Voir Y Univers du 24 octobre, Lettre de M. Bonvalet
2. Dans une lettre publique, M. Arago appelle M. Mottu : Ce digne maire.
venait d'être révoqué. Tout allait donc changer de face. C'est ici que la surprise augmente. La nomination de M. Arthur de Fonvielle à la mairie du XP arrondissement, est du 18 octobre, l'élection qui l'écarta est du 5 novembre. Dans ces trois semaines d'administration, le successeur de M. Mottu ne fît rien, ne dit rien qui pût justifier l'attente générale. De sa part; nous le savons, cette abstention ne signifiait pas l'approbation des mesures violentes qui avaient amené la chute de son prédécesseur. Ses dispositions à l'égard de l'enseignement congréganiste tenaient moins, semble-t-il, de l'hostilité que de l'indifférence. Mais il avait un mandat, et ce mandat, il nous est permis de l'interpréter par sa conduite. Nous sommes obligés d'avouer que cette interprétation ne fait pas honneur au gouvernement. Dupe ou complice, il n'importe : l'autorité avait laissé violer la Loi ; contrainte par l'opinion, elle avait fait tardive justice en révoquant le violateur; puis, escomptant sans doute la légèreté du public, elle s'était flattée qu'un changement de personnes fermerait la bouche aux plaignants, sans qu'il fût besoin d'aller jusqu'au rétablissement des choses. Destitué à grand fracas pour avoir supprimé les écoles congréganistes, M. Mottu, du sein de sa retraite, voyait subsister son œuvre et pouvait se réjouir d'avoir montré plus d'audace dans l'injustice que le Pouvoir ne faisait paraître de courage dans la réparation.
Vraiment, après tant de preuves de sa débilité, cette nouvelle faiblesse du gouvernement avait de quoi surprendre. Et, maintenant encore, on a peine à se l'expliquer, et, malgré soi, l'on est tenté de soupçonner, dans l'esprit de certains ministres, de secrètes connivences avec les auteurs des actes racontés plus haut.
Les rapprochements, du reste, ne manquent pas pour accréditer cette hypothèse.
Comment oublier la défiance tant de fois exprimée par M. Jules Simon, dans ses écrits, à l'endroit de l'enseignement congréganiste ^ ; la composition de la commission scolaire exclusivement recrutée parmi les adversaires de cet enseignement; l'empressement au moins singulier de ce ministre à créer, à Paris, sans même attendre la fin du siège, deux écoles normales d'instituteurs et d'institutrices'^, destinées « à nous donner plus tard, avec des citoyens, des épouses et des « mères républicaines » ; la nomination d'un comité de dames, chargé d'examiner les questions relatives à Vinstruction des femmes et aux salles d'asile"^, et dont le personnel n'a que trop d'éléments communs avec celui des fameuses écoles professionnelles de jeunes filles, ces créations chéries de M. Jules Simon * ; les visites et les encouragements solennels dont MM. Jules Simon et Jules Favre trouvaient bon naguère d'honorer les créations analogues de M. Bonvalet^ ; enfin, comme pendant à la révocation de M. Mottu, la nomination de M. Asseline à la mairie du XIV^ arrondissement, alors que les relations anciennes, la collaboration à une même œuvre de secte ^, la communauté de vues et de tendances entre ces deux hommes était un fait notoire ?
Non, il n'est pas facile d'oublier ces choses, et, à moins de les oublier, il n'était pas aisé de croire à la sincérité parfaite du ministre et du maire central qui révoquaient un agent pour cause d'abus de pouvoir et envoyaient à sa
\. Cf. le livre de l'École.