‹ Mélanges numismatiques (volume 2)Chapitre 144 sur 239 · IV. MkLEKIATON et PlTMIATON · texte numérisé non relu

IV. MkLEKIATON et PlTMIATON

Nous nous nMrouvons sur un tcM'rain plus solide avec Mel(»kiai()n et Pumiat<»n. Des insci'ipiions nous aj)prennent que Mrlekialon, lils d(» Daalram, eut lui-même pour fils Pumiaton ; nous n'avons pas à nous ap[)esaniii' sur ces données généalogi- «jues depuis lniigt(Mn|>s acquises à la science.

Mais Jus(iua la découverte, en ISSO, de l'inscription de Tamassus publiée par MM. Wright et Le Page Renouf, on ignorait qu<î Meh»kiaion eut régné au nnâns trente ans. Les monnaies de <-e prin<e, irès nombnnises, ne sont pas datées ; les inscript ioî)s meniionnaiiMU les années 2, 3 et 4, puis 17 (ou 18 ou 11); de son règne ; il faut nuiintenant y ajouter

trône à son livre Haalram, pour aller conquérir Salamine. ?» (i) Dans ce dernier travail, M. Six place le règne d'Audymon ou Abdénion, à Salamine, entre 415 et 410 environ. On va voir ce qu'il faut penser <le toutes ces hypothèses accumuléos.

Théoponipe donne à Abdénion la qualification de Cilien (AJoj;jLova TÔv R'-Ua) (j), (»t Diodoro de Sicile le qualifie de T^'rien et d'ami du roi de Perse, 'ASor.uova tôv T-jcwv, «O.ov «f/ra to-j IU370JV BaT'./iw; {:;). Ces têmoijrnages ne sont contradictoires qu'en apparence, i)uisque nous savons que la race royale de Citium éiail originaire de lyr ; un membre de cette famille peut donc, suivant le point de vue auquel se place l'écrivain, être appelé aussi bien ïyrien que Citien.

l)ai)rès M. Six, la domination phénicienne à Salamine dura cinq années seulement : nous allons d«hnontrer quelle se prolongea pendant au moins ÎM ans. Quiconque lira attentivement, dans les discours fUlsocraie, les débuts du règne d'Evagoras et rhistoire de la révolution ([ui le plara sur le trône de ses ancêtres, sera amené à conclure, (abstraction faite des amplifications de rliéiori«iue), (jue trois princes dorigine phénicienne, au mcnns, se succédèrent sur le trône de Siilamine (4). Un descendant de la l'ace tl<* Teucer, ractjiite le rhéteur athénien, régnait à Salamine lorsqu'un pr(»scrit de Phénicie, admis dans la conîiance du rni, îi'ahii son bienfaiteuret s'empara du trône. Dès lors, il attira les Orientaux dans la ville qui en fut bientôt renqjlie, et il contribua à soumettre l'Ile entière à la puissance du grand Koi. Nous recimnaitrons ici un écho des événements (MMitemporains dt; la paix do (.'imon en Mo ; mais poursuivons.

- Les clioses en l'iaieni là, dit Isocrate, et les descendants ck* l'usurpa leur ocrtipaicnt le trône (xal twv sxyôvwv Ttov ixti'/oy

il S"n>>S,ii. i'/n'{i)n'f'/*', IS'.H), p. 2.")'.».

i;^) Tli''.]i. I-V'.if/iét. 111. <l;Hi> !••> Fi-ttifui. Jif'.st. yrirr, de Oiilot, t. I, j». SlCi.

[A] I)i.mI. si.-.. \IV, '.'vS.

4 C i'>t 'i' iju'.t i\y\:i uiliiii- .1. S'-li.wiio (/ir Er,i/f„ 2). St-harfe (ji. 3, note) fait ri-iM:ii«p:«'r i,ii"i"!n^i-l «înntc.ln iiM-it «rL^u-iiiir, >ou.s prOii»xic qu'Héradoto ne jiarle jmiiit «1»* «•• - l'vii.iiiniit.- il.; Salaiiiiin'. »i ijnc' Tlu''ojiinniu* et L)ic)doi*e ne nomment ipi*Al>ili''inMii .•niiimi- r\ l'ciii plii'iii«-ii*ii île Siihiniinc : mais Scliai*fe rijouto avec raison «iu'il n'y a pus limi de ilnuter de l'amoiiru d'iMX-rate qui fut l'ami du mi Evagoi"a> et eonienipi.iroin di> l' vr-nenient-.

T/.v as/v iyovTwv), ({uand Evagoras vint au inonde. » Le jeune prince grandit et parvient à l'Age d*homme («vopl ok ysvo{uv(i>), se distinguant par son intelligence et ses forces physiques. Cei)endant, il s'abstient de conspirer pour reconquérir le trône de SCS jK^res, à ce que prétend son panégyriste. Cest un des l'amiliers du tyran qui se charge de ce soin : ^ un des hommes qui participaient au gouvernement ayant dressé des embûches au tyRui. le mit à mort et essaya donvelopper Evagonis dims la môme destinée... -^ Evagoras échapi>o au danger et se réfugie à Si)li, en Cilicie. Là, il rêve aloi's, par vengeance, le rétablissement du trône des Teucrides. Par un coup d auda(*e, il rentre à iSalamine avec une troupe de conspirateurs ; une lutte s'engage dans le palais ei Evagoras triomphe. Ia} témoignage de Diodore contirme le récii amplifié du panf'»gyriste : «* Evagonis, dit-il, avait été obligé, longtemps auparavant, de sexiler ; il revint dîms nie à la tête dun petit nombre de partisans, et chassa le Tyrien Abdémon, l'un des amis du roi de Perse, qui dominait la ville, fl

Les faits suivants nous paraissent donc rigoureusement du domaine de l'histoire : Un Phénicien dont Isocrate ne prononce pas le nom, vient à Sixlamine et s'empare de la rovauté, au détriment de l'ancienne race des Teucrides, alors représentée sans doute par Evanthès dont on a des monnaies (i). Lusurjxiteur qui, |K>ur s'emparer d'une grande ville grecque connue Salamine, a dû être soutenu par Tarmt^ perse (i), était sur le trône depuis quelque temps déjà, lorsque nait Ev^igoras, descendant des Teucrides. Evagoras grandit, devient un homme et aitcîint l'Age d'environ 2o ans. Le Phénicien, maître du pou v»»ir est assassiné iKir un de ses proches qui s'emp^ire du trône ; lOvagoras (jui avait i>eut être participé à cette révolution de palais, s'enfuit en ( -ilicie. Lj'i, il conspire contre ce deuxième usurpateur de la couronne de ses pi^'res, et par un coup hardi, il revient à Salamine et chasse le Phénicien qui occupait le trône. On voit ainsi qu'un ne peut faire durer cinq années seuil; Six, lUins I^-ue fiumismatit/io^ 18S.1. ji. 277. isfi J. Scliarff. 1)*' Kraf/tji-tu- Salami tuonon reffuUtUat p. 1. (Munster, 1806.'.

Lacédonione. Les Athéniens qui avaient accueilli avec des transports de joie rav«Mieincni d'Evagoms au trône de Salamine, lui décernèrent le titre de citoven de leur ville i\): ils lui élevirent une suitut» ainsi quà Conon, après la bataille de Cnide. Des c()l(>ns frrecs affluèrent à Cypre sous la protection d'Evafjoras représentant de rhellénisnic vis-à-vis de lelément phénicien ou asiati(iue.

Dès lors, l(î rfâ de Pei^e Artaxerxès II Mnémon vit avec in<|ui<'*TU(l(» cî dfpii Textension de la puissance de son vas&il. I/(K"c;ision d'inierv(»nir ne se fit «ruère attendre. Evagoras dont la vicluin* de Cnide et lalliance d'Athènes avaient décuplé le prestige, r»'ussit à iinpr)ser sa suzeraineté à la plupart des villes cypriotes : il <M;iiL sur le point do devenir le roi de toute Tile. Réussit-il à ceiTo époque, c est-à-dire entre 394 et 391, à s'eni- ])arer de fitiuin ou à iniposer sa suzeraineté au roi de cette ville (jui n't'iait autre que liaalrani (- Les témoignages des anciens, rapprochés et contrôlés les uns par les autres, nous permettent de conclure à la négative.

- Evagoras, dit Diodore de Sicile (2), avait entrepris de soiuneitn; à son autorité Tile entière. Il s'était ainsi rendu maître successivement des villes, les unes par la force des amies, les autres par acconnnodement, et définitivement il éUiit dev(înu le souverain de toutes. « Au premier abonl, on pourrait croire (|iie Cil ium se trouve engh)hée dans cette énumération générale, mais le mémo auteur ajoute aussitôt ce correctif imporiani : - Cependant, les habitants d'Amathonte, ainsi que ceux (U* Soli <:t de Citium, (jui ii avaient pas voulu fiéposeï* 1rs firmes, envoyèrent des dé]»utés à Artaxerxès, roi des Perses, p<nn r«'claniei' (h^s secours. - {:j) Ailleurs, Diodorp parlant de r«'po<|ue la plus brillaniê d'Evagoras dit qu'il était maitre du j,h.'s ijiniiil tinmhrr des villes d(.' Tile de Cvpre (4). Que conrlure de là, >ijiuii «[ue Ciîiiini ne c<»ssa de lutter contre Evagoras et

lll <\ I. .\(t., !. I. Il ù\.

•J I)ii'.l. si.". \I\'. V^.

(:{. Oiml /■./'. .*/. Cl". Sti-j.li. Hnz. v iiT'.îT; ; Suitlas. V 'Aua6o'jj:oi («v Kfihori hhr" XIXl: i-r. Si-li.-iMr. .7/. r/Y., ji. h',. [\ I)i-nl. Slf. X\'. ;.'.

ne reconnut point son autorité. Ceci est implicitement contîrmc par le t(^»nioip:nagc d'Isocrate, le panégyriste d'Evaporas ; le rhéteur athénien énumùre comi)laisamnient les richesses, les forces, l'extension des doiiiaim»s du roi de Siilamine parvenu à lapogéo, et il neut pas manqué de dire qu'il étiiit devenu le souverain de Tile toute entière, si tel eut été son pouvoir ; tandis qu'au contraire il nous dit simplement quil s'en fiiUut de peu qu'Evagonis, au faite de la puissance, ne possédât touie Tile :

wTTe [JL'.xpo'j [JL£v iZir.Tt K'JTTfov a-aTav xaTaiyeCv (i). Ces expixîssions

dans la bouche d'Isorrate sont significatives, et rapprochées du texte de Diodoro cité plus haut, elles permettent d'affirmer que Citium, le boidevartl de la résistance ;i Evagoras, ne tomba pas aux mains de ce roi belliqueux.

En réponse aux sollicitations pressantes des habitants d'Amathonte, de Soli et de Citium, le grand Roi envoya en Cypi'e une armée considénible commandée d'abord par Auto- |)hro(late, puis par Ilécatomnus, satraïKî de Carie. Cet^dt en 391 (i) ; Evagoras venait de se déclarer ouvertement en révolte, escomptant les embarras du grand Roi qui avait aloi's à réprimer l'insurrection de TEgypte. L'expédition commandée par Ilécatomnus n'eut pas de résultat décisif. I^e satrape carien conduit la guerre mollement, reste dans une complète inaction et ni(»me linit par trahir, en favorisant secrètement les projets ambitieux du roi de Salamine {:\). Ainsi assuré de n'être pas in([uiété dans l'ile on pourtant (iuel(|ues places sont encore au pouvoir des l*ers(?s, F]vagoras veut [irofiter de la diversion caus(''e par la guerre d'Egypte ; il reprend l'oirensive, franchit la mer et par une séri<^ de coups de mains heureux, il s empare de Tyr et de qu(»l(|ues autres villes de la côte (h* IMiénicie (4).

( oi)endant, Citium était au nombi^e des phices ï|ui n'avaient

'Il Isoor. Krat/. 23

•i) S«"liarf«*. Dr Emtf. p. li» ; Walthor .luiU'irh. Prrsifn ton! Ar//i/ptcn im IV Jnhr/tKHift rt, p. 14 M:irl»urjr. ISS'.M: K/rititisîtit. Sti'(fir/i, \\. 14.

>'A) li'u'd. Sir. \V, "* : V. KniinhlM»!/, Ih' satrojn's .4.*/"* *tiinO/'is prrsirh. p. SU.

4) Oioil. Sir XV. 2 : - Kv:i^'ru'as i>rait <lan> l'il*' il** Cypro iiiaitrodu plus^'i-and noiiilnv «lt"i vill«'v «pi'j'llr ri*iifv'rnn\ v\ dan- la Pht^iii'-it» il disposait di' oolK» de T>r l't df «pK'lipu's aiiti"r> -

un accord qui laissait à Evagoras le pouvoir royal, mais rcstrcifrnait ses possessions à Siikuuine cl à sa banlieue.

Vil. DKMONicrs.

Isocrato, Tanii d'Kvajroras dont il écrivit le l'anéf^yriïjue, nous a])pren(l que ce prince init deux tils, Prolafîoras et Nicoclès, et plusieui"s autres enfants dont il tait les noms (i). Protiigoras mourut avant son père, et Nicoclos lui succéda sur le tronc de Salamine. Daprcs certains auteurs, Demonicus dont nous allons particulièrement lums i)C(Uiper, se ratlacherait à la famille d'Eva^^oras.

On sait (jue le Panéfryriste du roi de Salamine a rédigé des conseils moraux et i>olit.iques à l'usage de Demcmicus, mais il est presciue muet sur l'origine de» ce prince et sa carrière. Il dii sculemeiu rjuil éuiit lils d'un riche personnage du nom d'IIipponicus, ei le rhéteur athénien s honore d'avoir été l'intime ami de ce dernier. (Constantin Porphyrogénète donne à Demonicus le titre vague de roi de ('ypre (2) ; Tzctzès seul aftirmc que Demonicus était lils d'Kvagoras : HavovTo; IvJavôpo-j

-a^aivÉïa; (:i).

Voilà tout c(* qu(» nous savons historhiuement sur le roi Demonicus (1).

Parmi les auteurs modernes, d'aucnns, coimne ('harles Lenormani ir.) et le duc de Luyncs (i>) ont suivi Tzcizès, admet lani <|uc Demonicus était un tils d'Kvagoras 1"*" ; d'autres avec M. de \'<igu«* (7) se sont teinis sur une prudente réserve : - Demonicus, dit M. d(» \'ogué, (|u'<»n le considère avec Tzetzès

m rf. \v. KiiiJ:»'!, l\f'f,>"S. I. I. i-p. M7t ri «v.h;.

:2 t'"U>t.. I*c»r|iliyr. Thi ,,\. Urh.it. 15.

:î' T/.ii/.iV. i'hiiiiuL H, ll'st. XVi\ cl'. C)ivlli. Of,itsr. //r. j». 0 (vi«* iri.-ncnUiM.

7*/,- .!.■ l<*i:î, pp. :<:îi-:î:î:i.

[.'», yVi'.v */•■ tii'i/f'Sni . /i'' /.v (tj'tis, p. 7 1.

7 li't'. /'"//*. ls»"i*, p .■C'^-:.î7v.

historiquement, il n'y a pas de place dans les annales de Salamine pour le roi Demonicus.

Un seul argument a pu être invoquai pour faire de Demonicus un associé au trône de Nicoclôs : c'est la légende prétendue d'un ixîmarquable stature du Musée britannique, sur lequel on a cru lire à la fois le nom de Nicoclès et celui de Demonicus, en écriture cypriote (i). Mais cette lecture est abandonnée à présent, et M. Six a reconnu lui-môme que son interprétation étiut inexacte (2). Au droit, il y a bien, parait-il, d'après M. Head (m) : ,3aTiXéFo; Nixox)iFo; ; mais au révère, au lieu de

^«Ti/iFo; Aa|jiovi|x(o| xao'tY[vTjTc«)v], il faut lire : ^itXéFo; Tijxoyatpi-

Fo;. Il s'agit non plus de Demonicus nuiis de Timocharis. Un roi Timocharis qui régnait à Paphos et à Curium, est connu par une inscription cypriote (4). Il résulte do là que la monnaie en question n'est pas de Salamine, et que le Nicoclès dont elle porte le nom est probablement un auti*e roi que le ftls d'Evagoras ^^ Quoi qu'il en soit, il nous sutiit, ici, de constater que le roi Demonicus n'est pour rien dans l'émission do cette pièce ; elle ne «mniit être invoquée comme argument pour prouver que Demonicus a régné conjointement avec Nicoclès.

Certains auteure ont cru, d'autre part, retrouver l'initiale du nom de 1 )emonicus dans la lettre A qui se trouve dans le champ de linéiques monnaies d'Evagoras ^^ Le duc de Luynes et M. W. Deecke ont adopté cette hypothèse, ainsi que M. Six dans son premier travail (r,). Mais nous ferons remarquer que, outre la lettre A, on rencontre sur des pièces de la même série, soii les signes cypriotes Fa et Ni, soit la lettre E. Aussi M. Six reconnait, dans une seconde étude, que cette lettre A pourrait bien désigner autre chose que le nom de Demonicus. De tout cehi, nous conclurons que Demonicus n'a sa place ni dans la numismatique ni dans les fastes de Salamine.

(1) Six. dans la Rrrue Hmnistnatifjw, 1883, p. 287-288, et pi. VI, fig. 13. c;) Six. dans Xum. rhro/i. 18SS, p. 130. (3' Hist» ninn. p. t»25.

(4) W. iJeecke. np. rit. p. 2*i, n'' 30.

(5) D(Hîckc, op. cit. p. 52.

(rt) yumism. rhrnnirh\ 1882, p. 9, n. 24, cf. Séries cypr, p. 283.

les lettres A.o».. Il s'agit, suivant moi. d'un roi dont le nom commence par ces deux syllabes (Arisiocypros, Aristochos t) ; cette lecture se trouve contirmée par un remarquable statère d'argent acquis récemment par le Cabinet de Finance et qui n'est qu'une variété du stîitùre de Herlin ; ce statère porte nettement la légende ,3a. 71. A.?*. ; la même inscription cypriote, mais en partie fruste, doit être restituée sur une i)etite pièce d'argent aux mêmes types, connue depuis longteu)ps, mais sur laquelle on ne voit nettement ([ue .Sa.^i ().ei;) (1).

Le nipprochement de toutes ces monnaies ne laisse aucun doute sur notre lecture. Le roi A-p».... est peut-être Aristochos, roi de Curium. Quoi quil en soit, nous sommes loin, comme on le voit, du nom de Demonicus.

L'étude des types des monnaies grecques et phéniciennes qui appartiennent indiscutiiblement à Demonicus et que nous avons énumcnkîs plus haut, donne lieu aussi à des remarques inb^i'cssantes. Tout en étant citiennes par le type de l'Héraclès tyrien combatUmt avec sa massue et son arc, ces monnaies n en ont pas moins un style qui contraste avec l'ensemble de la numismatique des autres rois de Citium. Si vous comparez cet Hémclès des monnaies de Demonicus, avec celui des monmiies des autres rois ci tiens, vous constaterez des dilterences caractéristiques. Le dieu ne tient pas sa massue de la même façon ; sa peau de lion, au lieu d'êtitî sur son bras, flotte sur ses épaules. Mais ce n'est pas tout : le type du droit, la Pallas Athena debout, est rigoureusement un type d'origine athénienne, et il ne se rencontre jamais sur les monnaies des auti*es rois cypriotes. On y reconnaît, au premier coup d'œil, la reproduction do la stiitue d' Athena Promachos qui dominait l'acropole d'Atliènes, et cette circonsUmce contribue à démontrer que le prince qui choisit ce type monétaire se trouvait directement sous l'influence d'Athènes. On se rappelle que

(I) Duc de Luyiies. ynut. rt/pr. \A, VI, 4 ; Six, dans Rev. nmn. 1883, p. 334, n*^ 43 ; Deeoke, op. cit. n*' 153. Cf. Deecke, dans les Beitrùgc de Bezzenberger, l. XI (1^8<;). p. 318 ; O. Hotlmann, Die griechischen DialehtCy 1. 1, p. 39.

qu'à Marathon, les Perses prirent le daduque Caillas pjur un roi (i). Voici quels étaient, dans le siècle d'Isocrate, les membres de cette famille et leur filiation, d*âprès ce que nous apprennent les auteui^ et les inscriptions : (2)

Callias II ôp. Elpinice

Hipponicus III.

liipparèie llennogénùs Callias III Hcdyto

ép. Alcibiade ép. une lille de tilaucon ou Clyio (

Une tille Hipponicus IV

ép. Hipponicus IV ép. la tille d'Alcibiade.

Callias 1 1 iUt daduque des mystères d'Eleusis vers 485 ; Hipponicus III fut daduque vers 450 et il fut tué à Délium en 424 ; Sti femme divorcée avait épousé Périclès. Callias III fut daduque après 424 date de la mort de son père. Hipponicus IV fut daduque à son tour vei*s Tan 395. Mais ces dates, il importe de le remarquer avec Bossler, ne sont qu'hypothétiques» car elles sont fondées seulement sur lepoque approximative où ces pei'sonnages ont dû successivement atteindre Tâge mur (3).

On admet généralement que la famille des Callias finit ilans la personne dliipponicus IV, mais cela nest pas certain. Ce qui est vrai seulement, c'est qu'on ne sait presque rien sur cet Hipponicus IV daduque vers 395, et que la daduchie des mystères d'Eleusis passa, après lui, à une autre race religieuse de

(l) Voyez Fr. Lenormaiit, lit'vherchcs atxhêolof/îqitei à Eleusis. Recueil des ]niicriptio».i, p. 151.

(3' Voir surtout G. I^etersen, Quœstio/ivs de historia yentiuwi Auicamm, 18SU. p. 34.

(3) Sur lu g('?iiéuli)gie de la famille des Callias» voyez Bossler* De gentilnts ti fdtfufiiit Atticœ surei-iiotulibits, p. 3:)-3(> (in-4*' Darmstadc, 1883) Fr. LenomouK. Reché-rches archcttloffiqucs à Eleusis. Recueil des InscripHons. p. 151 à 153; Meier, Dr t/fntilitatr Attica (Halle, 1834) ; G. Petersen. QuaesHones de hût gen- Un m attic. p. 16.

TAttique, celle des Lycomides, illustrée dans Thistoire par Thcmistocle.

Isocratc, né en 436, mort en 337, était le contemporain et le cousin d'Hipponicus IV. On comprend qu'il ait vécu dans son intimité, ainsi quil s'en vante ; on coni^oit également qu'il ait écrit des préceptes moraux à Tusagc de Dcmonicus que nous n'hésitons pas à regarder comme le fils d'Hipponicus IV. De iioni})rcux indices viennent confirmer cette assertion et lui dcmner tous les caractères de la certitude scientifique. Isocratc, dans son Discours à Demonicus, fait allusion aux grandes richesses d'Hipponicus ; or, la famille de l'Athénien Hipponicus IV et ses ancêtres éclipsaient tous leurs contemporains par leur faste et leur opulence. Conmient poumonsnous admettre deux Hipponicus contemi)orains, également célèbres par leur fortune i

S'il s'agissait, en ce ([ui concerne le père du roi cypriote, d'un autre IIip])onicus que de l'Athénien de ce nom, comment supposer c|u' Isocratc n'eut pas spécifié nettement qu'il ne parlait pas de son compatriote et parent, mais d un homonyme ?

Le discoui's d'Isocrate à Demonicus a certainement été écrit à une ('époque antérieure à l'accession de ce prince au trône de Gitium. ("est ce qui résulte des expressions même du rhéteur qui traite Demonicus comme un jeune homme qui désire s'instruire et s'améliorer moralement. Il lui dit : *• Ne vous étonnez pas si parmi les choses que je viens de vous dire, il s'en trouve un gnmd nombre qui ne conviennent pas à votre âge. n Isocrate parle donc à l'un de ses élèves : il n'y a par conséquent pas lieu de s'étonner que le discours d'Isocrate ne fasse, en aucune façon, allusion au titre de roi, ou à l'île de Cypre.

Nous ne saurions i)réciser à quelle époque ni dans quelles cil-constances Demonicus passa d'Athènes à Cypre. Il accompagna peut-être Chabrias en 3S8 ; peut-être aussi son père s'établit-il dans l'île quelques années auparavant, ce qui justifierait la qualification de Cypriote que lui donne l'auteur de la \'ie d'Isocrate. Nous avons déjà dit que Cypre, à partir des victoires de Cimon sur les Pei^ses, reçut de nombreux colons

Quelques-unes de ces données avaient d^à été pressenties par divers auteurs, principalement par MM. Ph. Berger et J. P. Six ; mais la plupart n'avaient pas été soupçonnées jusqu ici. J espère donc que, malgré la part dTiypotèses et d'incertitude que renferme encore ce travail sur plusieurs points, on me saura jrré d'avoir précisé, plus rigoureusement qu'on ne l'avait fait, les principaux traits de l'histoire de Cypre pendant la période où Athènes et les Perses Achéménides se disputaient la possession de cette grande île.

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