‹ Mélanges [microforme] (volume 2)Chapitre 1 sur 8 · L'HOMME DE L’AGE DE PIERRE · texte numérisé non relu

L'HOMME DE L’AGE DE PIERRE

R'ècLE après siècle, nous avons cru # que l’homme existe depuis l'an 4 000 de l'ère ancienne.

Un jour on a découvert des instruments en pierre qui semblaient reculer, dans un lointain fantastique, l'apparition de l'espèce hu:

maine. Le grand Cuvier, très alarmé, s’écria : « Cela dépasse notre entendement; il ne faut ni tenter Dieu, ni chercher à le voir face à face »:

Ces paroles sonores et anti-scientifiques n’ont pas eu d'effet. Après comme avant, les paléontologistes ont demandé à notre planète: « D'où vient homme? » La terre leur a répondu : « Cherchez et vous trouverez ». Is cherchent. La terre ne leur a pas encore dit et peutêtre qu’elle ne leur dira jamais son dernier mot, mais

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de temps en temps elle leur fait des révélations qui élare

gissent singulièrement l'horizon de l'humanité, Dès

aujourd'hui, il ne s'agit plus de 6 000 ans, mais bien de

milliers de siècles d'existence.

Parmi les savants qui apportent à ces travaux le con-

cours le plus intelligent et le plus dévoué, il faut citer

notre ami, le docteur Verneau.

M. Vérneau a étudié tout ce qui a été écrit et collectionné sur l'homme de l'âge de pierre. Il a fait, avec méthode, des fouilles en France, en Espagne, en Portugal, en Kabylie, au Maroc et aux Canaries; il s'est enquis des mœurs et de l'industrie des sauvages actuels, races inférieures, aussi anciennes que les autres, qui n'ont pu s'élever à la civilisation.

Ainsi outillé, il a résumé, dans un joli petit volume, tout ce que nous savons de l'antiquité de l'espèce humaine, principalement dans l'Europe occidentale,

[Il ne raisonne que sur des résultats définitivement acquis à la science et nous révèle ainsi bien des choses sur la constitution physique, les mœurs, les industries de nos lointains ancêtres de l'âge de pierre, C'est à lui que nous demanderons nos renseignements sur ces hommes qui nous ont transmis la vie,

Quels furent les premiers? A quelle époque firent-ils leur apparition ? Mystères sans doute à jamais impénée trables,

: L'Enfante de l'humanité. = 1, L'Age de la pierre, par le docteur Verneau; Paris, Hachette, 1890, in-80 de vin et 205 p.

M, dé Quatrefages dit : « L'homme, par son corps, . n'est qu'un mammifère, rien de plus et rien de moins ; à ne teñir Compte que du corps, il a pu vivre sur le globe dès que celui-ci a pu nourrir des mammifères ; et cotime nous connaissons des mammifères qui ont vécu aux temps secondaires, l'homme 4 pu être leur. contemporain. Il l’a pu d'autant mieux qu'aux aptitudes physiologiques communes, à une faculté d'adaptation dont il donne chaque jour la preuve, il joignait une intelligence infiniment supérieure à celle de n'importe quel animal, l'intelligence humaine », Fe

L'homme a certainement pu vivre à l'époque secondaire, mais nous n'avons encore ancune preuve de cette haute antiquité. Nous arrivons ñéanmoins, en nous en tenant à ce qui est bien démontré, à ‘un entasses ment de siècles incalculable,

Des os de l'époque pliocène sont reconnus pour avoir été incisés de main d'homme. Les savants admettent, « sans réserve », comme intentionnelle, la taille de silex de l’époque miocène,

. Nous ne pensons pas que l'on doive faire honneur au singe de ces travaux, parce que jamais singe n'a fabriqué des stylets pour inciser des os à moëlle et des haches en silex pour capturer sa proie. C’est avec faison que le docteur Verneau répond à cette supposition : « L'être. qui, pendant l'époque tertiaire, éclatait le silex en Franse et en Portugal, n'était ni un singe, ni le précurseuf de l’homme, mais bien l'homme luismême », On n'a pas trouvé cet homme, mais on a découvert des

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produits de son industrie. I1 existait donc à l’époque miocène, au temps où flamboyaient les volcans du plateau central de la France, il y a plusieurs milliers de siècles.

Bien que cet homme ait traversé une longue période, ses reliques sont peu nombreuses et ne permettent pas de le sortir de l'ombre. D'ailleurs, comme l'écrit M. de Quatrefages, « si l'on rencontrait l'homme primitif, il serait impossible, faute de renseignements, de le reconnaître, Tout ce que la science permet de dire à son sujet est que, selon toute apparence, il devait présenter un certain prognatismé [une saillie en avant des mâchoires) et n'avait ni le teint clair, ni les cheveux laineux. Il est encore assez probable que son teint se rapprochait de celui des races jaunes et accompagnait une chevelure tirant sur le roux. Tout enfin conduit à penser que le langage de nos premiers ancêtres était un monosyllabisme plus ou moins accusé ».

Darwin, partant d'un autre point de vue, paraît sacri= fier davantage à l’hypothèse.

Pour lui, les premiers humains étaient couverts de poil, les deux sexes portaient la barbe, avaient les oreilles pointues et mobiles, une queue desservie par des muscles propres, le pied préhensible; ils vivaient habituellement sur les arbres et le mâle possédait, dans de grandes dents canines, une défense formidable.

De tout cela, une seule chose est certaine : l'existence de l'homme il y a quatre ou cinq cent mille ans. Pendant une infinité de siècles, le progrès fut insen-

sible. L'homme de la fin de l’époque tertiaire taillait la pierre comme son ancêtre de la période miocène,

Dans ce temps-là, les pays qui sonit devenus la France, le Portugal et le Bolonais contenaient de grands lacs salés péuplés de phoques et de lamantins, qui rampaient sur'le rivage, de squales énormes qui livraient aux dauphins, aux baleines et aux cachalots de terribles combats. Le hideux crocodile dormait au bord des fleuves. Les plaines portaient une végétation puissante qui nourrissait d'immenses troupeaux d’herbivores et de carnivores, des oiseaux coureurs, de grands lézards, des serpents. Dans les arbres, une population variée de singes gambadait et glapissait, de nombreuses familles d'oiseaux jetaient au vent des flots d'harmonie.

Une température de 18° à 20° permettait à l'homme d'aller nu. Su

Cependant, dit le docteur Verneau, ces lointains ancêtres étaient plus avancés que ne'le sont aujourd’hui les Mincopies des îles Andaman qui ne savent encore fabriquer ni perçoirs, ni grattoirs, ni pointés de lance ou de flèche.

Le premier homme de l’époque quaternaire est celui dit de Chelles. Ses caractères physiques ne nous sont pas plus connus que ceux de ses aïeux de l'époque tertiaire, mais il n'en est pas de même de ses mœurs et de son industrie.

Son outillage est encore celui de l’époque tertiaire. I s'en distingue toutefois par la perfection de la taille

et les dimensions, surtout par le manche adapté à la hache pour en augmenter la force de pénétration.

Les grottes étant encorc enfouies sous les eaux, il vivait à l'air libre, dans les plaines, surtout au bord des fleuves.

L'homme de l'époque de Chelles avait pour contemporains l'éléphant antique, le rhinocéros de Merck, l’hippopotame, tous êtres organisé” pour un climat chaud. La température devait donc être douce, et, comme ses ancêtres de l'époque précédente, l'homme pouvait se passer de vêtements.

Les lacs avaient disparu et, avec eux, les grands animaux aquatiques qui venaient s'échouer sur leurs rives. Par contre, les plaines étaient très peuplées de gibier et les rivières de poisson. L'nomme, armé de la flèche, de la lance, de la hache emmanchée, capturait facilement sa proie. D'ailleurs, son industrie. porte à croire qu'il étai: un chasseur audacieux.

L'homme de l'époque de Moustier, qui vient ensuite, était contémporain de la race de Canstadt, le plus ancien des types humains connus. ‘

Cet homme de Canstadt, ou du Néanderthal, était de la taille du Lapon d'aujourd'hui, de grande vigueur, d’une musculature très développée. Ses membres inférieurs étaient courts et certaines dispositions anatomiques l’obligeaient à se tenir dans une attitude légèrement fléchie, La cuisse et la jambe, au lieu de se prolonger en ligne droite, formaient un angle dont le genou occupait le sommet,

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: Debout, il se tenait comme les prochent le plus de l'homme. cu.

Ilavait la tête large et très aplatie, l’occiput saillant, as

ainsi que les pommettes, le front et le menton très fuyants, |

d la face peu élevée, le nez large et court, la lèvre supérieure A LE - très longue, les mâchoires un peu proéminentes. Ce qui. Se k | imprime à certe race un caractère singulier, bestial, pour

le moins étrangement sauvage, c'est l'énormité de ses

arcades sourcillières. eo * La femme présente les mêmes caractères, mais atténués. Cet homme de l'époque moustérienne était horriblement laid et se rapprochait beaucoup des singes anthropoà morphes; et pourtant il etait homme et avait tous les Mo grands caractères spéciaux à l'humanité. Peut-être que |: ses ancêtres se rapprochaient encore davantage, physiqueinent, des anthropoïdes. ts : Son outillage était celui de l'homme de Saint-Acheul, pérfectionné toutefois. li a travaillé l'os et l'ivoire. Le climat étant devenu plus rigoureux, il s'est réfugié À dans les grottes et s’est couvert de la dépouille des animaux, ; o Ses armes, bien que redoutables, ne lui permettant + à guère de se mesurer avec les crands mammifères et les carnassiers, il se nourrissait souvent de végétaux et de : racines, 11 vivait en famille, peut-être en tribus.

grands singes qui se rap-

Une nouvelle poussée dés masses orientales jette sur l'Europe des hommes d’une race nouvelle, La place ne

manquait pas alors, mais déjà il semblait bon de prendre \Jes terres d'autrui. II y eut Îutte, naturellement. Les hommes de l'époque de Moustier subirent des défaites; les uns émigrèrent, les autres se croisèrent avec les ncu-

veaux venus.

Le docteur Verneau a constaté qu’une population sauvage de l'Australie a conservé tous les caractères de

celle de l'époque de Moustier.

En suivant l'ordre des temps, on arrive à l'homme dont on a retrouvé lés traces d'abord à Solutré, dans la Haute- Saône. [1 n'est pas encore possible de préciser l’âge des couches géologiques qui nous ont conservé son squelette : et son remarquable outillage.

Il était brachycéphale, c'est-à-dire à tête courte, et d'une hauteur moyenne de 1"62. Rien dans sa tête et dans ses membres. ne rappelle l’aspect simiesque de l’homme du Néanderthal.

Sans avoir renoncé aux instruments des temps anciens, ila un outillage plus parfait et plus complet que celui de l'époque de Saint-Acheul et de Moustier,

Il est chasseur et probablement guerrier.

Comme ses prédécesseurs, il vit dans les grottes et se couvre de peaux d'animaux. Il se nourrit surtout de la chair du cheval dont il brise les os pour en extraire la

moëlle.

Trouvant facilement sa nourriture, il a des loisirs, et il en profite, tant pour donner à ses armes des formes plus

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d Aeuctes et une oi and à trs de pénétration, di F.

pour s'exercer dans les arts. Il burine quelques o$ CR

sculpte dans le silex des figures d'animaux. Me

Sur Pébodue de la Madeleine, qui AV à le de Solutré, les renseignements sont nombreux et permettent de déterminer les caractères PRyNques Findustrie,: les arts et les mœurs de l’homme.

Le climat est devenu froïd et sec: les rennes et les

chevaux sont en grand nombre,

Tous les hommes de l'époque de la Madeleine n'étaient peut-être pas de même race; néanmoins on trouve leur civilisation en France, en Angleterre, en Belgique, en Suisse, er Allemagne et, avec des modifications, en Pologne et sur la Néva.

C'est au Cro-Magnon, commune des Aïzies, dans la Dordogne, qu’on a découvert un premier squelette de cette race.

Le Magdaléen était haut de 1M78 à 1"85 et sa femme de 1M66,

Ses os accusent une vigueur exceptionnelle. Son crâne, allongé d'avant en arrière, était de capacité plus grande que celui des Parisiens modernes, Un menton saillant et un front très développé lui donnaient un aspect qui permettait une véritable beauté.

Cette race, puissamment constituée, faite pour lutter contre les périls et les difficultés de la vie sauvage, a joué un rôle considérable dans l’histoire de l'humanité.

À l'époque magdaléenne, elle avait son centré dans

le Périgord et rayonnait, du nord au sud, de la Hollande : à la Terre de Labour,

A la fin des temps quaternaires, de nouvelles races vinrent lui disputer le terrain. Des tribus résistèrent et leur sang coule encore dans nos veines; d'autres émigrèrent, et le docteur Verneau a reconnu leurs traces chez les Basques, en Espagne, en Kabylie, au Maroc et aux Canaries.

Pour se retrouver encore dans les populations setsèlleé, l'homme de Cro-Megnon devait être doué d’une puissante vitalité.

Il était d’ailleurs intelligent et industrieux. Trouvant facilement sa nourriture, il s'ingéniait à perfectionner ses armes et ses outils, à se procurer le bien-être ét même le superflu. Sans donner à ses outils la perfection de ceux de l’époque de Solutré, il les exécute avec une grande sûreté de main et une étonnante sagacité, Il donne au travail de l'os un grand développement et fait souvent preuve d’un véritable génie artistique.

1l se fabrique des instruments pour scier, tailler, graver, sculpter, polir l'os et le bois de renne, et c'est cette industrie du travail de l'os qui donne à son époque un cachet particulier,

Avec l'os ou le bois du renne et l'ivoire du mammouth, il façonne des poinçons, des lissoirs, des cuillers à moëlle, des poignards dont le manche est souvent orné de sculptures,

Son œuvre la plus merveilleuse, et qui caractérise le mieux son état de civilisation, est une aiguille percée d'un

petit chas très régulier. 11 avait donc quelque chose à . Goudre? des vêtements taillés, avec une pointe de silex, dans la peau des animaux? Le,

Certains de ces intruments sont considérés comme des siflets ou des marques de chasse. D'autres, percés de |

. trous circulaires, ornés de stries, de figures géométriques, d'animaux gravés ou sculptés, paraissent avoir été des bâtons de commandement, comme en ont encore les Esquimaux, :

Il chassait le mammouth, le cheval, le renne, aussi l'écureuil, le lièvre, les oiseaux; il poursuivait également le saumon et le brochet. MAG |

L'homme de Cro-Magnon faisait cuire ses aliments. Autant que possible, il restait à portée du renne qui lui fournissait une grande partie de sa nourriture et la matière première nécessaire à son industrie. l

Il voyageait cependant puisqu'on a trouvé dans ses campements des fossiles de l’île de Wight, des coquilles de l'Atlantique et de la Méditerranée, puisqu'il a fidéle-

“ment reproduit, par la gravure, des phoques et des baleines, 11 habitait des cavernes, des huttes et des villages.

Il avait des vêtements taillés, des colliers, des brace-

lets, des plaques d'ivoire. I1 se tatouait, tout au moins : se peignait avec des oxides de fer ou de manganèse.

Nous savons même, par une sculpture, qu'il relevait

ses cheveux en toupet.

Ilensevelissait soigneusement sés morts, et plaçait auprès

d'eux les parures, les armés, les divers objetsqui pouvaient Jeur servir dans une autre vie.

Il peignait en rouge les os des adultes et conservait à l'état naturel ceux des enfants. Selon toute apparence il y avait alors, comme aujourd'hui à Madagascar, deux cérémonies funéraires : l’une, provisoire, suivait immédiatement le décès; l’autre, définitive, avait lieu après la décomposition des chairs et des nerfs.

Durant cette période, dont il nest pas possible de préciser la durée, nos vénérables ancêtres ont subi de rudes épreuves. Pendant l'époque tertiaire, on avait eu des temps chauds, puis une période glaciaire. Avec l'époque quaternaire, la température s'était adoucie. Survient une nouvelle série de froids, les glaciers se reforment, franchissent même leurs anciennes limites -t s'étendent sur une partie notable de nos contrées.

Les animaux nés pour les climats chauds s'éteignent ou émigrent, comme jadis s'éteignirent ou émigrèrenit ceux nés pour les climats froids.

L'homme, supérieur par l'intelligence à tous les êtres vivants, se tire toujours d'affaire. [1 se réfugie dans les cavernes, il se couvre de vêtements, il apprend à faire du feu. Le feu, la femme l'entretient pieusement, pour pré- parer les repas du chasseur, pour réchauffer les membres de ses chers petits. Toujours l’homme revient au foyer près duquel il retrouve tout ce qu’il aime.

Le foyer était sacré dans l'antiquité historique; combien plus encore le devait-il être aux temps lointains de l’âge

de la pierre taillée, alors qu’il symbolisait la puissance humaine et la famille!

Après l’âge de la pierre taillée ou paléolithique, qui commence avec l'humanité, vient l’âge de la pierre polie ou néolithique. La terre, peu à peu, en quelques siècles, passe à l’époque géologique contemporaine et fait toilette nouvelle. Son climat s'adoucit, les glaciers se retirent

lentement et se localisent sur les hauts sommets où ils sont encore. Le pin étend ses sombres rameaux, puis viennent successivement le chêne, le hêtre, le bouleau, J’aulne, le noisetier. :

Parmi les animaux, le mammouth succombe; l’urus, : l’aurochs et le renne émigrent; le cheval, l'ours vulgaire, le loup restent et prospèrent; d’autres races font leur apparition. à Ù Le commencement de l’époque actuelle est témoin d'un phénomène des plus importants : la domestication du chien et de plusieurs espèces animales. L'homme : sera chasseur et aussi, peut-être et surtout, pasteur. Désormais, il aura sa nourriture à portée de la main, Ce passage de la chasse au pastorat est l’une des grandes étapes de l'humanité.

. À cette époque appartiennent les cités lacustres également nommées palafittes, de l'italien palafitti, pilotis. Ces cités s'élevaient sur des pieux plantés dans le fond dés lacs, de quarante à cent mètres du rivage. Hérodote en a connu en Roumélie; il en existe encore dans

‘le Vénézuela, la Malaisie et la Nouvelle-Guinée, Au temps de l’âge de la pierre polie, il ÿ en avait en France, en Suisse, en Bavière, en Italie. Leurs ruines nous livrent des instruments en fer, en bronze, en pierre polie,

‘en os, et des poteries grossières. Certains auteurs attribuent

“à ces villages cent mille ans d'existence, d'autres seule-

à ment trente-six mille ans; le docteur Verneau pense que

“ce dernier chiffre se rapproche, plus que l’autre, de la vérité.

La pierre polie et la domestication desanimaux semblent avoir été importées par les races nouvelles qui envahirent nos pays au commencement de l’âge néolithique.

Les anciens possesseurs commencèrent par résister, puis, de guerre las, ils firent la paix, vécurent côte à côte avec. les nouveaux venus, se croisèrent avec eux et prirent leur

‘civilisation qui était en progrès sur celle desanciens temps. C’est ainsi qu’on trouve dans les mêmes tombeaux des

‘hommes à tête longue (dolychocéphale) et d’autres à tête courte (brachycéphale), et que l'antique race de Cro-

* Magnon cesse de former la majorité de la population.

/ Nos ancêtres de ces temps très lointains étaient encore sauvages ; cependant leurs industries dépassaient de beau-

. coup celles des sauvages modernes : ils portaient en germe

. Ja civilisation qui fait notre honneur. ;

Pour se procurer le.précieux silex dont ils faisaient leurs armes et leurs outils, ils creusaient, à l’aide d’un pic en bois de cerf, des puits d'extraction d’une grande profondeur et des galeries horizontales, -

Ïls avaient de grands ateliers auprès des puits pour le:

taillage du iles, et d'autres, plus loin, pour le polissage, Ces ateliers, très importants, ne répondaient certaine-

ment pas aux besoins d'une seule tribu, aussi retrouve-

ton leurs piérres taillées, facilement reconnaissables, dans tout le pays compris entre l'Atlantique, les Alpes ét le Rhin. :

L'ouvrier d'alors était d’une surprenante habileté. Parmi ses œuvres les plus merveilleuses, le docteur Verneau cite des poignards longe de quarante centimètres et plus, d'une élégance et d’une délicatesse si grandes, que le meilleur dessin n'en donnerait qu'une idée imparfaite. Malgré notre outillage moderne, peu d'ouvriers seraient capables d'exécuter des pie semblables. |

L'homme néolithique crée peu de types BORMES, mais il perfectionne les anciens.

Ilaméliore l’art du potier, Comme l’homme de l'époque

‘quaternaire, il n’a ni tour ni four, mais à l'argile il mêle

du spath, de très petites pierres, des débris de coquilles, et obtient une pâte plus ferme. Ses poteries ont parfois de la symétrie, de l'élégance et dénotent une véritable habileté.

L'homme quaternaire était exclusivement chasseur et pêcheur. L'homme de l'âge de la pierre polie est pasteur et agriculteur; il semble même avoir utilisé, pour faire du fromage, le lait des vaches, des chèvres et des brebis.

[1 se nourrissait de la chair des animaux domestiques, aussi de celle de l'urus, du bison, du sanglier, du porc des marais et du renard; il mangeait des faines, du gland, des

noisettes, des châtaignes d'eau, des pummes, des poires, et l'orge et le blé qu'il avait importés de l'Asie, Mangeait-il aussi de l'homme? Saint Jérôme dit que, de son temps, certaine tribu bretonne appréciait fort les fesses des jeunes garçons et les seins des femmes. Il ne

faut pas, heureusement, attacher trop d'importance aux

paroles de saint Jérôme, écrivain fantaisiste et peu fidèle. Il prétend d’ailleurs avoir pris ses renseignements dans les « Commentaires de César », où il n’est rien dit de pareil.

‘11 importe peu mue l'homme de l'âge de la pierre ait ‘ou non mangé son semblable, mais puisqu'il n’a laissé

aucune trace d’anthropophagie, pourquoi l'en accuser? I1 nous sera permis d'accorder au récit de saint Jérôme juste la même créance qu'à celui de cet auteur qui faisait vivre de chair humaine les chrétiens des catacombes de Rome.

Si nos ancêtres ne mangeaient pas leurs ennemis, comme le font encore certaines tribus de l'Afrique et de l'Amérique, ils faisaient la guerre. Des sépultures nombreuses, répandues un peu partout, en conservent la preuve dans des ossements. humains blessés de flèches

‘ restées dans la plaie.

Dès l'origine de l'humanité, l'Asie, toujours féconde, versait sur l’ouest le trop plein de sa population. Ces vagues humaines se poussaient l'une l’autre, sans trève, sans repos; mais à mesure qu'elles approchaient de l'Océan; elles se heurtaient à des masses de plus en plus énergiques. Les anciens occupants n'avaient derrière eux aucun refuge; les envahisseurs avaient la retraite

fermée par les bandes qui les suivaient : tous cependant voulaient une place au soleil. On se battait donc avec acharnement, pour la vie, pour la terre.

Le secret du développement intellectuel, de l’activité cérébrale de l'Europe, a sûrement pour cause la nécessité de résister toujours et toujours aux peuples que vomissait sans cesse la prolifique Asie.

C'est pour se défendre contre ces envahisseurs que l'hommie de l’âge de la pierre a construit des villages lacustres et des camps retranchés comme la cité de Limes, près de Dieppe, et le Calidu, près de Caudebec-en-" Caux.

Les hommes de l’âge néolithique avaient-ils encore pour vêtements des peaux d'animaux? C'est probable, Cependant, s'ils cultivaient et travaillaient le lin, c'était apparemment aussi bien pour se vêtir que pour faire des filets.

Leurs parures sont mieux connues que leurs vêtements. Elles consistaient en pendeloques, coquilles

. marines et grains de colliers. La coquetterie avait fait

son apparition. C’est pour plaire à la femme que l'homme

‘ travaillait, avec autant de patience que d’häbileté, ces roches qui provenaient tantôt de notre sol, tantôt du

Caucase et même de l'Inde. Il semble vraiment que c’est aux sollicitations du fils divin d’Aphrodite que nous devons les premières relations commerciales ét les premiers essais de civilisation.

Quant arrivèrent les Asiatiques, — qui apportaient le

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