M. RAYMOND MARAIS
Procureur général — Officier de la Légion d’honneut Membre de la Société normande de Géographie.
NE 23 mai, une douloureuse nouvelle s’est répandue en ville.
M. Raymond Marais, procureur général, frère de notre ancien président, M. Octave Marais, venait de succomber.
EIRE PRTEE M. Raymond Marais était dans ù ftes à de l’âge, d'apparence robuste, et ce que l’on attendait, c'était de le voir s'élever encore dans la hiérarchie judiciaire. :
Toutes les autorités civiles, militaires, judiciaires, ecclésiastiques, politiques et scientifiques, le barreau, les sommités commerciales et industrielles, beaucoup d’amis, quelques-uns venus de très loin, ont eu à cœur de lui rendre un dernier hommage, d'apporter à sa famille, si
cruellement éprouvée, un témoignage de respectueuse sympathie.
Immense était le cortège et profonde l'émotion que causait la perte de ce magistrat de si grand cœur, entouré de tant de respect et d'affection.
Devant le tombeau de famille, au moment du dernier adieu, M. Le Sénécal, président de chambre, remplaçant M. Beylot, premier président, retenu par une indisposition, a pris la parole au nom de la « famille judiciaire ». Avec une indicible émotion, que partageaïit l’assistance, il a exprimé, en termes d’une infinie délicatesse, les regrets que causait la perte de M. Marais. « Il a dû, dit-il, » sa brillante et trop courte carrière non moins aux » qualités de son esprit et de son cœur qu’à ses talents » d'administrateur et à la science du jurisconsulte. Dans » ses délicates fonctions, il était de ceux qui ont le rare » bonheur de savoir allier, dans une juste mesure, la » bienveillance à la fermeté. Sa courtoisie et son affabilité » n'avaient d’égales que son amour du devoir, et ceux » mêmes qui n'avaient pas trouvé auprès de lui la satis- » faction de leurs espérances ne se retiraient pas sans » rendre justice à cette qualité dominante de son caractère » et qui fait le vrai magistrat : l’impartialité.
» Hélas! » dit-il encore, « notre regretté Procureur » général ne laisse pas un vide profond dans nos rangs » seulement... Quelles plus poignante affiction que celle » de cette famille, dont il était la fierté, l'âme et la vie. » époux et père adoré! Quel deuil pour tous les siens » et pour son frère bien aimé, l’un des plus éminents
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» avocats de notre savant barreau. celui dont la constante » tendresse consola ses derniers jours. »
M. Ernest Hendlé, notre cher et respecté préfet, pleure à la fois l'ami sûr, dévoué, affectueux et l’homme éminent, honneur de la magistrature, défenseur convaincu de la République. Il produit surtout la plus vive émotion quand il évoque son image, hier encore si vivante, où se reflétait si heureusement sa vaste intelligence, sa noblesse de cœur et son infinie bonté.
M. Théophile Laurent, maire, se faisant l'interprète du deuil de la ville de Rouen, rappelle que M. Raymond Marais a fait ses études au lycée Corneille et qu’à Rouen, où il aimait à vivre, il a conquis plusieurs de ses grades.
M. Chanoïine-Davranches, avocat général, a pris la parole au nom du parquet. Il a eu avec M. Marais des rapports quotidiens. Il avait donc pour lui autant d'affection que de respect, car nul ne l’approchait sans éprouver pour lui ces deux sentiments.
D'une voix éloquente et profondément attristée, il retrace la vie du magistrat, son caractère d’une beauté si complète. Il parle avec son cœur, avec ses souvenirs, et nous montre M. Marais tel que nous l’avons connu, admiré, aimé, Voici cet émouvant et beau discours, que M. Chanoine-Davranches nous permettra de lui emprunter :
« Messieurs,
» Appelé par l'empêchement de mon collègue plus ancien à prendre la parole dans cette lugubre cérémonie,
je ne chercherai pas à dissimuler mon émotion. Elle est aussi vive, aussi poignante que nos regrets sont profonds et amers. Personne ne s’en étonnera dans cette imposante manifestation de la douleur publique. Quand on a connu, pratiqué notre Procureur général, on comprend le vide immeuse qu’il laisse derrière lui, pour nous surtout, sa famille du Parquet, qui avons passé près de lui tant d'heures si douces, si faciles, si attachantes, retenus dans les liens d'une déférente sympathie, qu’avaient su créer son affabilité naturelle et son aménité parfaite. De cette intelligence d'élite, de cette âme élevée, de cette nature supérieure, bonne, accessible et dévouée, il ne reste plus que le souvenir. Nous nous faisons mal à l'idée d’une séparation sans retour : en nous rappelant la constitution vigoureuse de M. Marais, ses apparences robustes, nous étions en droit d'espérer qu'il serait longtemps conservé à ce grand ressort de Rouen. La mort est veriue, et après avoir engagé avec lui une lutte effroyable, elle a remporté une dernière victoire. Ne cherchez pas où elle a frappé: elle a pris pour armes contre lui ses deux meilleures qualités. M. Marais a succombé victime de l’accomplissement de son devoir et de son affection pour les siens. Profondément bouleversé l'année dernière par le décès de sa mère qu'il adorait, il avait gardé de sa perte un fond de tristesse insurmontable. L'économie de sa santé s’est peu à peu modifiée; la tendresse inquiète qu'il
avaii pour sa famille a voulu dissimuler les altérations | profondes qu'elle avait subies. 11 n'admettait pas non plus que les exigences de sa charge pussent souffrir de ses