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QUELQUES MOTS SUR LA FUSION

LA PHARMACIE DOIT ÊTRE SPÉCIALISÉE ET FIGURER A PART ; MÉDECINS-ADJOINTS ;

VICES DANS LEUR MODE DE RECRUTEMENT ET DE CLASSEMENT ; PROJET DE RÈGLEMENT.

Dans un premier article sur la réorganisation (hi corps des officiers de ganté militaire, nous avons abordé la question capitale de la fusion des trois ou de deux professions en une seule. Voici quelle était et quelle est encore notre opinion à ce sujet : « Il est grossièrement évident que cette fusion est possible sous le rapport matériel; ainsi, rien n’empêche de ranger toutes les aptitudes sous le même titre et de les revêtir du même uniforme. Mais, pratiquement et rationnellement, c’est-à-dire au point de vue de l’intérêt du malade et du progrès de la science, il existera toujours des spécialités, des médecins et des chirurgiens. » Plus loin: « La fusion, complète dans les mots et les règlements, sera toujours incomplète dans les choses, dans la pratique. »

La fusion a donc des avantages et des inconvénients ; si certaines consi-

(1) Voir p. y).

bU

dérations militent en sa faveur, d’autres la combattent manifestement. Faisons la part de ces deux ordres de considérations.

La fusion procurerait les bénéfices suivants : économie du personnel et conséquemment de budget, produite par le cumul des fonctions médicales ^ et chirurgicales dans les pelils postes ; en second lieu, plus d’homogénéité, plus d’ensemble aux yeux de l’armée ; enfin, fonctionnement plus facile et simplifié de notre corps, quand il se gouvernera lui-même.

Mais elle entraînerait fatalement les inconvénients qui suivent : violence faite aux aptitudes, à moins qu’on ne conserve les spécialités, cas où la fusion n’existerait que dans la forme et non dans le fond ; moins d’habileté dans la médecine, la chirurgie et la pharmacie qu’on serait obligé d’étudier et de pratiquer, et, partant, soins moins éclairés pour le soldai malade, ce qui est un vice capital ; enfin, les connaissances perdraient évidemment en profondeur ce qu’elles gagneraient en étendue superficielle. La position spéciale de l’ofiicier de santé militaire, soit aux armées où l’agglomération fait naître de grandes épidémies, soit dans des pays, comme l’Algérie, dont le règne pathologique était très-peu connu, lui livrent de nombreuses observations qu’il doit féconder par l’induction scientifique et la généralisation , dans l’intérêt de la médecine et jde l’humanité. Or que de faits précieux seraient perdus si la nécessité de tout embrasser dans ses études et dans sa pratique empêchait les médecins militaires de diriger les efforts de leur intelligence, l’un sur l’hygiène, l’autre sur la pathologie médicale ou chirurgicale, sur les épidémies, les sciences accessoires, etc. , etc. Du temps de l’empire, des besoins impérieux et incessants nous avaient incorporé des éléments de médiocre valeur ; aujourd’hui notre corps s’est épuré et son recrutement est judicieux, aussi voit-on communément quelque officier de santé militaire mêlé à toutes les grandes questions qui surgissent sur la scène médicale ou scientifique : aussi les grandes questions d’hygiène et. de pathologie comparées ont-elles été mises à l’ordre du jour par l’un d’eux; aussi leur devons-nous la connaissance des maladies des pays chauds, notamment de certaines fièvres paludéennes que la science n’apercevait encore qu’à travers le vague de l’incertitude. Il serait malheureux pour tous qu’on arrêtât cette période progressive et ascendante.

Depuis l’impression de notre premier article, M. Durand (de Lunel) a publié, dans I’Écho du Val-de-Grace, un remarquable article destiné à faire ressortir tout le préjudice que la fusion porterait aux officiers de santé militaires considérés comme corps scientifique. Nous connaissons depuis longues années M. Durand, et nous n’avons pas été surpris de trouver dan*

ion Uavail tant de rigueur de logique et uu esprit si ingénieux ; nous attendions tout cela de lui. Noü-e habile confrèi e a fait ressortir le point qu’il a abordé avec tant de vérité et de bonheur, que son argumentation, jointe à d’autres causes que nous allons indiquer, a fait varier, ainsi qu’on va le voir, la nuance de la couleur sous laquelle nous marchons.

11 nous semble qu’on peut parfaitement résumer en deux mots les avantages et les inconvénients de la fusion : militairement, nous y gagnerons ; scientifiquement, nous y perdrons. Or sommes-nous militaires avant d’être médecins, ou médecins avant d’être militaires? La solution sera diamétralement opposée, selon qu’on croira devoir se ranger dans l’une ou l’autre catégorie ; mais les raisons arguées pour ou contre la fusion n’en demeureront pas moins là, avec leur rigueur et leur justesse.

Nous avons, depuis l’époque de notre article, recueilli bien des opinions, et nous nous sommes éclairé par des conférences avec beaucoup de nos

confrères; eh bien! nous avons trouvé très-généralement qu’ils partagent

notre hésitation, si légitime devant ces raisons pour et contre, presque également puissantes; mais, nous devons le dire, tandis que nous penchions à l’acceptation du projet de fusion, la majorité de nos collègues eut une tendance contraire. Avouons-le, cette généralité d’opinion, l’exposition si claire de M. Durand et la cessation de l’iniluence trop exclusivement militaire sous laquelle nous nous étions placé dans nos raisonnements, nous donnent une velléité bien entraînante de virer de bord pour naviguer dans les eaux de ces messieurs.

Nous avons soulevé, dans notre premier article, une autre question aussi importante que délicate : c’est celle du sort réservé à la pharmacie si la fusion a lieu.

Après avoir établi que la médecine et la chirurgie, ne sont que deux points de vue d’une même science, de la science iatrique, trop vaste pour qu’on pui.sse l’embrasser dans son ensemble, nous en avons conclu que la fusion des deux professions réunirait deux éléments similaires ; puis, considérant la pharmacie, nous avons trouvé qu’elle a une spécialité et une nature si différentes de celles delà médecine et de la chirurgie, qu’elle ne peut leur être réunie, dans l’état actuel de^ choses, sans entacher de la plus flagrante hétérogénéité le travail qui a pour but de produire une fusion complète et radicale. Nous avons proposé deux moyens pour sortir de ces embarras ; 1® constituer à part le corps pharmaceutique ; '2° l’englober dans la fusion générale en exigeant du pharmacien le diplôme de docteur en médecine.

«> dernier projet, auquel nous nous étions arrêté, a paru dicté par de

louables senllments de camaraderie et de fraternité républicaine ; mais, il faut bien que nous le disions, il a été presque unaniment rejeté par les chirurgiens et les médecins. A bien peu de personnes a souri l’idée d’imposer, en permanence ou par intervalles, les manipulations pharmaceutiques aux docteurs en médecine. Ajoutons que, tout en nous blâmant de nous être laissé trop entraîner par des sentiments de républicaine fraternité, nos confrères du corps militaire de santé n’en sont pas moins animés d’un esprit de justice et d’un excellent vouloir pour la pharmacie ; ils l’excluent pour hétérogénéité et non pour infériorité, et entendent que les pharmaciens continueront à jouir des mêmes droits et avantages qu’auparavant ; en un mot, ils ne veulent ni expulser ni éliminer la pharmacie, mais seulement la distinguer et la spécialiser.

Nous sommes si ami de l’unité et de la véritable entente cordiale, et nous haïssons tant de marcher sous une bannière qui ne soit pas à l’unisson de la couleur arborée par nos confrères, que nous déclarons sacrifier notre opi- ^nion à celle de la majorité ; et nous formulons ainsi le vœu général : séparation de la pharmacie, avec conservation des avantages dont elle jouit à si juste titre.

Après la question de la fusion, qui est sans contredit l’une des principales de la matière, nous en trouvons une foule d’autres sur lesquelles il importe d’appeler l’attention. Le règlement qui doit reconstituer notre corps n’ayant pas encore paru, mais devant bientôt être mis au jour, il est du devoir de chacun de simplifier et de préparer la besogne de ceux qui sont chargés de le rédiger, en discutant les dispositions actuelles qui présentent le plus de vices et qui demandent conséquemment le plus de réformes. Ce qui échappe à l’un est aperçu par l’autre, et ce n’est qu’en réunissant tous les avis qu’on parvient à découvrir toutes les imperfections et tous les points défectueux. Autant nous prêcherons l’indulgence pour les parties faibles du règlement une fois promulgué, autant nous recommanderons d’accepter sans murmure et sans récriminations ceux de ses articles qui blesseront quelques susceptibilités ou léseront certains intérêts partiels, autant nous sollicitons aujourd’hui à battre en brèche les portions du vieil édifice qui ne peuvent être utilisées pour la nouvelle construction.

Nous appellerons dans cet article la sollicitude de la commission sur les médecins adjoints, parce que c’est la fraction du corps militaire de santé dont les intérêts nous semblent réglés de la manière la plus arbitraire et la plus injuste.

Dans la première partie de ce travail, nous avons fait ressortir en quel-

que« mots toute l’importance des fonctions de médecin adjoint; c’est là, du reste, un fait acquis que personne ne songe à contester. Nous allons aujourd’hui examiner les prescriptions réglementaires qui déterminent le mode de recruleraenl et de classement. Pour étudier ces questions d’une manière complète et prévoir tous les cas, il faut se placer à deux points de vue différents, c’est-à-dire supposer d’abord que la fusion aura lieu, et en suite raisonner dans l’hypothèse probable que cette fusion sera rejetée.

Admettons pour le moment que le projet d’identification soit accepté.

D’après le règlement actuel, les chirurgiens aides-majors (brevetés) ayant deux ans de grade au moins, et les pharmaciens aides-majors réunissant les mêmes conditions et munis du diplôme de docteurs en médecine, sont admis à se faire inscrire pour prendre part au concours de médecin adjoint.

Des médecins adjoints doivent être considérés en tout et pour tout comme des aides-majors ayant obtenu la première classe, après les délais voulus, par le mode le plus probant en faveur de leur capacité; par le mode qui, malgré ses imperfections, est néanmoins le plus exempt de favoriüsme et d’intrigue; par le mode usité, dans la médecine civile et militaire, pour apprécier la valeur de chacun; en un mot, par le concours. Les médecins adjoints portent les insignes de la première classe (la dent de loup) et touchent la même solde; ils sont donc assimilés en tout, si ce n’est qu’ils subissent un classement irrationnel et préjudiciable.

Si la fusion a lieu, les médecins adjoints doivent conserver ta première classe, et leur ancienneté dans cette classe doit compter de leur entrée dans la médecine.

S’il n’y a pas fusion, il est indispensable d’introduire une réforme dans le. mode de classement et de recrutement.

Le recrutement dans la pharmacie est une anomalie qu’il importe de faire disparaître. L’article qui ouvre à la pharmacie une porte dans la médecine a été arraché, si je ne me trompe, par les instances d’un ancien pharmacien-inspecteur, homme auquel ses liaisons avec les plus grands personnages de l’époque donnaient une puissance factice que sa valeur ne légitimait point, et qui était parvenu, à l’aide de ses protecteurs, à primer les Larrey, les Desgenettes et les Broussais. Une telle origine jette déjà un mauvais vernis de favoritisme et de privilège ; mais examinons le fait au point de vue de la justice, de l’humanité et de la science.

Le médecin militaire doit connaître à fond le soldat, ses mœurs, ses habitudes, son moral et son physique; car il est appelé et à soigner son corp.s

malade, et à relever son moral affaibli, et enfin à discuter sur tes grandes questions d’hygiène militaire. Pour arriver à posséder tous ces éléments, il faut avoir vécu avec le soldat dans les régiments, avoir partagé ses peines, ses fatigues, ses joies, avoir étudié ses différentes aptitudes ou prédispositions morbides, et surtout la spécialité des causes de maladies auxquelles il est exposé. Les deux ans passés dans le grade de chirurgien aide-major, qu’on exige du candidat, sont à peine suffisants pour acquérir ces connaissances multiples. Mais le sous-aide qui entre dans la pharmacie pour jouir du privilège anticipé d’une vie tranquille et d’une position sédentaire, par calcul enfin et avec le dessein bien arrêté de sortir le plus tôt possible de cet état transitoire qu’il subit impatiemment et dont il remplit nonchalamment les fonctions, ce pharmacien, qui ne fait rien en dehors de son officine et n’est en contact avec aucun soldat, n’allez pas l’admettre à traiter des hommes qui lui sont Inconnus, et à statuer sur des choses qui lui sont étrangères.

Le véritable médecin militaire a des formes, des paroles et des allures en rapport avec le genre de malades qu’il est appelé à traiter ; tout en lui porte un cachet spécial et caractéristique ; il ne ressemble point, dans ses salles militaires, à son confrère civil exerçant dans un hospice. Ses ordres ou ses conseils sont précis et formels ; il ne prononce jamais qu’après avoir mûrement réfléchi, aussi évite-t-il celle hésitation, les concessions ou les retours qui, aux yeux du soldat habitué à la formule inflexible et à la presque infaillibilité du commandement, passent pour de la faiblesse, pour le fait d’un esprit peu éclairé ou d’une opinion indécise, et ne manquent jamais de diminuer la confiance du malade dans son médecin. Ses ordonnances ont le double prestige de la sollicitude et du commandement ; aussi est-il bien rare qu’on ne s’y conforme pas scrupuleusement. Ses paroles de consolation, l’assurance qu’il donne d’un rétablissement prochain, entraînent bien plus sûrement la conviction et acquièrent un bien plus grand poids, quand il sait employer un heureux et judicieux mélange de douceur, de bienveillance paternelle, avec cette brusquerie militaire si franche et si bonne à laquelle il est habitué et qu’il a appris à estimer et à aimer. En un mot, le médecin militaire doit avoir la parole douce, compatissante et persuasive de son confrère civil, mais il faut, en outre, qu’il ait recours, dans certaines circonstances, à un ton qui commande l’obéissance et à des termes énergiques qui réveillent et qui stimulent. Il n’oubliera jamais du reste que la souffrance change singulièrement le moral et qu’il ne doit point parler à l’homme malade comme à l’homme bien portant.

Ces délicates nuances dont chacune a son indication et son opporlumté, on ne peut parvenir à les saisir, à les apprécier et à les employer judicieusement, que par l’étude approfondie de la nature du soldat. Or où le pharmacien a-t-il pu gagner ce tact que j’appellerai médico-mililaire ? Nulle part II a pris, au contraire, dans son officine, des habitudes spéciales en harmonie avec le caractère de ses fonctions. Celui qui pèse, broie, mesure, roule de petites boules ou plie de petits papiers, tous les jours et pendant plusieurs années, aura beau s’en défendre et chercher à s’y soustraire, toujours et inévitablement ses occupations déteindront sur sa personne physique et morale. .... . ,

Hais qu’on nous comprenne bien, qu’on saisisse bien nos intentions et le

genre de notre critique : nous n’entendons pas faire ici une comparaison dans le but de déterminer lequel du pharmacien ou du médecin a le plus de dignité dans sa personne, de distinction dans ses habitudes et ses mœurs, de portée dans les conceptions de son esprit, de noblesse et d’élévation dans son art ou sa profession ; en un mol, il ne s’agit aucunement de chercher s’il existe une supériorité quelconque chez l’un ou chez l’autre, mais tout simplement d’établir que chacun a sa spécialité, son aptitude, sa tournure d’esprit et son genre de connaissance. Nous voulons que le pharmacien reste pharmacien jusqu’au bout et n’intercale point dans la médecine un élément disparate, tout comme nous désirons que le médecin demeure médecin et ne fasse pas irruption dans l’officine.

Nous devons nous hâter d’ajouter que des hommes à intelligence d’élite se sont laissés aller à la séduction de la vie tranquille qu’offre transitoire-

ment la pharmacie, et sont ensuite entrés dans la médecine qu’ils honorent par leur caractère et leur talent. Ainsi deux chaires de médecine de nos hôpitaux de perfectionnement et d’instruction sont dignement occupées par des hommes qui ont pour nous une bienveillance dont nous sentons tout le prix et pour lesquels nous professons l’estime et l’affection les plus sincères ; or tous deux sortent de la pharmacie. Après avoir cité ces brillantes exceptions, nous devons dire que, chez la majorité des médecins militaires recrutés dans la pharmacie, toute trace ;de leur origine s’efface peu à peu, et qu’ils arrivent à connaître complètement les hommes et les choses militaires ; mais il leur faut des années pour parvenir à l’état dans lequel ils eussent été de prime abord s’ils fussent sortis des cadres de la chirurgie.

D’ailleurs il s’agit moins de chercher si les produits sont bons que d’examiner la légitimité du mode de recrutement; or il n’est point soutenable que celui-ci s’appuie sur la justice et la raison. Bien plus, la pharmacie elle-

même devrait protester la première , et se révolter contre un article qui permet à quelques sujets distingués de l’adopter provisoirement , comme pis aller, pour l’abandonner aussitôt que cela leur sera possible. La dignité professionnelle de la pharmacie ne peut pas tolérer un pareil état de choses, résultant d’un privilège perfide, La pharmacie est une science assez large pour retenir dans son sein des hommes de choix et leur fournir une laborieuse et utile carrière.

Au point de vue de la légalité , des analogies et des lois ou habitudes militaires, le privilège des pharmaciens constitue une exception intolérable. Une fois qu’un sujet a embrassé la carrière médicale il ne peut plus entrer dans la chirurgie , et quand on a atteint le grade de chirurgien-major, on n’a plus de droits à la médecine. Si la couleur médicale ne commence à exister qu’après deux ans écoulés dans la chirurgie des régiments , c’est parce que la loi a reconnu qu’on ne peut bien la porter qu’après avoir vécu avec le soldat et avoir acquis de l’expérience et de la maturité ; mais deux ans passés dans la pharmacie ne conduisent point à tous ces résultats ; donc on méconnaît les intentions du législateur.

Partout chacun reste chez soi une fois qu’il a commencé sa carrière et embrassé sa spécialité ; l’artillerie, le génie, l’infanterie, etc., ne font point d’irruption l’une sur l’autre, la médecine et la chirurgie marchent parallèlement sans se mêler ; je ne vois qu'une exception , celle des pharmaciens se glissant dans les cadres de la médecine.

Enfin, pourquoi autorise-t-on le pharmacien à concourir pour la médecine et non pour la chirurgie ? En vérité, je ne vois aucune raison qui motive cette distinction. Le tuto cito et jucunde serait-il plus difficile à acquérir que le tact médical 7 Non ; mais le pharmacien aime sa tranquillité et se donnerait garde d’embrasser la vie nomade du chirurgien des corps de troupes. Il arrive à une position à peu près sédentaire sans avoir payé , comme le médecin qui sort de la chirurgie , sa dette à la vie active des camps ou des régiments.

Nous avons fait ressortir les vices radicaux du mode de recrutement des médecins adjoints ; nous allons voir que le classement n’est pas moins défectueux.

Nous avons prouvé que le médecin -adjoint doit être considéré comme un chirurgien aide-major de première classe , et nous avons dit qu’il jouit de la même solde et porte les mêmes insignes; mais ses droits acquis sont violés par le mode de classement,

- Tout individu qui obtient un grade quelconque ou une classe , reçoit on

Classement, un numéro d’ordre qui lui permet de calculer l’avenir et Im garantit la jouissance des bénéfices que lui promet le rang auquel il été primitivement placé. Il n’y a qu’une exception , et c’est au préjudice des médecins adjoints : les aides-majors successivement reçus sont classés dans les cadres médicaux, non pas par date de réception dans ces cadres , mais d’après leur ancienneté comme aides-majors ; de sorte qu’un nombre indéfini de nouveaux sujets peut se glisser avant les médecins adjoints revêtus de ce titre depuis longtemps.

C’est contre ces dispositions réglementaires que nous nous élevons.

AU point de vue de la légalité, le chirurgien aide-major de deuxième classe promu médecin adjoint ne doit jamais, quelle que soit son ancienneté, être placé avant ses collègues admis aux précédents concours , puisque ceux-ci ont acquis avant lui la première classe par le fait meme de leur concours et de leur réception. Ceci nous paraît bien clair et bien

simple.

AU point de vue de la raison et de la science, le mode que nous critiquons est tout aussi défectueux.

L’admission tardive d'un sujet repose sans doute sur les mêmes épreuves que l’admission d’un autre sujet qui a subi victorieusement son concours après le temps strictement exigé ; la parité de ces épreuves scientifiques fournit de semblables garanties pour l’un et pour l’autre, leur valeur est donc la même ou à peu près : sans doute , sauf quelques restrictions ; mais celui qui a mérité plus tard doit être récompensé plus tard ; or , dans l’état actuel des choses, vous donnez à ses épreuves probatoires un effet rétroactif, vous leur supposez une date antérieure à celles qu’elles ont en réalité. Vous agissez absolument comme si un aide-major, de première classe depuis quelque temps , se voyait devancer dans le cadre par un nouveau promu , sous le prétexte que celui-ci était aide-major de deuxième classe avant le premier.

Le mode de recrutement en vigueur aujourd’hui était acceptable à l’époque où deux classes n’avaient pas encore été créées dans chaque grade ; mais à présent c’est un anachronisme, bien plus, une injustice. Nous sommes porté à croire que, lors de la création de ces classes, on a oublié d’examiner si les prescriptions qui règlent l’avancement et le classement des médecins adjoints ne devaient pas subir des modifications par suite de l’organisation nouvelle. Cette fraction des officiers de santé supporte aujourd’hui tout le poids de cette mission, de cet oubli ; tandis que le corps militaire de santé en entier a plus ou moins profilé, sous certains rapports, de

cette création de deux classes, les médecins adjoints ont vu seuls cette mesure tourner à leur grand préjudice, ainsi qu’il nous sera très-facile de le démontrer.

Je suppose qu’un sujet laborieux arrive à la position de médecin adjoint aussilôt que les délais réglementaires lui permettent de se présenter au concours, c’est-à-dire après deux ans passés comme aide-major ; et que d’autres sujets, plus anciens que lui dans ce grade, dissipent leurs premières années, c’est toujours une supposition, et ne parviennent que beaucoup plus tard à se faire admettre : eh bien 1 ils seront classés avant le sujet laborieux. N’est-il pas évident que ce dernier, par la continuité de ses études et l’assiduité de son application , avait des chances de passer de première classe avant ses collègues moins studieux à cette époque ? Ces chances d’avancement qui lui étaient acquises s’il eût persisté dans la carrière chirurgicale, il les perd donc en embrassant la médecine ! C’est une fausse application de la loi de l’ancienneté qui vient brutalement le déclasser et le retarder, sans que ses travaux antérieurs puissent entrer en ligne de compte. Et cela se passe dans un corps scientifique où la valeur des services doit être prise en considération autant que leur longueur !

Ne dites donc plus que la médecine est favorisée ; il n’y a d’avantages que pour les pharmaciens et les chirurgiens qui savent attendre, calculer les chances et se glisser en temps opportun dans les cadres médicaux; mais ceux qui , obéissant à leur vocation , revêtent de bonne heure le collet noir , ah ! ceux-là ne trouvent que déceptions.

C’est en vain que nous retournons en tous sens, que nous considérons sous toutes ses faces le règlement ; nous lui trouvons peu de qualités , tandis qu’il foisonne de vices et de violations du bon sens : en voici un dernier exemple.

Quand on classe parmi les médecins adjoints un chirurgien aide-major premier, on fait dater son ancienneté de l’époque de son grade de chirurgien aide-major breveté, et on ne lui compte pas ses services comme commissionné c’est-à-dire non docteur. Donc , c’est à partir de l’obtention de son diplôme que commencent ses droits. Voilà une règle bien établie; pourquoi donc souffre-t-elle une exception pour les pharmaciens ? L’ancienneté de ceux-ci est comptée non à partir de la date de leur diplôme de docteur en médecine, mais de celledeleur nomination de pharmaciens aides-majors brevetés, pour lequel grade on exige seulement la maîtrise. Pourtant, avant d’obtenir leur diplôme, ils étaient pharmaciens, exclusivement pharmaciens

P». «" àrM « «. >.<r. médical , tout comme le ch.rurgien aide-major commissionné. Pourquoi donc agir différemment enve l’un et l’aulre? pourquoi donner un effet rétroactif au diplôme du pharmacien, tandis qu’on le refuse à celui du chirurgien?

Terminons cet article, dont on pardonnera peut-être la longueur eu faveur de l’importance delà question qui y est débattue, terminons-le en le résumant sous forme de quelques articles que nous proposons pour le nouveau règlement.

Les chirurgiens aides-majors de deuxième classe obtenant, au même concours , le titre de médecin adjoint , sont classés d’après leur ancienneté comme chirurgiens aides-majors brevetés.

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