‹ Mélanges (volume 2)Chapitre 4 sur 54 · LA CHARITÉ ENTRE CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ ENTRE CATHOLIQUES

comme Jésus-Christ disait : Je suis la vérité. Mais, grand Dieu, quelle est cette vérité qu'il faut affirmer si haut et si fort ? Est-ce la vérité divine révélée, objet obligatoire de notre adhésion soumise? Mais là-dessus nous n'avons tous qu'un cœur et qu'une voix. Est-ce cette vérité plus complète mais aussi de plus difficile conquête, qui, précisant les points douteux, devrait fixer sur toutes les questions brûlantes de notre âge l'unanimité des catholiques ? Eh bien ! oui, je le veux bien; poursuivons-la tous ensemble. Mais d'avance ne cherchons pas à la posséder aux dépens de nos frères. Voulons-nous vider enfin nos différends? Commençons par oublier qu'ils nous séparent. Levons en haut nos regards, nos mains et nos cœurs; en haut il se rencontreront dans l'amour, et l'amour les unira dans la lumière. Dieu, Jésus-Christ, l'Evangile, la grâce, tous les mystères révélés à notre foi, offerts à notre adoration, proposés à notre intelligence et inoculés dans notre vie, est-ce trop pour occuper nos forces et les enlever à une guerre fratricide ? Travaillons do part et d'autre à connaître, à aimer, à pénétrer ces abîmes, à révéler ces trésors, à les ouvrir aux hommes; et quand, avec toute l'ardeur de nos âmes, toute la puissance de nos esprits, toute la vigueur de nos corps dépensés en ce labeur, nous aurons atteint plus tôt ou plus tard le terme de notre carrière en ce monde; au seuil de réternitéj portant joyeusement sur Tépaule la gerbe laborieusement recueillie, regardons-nous les uns les autres ; cherchons ce qui nous divisait ; nous ne le trouverons plus : nous serons frères dans l'amour.

Mon Dieu, faites-moi la grâce de ne jamais jeter ou accepter entre frères d'autre défi que celui de votre amour. Si Ton me loue, je veux mériter pour vous ces louanges; si l'on m'accuse, je veux m'en consoler en vous servant. Si je me trompe, je veux chercher en vous ma lumière;

si d'autres paraissent se tromper, je veux les conduire à votre lumière. Jamais d'anathèmes à mes frères, mais anathème plutôt à moi si, oubliant ce qu'ils me sont en vous, je ne vous aimais pas en eux : si quis non amat Dominum Jesiim, sit anathema !

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