Ariarathe et les monnaies à légendes barbares
Ariarathe a dii surcéder immédiatement et san^ intermédiaire à Ahrocomas. L'identité de style, de tyi)cs et de fabrique des monnaies de ces deux personnages plaide en faveur de cette classification. Ariarathe, né en îOi ou 405, régna de 353 environ jusqu'en 322, époque où il fut mis à mort ^ La date de 353 ne repose que sur une conjecture et elle j)Ourrait être reculée; quoi qu'il en soit, rien ne s'oppose historiqueuient à ce qu'Ariarathe succède directement à Ahrocomas.
Nous n'avons pointa revenir sur les monnaies arainéennes d'Ariaiathe fraj)pées, les unes à Sinope, le: autres à Gaziura. halles sont bien connues et elles on (Hé publiées en dernier lieu par MM. Six et Keinach nous n'insisterons que sur une particularité, inipor lanl(* à notre* point d(* vue: ce sont les différences gra phi(pies c|ui existent entre les mêmes légende: (l'(*\eniplaires différents. On constate une barbarie (Mrang(» sur ((Mtaines |)ièces, si bien que le motlTTJ^;;! serait méconnaissable, n'étaient les drachmes su lcs(|uelles récriture» (»sl correcte et régulière. (xMti reniarcpM* n'est pas inulik* à faire comme prcambuli ;iu\ obs(M*vations (jui vont suivre.
1. I II. Hi-iiiai 11, Trut^ nn/aumrx, p. 13; J.-P. Six, Mazaion^ p. l'«-l'i •J2-2.< ; S//;/»/./-, t]un> i\nni{xni. (fnon.. lNS5. p. 21».
Entre Datame et Ariarathe, M. Six j)lace deux gouverneurs de la Cappadoce, dont il croit déchiffrer les noms sur certaines monnaies, M. Reinach a adopté les lectures de M. Six : « Les noms les plus déchiffrables, dit-il, en résumant les recherches du savant hollandais, paraissent devoir se lire Orontobatès, Asi/sès {ce nom ^ que M, SïxVilAsasîs, rappelle TArysès de Diodore), et Abdémon*. » Nous avons déjà fait bonne justice de la lecture du nom d'Abdémon; il s'agit à présent de savoir si les noms d'Asasos et d'Orontobatès sont mieux justifiés.
Le nom d'Asasos ou Asysès a été lu par M. Six sur une drachme sinopéenne de style barbare, qui, pour les types, est visiblement une gauche imitation des drachmes de Datame. Il est manifeste aussi que la légende elle-même n'est qu'une altération du nom araméen de Datame, tel que nous le présentent les monnaies ciliciennes. M. Six lit lïïH ; mais les deux lettres qu'il prend pour ïï sont ainsi faites H H, formes possibles, mais cependant anormales pour le tsade\ et dans lesquelles il ne faut voir, selon nous, que les lettres!"), retournées, du mot IDllD (*)^f H ^ h)* ^^^' ^^ ^^^^ P^^ douteux pour quiconque aura examiné, par exemple, un grand nombre de monnaies de Mazaios : il en est d'assez bon style, sur lesquelles on trouve néanmoins des lettres retournées de la môme façon que celles que nous signalons ici. Il résulte de là que ce prétendu gouverneur de Cappadoce, Asasis, Asysès, ou autre, n'existe point ; il est à supprimer. Tout ce que nous pouvons conclure de la drachme de la collection
J. Th. Reinacb. Troît royaumes, p. 10.
sur les poiiiis conjecturaux du tableau {rcm^'ialofriquc (Irossépar M. Six et sur les dates assifcnées à clianue règne par cet éminent savani .
II — Bnnlinelek i, Azbttal, linnhnvlek IL
La jicnjvdofrie de ces trois princes ost: aujourd'hui cert^dnc. Elle repose sur h* l(»xte de la nouvelle inscription d'Idalium (Dali) si l)ien interprrtôe par M. Pli. lierger. On y lit :
« Kn Tan III du n'^'frne de Hîi:d|-melek, n)i de (yi-|lium et d'Malium. fils du roi AzlKial, roi do Citium et d'Idalium, fils du roi Haalnielek, roi d(* Ciliuni -.
D'apK's re lexte, le premier 15M;dinelek est siin])lenient roi ilcCifithii, tandis (|ue son tils Azhaal et son petit-fils Haalniclck sont )'ols iU* Cltinni vl (Vhhilnin), L'insistance sijrnificaîive (|UC nïcttrMît les rois de cette dynasii*», dans toutes leui*s inscriptions, ;'i s<» i>;n*(M' de tous leurs titn^s, ne permet pas de douter que ce fut Azbaal, le premi(»r, (pii connnença de rèfrner à la lois sur Citiiun et sur Idalium.
A quelhï cpo([ue doii-on [dacer le rcf^ne de IJaalmelek I ? M. lîerjrer en met 1<* (b'^lmt seulement en 44!) ; après lui avoir assijrnè connm» limites (extrêmes lôO et 420, M. Six propose à pi'i'sent 470 ci 450. Xous nous rapprochons de ces dernières <laies que «'crlains indices historiques vont nous permettre de pn'\*iser.
Il est remarqu:d)l(» que dans son rccit (h'Maillc des ex[K'»ditions de D.-irius ci d(» Xerxcs contre la (iivcc», Ilcrodoti* ne prononce pas Uicnu» le nom de Citium. (iuand il r»numci'(» les principaux cIh^Is k\k\ la lIoiK' de XiM'xès, nous voyons le conlinfi:cMit deSiilamine cr»mmand<' partîorgos, tils tle CluMsis, celui d'Amathontc [Kir 'rinn>nax, tils d(^ 'rimap>ras, c(4ui de Paphos par Pentiiylos, fils de I)(Mn<inoos : il nVst point parlé de celui de Citiuni, et c(M.te omission s'explique pcnit-ètre jiai" cette circonstance que Citinm eiani une coNmie iyri<*nne navaii pas ini contin<^eni distinct de celui d(» Tyr. f^ioi qu'il en soii, c'est avani l'expédition de Xt'rxès, ei jus(|u'au tenq»s île Darius I (521-185.1 que
entre la ville cridalium et une famille de médecins. Nous y apprenons que la ville d'Idaliuni soutint victorieusement un siège contre les Perses et les gens de Citium. A la suite de ce siège, le roi Siasicvpros et les Idaliens invitèrent le médex^in Onasilos, fils d'Onasicypros et ses frères, à venir soigner les bless<'»s va ceux (pii avjiient soutfert de la guen'e. Suit lenumèration des iionnours et des biens que le roi et la ville donnent et g;irannssonl à Onasilos et à sa famille pour les sci'vices si^iialj's ((u'ils ont rendus dans ces circonstances. Ainsi, de ce curieux dociunoni, il résulte pour nous que la ville d*Idalium sVtaii d<'M-lan''o, durant les guerres médiques, pour les (Irecs contre les Perses ; ([ue ceux-ci aidés des gens de Citium cherchèrent à s<Mnparer dldaliuni, mais qu'ils n'y réussirent pas |>uis(|u'après le si^'^go, Idaliuni a encore son autonomie.
A (pielle ('qxxjue se passaient <'es (''v<''nements ? Nous n hésiterons ])as à l(^s plac(M' sous le règne de Baalmelek, pour plusieurs rais(nis. Haalinolek est le seul des rois de (-itium qui ne s'intitule pas à la fois - roi de Ciliuni et d*Idalium -^ ; les monnaies autonomes des rois d'Idalium, <(ui sont au type du sjdiinx, ne saui'aient par leur style être postérieures au milieu du V'' siècle, (M c'(»si à cette date «pie se rapportent celles (jui paraissent porter le nom alnvgc» de Stasicypros (i). Enfin, les circonstances politicpies ([ue nous avons relatées plus haut, la lutte (»piniâire et acharin'e des Pers(^s et des Grecs, à Cypre, dans la juM'iode (|ni ne s'arnMt» (piaprès la mort de ('imon, en nu, sont (l(^s indices qui nous autorisent, «'"i consid<»rer nos «•ondusions coiuine à piMi j)rès certaines. Le roi de Citium liaalnielek aura vainement essaye» de semparer d*Idaliuni ; soutenus j)ar les (ir'ecs, les I (lai ien^ l't'sisièreni victorieusement à îoute>; l<'s aiiaques, ei Citium succoml.Ki à son tour sous les «'oups ile ('imon (j).
ImuM'iliairnieiiî après la mi>rr de (.'imon, les atïaires des I*rrs«'^ ^r i«'i;i!)lis^rni â (*y|)re ; dès 1 P.) les Athéniens <''vacu(»n! Citium, ri !»ii'nh'»i, c\\ 11"), intervient celte fameuse paix négo-
1 î^l\. /i'» '■"• •'•' iiiSiniitiiji'i , l>Si!, p. -UT.
;' o;i.i Il-iriii.ii:M, ••r <'lt. |.. -}n-n.
ciéo par le riche Callias, fils (rilipponieus III, et qu'on désigne pMiéraloment dans riiistoire sous le nom de pnir de Cimon : entre autres clauses, Cyprey est livrée au roi de Perse : « les Athéniens, dit lacuniquenieni Diodore de Sicile (i), retirèrent leui's troupes de Tîle de Cypre. ^ Ainsi redevenu maître de toute rihs en 445, le jrrand Roi s appliqua par tous les moyens à y éumller le sentiment heUénique et à y faire prédominer Télément phénicien. A cette époijue se place, comme nous le verrons hieniôt, la révolution ({ui, à Salamine, substitua une dvnastie tvricnnie à la race des Teucrides (lui, au cours des dernières luttes, s'cUait montrée tidèle aux (Irecs, étant ellemême d'orifrini.» helléni(|ue.
Cest un peu plus tôt, c'est-à-dire à la tin de Tan 449, <lès Tévacuaiion de (Utium par les (irecs, que commence le rèf^ne d'Axhaal, le li!s ei successeur de lîaalmelek à Citium. Les houleversemcnis rt'suuK's plus haut, conduisent à <*ette conclusion. Le premier de tous l(»s rois di» (-itium, Azhaal s intitule « roi de (.'itium et d'Idaliiun, - ce (jui nous permet de reconstituer sans peine la trame d(»s événements. Après avoir été repoussés par les Maliens, j^râce à rapi)ui des (irecs, les Citiens ])rirent leur revanche lors du dé[»art des Athéniens, (|uand Tîle fut restituée au roi de IVrse. Idalium fut forcée de reconnaître la suprématie de sa rivale et de sa voisine. Aussi, à partir de cette é[)0([ue, il n y a plus aïK'unc monnaie qiwm puisse attrihiu»r à Malimn, dont la suite luunismatique s arrête avec le roi Stasicypros. Tout «'oncorde donc admiral>l«Mnent : c'est le nouvel ctat <1(* choses inatifiuré par la paix d(* Oimon qui entraîna ramiexion d'idalium au polit royaum(* citiiMi.
(Vs révolutions politiques <m surioui le court interrèf^nc qui se place à la suite du rè|^n<» de Ilaalmelek, lors de l'occupation momentan<'»e d(» Citium par Ciinon, sont sans doute les raisons qui ont [Hivit'y Azhaal à inau^nirer un nouveau typtî monétaii'C. Au droit «h' ses espèc<'s, ti^urt» toujours le ty[)e nati(»nal de llleraclès iyriiMi, qui rap|»elh' l'origine [►héniciemie de la race
Ij Oind. Mr. XI], J.
branche aiiiéi» dans la personne du roi Baalrani, le sceptre soit passé aux mains de Melekiaton, au préjudice de son père, le prince Baalram, encore vivant, tl'est j)ourquoi, jmisquici il l'aut bâtir une liy[)olliése, j(* crois plus rationel, plus lofi^ique, et plus conforme aux usages partout admis pour la succession au trône, d'admettre l'existence de trois liaalram, Tun qui lut roi, le secoiul qui ne réj^na ])oinl mais l'ut le père du roi Melekiaton, le troisième enfin qui ne rèfrna pas non plus et ([ui était le fils dWbdmelek. D'après ces données nous dresserons le tableau {généalogique suivant de la famille royale de Citium.
lîaalmelek 1 (471M4Î)).
Azbaal (415-125)
Baalinolok II litifih-tnn, fnia.r Abihnch'k, antui'.
Baalram Melekiaton Bnnlrciùi^ miax,
roi, vers :VM\ {:\\)2-:m)
Piuniaton
(:joi-;m2),