LETTRE SUR L ECRITURE SAINTE
dans la rencontre des écrits dont il s'agit, l'irrémédiable naufrage de leur foi !
Voilà le mal. Où est le remède?
Il est avant tout, j'en conviens, dans un renouvellement des études bibliques au sein du clergé. Là aussi les Saintes Écritures ont été quelque peu négligées; non pas qu'on en ait jamais interrompu la lecture : ceci serait incompatible avec l'exercice de la profession sacerdotale; mais ces fortes études d'exégèse auxquelles, selon les lumières de leur temps, se livraient nos pères, n'ont pas été poussées et tenues au courant. Tandis que l'attaque changeait de forme, accumulait des ressources nouvelles et prenait un caractère cent fois plus redoutable, la défense demeurait confinée dans la routine. On eût dit des places de guerre construites par Yauban et destinées à tenir tête à l'artillerie moderne.
Cette négligence a trop duré; grâce à Dieu, elle a pris fin.
De toutes parts le clergé se réveille, prend conscience du péril et de l'obligation qui le presse d'y faire face. Sans doute les catholiques attendent encore la grande œuvre apologétique que la critique rationaliste a rendue nécessaire; mais si la synthèse n'est pas prête, elle se prépare, et déjà d'excellents travaux analytiques ont paru^ ; d'autres sont sur le métier. Avant peu les modernes ennemis de la Bible auront à qui parler.
Mais supposons cette tâche accomplie; tout sera-t-il sauvé? Non, si l'esprit des fidèles n'est pas préparé à en profiter. Ce qui fait le danger des attaques dirigées aujourd'hui contre les Saints Livres, c'est moins la valeur des objections que la faiblesse de la foi chez ceux qui
1. Citons, entre autres, les écrits de M. l'abbé Vigouroux, du R. P. Corneli, du R. P. Corluy, de M. l'abbé de Broglie, du regretté abbé Motais, etc., etc.
en subissent l'influence. On est vite ébranlé quand on ne croit guère, quand la croyance est à la surface de l'âme, quand elle n'est qu'un reste d'habitude, un soutenir relégué depuis l'enfance dans la région inexplorée de la conscience. Telle est hélas I la disposition de bien des âmes. Comment s'étonner alors de les voir renversées au premier choc? « Nous croyions à la Bible, pourraient-elles dire, parce qu'on nous avait dit autrefois qu'il fallait y croire; mais il paraît que cela ne se soutient plus. Au fond que nous importe ce livre? Nous ne te connaissons pas, nous ne l'avons jamais lu. »
Tout autre serait la force de résistance d'un esprit familiarisé de bonne heure avec les Saintes Lettres, et Mbitué à respirer l'atmosphère de foi qui se dégage du Texte sacré. Pour celui-Jà toucher à la Bible c'est l'atteindre au cœur. Si la Bible n'est pas divine, s'écriera-t-il, en modifiant à peine le mot de saint Paul *, notre foi est vaine, notre espérance est vaine, nous sommes les plus misérables des hommes. Quand on en est là, on lutte avant de se rendre, et comme la cause est bonne, on ne se rend pas, on remporte la victoire. Qui lira les apologies les mieux faites, qui se tiendra au courant des controverses, qui fera son profit des travaux les plus récents? Ce ne sera pas l'homme du monde, qui n'a jamais lu la Bible. Celui-là M. Renan peut l'amuser, et, en l'amusant, lui ôter la foi; la réponse d'un savant chrétien ne fera que l'ennuyer, car c'est le privilège de la négation d'être facile; l'apologiste de l'affirmation a le rôle ingrat, et seuls ceux-là le suivent dans ses raisonnements qui prennent intérêt au fond du débat.
Que conclure de tout ceci. Monsieur? C'est que, pour préparer des disciples aux défenseurs de la Bible, il