LE CHEVAL
Le cheval, écrassé sous le pesant brancard,
À chaque pas faisant un douloureux écart, Tend son col où l’on voit saigner la meurtrissure Sous l’angle du collier de bois.
La route est dure
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126 LRS SOUFFRANTS
Et montante ; la charge est lourde ; il faut pourtant A vancer ; il s’épuise en efforts, haletant,
Les membres ramassés, tordus, la tête basse,
Il tire: et l’on entend de cette informe masse
Qui n’a presque plus rien du vaillant animal, Sortir un souffle creux qui râle et qui fait mal.
Et l’homme est-là, jurant et frappant sur Ja bêt®, À coups de pied, à coups de bâton, à la tête, Au ventre; et, de la main secouant rudement
Les rênes, fait jaillir sous le mors écumant Un flot de sang.
La côte est franchie, on s’arrête ; L'homme s’assied au bord de la route, et la bête
Reste debout, tremblante, essoufflée, et cherchant A saisir, par dessus le fossé, dans le champ, Une motte où verdit encor quelquelque brin d’herbe,
Ou quelques épis secs échappés à la gerbe ; Puis, regarde s’il vient encor des coups, Enfin,
Quand l’homme est prêt, il faut reprendre le chemin, Et peiner toujours tant que dure la journée... Et c’est ainsi d’un bout à l’autre de l’année.
Le soir, quand au cheval on ôte son collier, Il se laisse attacher, rêveur, au râtelier :
Lui qui pourrait d’un coup de sabot briser l’homme ! —Et le beau rôle reste à la bête de somme.