II. — Les corollaires de l'aséité
1° L'unité divine.
[Leçon II L.) — L'unité se confond objectivement avec l'être; elle en est un aspect plutôt qu'une qualité. Elle est l'être en tant qu'indivis (noiion formellement négative, mais objectivement positive).
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On peut distinguer l'unité ontologique ou indivision de l'être, et l'unité numérique ou singularité de l'être.
A. — Unité ontologique ou simplicité de l Être divin. — Dans les créatures la simplicité n'est jamais que relative et partielle. L'échelle ascendante des êtres ya du moins un au plus un. Les créatures les plus simples sont encore des composés, composés sinon de parties matérielles et d'éléments physiques, du moins cVélémenls métaphysiques : acte et puissance, essence et existence, etc.. La notion d'aséité implique qu'en Dieu on ne peut distinguer d'éléments composants. L'intensité souveraine de l'Etre suffit aie constituer complètement; et d'ailleurs deux parties qu'on y voudrait distinguer seraient identiques, parce que l'une et l'autre seraient l'Etre pur. C'est donc la simplicité absolue.
• On peut déduire de là, comme corollaire, l'immatérialité divine, parce que la matière est ce qu'il y a Je plus éloigné delà simplicité et de l'unité métaphysique.
B. — Unité numérique ou unicité de Dieu. — Elle se déduit de l'unité ontologique '.
2^ L'infinité divine.
[Leçons IV et V.) — Historique de la question. — L'antiquité s'est occupée de l'Infini^ mais rarement à propos de la nature de Dieu. — Pour elle, l'Infini, xo àzeipov, c'est ou le possible, ou la matière première, ou l'être abstrait, ou la puissance, ou le devenir. Il ne s'actualise qu'en se limitant.
La philosophie chrétienne laisse d'abord dans l'ombre l'idée d'Infini en traitant de Dieu. Les Pères s'en taisent. Saint Anselme se sert de l'idée sans employer le mot.
1. Le manuscrit ne contient ici qu une argumentation incomplète, (N. d. I. R.)
NOUVEAUX MÉLANGES PHtLOSOPHIQUlS T. llf. — 14.
Saint Thomas traite ex professa de l'Iaiini, mais déjà l'existence de Dieu est démontrée et sa nature déterminée...
Descartes et toute la philosophie spiritualistc depuis Descartes font, au contraire, de l'Infini le caractère distinctif de l'Etre divin. L'idée de l'Infini est pour cette école une idée entièrement positive.
Etat de la question. — Le mot infini a deux sens : l'infini potentiel ou rindéfini, l'infini actuel. L'un et l'autre s'opposent au fini, mais diversement: le premier, parce qu'il n'a pas de limites dans son extension; le second, parce qu'il n'en a pas dans sa compréhension, ou mieux dans son intensité.
Le premier, l'infini extensif^ est inférieur au fini, comme le possible^ à l'être.
Le second, 1 infini intensif, s'il existe^ est supérieur au fini comme le Tout Etre à l'être partiel.
Solution de la question. — L'infini actuel existe-t-il?
La philosophie antique et la philosophie séparée le nient, disant que l'infini ne peut s'actualiser qu'en se limitant... car c'est la limite d'un être qui détermine sa nature, qui le distingue d'un autre, qui précise sa réalité.
Réponse. — Cela est vrai de l'être créé, parce que son intensité est composée^ parce que sa nature se conçoit par superposition de notes ontologiques. La limite a donc pour lui quelque chose de positif. Cela est faux de l'Être a se, parce que son intensité étant très simple, la limite serait en lui une pure négation, qui contredirait à son essence. Etant à lui-m^ême sa raison d'être, il ne peut rencontrer d'obstacles à son développement. Et cette propriété à'être i^ar soi le distingue suffisamment de tout ce qui esipar un autre, sans qu il soit besoin de le limiter pour le discerner.
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Ainsi Vinfîni appartient à Dieu comme un corollaire de Vaséilé.
Caractères de Vidée d'infini. — Descartes en fait une idée toute positive, qui n'a de négatif que la forme [verlale] : c'est la négation d une négation.
Ce serait vrai, si nous voyions l'Être divin. Mais nous ne le voyons pas. Notre idée de l'infini n'est pas primitive. Elle s'acquiert via remotionis. Elle est donc objectivement positive, et formellement négative. Admirable exposé de saint Thomas [Summ. Theol. 1^ Pars, quaest. vii^ art. 1). Plus il y a de formel dans un être, plus la limite recule. Là où se trouve le pur formel, c'est l'actualité de l'infini.
Rapport de l'Infini au fini. — Seule la solution théiste permet de concevoir ce rapport : Le fini possible est contenu dans l'infini. Le fini réel est produit par l'infini.
Il n'y a pas plus d'être intensif après la création qu'avant... Dieu est tout Être sans que tout soit Dieu.
3° L'immutabilité y Véternité, Vimmen&ité absolues de Dieu.
Ces trois attributs ne peuvent se concevoir que par opposition avec les choses changeantes. Mais ils disent plutôt indépendance que relation à l'égard de ces choses.
A. — L'immutabilité.
C'est l'indépendance de Dieu à l'égard du changement. Simple manière de recevoir VEtre par soi. S'il a de soi l'être, Il a également le mode d'être ; donc II l'a nécessaire, unique, immuable.
D'ailleurs en Dieu, il n'y a pas de distinction de puissance et d'acte. Donc le changement est impossible.
Cette notion d immutabilité absolue est négative uniquement dans la manière de la formuler. Objectivement, elle est toute positive. L'être, en tant qu'il est, ne change pas ; en tant qu'il change, cesse d'être pour devenir aulre. L'être
créé chaDge parce qu'il n'est qu'à moitié. Plus il est imparfait^ plus il change. Au contraire^ sa constance va en croissant à mesure qu'il s'élève dans l'échelle des perfections. Au sommet suprême se trouve Dieu seul, apud quem non est transmutatio nec vicissitudmis olumbratio (Jac. I, 17).
B. — L'éternité.
(Test V indépendance de Dieu au point de vue de la durée.
Il faut distinguer le temps et la durée. Le temps est une catégorie de l'être créé. Il implique succession.
La durée, c'est l'être en tant qu'il demeure. C'est donc une propriété positive de l'être, tandis que le temps est une condition limitative.
La durée absolue, c'est Téternité.
Pour établir l'indépendance de l'Etre divin à l'égard du temps, il faut recourir au contraste.
Le temps a quatre caractères :
1° Il implique un mouvement, un changement, au moins intérieur.
2° 11 admet (sans l'impliquer) une fin.
3° Il admet (et, selon nous^ il implique) un commencement.
¥ Il implique la succession.
Or la durée divine :
1° Exclut tout mouvement^ même intérieur^ puisque Dieu est immuable,
2° Exclut le commencement et la fÎ7i, incompatibles avec Vaséité.
3° Exclut y selon nous, la succession; c'est un second corollaire de V immutabilité. L'opinion contraire des scotistes s'explique par la difficulté à' imaginer xhïq durée non successive. Mais en soit le non successif se conçoit aussi bien et mieux que le successif. Le difficile, c'est de concevoir le rapport de l'un à l'autre.
Il faut maintenir la définition de Boèce: « JEternitas est intehninabilis vitx tota simul et perfecta possessio », expliquée par son contexte.