‹ MélangesChapitre 54 sur 104 · Qu. XIX, art · texte numérisé non relu

Qu. XIX, art

intelligence. Cet objet, nous le connaissons: c'est l'être divin en tant que bon en lui-même et provoquant l'amour ; c'est encore l'être divin en tant que communicable et provoquant le^ libéralités de la création.

Ainsi, dit saint Thomas : Deusvult et se,et alia\sedseut finem, alia vero ut ad finem.

3° La volonté de Dieu est-elle libre ?

Non, quant au prcrnier objet. Dieu veut nécessairement le bien infini.

Oui;, quant au second objet: Dieu veut librement le bien créé; pourquoi ? Parce qu'il ne veut le bien créé que pour le rapporter au bien infini comme à sa fin. Or la relation du bien créé au bien infini n'est pas nécessaire. Le bien infini ne s'augmente pas par l'addition du bien crée ; donc il ne l'appelle pas nécessairement ; donc Dieu ne le veut pas nécessairement.

4° La volonté de Dieu est-elle efficace %

Oui, quant aux deux objets.

Dieu veut nécessairement le bien infini, et le bien infini existe nécessairement. Cette volonté, cet amour arrivent chez Dieu au plus haut degré d'efficacité, jusqu'à produire une personnalité distincte qui ferme le cycle de la vie divine : la personnalité du Saint-Esprit.

Oui, quant au second objet, car Dieu fait tout ce qu'il veut hors de lui. 11 est même le seul être dont la volonté ait une efficacité extérieure. Impuissance de l'homme à produire autre chose qu'une volition extérieure. Tout effet i produit au dehors, à la suite d'une volition humaine, est le résultat d'une série d'actions intermédiaires dont ma . volonté n'est pas cause, et dont une autre puissance que moi, la puissance du divin vouloir, a réglé l'exercice.

(Ex. : je persuade un homme — je remue une pierre...) j C'est même cetle efficacité extérieure du vouloir divin ' qui fait toui le mystère de la création

5° La volonté de Dieu est-elle nécessitante?

Oui, quant aux effets qui proviennent d'agents non libres.

Non, quant aux actes des agents libres.

Est-ce là une limitation de l'efficacité du divin vouloir?

Tout au contraire : c'en est la perfection. La volonté de Dieu meut les causes secondes suivant leur nature.

Elle fait agir naturellement et fatalement les causes aveugles.

Elle fait agir sciemment et librement les causes responsables.

Donner au vouloir divin une efficacité nécessitante, partout et toujours, ce serait lui refuser la plus belle de ses prérogatives : celle qui consiste pour lui à mulliplier dans la création la ressemblance de sa propre liberté.

Quum voluntas divina sit eff'icacissima, non solum seqiiitur quod fiant ea quœ Deus vult fieri^ sed et quod eo modo fiant quo Deus ea fieri vult. Vult autem Deus quœdam fieri necessario, quœdam contingenter] ad complementum universi ^ .

6^ Dieu veut-il le mal?

Le mal en lui-même ne peut être voulu. Sous ce rapport il en est de Dieu comme de tout être volontaire.

Le bien seul est désirable. Quiconque veut, cherche un bien. Mais la créature, sujette à l'erreur et au vice, peut changer par un faux jugement pratique l'importance relative d'un bien, et le faire passer avant un autre qu'elle devrait lui préférer. Dans cette préférence mal placée, il y a une difformité morale qui constitue le péché; difformité qui ne peut se rencontrer dans le vouloir divin.

Reste l'objection : si le vouloir divin est toujours efficace, Dieu veut donc la difformité morale qui se ren-

1 Qu. XIX, art, H.

contre dans l'acte da pécheur. — On répond : non, Dieu veut l'existence^ l'activité, la liberté du pécheur; et cette activité libre que Dieu veut, s'exerçant d'après une fausse appréciation du bien, produit le mal moral que Dieu ne veut pas.

Et ce mal moral n'est pas l'objet du divin vouloir, parce qu'il est le côté négatif, défectueux de l'acte humain; et que le positif seul peut être l'objet du vouloir divin.

— Mais Dieu pourrait l'empêcher. —

Si^ en l'empêchant, il détruisait la liberté de la créature, Dieu ne ferait pas un bien ; car il est bon que la I créature soit libre; et nous avons vu que, sans le libre mouvement de la créature morale de Dieu, la création perdrait sa raison d'être.

— Mais Dieu qui a le secret d'agir efficacement sur les cœurs, de faire faire librement le bien à qui il lui plaît, et cela infailliblement, pourrait donc faire à coup sûr que tel homme qui pèche ne péchât pas? — Certainement il le pourrait.

— Donc il le devrait. — Non; du moment qu'en permettant le mal moral, il ne fait rien de contraire à sa perfection et à sa sainteté, Dieu n'est pas obligé d'empêcher tout le mal.

— Mais pourquoi ne l'empêche-t-il pas?

— L'homme garde le secret de son libre arbitre. Dieu nous devrait-il compte du sien?

0 Altitudo!

Page 1