LE CHIEN
Ce chien fut recueilli par un soir de décembre, Il neigeait; un feu clair chauffait l’unigue chambre Où vivait un petit ménage d’ouvrier.
L'homme était revenu tard de son atelier,
Et la femme achevait de desservir la table.
Tout à coup on entend un long cri lamentable, |
Un hurlement, auquel se mêle, dans la nuit,
Des voix d’enfants, des chocs de cailloux; et le bruit, S. rapproche ; alors l’homme entre-bâille la porte, Et, pendant que s’élève une clameur plus forte,
Un chien, d’un bond, s’en vient rouler près du foyer, Effaré, tout sanglant, tâchant d’apitoyer
Par un regard craintif et qui demande grâce.
La porte se referme et le chien prend sa place
Dans cette humble maison où le sort l’a jeté.
—Le pauvre, ayant souffert, comprend la charité ; Et, lorsque le malheur lui demande assistance, Ce qu’il secourt en lui, c’est sa propre souffrance.
Un an se passe.
Un jour—c’est pendant la moisson—
Tout le monde est aux champs ; le feu dans la maison
Eclate tout à coup. L’homme est à son usine,
La femme cause dans quelque maison voisine.
On entend craqueter le plafond ; un rideau
De fumée a déjà couvert le toit ; pas d’eau :
La mer, basse, est à plus d’un mille du rivage.
Un homme seul travaille à sortir le ménage ;
son
Je feu monte... Un cri part, soudain : ‘ Sauvez l’enfant ! ”
Mais voici qu’au milieu du nuage étouffant,
On voit un chien bondir à travers la fenêtre, Quelques secoudes... puis on le voit reparaître, ® Dans sa gueule tenant par son lange accroché
Le petit qu’à la mort il avait arraché
Il vient le déposer sur le gazon.
La bête Au péril de ea vie avait payé 8a dette.