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L'ACTE CONSERVATEUR OU DIEU PROVIDENCE

La conservation est-elle distincte de la création?

Oui, du côté de l'effet.

Non, du côté de la cause.

Dieu veut que la création soit.

Si l'on considère cette volonté avant l'instant qui est pour la créature le premier de sa durée, c'est le décret éternel de la création.

Si, à cet instant même, c'est la création.

Siy après, c'est la conservatioD.

La conservation est donc jjos'itlve. Dieu ne cesse de fournir l'être, la vie.

L'anéantissement ne serait qu'une suspension de l'acte conservateur.

Bossuet: L'homme n'a pour fond que le néant.

La créature, placée entre Dieu son principe et Dieu son terme, n'a qu'un être d'emprunt, et, pour ainsi parler, une moitié d'être ; car non seulement elle n'est qu'à la condition d'être produite à chaque instant, mais encore elle a besoin d'aller chercher en dehors d'elle-même son complément: ainsi son intelligence a besoin d'un objet à connaître, sa volonté d'un bien à poursuivre, et cet objet, ce bien, elle ne le trouve pas en elle-même, elle ne le trouve qu'en Dieu.

Comme la création, la conservation est l'œuvre delà volonté toute puissante (aussi impossible de conserver que de créer ; mais cette œuvre est réglée par la sagesse infinie.

Les conceptions de la sagesse éternelle, appliquées à la création, s'appellent les lois du monde: (monde physique, monde moral, monde surnaturel).

Appliquées à la conservation, elles s'appellent la Providence.

Il y a aussi une Providence physique, morale, surnaturelle.

La Providence ne détruit pas les lois, mais elle les manie au service des desseins supérieurs duCréaleur.

Elle est l'intervention de la liberté divine dans le gouvernement de ce monde.

Cette intervention n'est pas toujours miraculeuse.

Les lois, même physiques, à plus forte raison les lois morales, ne fixent pas irrévocablement toutes les combinaisons.

Il reste un champ pour le hasard : c'est de ce domaine jué s'empare le gouvernement divin.

Mais quand il le juge à propos, il peut également sortir lu cadre des lois qu'il a fixées.

Il le fait pour affirmer son indépendance, sa personnaité, son domaine inaliénable sur le monde; il le fait sur- ;out pour servir ses desseins surnaturels.

Voilà pourquoi les adversaires du surnaturel, les négateurs du miracle sont fatalement panthéistes. (Renan...)

Et même par là, ils n'échappent pas au besoin de surnaurel qui est dans la nature humaine.

Sciences occultes.

Personnification de la nature.

i Un autre témoin naturel en faveur de la Providence, p'est l'instinct de la prière.

i Les théoriciens du panthéisme la déclarent absurde; et même d'autres qui ne sont pas panthéistes (M. J. Simon).

Mais le cœur de l'homme proteste.

Et sa raison aussi.

La prière n'est qu'un appel fait à la Providence.

Tantôt elle demande un miracle^ tantôt une simple fav^eur.

Et Dieu a tenu compte de cette prière dans la coordination de ses desseins.

Et s'il vous semble difficile de concilier la liberté et la spontanéité de cette prière avec le caractère immuable les desseins de Dieu, ce n'est là qu'une spécification de la difficulté générale que nous aurons à examiner : des rapports de l'éteruité au temps^ et de la liberté divine avec la liberté humaine.

La religion est un rajjjjo?'^ dont rhomme est l'un des termes: l'autre terme est Dieu : si l'on supprime Dieu, il n'y a plus de rapport; donc il n'y a plus de religion.

Le culte,le sentiment religieux sontnaturels àTliomme; aussi survivent-ils aux vérités qui leur servent de fondements, quand ces vérités sont obscurcies dans l'intelligence. Mais logiquement, en dehors de la théologie véritable, toute religion est un non-sens.

L'objet de ces conférences n'est pas de di'nnontrev la vérité de la religion chrétienne, mais de Vcxposer.

Nous commencerons par le dogme fondamental : celui du /Heu prrsonncl.

L'idée du Dieu personnel est au fond de toutes les idées premières : elle doit par conséquent se rencontrer sur tous les chemins de la pensée.

Donc il faut ou l'accepter ou la rejeler.

Mais on peut la rejeter de deux manières : ou en cherchant à la remplacer par une aulre explicalion de l'origine des choses ; ou en l'écartant par une lin de non- recevoir purement négative.

La première manière est celle du panihéisuic^ qui substitue sa métaphysique à la nôlre.

La seconde manière est celle du positivisme, qui récuse toute métaphysique et prétend s'en tenir à l'observation des faits, età la détermination systématique des conditions de leur manifestation.

Entre ces deux écoles qui se subdivisent à l'infini sans varier notablement quant au fond de la doctrine, on peut chercher une place pour des systèmes intermédiaires.

Les deux principaux sont :

le dualisme, le matérialisme antique.

Le dualisme se rapproche du panthéisme : i" en ce qu'il est une explication métaphysique de l'origine des choses ;

2° en ce qu'il iutroduit partout l'irrésistible nécessité. Seulement il admet deux principes au lieu d'un^ et substitue les chances diverses de la lutte aux- phases inévitables d'un développoment uniforme.

Le matérialisme, s'il entreprend avec Epicure de faire la métaphysique de lamatière, retombe dans le panthéisme. S'il renonce aux explications métaphysiques il devient^ sous la plume des sceptiques de l'antiquité, un avantcoureur du positivisme moderne.

Ainsi l'on pourrait dresser ce tableau :

( admise : Théisme orthodoxe.

Idée \ ^ ■.■ ^,. ( Panthéisme. du 1 positivement g j^^^i^^e.

Dieu \ "^J^^"^ ( Dualisme.

pei'sonnet j laissée ( Matérialisme.

[ de côté ( Positivisme.

Nous n'entreprenons pas la réfutation successive de ces différentes erreurs. Mais destinés aies rencontrer tour à tour sur le chemin de nos recherches, nous avons voulu indiquer tout d'abord le point de contact et d'opposition de chacune d'elles avec la vérité primordiale que nous avons à établir.

Question : Existe-t-il un Dieu personnel ?

Raisons de la poser. — 1° Dès que l'homme réfléchit sur lui-même et sur ce qui l'entoure, il prend conscience d'un sentiment qui préexistait chez lui à la réflexion : le sentiment du passafje des choses.

De l'idée du passage, il est conduit naturellement à la question d'origine.

Mais en regardant en lui et autour lui, il conçoit deux origines possibles : l'une contingente, l'aiilre nécessaire.

Quelle a été l'origine du monde pris dans son ensemble ou du moins des premiers êtres qui ont donné naissance

La permanence immobile dans un même état ne constituerait pas une durée temporelle : elle ne serait pas mesurable.

(Delà l'impossibilité de mesurer le temps que dure une action isolée : nécessité de la comparer à des actions corrélatives dont la durée est constante. Les actes de l'esprit ne sont pas propres à fournir une mesure. On a choisi, dans les mouvements de la matière, ceux qui ont paru les plus généraux et les plus réguliers. — exemple : faire wwe heure d'oraison.)

Ainsi le temps n'est pas seulement la succession des actes d'une môme substance : il ne serait pas mesurable. 11 est l'ensemble ordonné de toutes les successions qui ont lieu dans le monde. Il est une relation cosmique. On lui donne pour commune mesure la succession des révolutions terrestres: convention arbitraire, bien que naturelle (c'est comme le choix d'un méridien).

Dieu, comme Dieu, n'a pas de durée iemporeWe, puisque immuable,

Ainsi sans la création, l'éternité de Dieu ne se distingueraitpasde la nécessité et de l'immutabilité de son être.

Mais Dieu a créé ; il a jeté le monde dans ce vaste mouvement de successions qui s'appelle le temps.

Dès lors il a dû entrer en relation avec le temps.

Il y est entré par son éternité. L'éternité de Dieu, c'est sa présence immédiate à tous les temps.

Evidence de cette omniprésence tirée de l'idée de conservation.

Dieu est présent au passé puisqu'il l'a fait; au présent puisqu'il le fait ; à l'avenir puisqu'il le fera.

Mais cette relation immédiate de Dieu avec les choses successives va donc mettre de la succession en Dieu?

Non; car pour qu'il y eût succession en Dieu^ il faudrait en Dieu des actes différents.

Or il n'y a en Dieu qu'un acte immuable qui veut la succession en dehors de lui, mais qui ne l'admet pas dans son sein.

Comparaison d'un centre lumineux éclairant à la fois tous les points d'une circonférence, bien qu'un mobile qui parcourt cette circonférence ne reçoive que successivement chacun des rayons lumineux partis à la fois du centre.

Conclusion. Le monde ne peut pas être éternel, parce qu'il est successif.

Dieu ne peut pas être successif, parce qu'il est éternel dFternitas est tota simul (saint Thomas).

L'éternité et le temps sont deux ordres disparates.

Il n'y a rapport de Pune à l'autre que par le moyen de l'action créalrice qui est le point de départ du temps, et de l'action conservatrice qui en est le soutieno

L'éternité de Dieu, considérée indépendamment du temps, c'est comme dit saint Thomas, après Boëce : Interminahilis vitœ tota simul et perfecta possesslo.

Considérée dans son rapport avec le temps, elle est une des formes de l'omniprésence divine.

SEIZIEME CONFERENCE 24 avril.

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