‹ Mélanges (volume 2)Chapitre 3 sur 54 · LA CHARITÉ ENTRE CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ ENTRE CATHOLIQUES

Mon Dieu, j'ai le cœur triste, parce que votre commandement n'est pas gardé, votre prière n'est pas écoutée. Mandatum novum do vohis ut diligatis invicem. — Fro eis rogo, Pater, ut sint unum sicut et nos.

Que vos ennemis nous haïssent et se haïssent entre eux, je le déplore parce que ce sont des brebis hors de votre bercail: quœ non sunt ex hoc ovili. Mais je me dis avec vous, ô bon pasteur: Et illas oportetme adducere. Et cette pensée enflamme le zèle de mon sacerdoce, dans l'espérance chérie de l'avenir que vous lui promettez : fiet unum ovile etunuspastor.

Il est d'autres divisions, ^l'autres violences qui ne me laissent ni les mêmes consolations, ni les mêmes espérances. Ce sont elles qui naissent au sein même de votre bercail et qui animent les unes contre les autres les brebis de votre troupeau. Oh! là je ne vois que tristesse. Quel profit dans ces luttes? La vérité n'y gagne rien, la charité y perd tout; le scandale en résulte, l'impiété en triomphe, les forces des bons s'y dissipent, les efforts du talent s'y consument, les souffrances qu'on s'inflige réciproquement sont stériles pour la conversion de ceux qui sont loin de nous; et parmi ce fracas des controverses,

1, Extrait delà Revue du Clergé français, n» du 15 avril 1906. L'abbé d'Hults écrivit ces pages en 1867: elles n'étaient pas destinées à la publicité. Il était alors âgé de vingt-six ans et vicaire à Saint-Ambroise.

dans réchauffement des combats, dans la préoccupation delà discorde, on cherche partout à rappeler ce qui aigrit et non ce qui rapproche; les uns triomphent d'une victoire, les autres veulent venger une défaite; et le grand but est oublié. Que devenez-vous pendant ce temps, ô Jésus, Roi de paix, ô Esprit, Nœud d'amour ? On vous oublie pour discuter sur la manière de vous servir; on vous désobéit pour accuser ses frères de vous mal obéir : quand on trouve dans leurs écrits des pages pures et pleines de vous, où resplendit votre amour, où vibre votre parole, où votre cœur palpite et fait battre le nôtre, on le passe sous silence pour aller chercher à côté le mot hasardé qu'on pourra livrer à une censure maligne, le sentiment imparfait qu'on pourra rendre suspect : on surprend la faiblesse humaine dans tousses écarîs, l'amourpropre dans tous ses excès, et l'on fait grande réjouissance pour avoir exploité les misères et affiché les torts de ses frères qtie l'on n'aime pas.

On me dit: Il faut maintenir la vérité pure; il faut protester contre l'alliage d'autant plus dangereux que le faux monnayeur est honnête.

Et je réponds : 4 Dieu ne plaise que je veuille diminuer le zèle pour la vérité absolue ! A Dieu ne plaise que je m'éprenne de cet amour rêveur et malsain de la vérité flottante, de la nuance intellectuelle qui, à force de prodiguer le même respect à tous les esprits qui pensent, finit par ne plus voir de différence radicale entre les choses diversement pensées. Non : je sais trop bien qu'entre les services rendus par l'Évangile à l'esprit humain, le premier fut de lui donner la croyance et l'estime de la vérité objective, de la vérité exclusive. Eh bien ! moi aussi, enfant de l'Église unique, j'aime à tremper jnon âme dans la vigueur de mon Credo ; j'aime à dire an monde, avec une foi ti'auquille : fai la vnih',

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