I. — Gomment se complète la notion dk dieu
[Leçon XX.) — La notion de Cause première, avec tous ses corollaires, est fort loin d'exprimer tout entier, encore plus d'égaler, l'étrcmystérieux qu'elle dénomme. Dès lors, tout l'effort de la métaphysique doit être de pousser jusqu'aux limites du possible l'approximation de l'idée à son objet divin. C'est à quoi servent puissamment deux sentiments naturels au cœur de l'homme, le sentiment moral et le sentiment religieux.
1° L'analyse de l'acte moral et de l'obligation nous a conduits... jusqu'au Législateur transcendant. Mais la conscience n'a pas besoin do cette double analyse pour atteindre à Celui qui est le Bien en soi. Elle y atteint |
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aussi par la partie affective d'elle-même, parle cœur. Le cœur de l'homme, quand il n'est pas profondément gâté, se sent intéressé dans les choses de la conscience ; il sent que derrière le précepte accompli il y a du bonheur à espérer^ que derrière le précepte enfreint il y a la peine à redouter... Avant même toute sanction... la joie ou la tristesse qui accompagnent l'action bonne ou mauvaise... correspondent, dans le développement naturel et normal de la conscience, à deux persuasions intérieures: la première, c'est qu'en faisant le bien ou le mal, l'agent moral a perfectionné ou altéré une ressemblance qui l'honore, la seconde, c'est qu'il a réjoui ou affligé quelqu'un qu'il faut aimer. Ainsi le cœur, devançant la raison, atteint d'emblée la réalité vivante, et traite avec un bienfai- \teur^ un maître^ un ami, un modèle. Ce sentiment moral, complétant le raisonnement qui démontre Vexisience de la Cause transcendante, intelligente, puissante, nécessaire et libre, anime enquelque sorte la physionomie du Dieu vivant, en y dessinant les traits de justice et de bonté.
2" De même, le sentiment religieux personnifie Dieu plus que tous les raisonnements. Il pénètre encore plus avant que le sentiment moral dans les profondeurs de l'être divin. Il éveille l'idée mystérieuse de la sainteté. Il Fait concevoir une vie propre de Dieu... Il accuse l'incompréhensibilité divine et par là prépare la solution néga- ''ive, mais suffisante, des plus grandes difficultés du Théisme... Là où l'esprit ne verra qu'obscurité, l'âme jceligieuse s'écriera : 0 altitudo ! et trouvera la paix dans j/adoration: « Si vous étiez à ma mesure, dira-t-elle, vQXJiS ne seriez pas mon Dieu. »
L'acte créateur
[Leçon XXI.) — La Création, c'est l'acte producteur le substance... Elle exige une puissance infinie...
NOUVEAUX MÉLANGES PHILOSOl'HIQUBS T. III. — 12,
Elle ne produit aucune modification dans la cause.
On reproche à cette idée de Création ex nihilo d'impliquer contradiction. — C'est qu'on entend mal le ex nihilo.
S'il est impossible de tirer quelque chose de rien, il' n'est pas impossible de mettre quelque chose là où il n'y ai rieri. Cela n'implique contradiction, ni dans l'agent, qui possède éminemment tout ce qu'il donne, ni dans le terme; car le néant n'oppose aucune résistance, ni dans le rapport, qui n'est autre chose que la causalité à sa plus haute puissance.
[Leçon XXII.) — Puisqu'on nous oppose les antinomie de la causalité transcendante, nous avons le droit d'exa-1 miner celles de la causalité immanente. D'un côté, simple apparence d'antagonisme, de l'autre, contradictior réelle :
Le Théisme se prouve directement. Une fois établi, iij présente deux graves difficultés (logique, morale) : rap-i port de l'acte pur avec le contingent, rapports moraux an Di-i-'U bon avec le monde mauvais. Ces deux difficultés portent sur le mode d'action de la cause première — et s'expliquent a priori par l'impossibilité d'expéri monter une semblable causalité.
Le Panthéisme ne se prouve pas, il s'affirme, c'est un(i hypathèsecosmogonique. Et là, ce qui implique contra diction, c'est le principe même de celte hypothèse qu identifie dans un même fond d'être les attributs oppo ses.
CONCLUSION
L'Être divin : synthèse de l'Idéal et du Réel '.
1. Il nous pavait inutile d'analyser cette dernière Leçon, car nous e: publions plus loin le texte presque intégral.