ALBANI
O charmeuse, avais-tu Jamais fait ce beau rêve De voir, — quand tu viendrais, grande, parmi les tiene, Réveiller par ta voix les sonvenire anciens, —
Pour acclamer ton nom un peuple qui se lève ?
Le rêve est accompli. Dans un sublime accueil, Tu peux voir en ce jour, ô notre enfant bénie. Devant ton cœur de femme et devant ton génie,
Ton pays tout entier s’incliner plein d’orgueil.
LA NOCE AU VILLAGE
Ce matin, dans la vieille église, Comme les oiseaux s’éveillaient, Le beau promis et sa promise Prèe de l’autel s’agenouillaient.
Puis, après une messe basse, Devant les parents réunis, Tout émus, à la même place,
Le prêtre les avait bénis.
LA NOCE AU VILLAGE
Ensuite, le long du village, Les époux, pendant tout le jour, Ont fait les visites d'usage
Aux connaissances d’alentour ;
Non pas dans la vieille calèche Aux longs ressorts de cuir, piquée, Et dont la caisse noire sèche
Entre ses braucarde détraqués ;
Mais dans la voiture nouvelle Peinte en éclatante couleur,
Si vive que, lorsqu'on attelle, Le cheval en a presque peur ;
Avec le harnoïis du dimanche JT'out reluisant sous son nickel, Et le fouet au mince et long manche
Qui semble menacer le ciel,
Et c'est dans ce grand équipage.
Sous l'allure d’un trot puissant, Qu'ils ont fait le tour du village
Plus fiers que des princes du sang.
LA NOCE AU VILLAGE 213
Et, maintenant, c’est la veillée ; Après un somptueux repas, Tout ce monde à mine € sillée
Va prendre ses joyeux ébata.
Dans son coin, le violon grince, Sous l’archet frotté d’arcaneon ; Il accompagne la voix mince
De la fille de la maison.
C’est une dolente complainte Comme on en chantait autrefois, Dont chaque son tire sa plainte Autant du nez que de lu voix.
—— Il s’agit d’un grand personnage.
AUant au loin se marier :
Mais pendant le cours du voyage,
Des brigands le font prisonnier.
Après bien des ans de souffrance, Il s’eri revient, vieilli, cassé :
Hélas ! pendant sa longue absence,
Un plus heureux l’a remplacé.
LA NOCE AU VILLAGE
11 voudrait recourir aux armes !:
Son bras n’est plus assez puissant Ilse consume dans les larmes
Et veut mourir en languissant. —
Les dernières notes se meurent Dans un dernier rouceulement ; Les papas et les mamans pleurent
D'un discret attendrissement.
Puis pendant que les veux s’essuient Avec les mouchoirs carreautés, « Garçons ét filles, qui s’ennuient,
Chuchottent de tous les côtés.
On voit briller l’impatience Dans tous ces regards désireux De voir quelqu’un ouvrir la danse,
Parmi les gars les moins peureux,
L'un d’entre eux, assis sur le coffre,
Le pied chaussé d’un soulier fin,
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Se lève et, très galamment, s'offre À battreaux autres le chemin.
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LA NOCE AU VILLAGE 215
Et, d’abord, en cérémonie, Le :ude rond, salnant bas, Il va prier sa compagnie,
Laquelle ne refuse pas,
Puis les deux se mettent en place, Elle, tenant son cotillon
Lui, ses grands bras ballants, en face, Mais bien campé sur le talon.
Le violon que la fatigue Faisait, jusque là, sommeiller, Attaque une fougeuse gigue Qui semble aussitôt l’éveiller.
L’archet court en notes rapides Et le jouar, de ses deux piede, Battant sur les planches solides,
Fait un bruit de cent Cavaliers ;
Pendant que danseur et danseuse,
À peine effleurent le plancher, Commencent leur ronde fièvreuse Sans presque avoir l’air d’y toucher.
LA NOCE AU VILLAGE
Et le mouvement s’accélère, Les pas se mettent à pleuvoir Plus dru, soulevant la poussière
Au point qu’on peut à peine y voir.
Mais rien ne saurait les abattre ; Ils ont attaqué ce grand pas Que l’on appelle battre à quatre :
On meurt, mais on n’arrête pas !
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Puis un autre couple s’avance,
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Entraïné dans le tourbillon, Et puis, un troisième s’élance ; Et puis enfin, le violon
Entre lui-même dans la danse, N°y tenant plus, et ses deux bras Suivent la rapide cadence Pendant qu’il bat ses entrechats,
Et cela dure, et cela dure,
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Si bien, que, dans l’enivrement, Plus d’un retire sa chaussure
Peur danser plns légèrement,
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LA NOCF AU VILLAGE 217
Et puis, quand la danse s'arrête, Un second repas est servi ;
Pour que la gaîté soit complète, Un plaisir de l’autre est suivi.
Au jour, la fête enfin s’achève,
On part, en sé donnant la main ; Pendant que plus d’un couple rêve :
‘* Ce sera notre tour demain ! ”
Pendants les soirs longs et sombres Quand souffle Je vent d’hiver
En faisant danser des ombres
Dans l’âtre où brûle un feu clair ;
Quand, dans Ja maison tranquille, Chacun repose, endormi,
Assise et Presque immobile, Les yeux fermés à demi,
* Elle est là, la ménagère,
Tournant son rouet du pied Et sur la laine légère
Tenant son doigt appuyé.
Pendant que le rouet chante Sa monotone chanson,
Elle rêve, inconsciente, Aux choses de sa maison.
Elle voit la blanche laine Se transformer sous Fa main :
{ci, c’est une mitaine
Que Bébé mettra demain.
Puis, les petites chaussettes Qu'il faut déjà ravauder Pour les brouillonnes fillettes
Qui ne cessent de rôder.
Et l’aîné, qui suit la classe, Doit être mis chaudement :
11 va falloir qu’on lui fasse
Un plus épais vêtement.
Puis, lorsque la bise dure Fait sentir son aiguillon, J1 lui faut une ceinture
Comme les homimes en ont.
Non seulement c’est commode.
Mais cela sert d’ornement ; Puis, du reste, c’est la mode :
Il en faut absolument.
Et le père, qui travaille Pêndant tout le jour an bois :
Sa pauvre veste s’éraille,
Et je remarque, parfois,
— Bien que jamais une plainte N’échappe à son vaillant cœur, — \ Que, sur sa figure, est peinte
Comme une ombre de douleur.
Quand c'est lui, toute l’année, Qui nous fait vivre, il a droit,
Au moins, pendant sa journée,
De ne pas souffrir du froid.
Et les chaudes couvertures Pour les temps comme ce soir:
Nos nuits d’hiver sont si dures !-...
Et c’est à moi d’y pourvoir.
Ab! qu'il va falloir de laine
A tous ces besoins, hélas!
Ce que j’ai suffit à peine,
Et mes pauvres yenx sont las!....
Allons, voilà que je pleure!
Tourne, mon rouet béni :
Nous dormirons tout à l’heure, Après le travail fini.
— Et la courageuse mère, Veillant si tard à peiner, Sera debout la première Pour servir le déjeûner.