I. — La question Dii l'existence de Dieu
DANS LA THILOSOPHIE ANTlOl E.
Cette question est triple :
1^ L'Antiquité a-t-elle cru en Dieu?
2° A quel Dieu?
3° Pour quels motifs?
1° Toutes les écoles philosophiques de l'Antiquité ont
résolu affirmativement la question de l'existence de Dieu. Toutes, sauf l'Ecole Épicurienne, ont admis sincèrement l'existence de Dieu.
[Leçon IV.) — 2° Les anciens philosophes ont admis :
Un Dieu ordonnateur du monde, mais tantôt trop séparé du monde (comme le Moteur d'Aristote), tantôt trop mêlé au monde (comme le vcj; d'Anaxagore et surtout celui des Stoïciens).
Un Dieu, idéal d'unité et de perfection, mais tantôt absorbant en lui toute réalité sans qu'il reste en dehors de lui autre chose que des apparences itel est le Dieu des Eléates , tantôt sans action sur le monde, comme l'Idée suprême de Platon.
Un Dieu type de perfection morale et règle intérieure de la conscience, comme le Dieu de Socrate et des Stoïciens.
3° La philosophie antique a prouvé son affirmation en l'étayant tour à tour sur les trois ordres de démonstration qui nous servent encore aujourd'hui ponr établir l'existence de Dieu : Argument cosmogonique, argument métajjhtjsique, argument moral.
Que lui a-t-il donc manqué? La certitude...
L'Eglise a plus de confiance que la philosophie païenne dans la puissance de la raison... Et voilà pourquoi, pour trouver une démonstration de Texistence de Dieu, nous irons la demander aux siècles chrétiens.
IL — La démonstration de l'existence de Dieu
DEPUIS l'origine DU CHRISTIANISME.
[Leçon V.) — 1° Chez les Pères de l'Eglise.
Les Pères n'ont pas eu la prétention de philosopher. Ils ont gardé la tradition de l'enseignement chrétien : et comme la vérilé chrétienne est une révélation surajoutée
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à la raison, en défendant la tradition, les Pères se sont trouvés les défenseurs de la raison.
De là, d'une part, le caractère peu méthodique des arguments de raison qu'ils apportent en faveur de l'exislcnce de Dieu : ils ne se proposent pas de fonder un système.
De là, d'autre part, la fermeté et l'unanimité du témoignage qu'ils rendent à la puissance de la raison humaine pour démontrer l'existence de Dieu^ et leur unanimité aussi dans le choix des procédés de démonstration...
Parallèle entre les Pères et les anciens philosophes : chez les Pères, moins de métaphysique, moins de raffinement, plus de certitude,
plus d'universalité (la vérité est oiferte par eux à tous les hommes)...
Ce qui manque à la plupart, c'est la précision des preuves. ..
Cependant, le génie scientifique ne peut pas sommeiller dans rÉglise. Nous l'avons vu se trahir dans les écrits de saint Augustin et de saint Jean Damascène...
Tout est prêt pour l'éclosion de la Scolastique [Connuhium fidei et rationis .
2°. Chez les Théologiens.
[Leçon VJ.) — Saint Anselme : Le Monologium et le Pros ■ logium. Exposé. Critique du Proslogium d'après saint Thomas.
Saint Bonaventure.
[Leçon VIL) — Saint Thomas d'Aquin. — Ses cinq preuves.
Saint Thomas a bien construit l'édifice de sa démonstration. A la base il a mis l'argument de finalité. Au milieu de la pyramide, de façon à ne priver le philosophe ni de l'appi.i de la base, ni de la protection du sommet, il a mis l'argument ontologique.
3°. Chez les Philosophes cartésiens.
Les arguments de Descartes se réduisent à trois : L'existence de Dieu est la seule explication possible d'une partie de nos idées,
— et de la conservation de notre être.
— Elle est d'ailleurs impliquée dans la notion même que nous avons de Dieu.
Fénelon, Bossuet, Leibniz, Malebranche.
Les Cartésiens^ heureux héritiers d'un long passé de Christianisme^ et dès lors habitués à trouver Dieu au bout de toutes les avenues de la pensée, se persuadèrent que les chemins les plus droits étaient aussi les plus sûrs. Ils choisirent de préférence la voie intuitive, et négligèrent d'interroger la nature. En coupant ainsi le fil de la tradition, ils affaiblirent l'argumentation théiste et travaillèrent inconsciemment au triomphe du panthéisme et du matérialisme \
L'argument de finalité 2.
{Leçon IX.) — Préliminaires sur la légitimité du principe de finalité. — 1° La finalité, partout où elle apparaît^ accuse l'intelligence.
2° Il est possible de constater in concreto la finalité,
1. Au début de la leçon VIII, Ms'^" d'IIulst cavactérise en quelques mots très nets l'entreprise de la critique kantienne, puis ajoute qu'il croit opportun d'en différer l'étude (N. 1). L. R.),
2. Notre analyse des trois preuves proposées par Ms''" d'ILdst dans les onze leçons suivantes sera plus brève que ne sembleraient l'exiger l'importance du sujet et l'ampleur de l'argumentalinn, parce que le text ■ qae nous analysons n'est qu'une première ébauche, que l'auteur a reprise, perfectionnée et condensée plus tard (188G) dau'^ trois con'Vrences publiées de son vivant (Mélanges philosophiques, Paris, 1892. p. 215-293: Le vrai Dieu et l'Ordre du monde; — Le vrai Dieu et l'origine du monde; — Le vrai Dieu et l'âme humaine), et dans les deux premières conférences du Carême de 1892 à Notre-Dame de Paris (Cf. îbid. Une conférence sur la métaphysique de VEcole et la science. Théorie de la cause et de la fin). Mais mus publierons [dus loin difragments importants dont nous n'avons pas trouve l'équivalent dans les autres écrits de Mst d'Hulst (N. D. L. R.).
riiilcntion téléologique^dans un groupe de faits observés.
L^4RGUMENT. — Oïl coDstate de l'ordre et de la finalité dans l'univers. {Leçon X.) — Les sciences cosmographiques montrent que C activité cosmique a un but : la conservation du monde par l'équilibre des forces, par la distribution de la lumière, de la chaleur et du mouvement; c'est une assurance contre le chaos. — [Leçons XL) — Les sciencts biologiques découvrent chez les êtres vivants certains témoignages d'ordre et de finalité qu'on ne peut nier sans ébranler toute certitude K — [Leçon XLV.) — Les sciences physiques elles-mêmes montrent que le monde est un système, par conséquent une conception. La marque de dessein y est évidente, non pas la marque de tel ou tel dessein, c'est le secret du Créateur, mais la marque d'un dessein.
Or l'ordre est intelligible, la finalité est intelligible. Ce qui est intelligible et réel suppose une intelligence réelle et concrète.
Dune Tordre et lu finalité de l'univers supposent une intelligence orJonn&irice antérieure à son évolution.
Donc aussi cette intelligence est une volonté motrice. Ce qu'elle a conçu, elle l'opère...
Mais une intelligence, une volonté concrète, distincte de son ouvrage, opposant son individualité à celle des autres êtres, c'est une personne.
Donc l'ordre et la finalité du monde accusent une personnalité antérieure à tout ce qui commence et change, c'est-à-dire éternelle et nécessaire.
, 1. De regrettables lacunes dans le manuscrit nous rendent impossible i une analyse plus précise de ces trois imrortantes leçons. D'ailleurs, sur I ce point, la pensée définitive de Ms^ d'Hulst est largement développée i dans la conférence citée plus haut sur Le vi^ai Dieu et fOrdre du I monde. Notre texte contient, cependant, une rédaction à peu prés complète de la réponse aux objections : nous en donnons plus loin de larges ex'raits. (N. O. t,. R.). — M^f d'Hulst a sans doute utilisé les pages absentes pour cette conférence. (Note de l'Editeur.)
L'argument de causalité.
[Leçons XV-XVl.) — Préliminaires sur la causalité.
L'argument de finalité à lui seul ne nous conduit pas jusqu'au Dieu Créateur. D'ailleurs, il ne suffit pas 71011 ^ plus à lui-même : il se rattache au principe supérieur, celui de la raison suffisante. L'ordre, étant une réalité, a besoin d'une raison d'être : c'est pour cela que, mis en présence de Tordre, l'esprit humain cherche Tinlelligence ordonnatrice.
Mais ce principe supérieur est universel : à toute réalité doit correspondre une raison d'être... De même donc, que nous devons chercher dans l'intelligence l'explication de l'ordre des phénomènes, ainsi nous affirmons qu'il faut une raison d'être aux phénomènes eux-mêmes et aux substances qui les supportent, en un mot aux réalités concrètes.
Un simple lien logique entre les phénomènes et entreles substances ne suffit pas à rendre raison des uns eti des autres ; dans Tordre des réalités concrètes, la raison ?; doit être une action modificatrice qui prend un nom par-; ticulier : la causalité.
Nous avons cherché l'origine en nous du principe de! causalité. Nous avons trouvé que c'est un principe prev mier, mais duquel nous prenons conscience sous Tem-, pire d'une double expérience: l'expérience du passage des choses, qui nous fournit la notion de contingence, et l'expérience de notre propre activité mentale et organique qui nous fournit la notion d'action causale.
Puisque les choses changent autour de moi, il faut une raison de leur changement.
Puisque j'agis efficacement, d'autres êtres peuvent en faire autant, être causes comme moi, et alors l'action de i
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ces causes fourûirala raison suffisante des changements que je vois.
Nous pouvons maintenant formuler le principe de causalité : Tout ce qui change donne lieu à un commencementj et tout ce qui commence aune cause...
On nous objecte la stérilité de ce principe, l'impossibilité de constater in concretola. causalité.
Nous répondrons que notre causalité propre est directement constatée par la conscience et que la causalité extérieure s'induit légitimement^ pourvu que, par l'emploi d'une sage méthode d'observation et d'expérimen^ tation, l'on évite de confondre de simples coïncidences avec l'action causale, et la condition déterminante avec la cause efficiente.
I. — DÉMONSTRATION INDIRECTE DE l'eXISTENCE DUNE CaUSE PREMIÈRE TRANSCENDANTE. ARGUMENTATION CONTRE LE PAN- THÉISME.
(Leçon XVll.) — Toutes les réalités cosmiques^ en vertu du principede causalité, ont le caractère d'effets; derrière ichacune d'elles, il y a une cause, connue ou inconnue de nous.. . et dont l'énergie est supérieure ou au moins équivalente à l'effet. Le monde nous apparaît alors comme un système ordonne de causes et d'effets... La question est Ide savoir si ce système se suffit à lui-même, ou s'il faut ilui chercher une explication dans une causalité placée en (dehors de lui...
; Le panthéisme tient pourla cause immanente dumonde ; jle théisme pour la cause transcendante. I L'u7i et r autre affirment l'unité dumonde, mais lèpre-, mier Vexagère, et c'est ici qu'apparaît la différence. Trois formes de panthéisme.
1° Le monde constitue une substance unique et nécessaire.
cause de tous les faits. — • Unité de substance contredite par la conscience, qui atteste mon individualité. Nécessité de cette substance, contredite par ses changements qui ne seraient explicables que s'ils étaient libres.
2° L'unité primordiale et originelle admet des dédoublements possibles de la substance... — Ce système introduit l'imperfection dans le nécessaire. D'ailleurs, quel est j le motif de ce dédoublement? Si la substanse primordiale est parfaite, pourquoi s'abaisse-t-elle en se divisant? Si imparfaite, comment tire-t-elle le plus du moins?
3" Dieu est Vunité idéale du monde réel. — On oublie i toujours de nous dire si cet idéal est concret ou non. Si ' oui, c'est le Dieu vivant, et il ne reste plus qu'à déterminer ses rapporls avec le monde. Si non, cet idéal est une chimère, ou du moins c'est moi qui lui donne tout ce quila de réel, et dès lors, comment avant moi a-t-il pu gouverner et engendrer toutes choses? On ne s'en lire qu'en conférant à cet idéal toutes les propriétés des réalités concrètes (axiome de Taine).
La Cause immanente ne suffit pas; il faut donc aller jusqu'à la Cause transcendante, puisqu'antérieure à tout, — nécessaire^ puisque rendant raison de tout, — intelligente, puisqu'elle est le lieu de l'idéal, —puissante, puisqu'elle est la source du réel, — vivante, puisqu'elle est le principe de la vie, — distincte du monde, sous peine de rentrer dans la série.
n. — Formes directes de la démonstration DE LA Cause transcendante.
(Leçon XVIII.) — 1° La cause de ce qui change peut j être elle-même changeante, mais en cela elle est ellemême causée.
Of, il s'agit de trouver la cause qui explique tout, par conséquent qui n'est pas causée.
Donc cette cause n'est pas sujette au changement.
Or, tout ce qui est dans le système cosmique est sujet au changement.
Donc la Cause première est en dehors du système cos mique...
2° L'expérience des changements et des destructions partielles dans l'univers nous fait concevoir que l'univers, considéré dans chacune de ses parties, pourrait être autrement qu'il n'est ; donc il pourrait aussi n'être pas du tout. Il faut une cause à sa manière d'être, il faut donc aussi une cause à son être.
{Ce dernier argument est accessoire et appelle un complément polémique ; car le jxinthéisme n'en conteste ni l'antécédent, ni le conséquent ; il faut montrer que la causalité immanente^ sous aucune de ses formes ^ ne saurait être suffisante.)
Les preuves morales.
(Leçon XIX.) — Dieu doit être prouvé d'abord par l'uninivers... Ensuite, quand on sait que Dieu est, on le retrouve partout, mais nulle par autant que dans l'âme humaine... Alors de lame, considérée dans son essence morale, nous remontons à Dieu parle chemin suivant :
La moralité est objet de conscience directe; si on la soumet à l'analyse, on trouve qu'elle implique l'opposi* tion d'une personne libre à un impératif absolu qui la commande sans la contraindre, envers qui elle se sent comptable et dequi elle attend la sanction delaresponsabilitéencourue. .. Gomme le reconnaît l'ensemble del'humanité, cet impérarif absolu est extérieur, antérieur et supérieur à moi, à mes semblables et à tout être réel ou possible doué de moralité, et ne peut être abstrait à
cause de sa priorité absolue... Mais un tel concret n'est autre que la Cause transcendante.
Cet argument est valable. Mais:
1° Le maniement en est très délicat ;
2° Il ne demande pas moins de métaphysique que les autres ;
3° 11 paraît moins scientifique aux esprits positifs ;
4** Il échappe sans doute, mais d'une façon moins évidente, au reproche de subjectivité... à cause de l'alliance plus intime entre les vérités morales et le sentiment...
Il faut reconnaître, enfin, que si l'existence de Dieu n'en devien.t guère plus certaine, la connaissance de ; Dieu en devient beaucoup plus parfaite. La morale nous | révèle tout un côté de Dieu, que le spectacle de la nature j nous laisserait ignorer :... ce qui en Dieu répond a notre nature morale, la bonté, la justice, la sainteté... Le monde nous révèle un Démiurge. Le cœur humain nous révèle le Dieu saint et le bon Dieu.
Appendices.