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l8 DE MONTRÉAL À VICTORIA.

Par sa situation pittoresque au fond d'une gorge entourée de montagnes superbes, et par ses fameuses sources d'eaux sulfureuses qui sortent de terre à une température de 120 dégrés de rhaleur (Farenheit), Banff seia bientôt pour le Canada ce que sont aujourd'hui les célèbres sources chaudes de l'Arkansas pour les Etats Unis.

Les médecins attribuent à ces sources des qualités curatives qui ne manqueront pas d'y attirer les malades et les invalides de tous les pays. Les paysages magnifiques qui se rencontrent à chaque pas, le gibier qui abonde dans les montagnes environnantes et les eaux poissonneuses de la rivière des Arcs — Boiv- River — en feront un lieu favori pour le sportman, l'artiste et l'amateur de la grande nature.

Le gouvernement a déjà construit des routes superbes qui conduisent de la gare de Banff jusqu'à l'endroit où les eaux s'échappent, dans un atmosphère de souffre, du liane escarpé d'une montagne boisée de pins touffus et d'épinettes sombres.

La compagnie du Pacifique est en train de construire un grand hôtel, au fond de la vallée, sur les bords de la rivière des Arcs, au pied d'une cascade mugissante. Un poète n'aurait

jamais rêvé de site plus enchanteur. La nature a tout fait pour Banff au point de vue du paysage et l'entreprise moderne n'a plus qu'à y cijouter le confort et le luxe nécessaires de la vie d'aujourd'hui, pour en faire un endroit qui rivalisera avant lon^;tcmps avec les villes d'eaux les plus célèbres de l'Europe et de l'Amérique. Facile d'accès par le chemin de fer pour les habitants des côtes de l'Atl-^ntique et du Pacifique, et située à proximité des centres commerciaux de la grande prairie voisine, la ville naissante offre déjà les avantages remarquables de la vie à bon marché.

Je crois réellement que les premières nécessités de la nourriture quotidienne, la viande, le pain et les légumes peuvent s'acheter à des prix qui pourraient être avantageusement comparés à ceux des marchés de Toronto et de Montréal ; et la mise en culture de terrains propres au défrichement ne pourra qu'améliorer la situation. Deux ou trois hôtels temporaires ont été construits à proximité des sources et des médecins se tiennent sur les lieux pour le service des malades qui sont déjà très nombreux. Un artiste écossais, M. Aitken a visité Banff, l'été dernier, et a es(Hiissé des scènes que l'on dit d'une beauté ravisante. Je

20 DE MONTRKAL A VICTORIA.

n'en doute aucunement, si l'artiste a pu réussir à saisir un de ces merveilleux levers de sofeil dont j'ai été témoin pendant mon court séjour en cet endroit.

La gare est située tout au fond de la vallée il I dans un recoin obscur, et en décembre, le

soleil ne se lève que sur les neuf heures du matin. Il est dix heures avant que ses rayons vivifiants aient pu pénétrer jusqu'à nous à travers les arbres touffus. Il fait encore sombre dans les grands pins qui abritent les quelques maisons primitives du village naissant, quand tout à coup et comme par enchantement, sans la transition ordinaire de l'aurore de nos longitudes, les pics environnants s'embrasent et les crêtes couvertes de neiges éternelles scintillenX en s'allumant tour à tour aux rayons tardifs du soleil d'hiver. Cela nous rappelle vaguement les grands lustres que l'on allume, les uns après les autres, dans les nefs sombres des cathédrales, aux cérémonies nocturnes de la Pâque chrétienne. Le soleil descend lentement des montagnes, éclairant les touffes sombres des cèdres trapus et des sapins rabougris, cristallisant plus loin les eaux d'un torrent qui bondit de rocher en rocher pour se perdre dans les sinuosités d'un ravin, dorant deci delà

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les flancs marbrés de granit multicolore d'un précipice vertigineux, et descendant enfin jusque dans la vallée pour éclairer dans toute sa splendeur ce décor d'un ensemble merveiiieuseiTient pittoresque et grandiose. Il faut assister à tous ces changements à vue et s'extasier devant ces éblouissantes féeries, pour s'en faire une idée à peu près Juste mais qu'il me serait impossible de rendre ici par des paroles ou des phrases.

Les artistes de l'avenir ont là un champ vaste à cultiver, mais qui demande des génies de premier ordre pour donner à ces paysages fantastiques toute l'griginalité de leur beauté primitive.

Ou'o.i n'aille pas croire que je m'enthousiasme à faux et que ce soit le rêve d'un cerveau exalté que je vous raconte là. Demandez à M. l'échevin Rain ville qui passe pour n'avoir ni l'enthousiasme facile, ni la description exagérée, et il vous en dira des nouvelles.

Pendant notre séjour à Banff, nous avons visité le camp d'une tribu errante d'Indiens Assiniboines qui avaient dressé leurs tentes à quelques cents mètres de la gare. Les hommes faisaient la chasse aux ours, aux chevreuils, aux chèvres et aux moutons sauvages qui abon-

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dent dans les montagnes et les femmes, tout en s'occupant des devoirs domestiques, préparaient les peaux d'ours et de chevreuil selon les procédés les plus primitifs. On nous a dit beaucoup de bien de ces indiens qui sont honnêtes, travailleurs et paisibles, ce que Tonne saurait dire de tous les sauvages du Nord- Ouest. Un cadeau de quelques livres de tabac au vieux chef qui était le seul homme présent au camp, lors de notre visite, nous mit immédiatement dans ses bonnes grâces et il nous fit lui-même les honneurs de tous les wigwams de la tribu. Bien que la neige couvrit le sol et qu'il fit une température plutôt froide que tropicale, les enfants couverts de quelques haillons galopaient pieds nus à travers les arbres, pendant que les mères accroupies auprès des feux, nous examinaient d'un air indifférent. J'achetai pour une bagatelle une superbe tête de bélier sauvage ornée de cornes d'un grandeur énorme. On dit que ces animaux sont d'une agilité prodigieuse et qu'ils bondissent de rocher en rocher, lorsqu'ils sont poursuivis, et se laissent parfois cheoir de grandes hauteurs sur leurs cornes qui les protègent contre une mort certaine.

C'est là un racontar de chasseur que je vous

donne pour ce qu'il peut valoir, car je n'ai jamais été moi-même témoin d'une chose semblal^le.

Après avoir passé cinq jours à Banff et exploré les environs dans tout ce qu'ils avaient de pittoresque, nous partîmes un vendredi midi, par train spécial, afin de pouvoir admirer de jour les passes où nous allions nous engager pour traverser la chaine des Montagnes Rocheuses. Une distance de 97 milles sépare Banff de Donald où nous allions nous arrêter pour passer la nuit, pour continuer le lendemain matin, de jour, notre trajet à travers la vallée de la rivière Columbia et les passes encore plus difficiles des Montagnes de Selkirk.

Immédiatement après avoir quitté Banff, la voie s'engage dans les sinuosités apparemment inextricables de gorges et de précipices qui suivent le cours de la rivière des Arcs que nous traversons et retraversons à maintes reprises. Nous montons en suivant une pente plus ou moins rapide selon les nécessités du terrain. Deux puissantes locomotives nous traînent lentement en faisant entendre régulièrement leurs râlements cadencés qui nous font comprendre la puissance énorme de trac-

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tion qui leur est nécessaire pour surmonter les difficultés qui se dressent à chaque détour. Grimpés parfois sur les chevalets et sur les tréteaux entrelacés d'un viaduc vertigineux jeté sur un torrent qui mugit à trois cents pieds au-dessous du train ; suspendus au flanc d'une montagne et surplombés par des rochers qui nous menacent de leurs proportions énormes et fantastiques ; suivant ensuite au fond d'un vallon les eaux tranquilles de la rivière qui paraît se reposer pour un moment, dans le calme et le silence d'un paysage agreste, pour reprendre ensuite son cours tumultueux à travers les rochers et les précipices, nous croyons rêver les yeux ouverts. Nous revoyons dans leur fantastique réalité ces paysages que Doré se plaisait parfois à inventer et que sa prodigieuse imagination avait découverts sans que ses yeux les eussent jamais contemplés. Les forêts de pins et d'épinettes couvrent partout les flancs des montagnes, et l'on aperçoit de temps en temps des éclaircies qui partant des sommets, descendent à pic et en droite ligne jusqu'au fond de la vallée. Ce sont les routes que les avalanches ont tracées en balayant tout devant leurs descentes terribles et destructives. Des deux

côtés de la voie se dressent des pics innombrables qui prennent parfois les apparences les plus diverses ; de vieux châteaux moyenâge perchés comme des repaires d'aigle sur des hauteurs inaccessibles ; des rocs aux proporlions régulières comme les pyramides d'Egypte ; des obélisques de granit multicolore ; des escaliers de géants taillés par la nature.

Tout cela en vue du voyageur qui, tranquillement assis dans le fauteuil de son parlor car, se demande ce qu'il a fallu d'énergie, d'intelligence et de persévérance pour vaincre tous les obstacles que la natui'e avait placés sur cette voie du Pacifique qui relie aujourd'hui les deux océans.

Nous montons toujours lentement en traversant tunnels, snow-sheds,'^oïv\.% et viaducs de toutes formes et de toutes ofrandeurs; Nous passons Castle Mountain, Silver City, Elden, Laggan, Stephen, Hector et Field où nous nous arrêtons quelques instants pour vider une coupe de Champagne à la santé du président du Pacifique, Sir George .Stephen, en l'honneur de qui on a nommé le point culminant des Montagnes Roclicuscs : le Mont Stephen. Field est situé directement au pied de ce pic célèbre qui domine Vj\

montagnes environnantes de sa crête toujours couverte de neiges. C'est un des endroits les plus pittoresques de la route et la compagnie y a construit un hôtel aussi élégamment meublé à l'intérieur que ses proportions extérieures sont coquettes et bien adaptées au cadre grandiose du paysage qui l'entoure. Nous sommes ici au sommet des Montagnes Rocheuses et nous remarquons que les eaux de la rivière aux Ours — Bear Creek — coulent maintenant vers l'ouest pour aller se jeter dans la rivière Columbia qui égoutte le bassin formé entre la chaîne des Rocheuses et des Selkirk pour aller se jeter plus au sud dans l'océan Pacifique, en traversant le territoire de Washington.

La descente se fait dans les mêmes conditions de sécurité et avec la même variété de paysage. C'est un véritable panorama. L'obscurité qui arrive brusquement, sans crépuscule, dans les vallées profondes que nous traversons, nous surprend avant d'arriver à Donald où nous allons passer la nuit, pour recommencer le lendemain matin l'ascension de la chaîne des Montagnes Selkirk. Donald est un centre important qui a tiré ses ressources, jusqu'aujourd'hui, des immenses travaux

de construction qu'à nécessites le passag^c de la voie ferrée à travers les Montaq^ncs voisines. La vallée de la Columbia que l'on dit fertile et propre à la culture lui paiera son tribut de commerce, dès que les colons s'y seront portés en assez grand nombre pour en développer les ressources agricoles. Le lendemain, à 9 heures, après avoir visité la ville naissante, nous remontons en wagon pour recommencer à grimper de nouvelles Montagnes, et à admirer de nouveaux sites. Nous suivons encore le cours de la petite rivière aux Castors qui serpente au fond des ravins et qui court de l'ouest à l'est pour se jeter dans la Columbia.

Nous passons, sans nous arrêter, Beaver, Six mile Creek, Bear Creek, Roger's Pass et nous arrivons à Glacier Hôtel où le train fait un arrêt de 20 minutes pour permettre aux voyageurs de prendre le dîner. Disons ici, en passant, que le service des repas, soit dans les wagons-restaurants, soit dans les hôtels et dans les restaurants est fait avec une perfection merveilleuse sur tout le parcours du chemin de fer du Pacifique. On dîne partout aussi bien qu'on le pourrait faire à Montréal ou à Toronto.

Les wac^ons-clortoirs sont d'un luxe éblouissant et les wagons de première et de deuxième classe sont tout ce que l'on peut dcsirei de confortable. Les wagons de deuxième classe sont équipés et construits de manière à permettre aux voyageurs de se reposer pendant la nuit. Nous descendons un instant à Glacier pour visiter l'hôtel et le restaurant et nous reprenons cette fois la descente des Sclkirk pour n'atteindre le niveau de l'océan Pacifique qu'à Port Moody.

J'avais oublié de dire que nous avions passé le point culminant des Selkirk à Six Mile Creek. Nous allions maintenant parcourir l'endroit où les ingénieurs ont eu les plus grandes difficultés à vaincre. Il s'agissait de faire une descente de 600 pieds sur un parcours de 2i milles. Par une série de détours, :1c retours et de zigzags, par un système de viaducs et de pentes adoucies, côtoyant le (îanc de la montagne, nous allongeons la distance jusqu'à 6i milles pour arriver à Ross Pcak, 600 pieds plus bas. Sur tout le parcours de ces 6^ milles, on peut apercevoir la voie soit directement au dessus, soit directement au dessous du train, se croisant et s'entrecroisant dans un dédale merveilleux à contempler,

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mais difficile à réaliser pour un homme qui n'est pas ingénieur. Dans un endroit particulier, la voie, en se repliant sur elle-même, n'est séparée que par une distance horizontale de 130 pieds tandis que la différence du niveau est de 120 pieds de hauteur. Il faut voir et examiner de près, dans ses détails, ce tour de force de construction, pour pouvoir s'en former une idée à peu près correcte.

Nous remarquons encore et pour la dernière fois, que les eaux des torrents et des rivières coulent vers le Paci^que et nous commençons à suivre dans tous ses caprices, le cours de la rivière Illecillewait. C'est un nom baroque mais harmonieux, emprunté à une langue indienne. Nous arrivons à Albert Canyon que je considère comme un des endroits les plus remarquables de la route. La rivière Illecillewait coule ici au fond d'un ravin taillé dans le roc vif à une profondeur de 160 à 200 pieds.

Il paraît impossible que l'eau ait pu se creuser un lit dans un tel endroit et l'opinion des ingénieurs est que la rivière suit ici une fissure produite dans le roc, par un tremblement de terre. Quoiqu'il en soit la scène est superbement imposante. La voie ferrée suit le flanc de U montagne et l'on entend, sans pouvoir

toujours l'apercevoir, le torrent qui gronde dans son lit de granit. Mêlé au bruit du train qui procède avec lenteur, aux sifflets aïgus de la locomotive qui nous guide avec prudence, cela forme une harmonie digne du paysage fantastique qui nous entoure.

Un peu plus loin, à Eagle Pass et à Craigellachie, nous commençons à côtoyer une série de lacs poissonneux et giboyeux, qui s'étendent jusqu'à Kamloops. J'ai oublié de vous dire que depuis Laggan, avant d'arriver au Mont Stephen, nous sommes dans la Colombie Britannique et que le pays que nous traversons est à peu près inculte et n'est habité, en général, que par les employés du chemin de fer. Kamloops est le centre d'un assez vaste pays consacré presqu'entièrement à l'élevage des bestiaux et un peu plus à l'Ouest, on passe Spencés Bridge qui a été jusqu'aujourd'hui le centre d'opération des colons de la fertile valléa de la Nicolaï. De Spence's Bridge à Lytton, le pays a le même aspect, mais ici nous prenons la vallée Fraser que nous suivons jusqu'à New Westminster et Port Moody. De North Bend, et de Yale qui se trouve situé à la tête de la navigation, la vallée de la Fraser forme une des parties les

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plus attrayantes de la route du Pacifique. Les eaux du fleuve fournissent au commerce d'exportation un saumon de qualité supérieure connu dans le pays sous le nom de saumon de la Fraser. Partout dans la vallée on trouve des cabanes de pêcheurs et des traces d'une colonisation relativement ancienne, lorsque l'on se rappelle que le pays n'est habité et occupé par les blancs que depuis une quarantaine d'années. Yale est une ville d'à peu près 3,000 h bitants et forme avec Hope et New Westminster les trois centres les plus considérables de cette partie de la Colombie Britannique située sur la terre ferme. Nous suivons les contours de la rive nord de la Fraser tandis que sur la rive opposée l'on aperçoit le chemin de colonisation construit par le gouvernement colombien. Cette route située "amont la côte" comme disent nos amis de Québec, nous apparaît comme un ruban gris sur le flanc verdoyant de la chaîne de montagnes qui suit le fleuve jusqu'à l'océan. J'avoue que pour les habitants de la plaine, ce chemin paraît un peu risqué, soit pour la rencontre de deux voitures allant en direction opposée, soit pour voyager avec sécurité avec un cheval un peu vif. Le temps qui, jusque là, avait été superbe s'était

couvert insensiblement et nous arrivons -en g-are, à Port Moody, par une pluie battante.

Nous apprenons que clans cet endroit favorisé par la nature, il pleut depuis dix-sept jours consécutifs. C est là leur saison d'hiver et ils ont la pluie pendant que nous avons le givre et la neige. Nous nous embarquons sur un steamer qui doit nous conduire à Victoria en faisant escale à la ville naissante de Vancouver. Port Moody et Vancouver ont combattu devant les tribunaux, depuis quelque temps, pour décider la question du terminus du Pacifique et victoire est restée à Vancouver ; ce dont . tout le monde parait enchanté, à l'exception des spéculateurs qui avaient accaparé tous les terrains adjacents à la gare de Port Moody.

I Par une pluie battante, nous nous arrêtons

pendant une heure à Vancouver où nous sommes reçus avec la plus grande cordialité

'; par les autorités municipales ; mais il nous est

' impossible de visiter la ville par un pareil

temps. Nous remettons à notre retour de Victoria, l'occasion de descendre à terre. Nous

il suivons le bras de mer qui sépare l'île de

Vancouver de la terre ferme et après huit heures de trajet, nous arrivons à Victoria par un

iH temps superbe, vers les loi heures du soir. Le

maire, le président de la chambre de commerce et plusieurs autres citoyens influents nous attendaient au quai pour nous souhaiter la bienvenue et pour nous conduire à l'hôtel Driard. Cet hôtel, tenu par des français, a la réputation de servir une des meilleures tables d'Amérique et je suis heureux d'ouvrir ici une parenthèse pour lui donner mon témoignage afifirmatif, à ce sujet. Je n'ai jamais mieux mangé de ma vie qu'au Driard de Victoria et j'exprime ici ropini,3n collective de tous mes camarades de voyage. Nous nous éveillons le lendemain, lundi le 13 décembre, avec un temps superbe et la température d'un beau jour de mai, à Montréal. Une heure de promenade, avant déjeuner, nous permet de visiter le port et les endroits les plus intéressants du centre de la ville qui est admirablement située dans l'échancrure d'une baie du détroit de Fuca. C'est ici que pour la première fois, nous trouvons une véritable colonie chinoise formant à peu près le tiers de la population de 12,000 habitants que possède aujourd'hui Victoria. Ces Chinois ont leurs magasins de toutes sortes, leur église et leur théâtre et on les rencontre à chaque pas dans les rues de la capitale colombienne. Ils font de bons

jardiniers, de bons domestiques, de bons pêcheurs et ils sont aussi employés en grand nombre, comme terrassiers et hommes de peine, par le chemin de fer du Pacifique.

Immédiatement après déjeuner, j\I. le maire Fell, accompagné de deux députés, vient se mettre à notre disposition pour nous faire visiter les édifices publics et pour nous conduire à l'arsenal et auBassin à sec d'Esquimault. La promenade est tout bonnement délicieuse et les environs de la ville sont charmants. Le port proprement dit, pour les grands navires océaniqueb, se trouve situé à quelques milles de la ville et offre un havre sûr et spacieux. On sait que l'arsenal d'Esquimault est le point de ravitaillement de lescadre anglaise du Pacifique et l'on trouve toujours à Victoria, un ou plusieurs navires de guerre anglais. La journée se passe à faire quelques visites officielles chez le lieutenant-gouverneur Cornwall, chez le premier ministre M. Smythe, chez M. Higgins, M. P. P., où l'on nous offre un lunch délicieux et où nous admirons les rosiers en fleur s'épanouissant en plein air au soleil de décembre. Le soir, dîner officiel présidé par le maire et discours de circonstance par Thon, premier ministre Smythe et autres.

Nous ne saurions trop répéter que nous avons été reçus à Victoria avec la plus cordiale courtoisie et que nous avons rencontré partout des hommes animés des meilleurs sentiments envers leurs compatriotes de Montréal et des autres provinces de l'Est. Il était 2 heures du matin lorsque nous dîmes : adieu et mi revoir^ à nos vieux amis d'un jour pour commencer notre voyage de retour vers la Province de Québec. Nous arrivions à Vancouver sur les 9 heures du matin et nous profitâmes cette fois du beau temps pour visiter les principaux points d'intérêt du nouveau terminus du Pacifique. Vancouver est admirablement situé dans la baie des Anglais, et en dépit d'un incendie terrible qui l'a réduit en cendres en juin dernier, tout offre aujourd'hui l'aspect de l'énergie, de l'intelligence et de la rapidité d'exécution qui caractérisent les entreprises de la compagnie du Pacifique.

Après avoir été retardés par la brume pendant plus d'une heure, nous descendons à Port Moody vers midi pour apprendre qu'un pont avait été emporté par les eaux d'un torrent grossi par les pluies et que notre wagon spécial, le Meiapedia, ne pourrait pas partir pour l'Est ce jour-là. Nous profitons de

ce retard pour nous rendre à New- Westminster, qui est une jolie ville de 4,000 habitants, située à 6 milles de Port Moody, sur les bords de la Fraser. Le commerce des bois et les pêcheries de saumon sont les principales industries de cette ville qui est une des plus anciennes de la province. Nos amis de Montréal seront sans doute fort étonnés d'apprendre que la RoyaL City lumbcr and planing Mill Co. de New- Westminster expédie sur notre marché des bois de cèdre et de pin qui entrent en compétition avec les bois de notre province, et cela malgré l'énorme distance de 3,000 milles qui nous sépare et les frais de transport qui doivent être très élevés. Ce n'est pas là un rêve de l'avenir, c'est un fait déjà accompli et que l'on me pardonne, si j'ouvre ici une autre parenthèse, pour donner quelques détails que l'on connaît peu sur les ressources industrielles, agricoles et commerciales de la Colombie Britannique. Avec une superficie de 341,305 milles carrés, une côte bordée de havres capables de contenir et de protéger les plus grands navires du monde et s'étendant sur un espace de 600 milles sur l'Océan Pacifique ; avec un climat superbe et relativement tempéré, même dans les contrées

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montag-neuses, la Colombie offre à la colonisation un champ vaste et nouveau. Je dis nouveau, car cet immense pays ne contient aujourd'hui qu'une population de 50,000 habitants.

Sa richesse consiste dans les mines d'or, de cuivre, d'argent et de charbon qui sont déjà en exploitation ; dans des pêcheries inépuisables; dans des forêts immenses de bois de toutes sortes ; dans des vallées fertiles rendues faciles d'accès par la construction du Pacifique, et caoables éQ;alement d'une culture rémunératrice ou d'être livrées à l'exploitation de l'éleVfige. Les fruits — surtout les pommes et les poires — sDnt cultivés et exportés avec succès et bénéfice. Les fabriques et les manufactures ne sont encore qu'à l'état embryonnaire, mais les pouvoirs hydrauliques existent et n'attendent que l'entreprise et les capitaux pour devenir une source de prospérité. Voilà en quelques mots un aperçu des ressources générales de la Colombie qui est encore si peu connue dans les provinces de l'Est. Il y a, en dehors de tout cela, le fait important, et dont j'ai déjà dit un mot, que l'entrée de la Colombie dans la confédération canadienne, nous a permis de relier les deux océans par le

chemin de fer du Pacifique et de créer une nouvelle route vers le Japon, la Chine, l'Inde et les colonies anglaises de ^'Océanie. L'établissement d'une ligne directe de steamers entre Vancouver, Yokohama et Hong-Kong n'est plus qu'une question de quelques mois, et le chemin de fer du Pacifique est déjà entré en compétition avec les voies ferrées américaines, en transportant plusieurs cargaisons de thés, à destination de Montréal, New- York et Londres. La construction de steamers à grande vitesse pour le service de Montréal et Liverpool en été, et d'Halifax et Liverpool en hiver, est aussi une chose décidée, et l'on compte que le trajet par chemin de fer à travers le continent se fera alors en cinq jours. Toutes ces améliorations nous permettront d'attirer vers notre transcontinental canadien, une grande partie du trafic qui se fait actuellerr itre l'Angleterre et ses colonies de '" .t de rOcéanie, par la voie du canal aez. J'apprends aussi que le chemin de 1er du Pacifique a l'intention d'entrer en compétition pour le transport des malles entre Londres, Auckland, Melbourne, Sydney et Adélaïde et d'obtenir sa part des énormes subsides que le gouvernement impérial paie en commun

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avec les gouvernements coloniaux pour ce service important. J'ai déjà mentionné l'importance stratégique de notre route du Pacifique pour l'Angleterre qui a déjà commencé le service d'armement et de ravitaillement de ses flottes du Pacifique par voie de Québec et de Vancouver.

Qu'on me permette maintenant de dire un mot des immenses progrès que nous avons faits, dans la construction des chemins de fer, au Canada depuis dix ans.

En 1876 le Canada possédait, en exploitation, 5,157 milles de voies ferrées d'une valeur de $317,795468, transportant annuellement 5,544,814 voyageurs et 6,331,757 tonnes de marchandises. Eh bien, tout cela a doublé en dix ans et voici les chiffres officiels q^e j'emprunte aux rapports du gouvernement, en date du 30 juin 1885. Le Canada possédait à cette date 10,243 milles de chemins de fer en opération représentant un capital payé de $626, 1 72, i45,transportant annuellement 9,685, 304 voyageurs et 14,071,653 tonnes de marchandises. L'augmentation prodigieuse que présente cette statistique peut se passer de commentaires, mais doit produire chez tous les Canadiens, sans distinction d'origine, un sentiment bien légitime de fierté.

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Il ne me reste plus qu'à vous dire un mot du voyage de retour et j'aurai terminé mon récit. On sait que c'est le gouvernement qui a fait construire cette partie du chemin entre Port Moody et Savonas, pour une distance de 213 milles; et comme toujours, dans les entreprises publiques, les travaux ont été exécutés un peu à la diable. La Compagnie du Pacifique a été forcée de faire des frais énormes pour donner la sécurité nécessaire à la voie dans un pays montagneux où les difficultés de construction sont si ofrandes et si nombreuses. C'est donc un pont construit par le gouvernement que le torrent avait emporté et qui nous fit subir un retard de 48 heures tout en nous permettant, comme compensatipn, de visiter New- Westminster et ses environs. Partis le jeudi, 16 décembre, nous arrivions à Winnipeg à 5,10 hrs. le dimanche soir, à l'heure exacte inscrite sur les indicateurs. Nous avions eu le plaisir, en passant à. Régina, de nous adjoindre un vieil ami, M.' Amédée Forget, greffier du Conseil du Nord- Ouest.

Je n'ai pas la prétention de vous faire ici •me description de Winnipeg que vous connaissez tous aussi bien que moi, sinon pour

l'avoir visité, du moins pour avoir suivi ses progrès par les journaux. Il y a quinze ans à peine que l'endroit occupé aujourd'hui par la capitale du Manitoba, n'était qu'une vaste prairie où l'on ne voyait que le poste que la Compagnie de la Baie d'Hudson y avait fondé en 18 16 sous le nom de Fort-Garry, pour faire la traite avec les sauvages. Aujourd'hui c'est une ville de 25,000 habitants avec de superbes édifices publics, églises, collèges, écoles, hôpitaux et tous les rouages perfectionnés d'une administration moderne.

Winnipeg, par sa situation géographique au centre du continent et au milieu des prairies fertiles du Nord-Ouest, occupera bientôt au Canada la position que Chicago a prise aux Etats-Unis.

Nous avons été reçus avec la plus grande courtoisie par les autorités municipales qui se sont mises à notre disposition pour nous faire visiter la ville dans tous ses détails. Un dîner au club Manitoba, dès le soir de notre arrivée, et un lunch officiel le lendemain, nous permirent de rencontrer et de saluer l'hon. M. Norquay, premier ministre, l'hon. M. Harrison, l'hon.

sénateur Girard, l'hon. Joseph Royal, plusieurs députés, le maire sortant de charge M. West-

brook et son successeur élu M. Pearson, M.

Whyte, surintendant général du Pacifique, et nombre dechevins, de marchands, de banquiers et d'industriels.

Je désire, en mon nom et au nom de tous mes compagnons de voyage, reconnaître ici publiquement le sympathique empressement que tous nos compatriotes des provinces de l'Ouest, ont mis à nous être agréable et à nous renseigner sur toutes les questions importantes qui pouvaient nous intéresser.

Partis le lundi 20 décembre, à six heures du soir, nous étions de retour à Montréal le jeudi suivant, sans avoir subi un seul instant de retard entre Winnipeg et Montréal, et après avoir fait, dans des conditions de confort parfait et de sécurité absolue, un des plus beaux voyages qu'il soit possible de faire dans n'importe quel pays du monde. J'aime à le répéter afin d'engager tous ceux de nos compatriotes qui n'ont jamais visité le Nord-Ouest, à le faire si cela leur est possible ; car comme je l'ai déjà dit, on revient de là bas avec une confiance absolue dans l'avenir du Canada et un regain de patriotisme (jui cimente l'union qui nous est si nécessaire pour la prospérité matérielle et l'avenir politique de notre patrie commune.

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