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L'EUROPE

A usQ’ ua ces derniers tempsles Français el connurent peu l'étranger. Ils vécurent dans la pensée qu'ils étaient A les premiers soldats, les premiers | artistes, les premiers industriels du | monde. Ils n'avaient pas tout à fait

en négligeant leur armée, en fermant les yeux sur le mouvement artistique, industriel et commercial de l'Europe. Le coup de foudre de 1870 les a remis dans la bonne voie au point de vue militaire. Les artistes reconnurent

1 L'Europe, par M. Émile Levasseur, de l'Institut, avec Ja collaboration de MM. Han, Trourssart et Deniker, (Extrait de la Grande Encyclopédie, t. XVI); Paris, H, Lamirault et Cie, 1892.

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en même temps, avec stupéfaction, que certains étrangers les serraient de près, les égalaient parfois, et de temps en temps les dépassaient.

Le commerce, l'industrie et l’agriculture firent la même remarque.

La leçon n'a pas été perdue, heureusement, Les Français veulent aujourd’hui tout voir et tout savoir, afin de soutenir, avec toutes les chances possibles, le grand combat de la vie.

La géographie, qui est le plus sûr des guides, longtemps méconnue, a maintenant le don de les captiver. Ils comprennent qu’une armée, un politique, un négociant ne peut manœuvrer avec succès que sur un terrain connu ; qu'il est indispensable, pour vaincre ses ennemis et dépasser ses rivaux, de connaître leurs forces, leurs moyens d'action, les causes et les multiples éléments de

leur puissance.

En écrivant pour La Grande Encyclopie, la géographie de l’Europe, notre éminent collègue, M. Émile Levasseur, a voulu nous montrer la situation de la France dans le monde européen, les manifestations de son activité qui sollicitent plus particulièrement notre attention. En nous la montrant en progrès sur certains points, faiblissante sur d’autres, il nous invite à ne rien perdre de notre puissance de travail et d’intelligence. En nous montrant la France toujours grande, forte et généreuse, il nous apprend à l'aimer, à la servir.

L'Europe, dont la France occupe Je plus beau site, n’est qu'une péninsule de l'Asie. Située presque entièrement

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dans la zone tempérée, admirablement articulée, de forme vivante, elle est la tête de l’ancien continent. Elle vieillit. Hélas ! tout vieillit, les hommes, les femmes, les mondes, les dieux, mais son altière ramure longtemps encore abritera l'humanité. Les civilisations ont germé en Asie; mais elles ont eu leur floraison et leur maturité en Europe, surtout dans l'Europe occidentale. C’est de cette corne d’or qu'elles ont rayonné sur l’orbe terrestre et c’est là que 1estera leur flambeau divin.

M. Levasseur suit la terre dans ses évolutions diverses. [l la montre à l’état stellaire, à l’état planétaire, roulant dans l’espace pendant des millions d’années, de siècles, se condensant, se tassant pour ainsi dire. Puis les forces telluriques entrent en activité, disloquent les couches solides qui se forment, ballonnent les plaines et soulèvent les montagnes. Des pluies diluviennes, électriques, purifient l’atmosphère ; les eaux, par leur éternel balancement, engloutissent des continents, produisent des terres nouvelles, et incessamment, jour après jour, modifient le relief et les contours de la surface solide. La sphère enfin se solidifie, s’'épure, les soulèvements et les dépressions forment aux eaux un vaste lit, la vie donne son premier sourire.

M. Levasseur ne touche pas au point initial de la vie, mais il en marque la gradation, l'intensité, les zones de développement.

Les montagnes dessinent leurs contours, projettent vers le ciel le fouillis de leur architecture, se coiffent de calottes de glace, se parent de végétation, agissent sur Je climat

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et la distribution des eaux, sur l'apparition et les transformations de la flore et de la faune. Et, doucement, la vie passe des fucoïdes et des annélides des temps primaires au platane et à l’homme de la fin de l’époque tertiaire, pour continuer, sans s'arrêter jamais.

Ce n'est pas un progrès réglé par une volonté quelconque, mais un jeu des forces cosmiques. I1 y a des cataclismes, des extinctions, des floraisons nouvelles qui disparaissent à leur tour pour faire place à d’autres. Pourtant, prises dans leur ensemble, ces révolutions, qui se continuent sous nos yeux, perfectionnent l'habitat, la flore, la faune et même l'humanité. Viendront ensuite la vieillesse, la décrépitude, la mort.

M. Levasseur étudie, dans leur formation, leurs grandes lignes et leur action, les montagnes et les fleuves. Question très importante, car les montagnes et les fleuves sont les facteurs principaux dela vieterrestre. L’effritement des montagnes et le mouvement des mers modifient incessamment le relief et les contours des terres. C’est par les cols de montagnes et les fleuves que les peuples effectuent leurs migrations et commencent à faire du commerce.

Un fleuve arrose ou draîne une certaine surface qui forme un bassin, délimité par une ligne de faîte plus ou moins apparente. Cette division est fort commode pour l'étude, car chaque bassin a quelque chose de particulier. Mais je pense, comme notre auteur, qu'il ne faut pas en abuser et figurer sur les cartes, par de longues chenilles, des montagnes qui n'existent pas,

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M. Levasseur expose la division en bassins des eaux européennes, le rôle hydrographique des groupes alpestres, l'étendue des contrées vivifiées par chaque grand fleuve : il rend ainsi sensibles la richesse, l’activité commerciale, le développement de la civilisation et ouvre le champ de l’histoire.

Le climat, régulateur de la vie terrestre, a aussi son explication. [1 résulte à la fois de la latitude, de l'altitude, de la distance des montagnes, des fleuves, de la mer et des courants océaniques. Ce fait a sa confirmation dans un tableau qui donne, pour un grand nombre de points, la position astronomique, l'altitude, la moyenne de la température et des pluies, la nature des productions.

Une petite carte indique les courbes isothères et isochimènes, la limite septentrionale de l'aire de production de l'olivier, du sapin argenté, de la vigne, du châtaignier, du hêtre, du houx, du chêne pédonculé, du pin commun et du bouleau. A l’aide de quelques observations accessoires, on voit les limites de chaleur et de froid propres à chaque culture, à chaque race animale. L'homme seul a le privilège, grâce à son industrie, de supporter des variations de température de 130 degrés.

Nul encore n’a pu dire en quel lieu l'humanité a poussé son premier vagissement. Ce qui paraît certain, c'est que son apparition dans l'histoire date seulement de son séjour dans les steppes de l'Asie. Elle était alors bien loin de son berceau qui, peut-être, gît sous les glaces polaires.

M. Levasseur la prend à ce moment, la suit dans ses

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migrations, relève la formation et la dislocation des empires, les groupements politiques, l’origine des nations et la conception de la notion de la patrie.

C'est merveilleux ces exodes discontinus, ces fleuves humains qui coulent d'Orient en Occident. Chaque flot est poussé par un autre flot, et il marche toujours, assouvissant ses convoitises, son amour du carnage et du bien d'autrui.

Quand tous sont casés, tant bien que mal, surgissent les héros, les conquérants; et les bons peuples continuent de se massacrer et de se piller. Cela se passait au temps de l’âge de pierre, au temps d'Attila, de Charlemagne, de Tchenkiz-Khän, cela se passait hier et se passera demain. Cependant, que gagne un peuple à faire des conquêtes ? Des coups, une aggravation de sa misère et la gloire de mettre une couronne de laurier sur la tête d’un homme.

Pour la période de 1801 à 1800, par exemple, la mobilité des frontières est instructive. La France avait, en 1801, une surface territoriale de 630 millions de kilomètres carrés. En 1830, cette surface n’est plus que de 536 100 000 kilomètres carrés. En 1860, elle monte à 550 millions. En 1870, elle tombe à 536 500 000. De 1801 à 1870, la France a donc perdu 93 500 000 kilo-

mètres carrés, plus d’un septième de son territoire, et cela malgré le sacrifice de plusieurs millions de jeunes gens, qui étaient le présent et l'avenir du pays.

M. Levasseur donne la liste des villes de l'Europe qui comptent plus de 100 000 habitants.

Paris tient le 2e rang, Lyon le 20°, Marseille le 28e,

Bordeaux le 37e, Lille le 6re, Toulouse le 82e, Saint- Étienne le 93e, Nantes le 1o1e, le Havre le 103°, Roubaix le 109€, Rouen le 1 12e et Reims le 115e,

Autrefois, la fusion des races s’effectuait surtout par la guerre. Aujourd’hui, le même phénomène s’accomplit par les chemins de fer, le télégraphe et la navigation à vapeur. Un jour viendra, dans bien longtemps, où, brassée par les siècles, l'humanité ne formera plus que deux ou trois nations. Vivront-elles en paix, ces nations ?

Les religions suivent le même mouvement. De jour en jour elles s'effritent et se dissolvent. Leur classement est tout à fait arbitraire. On compte comme membres d’une religion des milliers et des millions de gens qui n’en ont cure ou même la combattent. Mais, comme le dit l’auteur, la statistique ne saurait fournir une véritable mesure de la foi religieuse, affaire de conscience, qui n’est pas de son domaine.

Sous cette réserve, voici, pour l'Europe, le résultat des recensements de 1880 à 1891 :

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Autres confessions chrétiennes. .... 1 464 000 OUI ANR Ne PR PE DE 6 437 000 DUREE di va die eh ee pipe dit 4 999 000

Après les religions, il faut revenir à la guerre. Les six principales puissances européennes entretiennent, en temps Jde paix, une armée de terre de 2 650 000 hommes

et une armée de mer de 229 oo0 hommes. Cela représente une perte de travail qui dépasse de beaucoup 6 milliards. Ces hommes coûtent bien aussi quelque chose, et leur matériel, qu’il faut entretenir et renouveler souvent, vaut des milliards. Ces dépenses insensées sont la ruine de l'Europe.

Si une guerre européenne éclatait, ce n'est plus 2 600 000 hommes, mais 14 millions qui entreraient en ligne.

L'Europe comptant 360 millions d'habitants, dont 72 millions d'hommes de 20 à 5oans, la guerre engagerait plus du quart de la population valide. Combien ne reviendraient jamais ! Combien reviendraient avec une santé perdue ou des membres de moins! Ce serait le triomphe des infirmes et des avortons, de ceux que Sparte sacrifiait comme incapables de porter les armes. Ce sont eux pourtant qui auraient charge, les massacres terminés, de reconstituer la population ; l'Europe perdrait sa prépondérance.

Les nations, armées jusqu'aux dents, se guettent l’une l’autre comme au coin d’un bois. Celle qui aurait la moindre défaillance, la moindre distraction, serait sûrement égorgée par ses bonnes voisines. Dans cette situation, qui est l’état de barbarie, nous devons à l’armée tous les sacrifices, tous les respects, car elle est notre ultime espérance, la gardienne, dévouée jusqu’à la mort, de nos biens, de nos personnes, de notre nationalité, de notre honneur.

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En même temps que les armées, les budgets se gonflent monstrueusement.

De 1869 à 1891, c’est-à-dire en 22 ans, ils ont monté, pour l'Europe, de 11 à 21 milliards,

La dette publique de l'Europe a suivi la même progression. A la fin du xvrrre siècle, elle était de 12 milliards; les triomphes et les désastres du premier empire l'ont portée à 37; en 1850, elle atteignait 40; le second empire l’a fait monter à 65; en 1891, par suite de la situation faite à l'Europe par ce gouvernement, elle a bondi au chiffre effrayant de 124 milliards. Dans le court espace de 90 ans, budget et dette ont plus que décuplé. Et ce n’est pas tout, car la barbarie européenne est encore triomphante.

Passons à la géographie économique et voyons quelle place y tient notre cher pays.

Pour la production de l’épeautre et du froment, la France est bonne première. Sa moyenne de production a été :

De 1831 à 1840, de ....... 68 400 000 hectol.; De 1876 à 1882, de..,..... 100 500 000 — De 1885 à 1890, de ....... I10O 000 000 —

Dans la même période, la production de l'empire allemand s'est élevée de 18 à 39 millions; celle de la Russie, de 39 à 97; celle de l’Europe entière, qui était de 236 millions 3, en 1831, se chiffrait, en 1891, par 468 millions. La part de la France est de près d’un quart. Nos agriculteurs ont donc rompu avec la routine, Ils

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comprennent que la terre ne demande pas du repos, mais de la nourriture et des soins, qu'elle ne gonfle ses saintes mainelles que pour qui l'aime et la soigne avec intelligence.

Bien que l’Europe occidentale soit le pays du monde qui produise le plus abondamment la précieuse céréale, la densité de sa population la force d'en importer de l'Amérique et de l'Asie, même dans les meilleures années, des quantités considérables.

Je passe sur divers chapitres très intéressants et je m'arrête aux forêts.

L'Europe en possède 290 700 000 kilomètres carrés.

La Russie entre dans ce chiffre pour 190 600 000, l'empire allemand, pour 13 900 000, la France, pour 9 400 000. Le rapport de la surface territoriale à la surface boisée est de 38 o/o pour la Russie, de 25 o/o pour l'empire allemand, de 18 o/o pour la France.

Le produit moyen par kilomètre carré est de 7 fr. 30 pour la Russie, de 44 fr. 6o pour l'empire allemand, de 75 fr. 40 pour la France,

Parmi les produits de la ferme, les chevaux appellent surtout notre attention, parce qu'ils sont un élément de trafic et de défense nationale.

De 1860 à 1889, la Grande-Bretagne et l’Irlande ont passé de 1 600 000 à 2 millions; la France, de 2 900 000 à 3 490 000; l'empire allemand, de 3 400 000 à 3 520 000; la Russie, de 15 200 000 à 21 060 000; l’Autriche- Hongrie, de 3 300 000 à 3 930 000 ; l'Italie est tombée de 1 300 000 à 600 000.

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Après de précieux détails sur le commerce international, M. Levasseur passe à l’industrie cotonnière, qui est d’un grand intérêt pour la Normandie.

Le Royaume-Uni excepté, la France a tenu le premier rang en 1830 avec 30 800 000 kilogrammes ; en 1850, avec 63 400 000 kilogrammes; en 1870, avec 99 600 000; en 1887-88, avec 140 400 000, elle est primée par l’Allemagne et la Russie qui atteignent, l'une 171 800 000 kilogrammes et l’autre 167 100 000.

Quelles sont les causes de ce recul ? les grèves, qui sont exploitées par de vils intrigants ? le manque d'initiative ? un dédain irréfléchi du goût des acheteurs exotiques ? aux hommes du métier de chercher, de donner à cette grande industrie une impulsion nouvelle.

Le mouvement commercial a pour facteur de premier ordre les voies de communication. Très anciennement, les fleuves étaient les seules routes praticables. L'homme ayant osé affronter la mer, il étendit ses connaissances géographiques et l'aire de son commerce, Il ouvre ensuite des routes pour relier entre eux les grands centres de population, puis il creuse des canaux pour relier les fleuves. Dans la première moitié du xrx® siècle commence enfin la construction des chemins de fer. De bons esprits considérèrent les chemins de fer comme un joujou, bon tout au plus pour aller de Paris à Saint-Germain ou à Versailles. Bientôt le prétendu joujou s’afhrme comme un outil d’une incomparable puissance. Il éventre les montagnes et passe triomphalement au-dessus des fleuves et des vallées. Il devient un instrument de guerre de

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premier ordre. A lui de transporter sur un point donné, en un temps voulu, les bataillons qui doivent défendre le sol de la patrie. En un demi-siècle, ce joujou béni a centuplé les forces commerciales et transformé l’industrie, détruit les anciennes préventions, les antiques croyances, activé la fusion des intérêts et des races, poussé à la paix que les honnêtes gens implorent en vain depuis l’origine des temps. Il est permis dedire que la locomotive a créé un monde nouveau plus civilisé et meilleur, sous tous rapports, que l’ancien. Jour après jour, le réseau des chemins de fer va serrant ses mailles, étendant ses bienfaits.

L'Europe en avait, en 1845, 9 1 50 kilomètres ; en 1850, 23 088; en 1870, 100 927 ; en 1890, 222 926.

La longueur des chemins de fer français était, en 1845, de 870 kilomètres; ën 1850, de 3019;en 1870, de 15 632; en 1890, de 36 805.

La France occupe le 8° rang par rapport à la surface, le 3° par rapport à la population. Les deux premiers rangs sont tenus par la Suède et la Bavière.

Le mouvement postal a suivi la même progression que les chemins de fer. Il faut constater, quoiqu'il en coûte, que la France est encore très en retard. La moyenne des lettres expédiées, par habitant, est de 47 pour la Grande- Bretagne et l'Irlande, de 35 pour la Suisse, de 26 pour l'empire allemand, de 22 pour la Belgique, de 21 pour le Danemark et les Pays-Bas, de 20 pour le Grand-Duché de Luxembourg, de 19 pour la France, de 18 pour l'Autriche, de 9 pour la Hongrie, de 5 pour le Portugal,

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de 6 pour l'Espagne, de 8 pour l'Italie, de 3 pour la Grèce, de 2 pour la Russie,

Pour les dépêches télégraphiques, le nombre, par centaine d'habitants, est de 138 pour la Grande-Bretagne et pour la France, qui tient le second rang, de 69.

En 1867, après quatorze cents ans de monarchie, la France expédiait, par habitant, 9 lettres ; en 1888, vingt et un ans après, 19. C’est un progrès. Elle vient derrière les nations protestantes, mais en tête des nations catholiques et grecques.

La marine marchande aussi a mis à profit la vapeur et a fait d'immenses progrès. La France a lutté crânement. Sa flotte tient le deuxième rang pour le nombre des navires ; pour le tonnage, elle est distancée par la Norwège et l'empire allemand.

L'Europe compte 25 grands ports :

Marseille vient le 6° avec ...... 8 700 000 tonnes;

Le Havre, le gt avec....,.,,,, 5 200 000 — Bordeaux, le 16€ avec .,....... 2 800 000 — Dunkerque, le 21#avec.,..,..., 2 300 000 —

Les entrées et les sorties en navires chargés sont :

Pour la Grande-Bretagne et l'Ir-

lande, de......,..,.....,....,.. 62 800 000 tonnes; les Pays-Bas, de ,..........,., 23 300 000 — la France, dés ec uue se 6000 + 22 900 000:

l'empire allemand, de ,....,.,,. 21 500 000 —

La situation monétaire est très compliquée. J'en détacherai seulement quelques chiffres.

La circulation monétaire de l’Europe {moins la Bulgarie et la Serbie) est, en or, de...... 12 143 millions de fr. en argent, de... iiicsvse: 4802 — en monnaie d'appoint, de.. 2 617 —

Soit une masse monétaire de... 19 615 —

A cette somme il faut ajouter :

L'’encaisse métallique des ban-

ques d'État, hu, #08 … Les billets au porteur en cir-

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ce quidonne, pour le mouvement monétaire ou fiduciaire de l'Europe, un total de ...........,. 42 519 millions defr. :

Cette montagne de milliards se répartit ainsi pour la part des grandes puissances :

Monnaie en circulation :

France... sssosess 7-09 MHdOns dé francs:

Moule ici avecetis dd 108 — Empire allemand .,..... 3 518 —

ec on ne Autriche-Hongrie.,..... 634 — Grande-BretagneetIrlande 3 280 — s

Encaisse métallique des banques d'émission :

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France................. 2 882 millions de francs: fe RO une I 772 PE 14

Empire allemand........ 1 224 — [ LS APT AA RER 219 — 4 Autriche-Hongrie ....... 566 — je Grande-BretagneetIrlande 695 es je La France tient donc le premier rang sous le rapport h

financier. Sa masse monétaire est égale, à quatre cents millions près, à celle dela Triple-Alliance et de l’Angle- ; terre réunies. }

Il semble que cette fortune métallique devrait rendre (à la France arbitre de la paix et de la guerre. 1}

Par contre, dans le commerce spécial {non compris les À métaux précieux) elle ne vient qu'au troisième rang. Il faut tenir compte toutefois que le zollverein allemand comprend le grand-duché de Luxembourg.

Je vous demande pardon de vous citer encore des il chiffres : ce sont les derniers. Je ne vois d’ailleurs pas if comment je pourrais, sans le secours des chiffres, vous “TA donner un clair aperçu du commerce spécial de l’Europe. 2

Voici donc ces chiffres, en millions :

La Grande-Bretagne passe de 2 200 mil. à 15 100 mil.;

La France — de 900 — à 9300 — Le Zollverein allemand — de 800 — à 7500 — L'Autriche-Hongrie — de 400 — à 3400 — ‘4 La Russie | — de 5co — à 3000 — . Les Pays-Bas — de 400 — à 3000 —

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La Belgique passe de 300 mill. à 2 900 mill.

L'Italie — de 300 — à 1600 —

Cette période a été favorable à la France, de 1870 à 1880 surtout, car, dans ces dix ans, elle a gagné 3 600 millions. La période 1880 à 1890 est au contraire mauvaise. Tandis que pour toutes les autres nations l’augmentation est normale, la France perd un milliard cent millions et se laisse distancer par le Zcllverein allemand. I] faut bien le dire, le commerce n’est pas seul responsable de cette déchéance. C’est à lui pourtant que revient la mission d’en rechercher les causes, d’en indiquer, au besoin d’en imposer le remède.

En résumé, il résulte du beau travail de M. Émile Levasseur, qu’on ne saurait trop lire et méditer, que l’Europe déploie la plus grande activité, que le temps est passé pour nous d’en prendre à notre fantaisie, de vivre sur notre bonne renommée; que nous devons user de toute notre énergie et imiter les hardies tentatives des anciens marchands de la Normandie pour s'ouvrir des débouchés.

Il résulte encore de l'étude de M. Levasseur, que c’est toujours en France qu’il fait le meilleur vivre. Michelet dit quelque part qu'au temps de Henri IV tout le monde aurait voulu être Français. Ilen doitêtreencore de même, malgré la prépondérance éphémère de l'Allemagne. Pour mon compte, si je n'étais pas Français, je voudrais l’être.

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