‹ MélangesChapitre 77 sur 104 · INTRODUCTION A L EXPOSÉ DE LA DOCTRINE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A L EXPOSÉ DE LA DOCTRINE CATHOLIQUE

à ceux qui veuleut croire, ce que la profession de croyant leur impose, et comparer ces exigences réelles avec les exigences pareillement vérifiées de la science.

Réduite à ce rôle d'éclaireur, qui consiste à montrer où est l'ennemi et où il n'est pas, une Exposition sincère de la Doctrine catholique a déjà une immenseimportance. Cette entreprise a été renouvelée à plusieurs époques, jamais peut-être dans des conditions identiques avec celles que que votre livre nous présente. Deux caractères le distinguent: il expose sobrement, il expose complètement. Quelques heures d'une lecture facile mettent un esprit cultivé en possession de toutes les affirmations du dogme catholique. Mais pareil mérite se trouvàt-il à un degré même supérieur dans des expositions anciennes, l'œuvre présente serait encore à tenter, parce que, si la vérité catholique ne change pas, les préoccupations des hommes changent sans cesse, etle mouvement scientifique de notre temps les emporte dans un courant chaque jour plus rapide. Peu de livres ont rendu plus de services aux croyances chrétiennes que les Etudes de M. Nicolas. Beaucoup d'hommes que nous avons connus, lui doivent la conservation ou l'heureuse conquête de la foi. Mais ceux d'entre eux qui vivent encore, ont tous passé la soixantaine. Oseriez-vous conseiller ce livre à des lecteurs plus jeunes, dont la formation intellectuelle appartient aux vingt dernières années? Quant à moi, je m'en garderais bien. Les difficultés qu'il combat ne sont plus celles qui arrêtent nos contemporains, et la science avec laquelle il travaille à se mettre d'accord ne mérite plus qu'on s'occupe d'elle.

Sans doute vous ne faites pas, comme l'auteur des Etudes, un livre de controverse ; mais, dans votre rôle de rapporteur, vous n'oubliez pas devant qui vous rédigez ce grand rapport. Le plan général vous est imposé parla

doctrine qu'il s'agit de faire connaître; mais les proportions à donnera chaque question, les réponses implicites contenues dans l'exposé lui-même, et virtuellement dirigées contre une objection que vous sentez dans l'air, le choix des preuves, là où vous croyez devoir ébaucher une démonstration, tout cela vous est suggéré par la connaissance des esprits et par celle des problèmes contemporains.

Telle est, à mon avis, la haute utilité de ce livre. Pour ma part, il y a longtemps que je l'appelle de mes vœux. L'avouerai-je ici? Dans toute la littérature sacrée, je suis parfois bien embarrassé de conseiller une lecture à des hommes, à des femmes du monde qui m'avouent leurs difficultés ou leurs doutes. Il n'y a que les génies de premier ordre dont les œuvres ne vieillissent pas. Bossuet^ dans ses sermons, offre une magnifique exposition d'une partie du dogme et de la morale presque entière. Aussi cette lecture réussit-elle toujours. Mais que de questions auxquelles les sermons de Bossuet ne touchent pas ! Et si l'on ouvre ses livres de controverse, comme ou se sent loin des préoccupations auxquelles ils répondent ! Les Pensées de Pascal, toujours sublimes, souvent fausses, sont presque un mauvais livre. Le jansénisme qui opprime ce grand génie, l'empêche de croire à sa raison et fait un sceptique de celui que Dieu avait créé pour glorifier l'esprit humain. Lr Somme de saint Thomas, voilà une exposition toujours jeune! Quelle puissance dans ce résumé ! Mais aussi que d'obstacles arrêtent le lecteur profane qui voudrait en aborder l'étude! La langue d'abord : je ne dis pas l'idiome, car saint Thomas se comprend mieux en latin qu'en français; mais la langue technique^ le A^ocabulaire scolastique, inintelligible à quiconque n'a pas la clef de la philosophie d'Aristote. Et l'éducation universitaire nous a laissés si étrangers à cette admirable

INTRODUCTION A l'eXPOSÉ DE LA DOCTRINE CATHOLIQUE 247

synthèse I Et puis saint Tiiomas ne s'en tient pasàTexposition du Dogme; il en crée la science, et les profondeurs théologiques où il s'enfonce déconcertent celui qui veut seulement savoir s'il peut rester croyant et appartenir à son siècle.

Et cependant, je le répète, je ne vois guère autre chose à indiquer à un homme intelligent, mêlé au mouveraent des esprits et des atfaires de ce temps. Lisez les sermons deBossuet; tâchez de déchiffrer saint Thomas. Je vousconseillerais bien Lacordaire, dont la flamme est si communicative, et qui disait incomparablement ce que les hommes de 18 iO avaient besoin d'entendre ; mais j'aurais peur de vous voir fermer le livre en disant : Cet éclat me séduit, mais il ne m'éclaire pas. Peut-être goûterez-vous le Christianisme et le temps présent, où l'éminent biographe de sainte Chantai et de sainte Monique a mis les délicatesses de son esprit et de son style au service de la persuasion chrétienne; mais ce n'est pas le livre de tous; on y trouve l'empreinte vivante d'un auteur qui n'est jamais banal et qui partage, avec ceux-là seuls dont la nature ressemble à la sienne, des impressions toutes personnelles.

Enfin si vous cherchez la solution directe de certaines difficultés particulières sur les Livres saints, sur les origines chrétiennes, sur tel ou tel point de l'histoire de l'Eglise, je vous renverrai aux excellentes monographies qu'ont écrites, en ces derniers temps, des hommes spé-

I ciaux comme l'illustre de Rossi, le savant abbé Yigouroux,

! le regretté François Lenormant, enlevé à la science chrétienne avant que le temps ait éprouvé ses hardiesses et

; que l'Église les ait jugées, et tant d'autres écrivains distingués qui ont fait la lumière sur diverses questions

j obscurcies à plaisir par les préventions de l'impiété. Mais si vous n'avez ni le temps ni le goût de ces re-

cherches, si vous voulez surtout être éclairé surles exigences précises de l'orthodoxie catholique, je demeure fort empêché de choisir dans les rayons d'une bibliothèque sacrée le volume qui vous convient.

Deux essais récents ont été tentés dans la vraie voie, • et le succès y a répondu. M. l'abbé de Broglie, dans ses \ Conférences sur la vie surnaturelle, (1) a eniin abordé l l'Exposition du Dogme telle que la réclament les besoins • actuels. On y trouve la précision de la doctrine, un sentiment très juste de l'état des esprits et de l'état des ques- î tions, une vulgarisation fort habile des intéressantes analyses où excelle le génie Ihéologique. Le cœur, aussi ■ bien que l'intelligence, y rencontre son aliment, et les • conclusions pratiques pour la conduite de la vie y nais- l sent spontanément de l'énoncé des vérités spéculatives. ( Toutefois le sujet est circonscrit ; bien des questions vi- J taies demeurent forcément en dehors du cadre que l'au- ( teur s'est tracé; c'est plutôt un spécimen qu'une synthèse, i

Le second essai promettait d'être.un chef-d'œuvre. La j mort a glacé avant l'heure la main de l'ouvrier. En ? recueillant avec un soin pieux les fragments épars du > livre où Augustin Cochin avait mis toute son âme^ un de î ses fils a réussi à placer sous nos yeux une admirable ♦. ébauche (2). Même en cet état inachevé, les Espérances | chrétiennes méritent de devenir le livre de chevet de celui J qui croit et de celui qui veut croire. Mais ce serait dcna- * turer ce bel ouvrage que de vouloir le transformer en traité. En fermant le volume, on se sent tout échauffé du désir d'être chrétien ou de le demeurer; on a encore plus | d'une choseà apprendre surl'étendue des obligations que | la profession de chrétien impose. |

1. Conférences prêchées à Sainfe-Valère en 1878, 1880 et 1881, 3 vol. in-18, Paris, Poussielgue.

Page 1