‹ MélangesChapitre 76 sur 104 · SUR L'ACTION DE DIEU · texte numérisé non relu

SUR L'ACTION DE DIEU

Le vouloir créateur.

[Fragments de la Leçon XI IL]

Les causes que nous connaissons par expérience ont différentes manières d'entrer en activité, suivant leur nature. Les causes fatales sont déterminées par une action extérieure qu'elles subissent et qui met en mouvement la leur. Les causes libres se déterminent ellesmêmes, mais non sans avoir été ou provoquées par des impressions, ou du moins inspirées par un désir. Dans l'activité de toutes ces causes il y a un mélange de passivité ; la passivité précède et l'activité suit. Il y a en outre à l'intérieur de la cause agissante quelque chose qui survient : c'est ce qa'Arislote et les Scolastiques appellent le passage de la puissance à l'acte. La cause qui n'agit pas n'est pas dans le même état que la cause qui agit ; elle est modifiée ou elle se modifie ; quelque chose passe des profondeurs de l'être à la surface, l'accident se greffe sur la substance.

Eu Dieu trouverons-nous quelque chose de semblable? Tout d'abord, il semble que nous devions le trouver, car enfin nous savons déjà que la création n'est pas nécessairC; qu'elle ne complète pas l'acte intérieur de Dieu. Autreest donc cet acte intime qui constitue la vie de Dieu, autre l'opération extérieure qui produit le monde. Eh bien! au moment où Dieu produit le monde, ne faut il pas que survienne en Lui la volonté de le produire? Une volonté peut-elle être efficace sans une volition? Une volition qui aurait pu no pas être, n'esl-elle pas quelque

chose d'accidenté], quelque chose qui apparaît tout d'uD coup à la surface de l'être?

Mais, d'autre part, rappelons- dous que l'accident répugne à l'Etre divin^ que Dieu est tout en acte, qu'il n'y a rien en Lui de potentiel. Comment dire alors qu'il se détermine, comme si, avant de le faire. Il était indéterminé?

Ce problème est le plus difficile peut-être de toute la théodicée. Seulement^ il appartient à la catégorie des questions sereines. L'élément moral n'y est pas engagé, c'est de la métaphysique pure.

Le principe de solution consiste à dire : il y a de l'accidentel, du contiEgent dans la création, mais seulement dans le terme ; dans la cause, il n'y en a pas.

D'abord, il n'y a pas de passivité. Plus la cause est parfaite, plus elle met du sien dans son acte, et moins elle reçoit du dehors. La cause parfaite n'est donc pas déterminée, elle se détermine dans une parfaite indépendance. Jusqu'ici, pas de difficulté sérieuse.-

Mais quand je dis : elle se détermine, n'est-ce pas là de l'accidentel? On dit : oui, dans le terme. — Mais le terme n'est pas encore. Dieu est,Dieu est nécessairement, Dieu se suffit, et vous me dites : cela va continuer ainsi, sans que rien survienne de nouveau en Lui. Mais si rien ne survient de nouveau en Lui, et s'il n'y a lien hors de Lui, et si rien ne peut commencer que par Lui, rien ne commencera. Dieu restera dans son acte pur, et le monde ne sera jamais.

On peut répondre : ces mots qui expriment le passé, le présent, le futur sont inexacts; c'est l'imperfection du langage humain. Dieu veut de toute élcrnilé créer le monde, et II veut que le monde commence dans le temps. La volonté de Dieu est constante, immuable; son effet est contingent et temporaire.

Il y a du bon dans cette réponse. Mais elle ne va pas au fond de la difficulté. La grande difficulté n'est pas de concevoir que Dieu puisse décréter quelque chose sans se modifier. Ecartons la question de temps. Considérons l'acte créateur comme présent, actuel. La volonté de créer fait-elle partie de l'acte essentiel de Dieu? En tant que puissance créative, évidemment ! Dieu a essentiellement le pouvoir créateur. Mais, en tant que volition créaîtrice? Si la volition créatrice fait partie de l'acte essentiel de Dieu, la création est nécessaire^ car la création suit I nécessairement de cette volition : le néant ne résiste pas ; quand Dieu veut créer, la créature apparaît. Si donc la créature est contingenle, ce n'est pas qu'elle puisse ne pas répondre à l'appel créateur, c'est que Fappel créateur peut ne pas être prononcé. Et Aoici alors la formidable question : comment Dieu reste-t-Il le même, sans modification, sans accident, qu'il prononce ou ne prononce pas l'appel créateur?

Je ne vois qu'une seule réponse : Nous ne connaissons pas, nous ne pouvons pas connaître le mode d'opérer d'une Ganse parfaite, transcendante, toute en acte. Nous savons par l'évidence rationnelle que Dieu est tout en acte. Nous savons que le monde est contingent. Nous avons donc le droit de conclure que, dans celle opération mystérieuse, tout le contingent, tout l'accidentel passe dans le terme sans rider la surface immobile de l'Être divin. Nous voyons que cela doit être, nous ne verrons jamais, du moins ici-bas, comment cela est.

Ainsi la difficulté reste énorme, mais elle est circonscrite. Elle porte sur le mode de causalité créatrice. Mais n'est-ce pas ici le cas de rappeler l'esprit humain à Ihumilité? A ceux qui seraient tentés de remettre en question les conclusions certaines qui nous ont fait affirmer Dieu, sa transcendance, sa suffisance absolue, sous pré-

texte que la création est impossible, je répondrais : Vous déclarez impossible une chose qui, par ailleurs, s'impose , avec évidence, et cela, parce que vous ne voyez pas le • comment de sa production? Mais êtes-vous bien sûrs de j voir le comment de la causalité seconde ? Vous ne le voyez pas du tout.. . Et on s'étonnerait que le mode de la causalité transcendante nous échappât! Mais, c'est le contraire qui serait étonnant I

Pour parler le langage humain, il faut dire que le moyen de la création, c'est un vouloir efficace de Dieu. Mais, à peine prononcées^ ces paroles appellent une correction qui est presque un démenti. Il n'y a pas, à proprement parler, de moyen de la création, parce qu'il n'y a pas d'acte intermédiaire entre l'Être de Dieu, complet et immuable, et le terme contingent qui est produit. SeuleJj ment, comme ce terme est réellement contingent, comme il ne tient en rien à l'acte intime de Dieu, nous n'avons pas d'autre liée qui puisse nous représenter celle production facultative que ridé<; d'une volition libre. Celte idée est juste et fausse à la fois^ juste en ce qui regarde le terme produit, fausse en ce qui regarde la cause. Les choses se passent hors de Dieu, comme s'il survenait en Dieu une volition créatrice. Mais rien ne survient en Dieu, il n'y a pas de volition créatrice. 11 y a Dieu, acte pur, immuable, se suffisant pleinement; il y a hors de Dieu un terme contingent qui apparaît h l'existence, recevant de Dieu tout ce qu'il est, sans que ce rapport, où de la part de la créature tout est passif, introduise dans l'activité divine l'ombre même d'une modification interne.

Ce rapport du Dieu qui ne change pas à l'être changeant de la créature, c'est son immutabilité relative, mille fois plus mystérieuse que son immutabilité abso lue. Mais serait-elle un attribut divin, si elle n'était pas

mystérieuse, et ne nous suffit-il pas d'être certains que Dieu est nécessaire au monde, et que le monde n'est pas nécessaire à Dieu?

Le rapport de Dieu au temps.

[Fragment de la Leçon XVI.)

Que sera l'éternité relative de Dieu? Ce sera son omniprésence dans la durée, sa présence à tous les temps.

Mais qu'est-ce que le temps? Distinguer le temps rela-

f et le temps absolu.

Le temps relatif, c'est pour chaque être la succession de ses actes. Je l'appelle relatif, parce que dans cet isolement il n'est pas mesurable. D'abord, si l'être est inconscient, la succesion ne peut être mesurée par lui, puisque î'est l'hypothèse, ni par d'autres, puisque nous le supposons isolé. S'il est conscient, il s'apercevra bien de la succession d'une partie de ses actcs^ mais pas de tous, tous n'étant pas conscients ; et il n'aura pour en apprécier a durée qu'une mesure toute subjective et très exposée i Terreur. Pour donner à la durée quelque chose d'abïolu, il faut sortir de l'action isolée pour entrer dans le système des actions échangées. Alors les durées paralèles des existences que l'on considère se soudent les iries aux autres par une infinité de contacts. La mesure le la durée d"un être, ce n'est plus seulement la succession de ses actes ou de ses états, mais le rapport de celle succession aux successions collatérales dont il ressente chaque instant l'influence. On pourrait comparer l'univers à une toile : les séries d'actions propres à chaque être seraient les fils parallèles qui composent la chaîne ; es actions réciproques qui mettent ces séries parallèles en contact seraient les fils transversaux qui composent la trame. Or, comme les fils parallèles sont indéfinis,

qu'on n'en voit pas le bout, on ne pourrait pas dire, à les regarder seuls, quelle est leur longueur respective; mais à cause des relations qui les unissent, on peut affirmer qu'à la rencontre d'un même fil transversal la longueur est la même pour chaque fil parallèle, et cette longueur mesure la hauteur totale de la toile...

Cela posé, que faut-il pour que Dieu soit présent à tous les temps ni faut et il suffit qu'il soit présent à chaque action de la créature, ce qui a lieu grâce au concours. Mais, parce que le concours de Dieu atteint les actes de la créature, non seulement dans leurs séries parallèles, mais dans ce que j'appelais leurs séries transversales, dans leurs réactions réciproques, Dieu est présent à tous les instants du temps objectif et absolu, aussi bien qu'à tous ceux de la durée subjective.

On conçoit alors que l'éternité simultanée de Dieu n'exclue pas son rapport à la succession des créatures; car il est de l'essence de Dieu d'être la source et le soutien de l'être, de la puissance et de l'acte. Si l'être contingent apparaît, et partout où il apparaît, il est saisi par le domaine de Dieu. Supposez un foyer de lumière qui rayonne en sphère. Placez en un point quelconque de la sphère lumineuse un objet mobile : il est ausritôt éclairé. Placez-le ailleurs, il est éclairé ailleurs. Retournez le, il s'éclaire sur la face opposée. Ces changements tiennent à la mobilité de l'objet, combinée avec Yimmobilité active de la source lumineuse. Si vous ne placez rien dans l'espace où elle rayonne, elle n'éclairera rien, et cependant elle rayonne toujours. Ainsi le changement ne vient pas d'elle; mais ce qui vient d'elle, c'est l'action permanente à laquelle sont tour à tour soumises ou soustraites les choses changeantes. Ainsi l'omniprésence de Dieu dans le temps nous apparaît liée à son universelle intervention.

INTRODUCTION

L'EXPOSÉ DE LA DOCTRINE CATHOLIQUE Par l'abbé GIRODON (Paris, PIod, 1884).

Mon cher ami,

Vous commencez votre Exposé de la Doctrine catholique comme un traité de géométrie. A la troisième phrase du livre, le lecteur se voit transporté en pleine analyse psychologique, à la recherche d'une bonne définition de ce fait intellectuel qui s'appelle la foi. Volontiers il vous reprocherait de le jeter ainsi brusquement dans les difficultés de votre sujet, sans avoir pris soin de le prépareren lui annonçant d'abord où vous voulez le conduire. Mais ce reproche serait mal fondé. Vous n'avez pas méconnu la nécessité d'une introduction à votre œuvre; vous avez seulement refusé de l'écrire vous-même, afin que la main d'un ami pût y marquer sa trace, et que l'union de nos pensées trouvât son expression dans une apparente communauté de labeur.

En réalité, tout le travail vous appartient. C'est vous qui en avez rencontré, au commerce des âmes^ Tinspiration salutaire ; c'est vous qui en avez conçu le plan; c'est vous seul qui en avez développé la simple et magistrale ordonnance à travers les préliminaires de la foi, les innombrables ramifications du dogme et la synthèse puissante de la morale chrétienne. Mon rôle de critique s'est borné à constater que le dessein est bon, qu'il

ME LA NG F. s

répond à une pressante nécessité de ce temps, et] qu'il a é^é heureusement conduit jusqu'à son terme. Aj peine ai-je pu vous signaler quelques rares desiderata\ auxquels votre amilé docile s'est empressée de fain droit. Mon rôle de collaborateur est donc circonscril d'avance : il consiste à faire ce que vous auriez fait mieu: que moi, étant plus maître du sujet : dire en quelques mots à vos lecteurs la raison d'être de ce livre et ce qu'il doivent chercher en l'ouvrant.

Vous l'avouerai-je ? J'ai d'abord été tenté de trouvai votre titre trop honnête. Il dit sincèrement ce que vouî voulez faire : exposer aux hommes de notre temps cette doctrine catholique qui partage aujourd'hui le monde ei deux camps adverses, sans que les ennemis connaisseni ordinairement ce qu'ils attaquent, sans que les ami: sachent toujours bien ce qu'ils défendent. Mais l'ui des effets de cette demi-science, souvent pire que li totale ignorance, c'est d'ôter le goût et le désir d'apprendre. Pour stimuler une curiosité que n'excite pas! la nouveauté du sujet, les auteurs contemporains ont coutume de chercher l'originalité au moins dans le titre.] Plus d'un à voire place se serait mis l'esprit à la torture, pour découvrir une façon piquante d'annoncer un travail dont l'allure didactique se prête mal aux étrangetés du style à la mode. A quel prix on est catholique! Qui me\ dira ce que c'est quan catholique ? A la découverte de la doctrine catholique! Yoilk quelques-uns des titres à effet] qu'un écrivain du jour eût tourmentés de sa plume chercheuse, pour en faire jaillir sur la couverture du livre une étincelle d'actualité.

Vous avez pris ailleurs votre modèle. Dans les dernières] années du x\iV siècle, le rétablissement de l'unité reli-j gieuse en France fut poursuivi avec ardeur. Si la part de la violence fut, hélas ! trop considérable dans cettCi

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entreprise où le génie de l'absolutisme troublait la clairvoyance du monarque chrétien, il y eut une part aussi pour Fapostolat pacifique, Et, chose remarquable et peu connue, tandis que Louis XIV croyait pouvoir commander aux consciences, ce fut le Saint-Siège qui conseilla la douceur, ce fut l'Eglise de France qui la mit en œuvre pour ramener les protestants.

Un grand effort de persuasion précéda, accompagna et suivit la révocation de Tédit de Nantes. Et il s'en faut de beaucoup qu'il soit demeuré sans résultats. L'un des principaux obstacles qui arrêtaient la conversion des huguenots, c'étaient les préjugés accumulés dans leurs esprits par les calomnies intéressées de leurs prédicateurs. Pour justifier une séparation contre laquelle protestait le vieux sens catholique de tant d'âmes françaises, on travestissait nos dogmes, on donnait aux formes les plus pures du culte et de la prière les apparences de l'idolâtrie. Ce fut alors que Bossuet débuta dans la controverse où il devait se montrer si redoutable; et son début, remarquons-le, fut une œuvre de simple exposition ^ De cette plume sans égale^ qui trace en traits de lumièi-e la voie la plus courte pour arriver au vrai, il écrivit un opuscule immortel. Les malentendus n'étaient pas bien nombreux entre les huguenots de bonne foi et les catholiques, ils portaient sur quelques points spéciaux: la présence réelle la messe, la communion sous les deux espèces, la confession, le culte des saints, les indulgences. Traduite dans le langage du bon sens, inondée dés clartés de cette sagesse simple et sublime qui est dans le style de Bossuet, le rayonnement même de la vérité, la doctrine catholique apparut, aux yeux d'un grand noçnbre, tout autre qu'elle leur avait été présentée jusque-là.

p l. La première édition de l'ouvrage est de i611, quatorze ans avant la révocation de l'édit de Nantes.

Ce fut à ce point que les ministres calvinistes ne voulaient pas admettre que Bossuet en eût été le fidèle interprète. Ils sentaient que, mise dans un tel jour, la vérité se recommandait d'elle-même ; et il ne fallut pas moins que les approbations solennelles données par toutes les autorités de FEglise (1) à l'écrit de l'évoque de Condom pour déjouer l'artifice de ceux qui le louaient perfidement d'avoir vi exténup » la doctrine du Concile de Trente.

Le succès fut immense. Tous les missionnaires, envoyés par le grand Roi pour travailler à la conversion des hérétiques, déclaraient que ce petit livre était entre leurs mains l'arme la plus puissante. Et si on les eût écoutés, on n'en aurait pas employé d'autres.

L'ouvrage de Bossuet est intitulé : Exposition de la Doctrine de l'Eglise catlioliqiie C'est ce titre que vous lui avez emprunté, à cause de sa simplicité même. Et vous avez bienfait. Car, quel que soit son interprète, la vérité catholique a surtout besoin d'être montrée telle qu'elle est.

Sans doute, en même temps que les défenseurs sont plus faibles, la défense est devenue plus ditïicile. Bossuet lui-même ne ferait pas tenir en quelques pages r Exposition que réclament lesbesoins de notre temps. S'il

(1) Le pape Innocent XI adressa successivement à Bossuet deux brefs pour le féliciter du service qu'il avait rendu à la cause de la foi; les personnages les plus éminents delà cour romaine firent l'éloge de son livre. Mais nous citerons seulement l'appréciation de l'assemblée générale du clergé de France, parce que l'utilité d'une œuvre d'Exposition j est exprimée en termes saisissants qui n'ont pas vieilli : « Une autre méthode est celle de Ms^' l'évèque de Meaux, ci-devant évêque de Condom, dans son livre intitulé : Exposition de la Doctrine deVEglise cai lio ligue ; par laquelle, en démêlant sur chaque article ce qui est précisément de la foi de ce (.{ui n"en est pas, il fait voir qu'il n'j a rien dans notre créance qui puisse choquer un esprit raisonnable, à moins que de prendre pour notre créance des abus de quelques particuliers que nous condamnons, ou des erreurs qu'on nous impute très faussement, ou des explications de quelques docteurs, qui ne sont pas reçues ni autorisées de l'Eglise. « Ce passage est extrait des actes de l'assemblée de 1682, qui n'a pas été toujours aussi bien inspirée.

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s'agit toujours de dissiper des malentendus, ce n'est plus sur tel ou tel article de la croyance qu'on les rencontre, c'est sur tous les points à la fois. L'existence de Dieu et la nature de l'homme, la vie présente et la vie future, l'idée du surnaturel et sa réalité dans les faits, le miracle et le mystère, la raison et l'autorité, FEglise et les Ecritures, voilà autant de problèmes généraux que soulève l'existence du catholicisme dans le monde. Avant de critiquer les solutions que la doctrine catholique apporte à ces problèmes, il faudrait être au moins en état de les formuler avec exactitude. Le bon sens et Téquité l'exigeraient. Mais la demi-science s'y oppose. On croit savoir et l'on se hâte de parler ; on impute à l'Église catholique des assertions qu'elle repousse ; on confond les opinions iavec les dogmes; on jette dans la publicité hâtive et frivole des revues, des journaux même, les questions les plus difficiles, et l'on s'engage à les résoudre alors qu'on s«î montre incapable de les poser. Souvent le quiproquo ne reste pas confiné dans la région spéculative où s'échangent les arguments des disputeurs. La presse devient l'école où s'instruisent les dépositaires du pouvoir. Des colonnes d'un Journal, l'erreur, la bévue passent dans l'esprit de ceux qui votent, de ceux qui légifèrent, de ceux qui administrent, de ceux qui dispensent la paix ou la guerre, la liberté ou l'oppression. On voit alors, ici un Parlement, là un homme d'Etat, céder à tous les mauvais conseils de l'ignorance et de la peur, et jeter tout l'appareil de la puissance publique contre le fantôme d'un péril qui n'existe pas. Une majorité hésite-t-elle à metlre dans la main d'un ministre un instrument d'oppression contre une catégorie de citoyens? Il suffit à un orateur de prononcer certains mots magiques, le Sijllahus,Vlnquisi-' lion, les Dragonnades ; aussitôt ce qui était injuste devient équitable, et les lois d'exception sont votées d'enthou-

siasme. Ce qu'il y a de plus triste, c'est que les complices de l'iniquité sont persuadés qu'ils viennent de sauver la société d'un péril réel; parce qu'ils ont de l'Église, de sa doctrine^ de son histoire même une conception imaginaire. Un (( chancelier de fer » trouve-t-il son intérêt à dénier toute justice à des millions de catholiques, sujets fidèles de son souverain? il découvre fort à propos que la définition dogmatique qui a déclaré le Pape infaillible change la constitution de l'Église catholique, délie les États de toute obligation envers elle et la désigne comme une menace au patriotisme alarmé de toute nation qui veut rester elle-même.

Mais les pires ennemis des croyances chrétiennes ne sont pas dans les parlements et dans les chancelleries. Imaginez les revirements politiques les plus favorables à l'église ; sa doctrine sera toujours exposée à un antagonisme plus inquiétant que celui des États, l'antagonisme de la science. Ce n'est pas le lieu d'insister ici sur la gravité du péril. A mon avis, c'est le plus formidable qui ait jamais menacé le règne de Dieu dans le monde. Notre siècle est ivre de science; les plus exaltés sont ceux qui en parlent par ouï-dire, et qui adorent de confiance la nouvelle déesse. Qu'un savant de profession cesse un instant d'être sincère, qu'il obéisse (cela s'est vu) à des pas-; sions de secte ou de parti, il lui sufhra, pour enrôler contre le Christianisme l'immense armée des neutres, de leur dire avec audace: La foi contredit la science. Or quel manque-t-il d'ordinaire à cette sentence pour mériter l'adhésion qu'elle obtient si aisément? Il lui manque deuxi vérités et deux franchises: ni l'Église n'enseigne ce qu'on; lui fait dire; ni la science très souvent n'est sûre de ce; qu'on affirme en son nom. Que faudrait-il donc, ici encore, ici surtout, pour éclairer la bonne foi et confondre la mauvaise ? Exposer, définir, faire savoir avec précision

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