Paris
Normandie 25
Bretagne 14
Provinces diverses. , 71
des mémoires écrits à la hâte. Toutefois nous avons reçu plusieurs promesses nouvelles. C'est ainsi que, dans un récent voyage à Rome, j'ai recueilli celles de M^'"" Talamo, du R. P. Lepidi, de M. Michel de Rossi, l'éminent géologue. Si quelques-uns de ceux dont nous avons le droit d'attendre le concours ont différé jusqu'ici de se mettre à l'œuvre, c'est parce que l'ajournement du Congrès a paru de loin à plusieurs un signe d'hésitation chez les promoteurs de l'entreprise. Laissez-moi, Messieurs, compter sur la séance d'aujourd'hui, sur la publicité qu'elle donnera à votre projet, sur l'impulsion qu'elle imprimera à notre propagande, pour dissiper les derniers doutes que nos précédentes déclarations n'auraient pas suffi à vaincre. Oui, grâce à vous, mais surtout grâce à Dieu, le Congrès se tiendra à la date fixée. Dans un an, jour pour jour, nous serons occupés à le clore. J'ose vous le promettre. Messieurs, et si vous me demandez le secret de mon assurance, le voici : le Congrès se tiendra parce qu'il est nécessaire; parce que cette nécessité est comprise; parce que les appuis dont il a besoin ne lui manqueront pas.
Le Congrès est nécessaire. Je ne m'attarderai plus à démontrer sa nécessité parles besoins de la foi dans notre temps; mais je vous montrerai une nécessité pratique : nous sommes liés. Messieurs, par nos promesses. Avoir annoncé ce que nous avons annoncé à Rouen et venir après deux ans avouer notre impuissance, ce serait dire, ou bien : nous avons manqué de respect au public catholique en lui présentant un projet mal conçu, voué d'avance à un échec compromettant; ou bien : nous n'avons pas trouvé d'écho dans l'âme de nos frères; nous les avons trouvés indifférents au péril de la foi. Or, Messieurs, faire le premier aveu, ce serait nous calomnier nous-mêmes; faire le second, ce serait calomnier les autres. Si vous m'en croyez, nous ne calomnierons per-
sonne; nous continuerons de croire à notre pensée et de croire aussi au zèle, à la générosité, à la solidarité des (Catholiques de toute nation. Nous ne regretterons pas d'avoir engagé notre parole dans une entreprise difficile. Eh! Messieurs, c'est dans ces sortes d'entreprises qu'il est bonde s'engager. Les autres vont toutes seules. Vit-on jamais un financier faire vœu de poursuivre la fortune, iin viveur s'obliger à ne pas déserter le plaisir, un ambitieux se défendre par des promesses sacrées contre la tentation du désintéressement 1 Ah ! les vœux ne sont pas faits pour ceux qui descendent les pentes, mais pour ceux qui les remontent. Réjouissons-nous donc d'avoir rendu derrière nous la retraite impossible, d'avoir en quelque manière engagé dans notre projet l'honneur de nos croyances : aux heures d'obscurité ou de lutte, cette seule pensée suffira, n'est-il pas vrai? à ranimer notre ardeur. Telle est, Messieurs, la nécessité pratique du Congrès : c'est l'impossibilité de reculer. Elle doit d'autant moins nous effrayer que la nécessité théorique de l'œuvre est de jour en jour mieux comprise. Grâce à Dieu, le but que nous poursuivons est tel que, dès l'origine, pas un catholique n'a pu nous refuser sa sympathie; mais tout en rendant hommage à nos intentions, on élevait des doutes sur l'opportunité, on nous effrayait de mille dangers. Je n'irai pas jusqu'à dire que toutes ces objections se soient évanouies, mais chaque jour elles perdent du terrain; la correspondance qui arrive journellement au bureau de la Commission m'en fournit la preuve. On comprend mieux notre pensée; on reconnaît qu'on s'était trompé en voyant dans le futur Congrès une sorte de Concile laïque décidant sans mission, sans assistance de l'Esprit-Saint, les plus délicates questions relatives aux rapports de la science et de la foi. On en sera plus convaincu encore quand on aura lu le règlement du Congrès, règlement
dont nous vous apportons aujourd'hui le projet. Alors il sera clair pour tout le monde que nous voulons uniquement deux choses : faire honneur à nos croyances et les servir.
Nous leur ferons honneur en réunissant un groupe imposant d'hommes de science qui tous feront profession d'être les fils soumis de l'Église. Tous ces croyants, aujourd'hui dispersés parmi les infidèles, nous les inviterons à se serrer en un même jour autour de la croix de Jésus- Christ. Ce sera une revue, si vous le voulez, un défilé de ^eux qui savent et qui croient. Les fidèles en seront consolés, les hésitants en seront rafi'ermis ; ceux du dehors ^n seront surpris et tenus en respect. C'est un premier résultat.
Mais que feront ces savants chrétiens ainsi groupés ? Ils feront de la science : ils apporteront chacun leur témoignage sur les choses qu'ils savent. Celui-ci nous dira le résultat de ses travaux personnels, celui-là nous rendra compte des travaux des autres. Tous traiteront la science avec sincérité, resteront fidèles à son esprit, à ses méthodes propres, selon que le reconnaît expressément le concile du Vatican : i?z suo quœque amlitu disciplinœ propriis utaniur principiis et propria methodo. Mais parce que tous ces savants seront catholiques, ils n'auront contre la vérité révélée aucun de ces sots préjugés, faits d'ignorance et de passion, qui prêtent gratuitement l'absurdité à nos dogmes pour se donner le droit de les railler. Il n'en faut pas davantage pour que la liberté de leurs recherches scientifiques soit sans péril pour la croyance. Que dis-je? Cette liberté servira puissamment la cause de la foi.
En efi'et, la foi a besoin d'être défendue, puisqu'elle est attaquée au nom de la science. La science dit, la science prouve, il est acquis à la science : ces paroles ne cessent de
retentir sur les lèvres de nos adversaires. Mais il est imprudent de les croire sur parole. Comment les contrôler si l'on n'est savant soi-même? L'apologiste de la religion ne peut cultiver toutes les sciences ; il faut qu'il prenne de seconde main les affirmations scientifiques dans les écrits des hommes spéciaux. L'apologétique a pour objet d'établir l'accord entre la croyance et le savoir : son premier besoin est de fixer les deux termes du rapport, mais si le théologien suffit à déterminer le premier, le savant seul peut déterminer le second: Le savant catholique ne fera pas d'apologétique, il fera de la science pure, mais il servira l'apologiste en lui fournissant des renseignements scientifiques de bon aloi. Il lui dira : voilà ce qui est certain scientifiquement dans tel domaine de la physique ou de la biologie ; dans telle partie de l'Histoire d'Egypte ou d'Assyrie, dans telle question d'anthropologie. Ne niez pa& cela, vous vous feriez un tort inutile, car cela est vrai. Mais voici ce qui est douteux : sur tel point, les affirmations des savants hétérodoxes dépassent de beaucoup les preuves; vous pouvez hardiment contester ou nier cette proposition. Enfin, en voici une autre : elle n'est pas démontrée encore, mais elle est d'une haute probabilité scientifique ; la tendance, la marche légitime de la science va de ce côté ; prenez garde et ne vous aventurez pas dans une négation téméraire qu'il faudrait peut-être rétracter avant peu.
Ainsi parleront les savants catholiques, ainsi dresseront-ils, non pas en une seule fois, mais dans une série d'assemblées successives, l'inventaire mobile de la science. Ainsi fourniront-ils aux apologistes ce qui leur a manqué jusqu'ici, ce que du moins ils étaient obligés d'aller demander eux-mêmes aux travaux des hétérodoxes, au risque de se tromper plus d'une fois dans le travail de correction et de mise au point que les préjugés des savants
non chrétiens rendaient à la fois si difficile et si nécessaire.
Voilà, Messieurs, ce que nous voulons faire. Ce n'est pas un concile, cela. Nous ne discuterons pas les théories larges ou étroites des théologiens sur l'inspiration des Écritures. Nous accepterons docilement toutes les décisions de l'Église, toutes ses directions et ses conseils, tout l'enseignement commun et autorisé de ses théologiens et de ses docteurs, en tant qu'il est Tinterprète de la tradition. Mais rien de tout cela ne nous gênera pour écouter et recueillir le témoignage des hommes spéciaux qui viendront nous dire, chacun dans les limites de sa compétence, où sont aujourd'hui les certitudes, où sont les probabilités, où sont les témérités de la science.
Ces considérations, Messieurs, j'ai eu le grand honneur de les développer, il y a trois mois, aux pieds du Souverain Pontife. J'ai eu la grande joie de trouver sur ses lèvres l'expression de la confiance que lui inspire une telle entreprise. 11 y eut dans cette audience. Messieurs, un moment que je n'oublierai jamais. J'exposais au Saint- Père cette idée, que les travaux de nos Congrès successifs pourraient fournir les éléments d'une Encyclopédie perfectible. Je n'eus pas le temps de prononcer ces derniers mots. Le Pape, tout plein de la même pensée, acheva ma phrase dans les termes mêmes que j'allais employer : puis levant les bras au ciel, il s'écria : « C'est une grande chose pour la gloire de Dieu 1 »
C'est à Mgr l'Archevêque de Paris que notre projet doit d'avoir attiré l'attention de Sa Sainteté. Se rendant à Rome dans les premiers jours de cette année, il a voulu soumettre à l'appréciation du chef de l'Église l'idée même de l'entreprise et, au cas où il l'approuverait, lui demander ses conseils et ses ordres pour la diriger. Le Pape lui a exprimé le désir de recevoir un mémoire écrit sur cette
affaire. Ce mémoire, que j'ai eu l'honneur de remettre entre les mains de Sa Sainteté et de commenter verbalement en sa présence, a été aussitôt soumis à l'examen d'un personnage considérable qui en fait l'objet d'un rapport au Saint-Père.
Enfin notre Archevêque a bien voulu promettre d'accepter la présidence d'honneur de notre Congrès et d'en présider lui-même" l'ouverture.
Avais-je raison, Messieurs, de vous dire en commençant: nous n'avons plus le droit de reculer 1 Mais pourquoi répéter cette parole'? Ce n'est pas pour reculer que vous êtes venus ici de si loin ; c'est pour imprimer à notre œuvre une impulsion décisive et l'engager définitivement dans la voie du succès. Encore une fois, merci ! Puis, sans autre préambule, à l'ouvrage !
CONGRÈS SCIElNTIFIQUE INTERNATIONAL DES CATHOLIQUES
COMMUNICATION A l' ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES CATHOLIQUES le 17 mai 1888 '.
Mesdames, Messieltis,
L^heure est avancée, mais je n'aurai pas besoin de vous retenir longtemps. En effet, ce que j'ai à vous dire, j'ai déjà été invité aie dire ailleurs, au Cercle catholique du Luxembourg dont mon excellent collègue et ami, M. Terrât, vous parlait tout à l'heure, et je crois reconnaître parmi vous une partie des personnes qui s'y trouvaient. Aussi je serai bref.
L'année dernière, M. de Lapparent vous disait ce que devait être le Congrès scientifique international des catholiques, s'il répondait à nos espérances. Aujourd'hui, j'ai à vous rendre compte de la façon dont il les a justifiées. En dépit de certaines prophéties sinistres, le Congrès a été tenu à la date assignée. Le 8 avril dernier, dans cette même salle, les congressistes se réunissaient pour former un bureau général et les bureaux des difi'érentes sections. j^gr Perraud, évêque d'Autun, membre de l'Académie française, était élu comme président général, et autour de