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défaillances physiques. L'énergie qu’il a déployée dans la réalisation de cette pensée généreuse a été la cause première, j'allais dire unique de sa mort.
» [Issu d’une famille normande où le savoir et l’éloquence sont comme de race, M. Marais était entré, en 1870, avec la République à laquelle il avait voué ses convictions les plus ardentes, dans la magistrature debout, et s'y était bientôt, quoique dans des postes inférieurs, fait une place à part. Ses chefs ne pouvaient manquer de le remarquer et d'apprécier sa haute valeur. Ils la signalèrent au Gouvernement ; la direction du Parquet de Rouen lui fut confiée et mit promptement en lumière ses qualités maîtresses d'administrateur, sa merveilleuse faculté d’appréciation, la rapidité et la sûreté de ces décisions, son ardent amour du travail, l'intégrité de son caractère. La croix de la Légion d'honneur fut la première récompense de ses services. Un plus haut témoignage lui fut donné quand il fut appelé au Parquet général d'Angers. Je ne redirai pas avec quel tact il sut « faciliter les rapproche- » ments, apaiser des dissentiments de toutes sortes, placer » son action au-dessus des querelles des personnes et des » intérêts des partis. » Son succès fut si complet, a dit M. le Premier Président Montaubin, dans le discours de son installation, qu’au jour où il a quitté l’Anjou pour venir prendre la haute direction des Parquets de ce ressort, des regrets unanimes ont salué son départ.
» Si nous connaissons par oui-dire ce concert d’éloges dont la signification toute spéciale pouvait le rendre justement fier, c’est à Rouen, dans son ressort d’origine,
où il était heureux de revenir, qu'il nous a été donné par un commerce journalier de le voir plus particulièrement à l'œuvre, attentif aux plus petits détails du service, voyant tout par lui-même, débordant d'activité, ne laissant rien échapper à sa critique indulgente et à son examen. Il veillait avec une sollicitude incessante à la situation de ses subordonnés, écoutait avec une infatigable bienveillance leurs désirs, cherchant autant qu’il était en son pouvoir à les réaliser, poursuivant avec une volonté inflexible la réussite de ses propositions, n'épargnant pour cela ni soins ni peines, courant au ministère, nous en avons eu, hélas! la preuve trop récente, au péril de sa vie, apportant d'autre part à l'audience, quand il la croyait utile, l'autorité de sa parole claire, juridique, saisissante par sa netteté autant que par sa précision; sachant réaliser partout et toujours l'alliance de la prudence dans le conseil, de la droiture, de la modération et de la fermeté dans la détermination. Sa haute intelligence était ouverte à tout ce qui est grand et qui peut être utile. C'était un magistrat dans la grande et belle acception du mot. Le gouvernement de la République reconnaissait récemment ses éminents services en l’élevant au grade d’Offcier de la Légion d'honneur. Ii perd en lui un homme de cœur, de caractère et de conviction, la France un de ses meilleurs citoyens, la magistrature des Parquets du ressort un chef impartial et respecté, nous tous, ses collaborateurs plus intimes, un guide bienveillant, un soutien assuré, un ami sincère et dévoué.
» Je ne veux pas, Messieurs, oublier dans ces tristes
adieux sa famille si durement éprouvée, si cruellement atteinte, et qui a été l’objet de ses plus constantes préoccupations. Je veux m'incliner surtout devant l'immense chagrin de la compagne aimée de sa vie, qui a cherché vainement dans les ressources d’un inépuisable dévouement à enrayer les progrès d’un mal qui ne pardonne pas, de ses chers et charmants enfants. La mort s’est montrée impitoyable. Nous sommes, Messieurs, atterrés de son arrêt, et nous venons déposer sur ce cercueil l'expression de notre douleur profonde et de notre respectueuse et reconnaissante fidélité à la mémoire du chef et de l’ami qui n’est plus. »
Ainsi la mort aveugle laisse tomber de caducité des inutiles, des malfaisants et frappe sans pitié les bons, les mieux doués, ceux qui sont le plus aimés, dont l'existence
est précieuse, utile au pays.
Dans ces terribles épreuves, contre un mal sans remède, nous devons nous armer de courage; nous devons aussi, aux familles si cruellement éprouvées, une réconfortante et respectueuse sympathie. Nous nous inclinons donc, avec une émotion douloureuse, sur la tombe de M. Raymond Marais, et nous supplions Madame Marais, ses enfants, sa famille, M. Octave Marais, notre cher ancien président, d’agréer l'expression de nos respectueuses condoléances, et de croire que nous garderons, dé leur bien aimé défunt, un pieux et fidèle souvenir.