GXXXI HOMMES ONT OCCUPÉ CE PAYS AVEC THORFINN
Par ces trois découvertes {la tour de Newport, les squelettes de Fall River et le Dighton Rock) nous avons démontré que les Normands ont séjourné en Amérique “aux xt et xre siècles.
M. Horsford a publiéen 1884, sous le titre : Discovery of America by the Northmen,un ouvrage que nous regrettons de ne pas connaître et dans iequel il donne sans doute son appréciation sur ces trois découvertes. Toutefois, dans
.! La découverte de l'Amérique par les Normands au x° siècle; Paris, Maisonneuve, 1874. — Notice sur le Roc de Dighton et le séjour des Scandinaves en Amérique au commencement du ongième ‘siècle (Congrès des américanistes; session de 1875),
Re
le très beau volume qu'il a eu la bonté de nous envoyer,
il va plus ‘oin et prouve que l'occupation a duré plusieurs-
siècles.
Ii a reconnu les prabdes pêcheries de Stony Broock,
d’une surface de plus de quatre acres, soigneusement
pavées; des digues très bien construites dont il donne deux photogravures; des canaux artificiels répandus un peu partout dans le bassin de la rivière Charles; le site de l’ancienne-cité de Norumbègue, avec ses bassins maçone
‘nés, ses quais, ses digues ; des bornes, encore bien conser-
vées, plantées le long de la rivière Charles, en aval. IL donne la photogravure de deux amphithéâtres situés, l’un près de Bird’s Pond, l’autre à un demi-mille à l'est de l'arsenal des États-Unis : il s'agit ici de degrés en demi. cercle taillés dans les collines.
Cés divers travaux ne sont l'œuvre ni des Indiens, ni des Anglo-Saxons.
Etant donné que les Norses ont occupé le pays, on s'explique sans peine la valeur historique de ces ruines et l’'usoge des amphithéâtres. Les premières répondaient aux besoins de l'industrie, les autres aux besoins de la justice: et de la politique. :
En Islande, patrie des Norses du Vinland, les tribus se réunissaient tous les ans, au mois de juillet, dans ler Thingvalla. En ce lieu se trouvait un bloc de lave revêtu de gazon. C'était le /ügberg, « Montagne de la loi », siège du parlement de l'île. À son sommet prenait place le lügmadr, « l'homme de la loi. » Au-dessous de lui siégeaient les chefs. Là se jugeaient, sans appel, les crimes,
- délits, conflits, entre citoyens; là aussi se décidaient Les affaires de la nation.
Les Norses ont dû porter dans le Vinland cette coutume de leur pays, quand ils virent que leur séjour se prolongeait, devenait définitif, qu’il y avait nécessité pour eux de se constituer politiquement.
Et maintenant, pourquoi ce nom de Norumbègue appli-
qué au Vinland des Scandinaves?
. M. Horsford résout cette question très simplement. Il relève les différentes formes données à ce nom suivant les temps et les auteurs, et démontre, indiscutablement, qu'il vient, en passant par plus de vingt transformations, de Norvegia, Norge, Norway, Norvège.
Une dernière question reste à résoudre. Où étaient situées la Norumbègue et la cité du même nom ?
Les recherches ont été très pénibles et très coûteuses, mais l’auteur se présente avec la reproduction en phototypie d’une trentaine de cartes des xvic et xvrr siècles, et ces cartes établissent que la Norumbègue doit être cherchée entre 42° 14/ et 42° 38/ de latitude nord, sur la Charles River.
Comme le dit M. Horsford : Si ces cartographes et historiographes, qui représentent des nationalités diverses et parfois rivales, n’ont pas conspiré ensemble, pendant soixante-dix ans, pour tromper leurs souverains, le monde géographique et eux-mêmes, il faut (must) reconnaître qu’il y a eu une éité de Norumbègue.
Après l'étude de M. Eben Norton Horsford, il n’y a plus à douter.
ne D
Les Normands ont découvert l'Amérique cinq cents ans avant Christophe Colomb et se sont maintenus plusieurs siècles, en Corps de nation, dans le Massa. . chusetts; c'est au profit du Vinland « le bon Vinland » (Vinland det Goda) que le Grônland s'est dépeuplé, car ses émigrants, quand ils avaient. passé quelque temps dans ce riche et beau pays, ne pensaient plus à retourner aux plages infécondes, aux glaciers, aux brumes, aux misères de l’Osterbygde.
Malgré leur civilisation relativement avancée, il se fondirent peu à peu dans la population indigène, non toutefois sans laisser dans la langue, dans la nomenclature géographique, dans le sol même, des traces de leur génie et de leur origine.
Ajoutons, pour terminer, que le savant et consciencieux travail de M. Horsford est écrit clairement et.se présente admirablement tant comme illustration que comme impression et même comme papier.