‹ Mélanges (volume 3)Chapitre 43 sur 44 · LETTRE SLR L ECRITURE SAINTE · texte numérisé non relu

LETTRE SLR L ECRITURE SAINTE

faudrait avant tout procurer à la Bible elle-même des lecteurs. C'est à quoi vous travaillez par vos exhortations. Réussirez-vous?

D'avance il faut renoncer à réussir auprès du grand nombre. Même parmi les catholiques pratiquants, le grand nombre est frivole, superficiel, ennemi de la peine et de l'attention. La Bible de ces gens-là, c'est telle feuille boulevardière, comme ils disent dans leur jargon. Ils y cherchent leurs opinions, leurs pensées, et le genre de foi qui est à leur mesure. A la suite des maîtres étranges qu'ils se sont donnés, ils défend?nt aujourd'hui la religion et le prêtre, demain ils souriront de plaisir aux blasphèmes élégants d'un apostat disert et onctueux. Vous n'obtiendrez jamais d'eux qu'ils lisent Isaïe ou les livres de Moïse. Et c'est peut-être un bien; car s'ils se mettaient à cette lecture dans l'état d'esprit où nous les voyons, ils pourraient y trouver un écueil pour ce qu'il leur reste de croyance. Mais il y a encore, grâce à Dieu, des familles chrétiennes; il y en a où l'irrémédiable frivolité des classes, qui s'appellent dirigeantes, n'a pas encore pénétré, où l'éducation a gardé sa marque religieuse et austère. Là il y aurait beaucoup à faire auprès des enfants. Lire en famille les parties historiques de l'Ancien Testament, en omettant tout ce qui ne convient pas au jeune âge; donner ainsi aux jeunes esprits le goût et le respect des Écritures: plus tard mettre successivement dans la main de l'adolescent le Nouveau Testament tout entier, puis les psaumes, les livres sapientiaux, les Prophètes; réserver pour l'âge adulte quelques rares morceaux de la Genèse et du Lévitique et le Cantique des Cantiques, voilà ce qu'un père chrétien peut faire pour ses fils, une mère pour ses filles, sous la direction et avec les conseils d'un prêtre éclairé. J'affirme qu'une éducation ainsi conduite, sans aucun préjudice

pour la formation littéraire et scientifique, donnera, à l'âme qui l'aura reçue, une trempe surnaturelle qu'on ne connaît plus aujourd'hui et dont l'absence explique la facilité des apostasies, la difficulté des retours à la croyance.

Tels sont, Monsieur, les motifs qui me rendent sympathique à votre entreprise. Il se peut que votre voix et la mienne se perdent dans le désert. Si cela était, nous ne devrions pas regretter d'avoir parlé. Quand la sentinelle a signalé l'ennemi, elle a fait son devoir, et si, après cela, la garnison se laisse surprendre, le soldat vigilant ne mérite pas de reproche. Mais j'espère qu'il n'en sera pas ainsi. L'attention publique est éveillée sur le côté contentieux des études bibliques. En vous lisant, plus d'un esprit sérieux comprendra que, si la Bible est un champ de bataille entre les ennemis et les amis de la foi, elle est encore, et surtout pour ces derniers, une patrie, un domaine de famille où il fait bon vivre, et dont il serait honteux aux enfants de la maison d'ignorer les contours. Je souhaite donc bon succès à votre écrit, et je m'estimerai heureux si j'ai pu participer par ces lignes au mérite de votre bonne action.

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