‹ Mélanges numismatiques (volume 2)Chapitre 121 sur 239 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

CHEZ C. ROLLIX ET FEUAKDENT

4, rue de Louvois, 4 Mime Maison, l'J, liloomsbury Slrect, Londres

LES GRANDS MEDAILLONS

DE BÉRÉNICE II ÉVERGiViR

Mo.lulr, ;<3 tollllui. Pulill. 'i.'I ^i:uNme«.

J'ai «u l'occision, thins le courant <U' Tt'U- Jeiiilcr ilSM', d'vtudier ù lui.sir le Iji-uu nit-dnilloii d'or r<.'|iroduit en lûtv de cette courte iiolicc, et i|ui ii[i|iurtieiit û un rolleclLoiiiieur étranger. Celte pièi'e, déjli lemiinpiable au jioitil de vue arlistic|ue, u pour nous un iiulre intérêt : c'est qu'elle se trouve être, niirés In célèbre niédiiille d'Kuerutide ijue tout le moude a admirée au Ciiliiiiet de Krauce, hi moniuiic d'or la plus con!iidériil)le (jue l'mitiquité fïrcc(|ue iiit rruppéc. Elle porte le nom et l'ellifrie de Bérénice II, Tdle de Mii<,'as, roi égyptien de Cyréiie, et l'cmmo de l'tolémée III Ivvcrgête, qui régna de 2'i7 ii 222 uviint niitie ère'.

Ainsi qu'on peut K^ constiitor par rcMiintn de la pliotolypie même, cet exemplaire est d une exccllenle ciniservation. 11 pèse 43 grammes, c'cst-j-dire 1.^ grammes de pins, au moins, que les plus lourdes jiièces d'or ju.squ'îei enn-

t. IIérrni<:e tl. f<-mnic àe Pt.>1t'i.><'<- lit Év.-rKi-t^. «-( <[i>.-l4ii<^r..i'< «ypAù.- Birtnict III pur !<.■> h i .la ri.-»,. .|ui li<-ni..'i.l r..ii.j>t^. <l»u- lu .uilv <l(-t Laffidc^. d'une nuire Uùrciii.c, lillo de l>ti>k-iui?c II I'biludvl)ibc. <iui fui la leume d'Anliurhui II Théo*, voî de Svrie.

nues, de la série ptolémaïque : c'est un décadrachme da système attique. Mais on voit que VEucratidion reste toujours majestueusement et à beaucoup près, un médaillon hors de pair, puisque son poids est de 168 grammes, c'està-dire de quarante drachmes attiques ou vingt statères.

Il existe une variété, en deux exemplaires inédits, da médaillon de Bérénice II. L'un est dans la collection si riche de feu Demetrio, au Cabinet d'Athènes; cette pièce, qui a subi des avaries, répond ii la description suivante.

Même tête voilée et diadémée de Bérénice, à droite.

H*. Grande corne d'abondance remplie de fruits et ceinte du diadème royal ; dans le champ, deux étoiles et la lettre E placée entre le diadème et la corne d'abondance. Or. Module, 33 mill. ; poids, 42 gr. 73.

L'autre exemplaire, que M. Feuardent a bien voulu me communiquer, est presque à fleur de coin ; il a, de même, dans le champ du revers les deux étoiles à six rayons et la lettre E. — Or: mod. 33 mill. ; poids, 42 gr. 83.

Nous apprécierons mieux l'importance numismatique de ces médaillons si nous les comparons aux pièces congénères de la série des Lagides, et si nous précisons la place qu'ils doivent occuper dans le monnayage de Bérénice II E vergé te.

Les monnaies d'or les plus grandes de Ptolémée I Soter ne dépassent pas 17 gr. 95; il en est de même pour celles qui sont nu nom de son successeur Ptolémée II Philadelphe ^285-247,. Mais avec le nom d'Arsinoé II, la seconde femme de Ptolémée Philadelphe, nous avons des pièces d*or qui atteignent 28 grammes, et le même poids est donné à des m o [inaies de Ptolémée 111 E vergeté, dont Bérénice II fut la femino. Après Ptolémée III et Bérénice II, les médaillons du poids de 28 grammes continuent à être émis au nom de Ptolémée IV Philopator, puis en dernier lieu, au nom de Ptolémée V dont le régne finit en 181 av. J.-C.

C*cst donc durant l'espace de moins d'un siècle que la pièce de 28 grammes Tut frappée, et jusqu'ici on ne connaissait pas de monnaie d'or excédant ce poids, déjà remarquable puisqu'il n'a pas, lui-même, son équivalent en dehors de l'Egypte : ce seul rapprochement suHîl a mettre en relief l'intérêt exceptionnel des décadrachmes de 43 gr. au nom de Bérénice R vergeté.

Dans la série d'art^ent, le monnava^fe au nom de cette

reine nous oflre des pièces non moins importantes. Nous avons à faire connaître en particulier le médaillon suivant, encore inédit, qui fait partie delà collection Demetrio :

Même tète voilée de Bérénice II, à droite.

K'. BEPENIKH2 BAIIAIZZHI. Même corne d'abondance que sur les pièces d'or. Dans le champ, les deux bonnets des Dioscures, couronnés de laurier. — .^. 4G gr. 082.

Ce médaillon, unique juscpi'ici, n'est malheureusement pas d'une très bonne conservation ; il en manque un petit fragment et il a perdu quelques grammes au nettoyage qu'il a subi. Son poids théori(|ue doit être de douze drachmes atti(|ues, c'est-à-dire 51 gr. 00. (Test la médaille d'argent la plus lourde qu'ait frappée Tantiquité helléni(pie.

Pour le monnayage de l'argent comme pour celui de l'or, Bérénice II occuj»e donc le premier rang au point de vue du module et du poids des pièces. Après les médaillons de 51 gr. 00, viennent ceux de 35 gr. 75 qui se rattachent à l'étalon phf'nicien dont le décadrachme normal est de 30 grammes. Je n'en connais qu'un exemplaire qui, inédit aussi, est encore dans la collection Dcmétrio. Il pèse exactement 3.'> gr. 54. Les médaillons de ce poids qui portent le nom d'Arsinoé 11 Philadelphe sont communs. On peut donc croire (pie celui de Bérénice II, qui est frappé dans le même système, date du commencement du rè»;ne de Ptolémée III L!ver;;ète et de Bérc-

nice. Au bout de quelque temps, le système monéUiire paraît avuir été modifié, car on frappa bu nom de Bérénice des médaillons qui ne dépassent pas 34 gr. 40 : ce sont des octodrachmes attiques.

Nous trouvons ensuite, dans la série ptolémaîque, des octodrachmes phéniciens de 28 gr. 30 : il n'y en a qu'an nom de Ptolcmée H Philïidelphe. Bérénice II a seule, de son côté, des pentadrachmes attiques dont le poids normal est 21 yrr. 5<3.

A titre do compariuson avec ces grandes médailles égyptiennes en argent, rappelons que le Demareiion frappé à Syracuse sous Gélun 1 491-478) ne pèse que 40 grammes. Les p-nitékoniafitra ou décadrachmes syracusains de Cimon et dT.vênète ne dépassent pas 43 gr. 25 : ils ont passé jusqu'à ce jour pour les plus grandes pièces d'argent qui aient été frappées dans l'antiquité grecque.

Puisque c'est du temps d'Arsinoé II et de Bérénice H qu'on a émis, en Êorypte, les plus grandes pièces d'or et d'ar^rcnt, la logique nous porte à croire que c*est aussi dans cette période restreinte de Thistoire des Lagides qu*ont été frappées les énormes monnaies de bronze aux types de Zeus et de l'Aigle, qui portent la légende banale et traditionnelle, reproduite sous tous les règnes : BAZIAEQZ riTOAEMAIOY : les plus grandes divisions sont des lentilles de 47 millimètres de diamètre, fournissant en général un poids de OiS à 100 gr. environ : on en a même qui atteignent 103 gr. Au point de vue général, ce sont des pièces de 2i drachmes attiques : poids normal, 103 gr. 20.

Ptolémée Soter. le premier, fit frapper en Egypte des monnaies de poids at tique ; mais il conserva en même temps, |ieut-(*'tre pour une circulation locale seulement, l'étalon phénicien et même Tétalon rhodien. Ses successeurs immédiats imitèrent son exemple. Il en résulte pour les métrolo^istcs et les économistes actuels des difficultés

presque inextricables; les systèmes s'enchevêtrent, les poids se confondent, et devant Timpossibilitc de rétablir clairement le système de la taille des monnaies égyptiennes, Fr. Lcnormant n*a pas craint d'écrire : « La multiplicité des tailles loin de produire la confusion et de porter obstacle à la facilité des transactions, rendait cette facilité encore plus grande en augmentant le nombre des divisions de la monnaie^ » Je pense, au contraire, cpie si cette multiplicité des tailles s'était produite simultanément et dans la même région, elle eût été un obstacle tellement sérieux aux transactions que l'usage de la balance eût été indispensable h tous les instants, comme avant l'invention de la monnaie. Mais avant de disserter sur les systèmes monétaires variés de l'empire des Lagides, deux points essentiels sont préalablement à élucider. Il importe d'abord de bien attribuer aux princes homonymes les monnaies qui reviennent à chacun d'eux; en second lieu, comme les Lagides régnaient non seulement sur l'Rgypte, mais sur la Cyrénaïque, sur Cypre, sur une partie de la Syrie et même sur l'Asie mineure méridionale, il est nécessaire de classer à chacune de ces régions les monnaies, au nom des Ptolémées, qui y ont été frappées. Tant que ce double classement géo* graphique et chronologique n'aura pas été scientifiquement établi, les recherches des économistes, qui reposent sur l'étude des monnaies, seront dépistées et feront fausse route. Il est clair que les monnaies que les Lagides faisaient frapper dans les ateliers de Cypre ou de la (-yrénaïque pouvaient n'être pas taillées sur le même pied que celles qui sortaient de leurs ateliers de Syrie ou d'Asie

mineure, ou d'Kgypte; il est non moins évident que les systèmes monétaires en usage sous Ptolémée 1 Soter pouvaient être abandonnés sous Plolémée III K vergé te. Or,

1. F. Lenoruiant, Essai sur Corganisaiion de ta monnaie dans l'antiquité, I V. 2.

--Ti rrî'irirr-.e irîa- -n i«i- ies eSift* rêrtêrés des savants .r*-i T-i=- i.--.i-ie:î. .e ::a:*7<f ^ea; «!âri>aoIo^qae et géogra- -:i;:- i-^ :=.-jc:i^«r-ï i jr i ar^nt et de bronze des Ixj-ir- :?-- fi.';^ ii-jT-îii. mcertiin. Les attributions :i ;z î - ^- Ti-'i-rf-f- -- Î-Î-T-. -a p^ipart du temps, que des :■ -: -T.-: r- T. lî :i ^ :• z:? zjisib'e*: chaque auteur adopte

: rr --:::. ir^rcrrrcte les monogrammes au ?. -- -.ij-ia"L:t. rre:". i*o-i» le mot : Tétude des ■< ij — ^:-rz::-?> *:?: i rerrenire jb o*?©, et c'est surit iz --rii :: :z: :^i::e i« dif<*rents svstémes moné- :j. '-.< :- -:-r :iz> . -rrjLr- ie^* Ljpdes et des rapports des

f s T-T-" r tf-^x. en Egypte, que l'on peut dire :

I c< : -:-Zî:iz:r* ti.— loulî^fre* qui ont provoqué rëmîs- >: :: >\:7i ri.zi.re .:e> medjîllons d'or, d'argent et de lrvr.ze i:r.: r."»-> j'.-."»::> parle plus haut, sont difficiles à vi . : e : '"'. r. : r C e r e 11 .: j :: : :. 2 e t ê dèmont rê récem ment par M R- >[;'*«vj:. q:;e '.f-j ;:rj::Jej fêtes Dionysiaques instituées a Al' \.t::ir:e y .\r P:o*.-:r.u^e PhilaJelphe. et les fêtes du même ce::ro q- on cdeira par la >uile, occasionnèrent l'émission d"ii:u" ijua-iiiu ».::or'^:e Je pièces d'or qui commémoraient le souvenir vie ces ri jouissances solennelles'. Tout alors, dans le luxe e^y|.tie:K «.tait démesuré, inouï. Parmi les objets portes procession II elle me ut dans la fameuse pompe dionysiaque de IMiiladelphe. il y avait, par exemple, une cuirasse eu or de 12 coudées: une autre, en argent de 18 coudées. Le personna>^e d'Eniautos portait la gigantesque corne d'abondance en or, qui forme le type de revers de nos médailles. Les statues qu*on promenait avaient des couronnes d'or. Des chars portaient un thyrse d'or de 90 coudées, une lance d'argent de 60 coudées; un phallus d'or de 120 coudées. « Dans la suite du récit de Callixcne, dit

Page 1