela à la fois.
Lorsque les symptômes du sellema et du begla se manifestent, les tébibs ordonnent pour boisson de l’huile et du sel (guyon), ou de l’eau vinaigrée ; quelques-uns font des aspersions froides, tous appüquent le feu à la nuque et au crâne.
Les fièvres intermittentes paludéennes sont appelées el-homma (1). Selon M. Deleau, la petite centaurée est le fébrifuge des Arabes ; nous savons d’autre source qu’ils emploient aussi diverses artémises.
Dans plusieurs camps où les lièvres paludéennes régnaient épidémiquement, nous avons vu les soldats se gorger tous les joms de tisane de petite centaurée, dans un but prophylactique et cm’atif. Les fièvres continuaient leur cours, malgré ce traitement, jusqu’à ce ([u’oii administrât du sulfate de quinine. Dans les fièvres d’Afrique, la petite
(2) Félix .lacquot. Recherches sur les causes des fièvres à quinquina en général, et en particulier sur les foyers qui leur donnent naissance en Algérie. Mcmoii e présenté à l’Académie iialionalc de médecine. Gazette médicale, 1818 ; et iirocliure in-8, cliez V. Masson.
Féiix Jacquot et Sonner. Mémoire sur les fièvres comateuses qui ont régné, en 1847, dans la subdivision de Tlemcen et notamment à Sehdou. ( Gaz. méd., 1849), et iirorimre in-8, (liez V. Masson.
Gcnlaui ée iie nous pai ait reconimandable que comme adjuvanl. Au moment où une note officielle, émanée du ministère de la guerre, tend à donner à cette plante un rôle d’une toute autre importance, il nous a semblé opportun de consigner le résultat de notre expérience.
Nous ne parlerons pas des amulettes destinées à guérir de la fièvre intermittente, ni des pratiques superstitieuses propres à chaque marabout et à chaque contrée. A Tlemcen, l’eau dans laquelle on a délayé de la terre du cimetière de Sidi-Daaudi, passe pour un breuvage des plus efficaces.
M. Glæzela vuun Arabe avoir recours à mi étrange moyen pour faire avorter un accès de lièvre dont les premiers frissons se faisaient déjà sentir. Il serra dans un Uèn le cou du patient, jusqu’à ce que celui-ci tombât par tetre, accablé par l’hypérémle cérébrale et en proie à une asphyxie commençante. L’opérateur ranima alors sa victime, en lui jetant de l’eau à la iigùrè et en lui imprimant des mouvemens brusques. L’accès avorta, mais il ftit plus fort les jours suivans.
SV. — Variole (djedri).
La variole fait tous les ans de nombreuses victimes parmi les populations algériennes. Dans les villes et dans les douars, on rencontre beaucoup d’individus borgnes, aveugles même, couverts de cicatrices et de coutures.
L’inoculation est connue des Arabes, mais ils la pratiquent rarement ; c’est entre le pouce et l’index qu’ils introduisent le pus pris sur un bouton varioleux.
Le tébib se contente habituellement, quand l’afifection s’est déclarée, de prescrire des onctions avec l’huile et le miel.
S VI. — Folie.
La folie est plus rare en Algérie qu’en France. Les fous sont considérés comme des inspirés, et leurs incohérentes paroles recueillies comme des oracles. Partout où ils entrent, ils trouvent asile et nourriture ; de peur de les contrarier, on se soumet à leurs bizarres fantaisies et on subit leurs longs et déraisonnables discours. Ils vaguent librement par les rues, les marchés, caravansérails ; et on les considère tellement comme des êtres privilégiés et saints, qu’on ne les soumet pas aux exigences de cette pudeur outrée qui caractérise les mœurs du Musulman ; loin de là, on les laisse se promener en plein jour et dans les quartiers les plus populeux, moins vêtus que les statues qui n’ont que la feuille de vigne. Nous avons vu des jeunes gens de dix-huit ans, et une fille à peu près du même âge.
|)arcuurir les rues dans celle coiiiplèle midllé. Nous nous sommes laissé dire que, dans certaines iribus, le l'ou ou la folle qui enlrenl sous une tenle el nianifeslenl quelque velléilé géniiale, ü’ouvenl une enlièrc complaisance ; salisfaire le désir de l’inspiré passe pour une œuvre méritoire aux yeux de la Divinité.
Nous nous étonnerons moins des croyances superstitieuses qui se rattachent à la folie dans l’Afrique septentrionale, quand nous les aurons rapprochées de l’idée qu’on se faisait autrefois de la lèpre. On regardait cette affection comme un sûr moyen de se mettre dans la voie du salut, et de devenir l’élu de Dieu. Saint-Louis, Henri III d’Angleterre, Robert I, lils de Hugues-Capet, etc., visitaient les maladi eries, soignaient les lépreux, baisaient leurs plaies sanieuses. Léon IX fit coucher un lépreux dans son lit ; les statuts des chevaliers de Saint-Lazare portaient qu’ils ne pouvaient choisir qu’un lépreux pour grand-maître, etc., etc.
S VII. — Accoucliemens (ouleda).
Le tébib n’intervient jamais dans les accouchemens ; les cas les plus difficiles sont abandonnés à d’ignorantes matrones.
La femme trouve un point d’appui dans une barre contre laquelle elle arcboute ses pieds, et dans une corde pendue au plafond de l’appartement ou au sommet de la tente ; elle s’y cramponne avec ses mains. Si le travail se fait trop lentement, la kabla (sage-femme) présente à la femme en couche un horrible breuvage composé des excrémens les plus fétides, et de lambeaux de charogne putréfiée (1) : à peine la coupe s’approche-t-elle des lèvres, que l’estomac se soulève, et que les muscles delà matrice se contractent syneiigiquement. D’autres fois, la matrone sefdace derrière la patiente assise, enlace ses bras avec les siens, et lui fait exécuter des mouvemens en avant et en arrière, puis elle lui masse le ventre avec violence, et monte quelquefois même dessus. M. Fumari parle d’une autre pratique non moins sauvage : un moulin à bras (2)
(1) 1.68 Romains employaient des moyens tont aussi def^utans; ainsi Dioscoride (chap. xxxvi) vante les punaises, comme excitant des nausées, dans la fièvre quarte ; PÛne, l’enéyclopédiste, indique également certains remèdes qu'on pourrait rappro- (•hèr des recettes arabes ( PUnt'ui se&unitis ihaj&r, lib. xx, c. fiî, 64. Lib. xii, c. 105, etc.I; Xénocrate d’Aplirodisée préconise les vertus médicamenteuses du sang de cliauve-souris, du cérumen, des déjections menstruelles, etc. ( Galenus. De facul. simpl. méd.; llb. vi et ix.)
(2) Soit deux pierres de 30 ecntim. è i>eu près de diamètre ( on les place l’une sur l’autre, de manière que la supérieure convexe s’enchasse dans l'Inférieure concave. Au centre de cette dernière est fixé un axe qui traverse la pierre supérteiire,
csl placé sur l’abdomen, on le charge de blé et on le l'ail mouvoir, espérant que son poids el les mouvemens saccadés de la irituraiion exciteront l’utérus. Souvent aussi les matrones entourent le corps de lir'icks pliés en forme de serviettes, et tirent dessus de manière à pousser la matrice en bas. La kabla titille aussi le col de la matrice avec l’indexpréalablement trempé dans une substance que nous n’avons pas pu nous faire indiquer.
On déchire le cordon et on abandonne à la nature l’expulsion de l’arrière-faix.
Les matrones, surtout les juives, entreprennent souvent de faire avorter les jeunes filles enceintes. Il est probable que les moyens réputés efficaces pour provoquer la contraction de la matrice chez les fenunes en couche , sont également employés dans le but d’amener l’expulsion prématurée du fœtus. On est persuadé, en Algérie, que trois ou quatre pincées de feuilles de henné, jetées dans un litre d’eau bouillante, sont un excellent abortif.
On sait que certaines peuplades sauvages, par suite d’idées singulières sur la beauté, ont l’étrange habitude de modifier le type naturel de leur race, en soumettant le crâne encore flexible des nouveau-nés à des pressions qui le déforment. Les Caraïbes surtout ont poussé cette aberration jusqu’à la cruauté. Les Arabes modernes n’en sont pas là, mais dans les familles nobles principalement, les mères pétrissent avec douceur la tête de leurs enfans,àl’aide de massages répétés chaque jour, de bas en haut, sur les joues et sur les tempes. Cette manœuvre, qui a pour but de perpétuer et même d’exagérer le type primitif delà nation arabe, a sa source dans le mépris que ces tribus nomades professent pour les Kabyles agriculteurs, leurs voisins et leurs rivaux sur la terre algérienne, peuples avec lesquels ils ne voudraient pas que des sbnilitudes pussent les faire confondre. Ces derniers , véritables autochtones , ont la tête globuleuse, et la section horizontale pratiquée à la base du crâne représente à peu près une circonférence. Chez les conquérons, au contraire, c’est-à-dire chez les Arabes, on observe une tête allongée, un front haut, quoique manquant de largeur ; les parties latérales sont déprimées, l’occiput est développé , et la section horizontale donne une ellipse à grand axe antéro-postérieur. Dans les familles patriciennes (djonad, chérif,
qu’on fait mouvoir autour de cet axe à l’aide d’un manche fiché sur les bords : tel est le moulin arabe.
Félix Jacquot et le commandai Topin, De la colonisation et de l’acclimatement en Algérie. In-8, chez V. Masson ; Paris, <849, p. 38. Et F. Jacquot, Gus. méd.de Paris, <838, page 684.
marabouts) on tient proditiieiiseuieni à al'lirlier, par la eontiguration d(* sa tête, la noblesse et la pureté de son origine, de même (pie, clie/. nous, on fait preuve d’extraction distinguée en montrant une petite main et un petit pied mignon.
Nous ne serions pas étonné que la eontiguration donnée artificiellement à la tête n’exagérât , par hérédité , le type naturel de la race, au physique comme au moral. Par ce dernier mot , nous faisons alliLsion à la prédoniinence des instincts sur l’intelligence, chez les Arabes. Or, on sait que les parties postérieures de la masse cérébrale, auxquelles les manœuvres dont il s’agit font une large place , sont précisément celles qui président aux déterminations instinctives.
S Vlll. — Affections nerveuses.
L’hystérie et les vapeurs sont beaucoup moins communes chez les Algériennes que chez les Européennes, La fréquentation du monde, les éfnotions, les spectacles, les passions doivent être rangés parmi les causes qui, chez nous, produisent souvent la mobilité nerveuse ; or, la femme n’est point sujette à ces influences en Afrique. Dans les tribus nomades, les rudes travaux qui remplissent ses jours ne laissent guère de temps aux égaremens de l’esprit ; dans la ville elle vit cloîtrée, étrangère au monde, tout entière à son mari, à sa famille, aux soins du ménage. Cependant, il n’est pas rare de rencontrer des Mauresques douées de passions irritables et vacillantes, et d’une impressionnabilité qui se réveille aux moindres stiraulans. Nous comparerions volontiers ces femmes à imagination ardente, et dont l’activité intellectuelle s’accumule faute d’occasions de dépense, à une muqueuse gastrique qui tombe dans l’éréthisme , et s’irrite par suite d’une diète trop prolongée ; et nos femmes du monde vaporeuses et tourmentées de spasmes, à cette même muqueuse irritée par des alimens trop copieux et trop sapides.
L’épilepsie ne s’observe guère que chez les filles publiques, qui passent d’une existence retirée à une vie agitée. Dans certaines villes , à Constantine par exemple, les femmes ont des fêtes de nuit, où, pareilles à nos convulsionnaires , les illuminées se livrent avec frénésie, au son d’une musique sauvage et à la lueur douteuse des lampes, à une danse furieuse et à des mouvemens désordonnés , jus(pi’à ce qu’épuisées elles tombent par terre. Une nouvelle femme remplace celle que la fatigue accable, et bientôt, sous les sombres galeries qui entourent la cour théâtre de la fête, une foule de frénétiques s’associent à la pantomime échevelée. Les filles épileptiques (Deleau) sont souvent conduites à ces séances comme à un salutaire exorcisme ; mais on prévoit que leur mal
empire , qiie leur attaque fait explosion , et que l’imitation propage la maladie.
S IX. — Affections cutanées.
La gale et la teigne sévissent sur un grand nombre d’individus, surtout dans l’enfance. Le moment de la puberté nous a paru amener souvent une modification très favorable , ou même faire entièrement cesser ces affections, pour peu que la tendance salutaire de la nature fut aidée par un essai de traitement.
Contre la gale, les tébibs emploient divers composés irritans, entre autres leur savon noir très alcalin, qui fait disparaître assez vite la ma^ ladie,
La teigne serait beaucoup plus grave et beaucoup plus tenace en Algérie, si les indigènes n’avaient pas l’habitude de se tenir le cuir chevelu rasé. Ben Zergua cautérisait avec le fer rouge les têtes rongées par la teigne. D’autres tébibs emploient le goudron, le sel et le vinaigre, etc.
S X. — Phlfçmasies.
Nous avons vu que les Arabes n’utilisent pas les sangsues qui foisonnent dans beaucoup de ruisseaux, et que la saignée est pratiquée dans quelques villes seulement. Aussi, les tébibs sont-ils réduits aux scarifications, et à la révulsion à l’aide du cautère actuel. Ces lacunes sont heureusement moins regrettables en Algérie que chez nous : sur le littoral, le génie franchement inflammatoire n’a qu’un règne fort douteuK, et les plateaux ou les montagnes que leur attitude expose à ime plus basse
température, n’jr sont néanmoins par trop sujettes.
S XI. — Scrofule (khranrir). ■
Le mot scrofules a été tiré de scropha, truie, à cause de la ressembliuice qu’on a trouvée entre certains engot^emens qu’on observe assez souvent sur cet animal, et ceux qui se manifestent dans la diathèse strumeuse. Les Arabes ont saisi la même analogie, car ils appellent cette maladie kbranzir, qui veut dire littéralement truie, l-es larves qui se développent sur les plaies et qu’ils redoutent à un si haut degré, jouent, sekm les tébibs, un gruRd rôle dans la générajion des scrofules ; ce sont elles qui les reproduisent, soit après avoir pénétré dons la profondeur des chairs, soit par leur génération spontanée au sein des parenchymes et du tissu musculaire (1).
(1) Dans l’HIndoustan, les brahmes attribuent aux vers toutes les maladies de la peau. Sprengel, t. i, p. 80.
s XI. — Migraine, céphalalgie (omija-rass).
F.’Arabe atleiiu de céphalalgie ou de migraine se fait scarifier le froiil et le cuir chevelu, et, s’il n’a personne pour lui rendre ce service, il se déchire lui-raènie, avec l’ongle, l’espace inter-sourcillier. Quelques téhihs ordonnent des applications froides, par exemple un mélange de café en poudre et de vinaigre ; de sel et de vinaigre ; du jus de citron, etc.
S XII. — Rhumatismes et douleurs anciennes. «
Les bains maures , c’est-à-dire les étuves sèches et le massage , nous ont paru fort utiles dans les cas de douleurs rhumatismales anciennes. On sait que les Algériens, les femmes surtout, en font habituellement usage et en abusent même souvent. Employés ainsi presque journellement, les bains maures améliorent certaines aüections cutanées , tandis que d’autres dermathoses s’exaspèrent sous leur influence. La flaccidité dès chairs et l’atonie sont aussi l’un des résultats de leur abus.
Les eaux thermales sont abondantes en Algérie, et les indigènes apprécient parfaitement leurs propriétés. Beaucoup de sources chaudes et médicamenteuses sont le rendez-vous où affluent tous les incm-ables des environs; mais le plus souvent ce n’est pas dans les eaux mêmes que les malades se plongent (1), ils se contentent de faire des ablutions et de séjourner plus ou moins longtemps dans une pièce remplie de vapem's de la source thermale. Les ipdigènes utilisent aussi ces eaux comme boisson ; ainsi M. Cabasse nous apprend que la deïra d’Abd-el-Kader n’allait pas puiser dans la rivière Malouïa, mais dans les sources thermales ferrugineuses et salines qui coulent sur ses bords. Les tébibs recommandent les bains thermaux dans les rhumatismes anciens, les vieilles blessures, les dermathoses invétérées , la débilité et les infiltrations suite de fièvres paludéennes et de dyssenterie, et l’ignorant indigène n’attribue pas, du reste, l’efficacité de ces eaux aux principes salins qu’elles contiennent, mais à l’intercession du marabout qui les a bénies (2) et leur a donné son nom.