S. Denis
un moyen, la volition, qui fasse cesser l'indifférence de la puissance à l'acte.
Habitués que nous sommes à prendre en nous-mêmes le modèle de tous les actes dont nous nous formons l'idée^ nous concevons même cet intermédiaire de la volition comme indispensable à la liberté.
Or nous savons que Dieu est libre dans la création. Sans cela tout s'écroule dans l'édifice que nous avons construit.
Il semble donc naturel d'admettre en Dieu cette volition intermédiaire.
Mais cette volition devra être contingente, puisqu'elle doit expliquer la production du contingent.
Et alors nous voici en face d'un autre attribut divin qui proteste, je veux dire : soji immutabilité.
Rappelons nous les principes posés : Deus est suum esse y., actus "punis — nihil potentiale in eo est...
Antinomie, qui fournit aux adversaires de l'idée de création leur plus grave objection; — et qui a fait dire spirituellement que la grande difficulté pour l'esprit humain n'est pas de croire en Dieu, mais de comprendre qu'il existe autre chose que lui.
Eq face de cette difficulté, l'École se sépare.
La minorité (scotiste) prend résolument parti pour la liberté divine, sans trop se soucier de sauvegarder son immutabilité.
Petite digression sur ce qu'on pourrait appeler les écoles humanitaires en théologie, scotistes, molinistes...; l'école de saint Thomas a toujours été gardienne des droits de Dieu.
D'après eux, il y a en Dieu une volition intermédiaire entre la puissance créatrice et l'acte créateur.
Mais quand Dieu pose cette volition, il y a donc changement en lui'? — Non, elle est éternelle.
Mais du moins elle introduit en Dieu un élément virtuel? — Oui, répondent-ils, mais qui n'entre pas dans l'acte constitutif de l'être divin.
— Soit; mais alors vous admettez en Dieu deux actes, l'un essentiel qui le constitue, l'autre contingent qui se termine éventuellement à un effet extérieur. Que devient la simplicité de l'être divin, Vactus pur us?
Les thomistes, et avec eux l'immense majorité des théologiens, écartent cette solution.
Mais alors ils se trouvent en face de ces deux choses : la puissance divine et l'effet créé : entre les deux, quel est le lien?
La puissance divine est indifférente à produire ou à ne produire pas son effet : qu'est-ce qui la fait sortir de l'inaction?
— Nous ne nions pas la difficulté : mais, à la regarder de plus près, il nous semble quelle est commune à toute action dont le terme n'est pas nécessaire.
En nous, par exemple : supposons un acte purement intérieur, une simple volilion.
Mon âme^ puissance active, est indifférente à produire ou à ne produire pas cette volition.
Il y a les motifs : mais l'hypothèse, c'est qu'ils ne sont pas nécessitants.
Et cependant je produis l'acte intérieur; dira-t-on qu'il a fallu une autre volition intermédiaire entre ma volonté et la volition dont il s'agit? Mais alors, progressus in in/initum (asymptotes .
Ainsi nous touchons là au mystère de l' action. Comme toutes les idées premières, elle est mystérieuse, parce qu'elle ne donne pas de prise à l'analyse.
(Quand nous décomposons une difficulté, nous nous imaginons la résoudre; nous ne faisons que la reculer:
mais arrivés aux limites de l'analyse, il faut avouer son impuissance.)
Introduire en Dieu une volition intermédiaire, ce n'est donc rien expliquer; car cette volition, il faut l'expliquer à son tour (préciser: exemple).
Mais si elle ne sert de rien pour résoudre le problème, elle contribue à l'aggraver ; puisque, sans sauver mieux la liberté, elle compromet l'immulabilité.
Mieux vaut donc recourir à la solution thomiste.
Dieu est acte pur. En lui tout est réalisé et nécessaire.
La liberté divine c'est son acte nécessaire, en tant qu'il a la puissance do produire en dehors de lui des effets contingents.
L'exercice de cette liberté divine^ c'est la production même de l'effet ; production extérieure à Dieu, qui rejette sur le terme produit tout ce qu'il y a de contingent dans l'action et qui ne ride même pas la surface immobile de l'acte divin.
QUATORZIEME CONFERENCE 21 mars.