‹ Mélanges numismatiques (volume 2)Chapitre 153 sur 239 · Six Le tafru/te Mazaias, p. '15, ii" 1 «•! pi. VI · texte numérisé non relu

Six Le tafru/te Mazaias, p. '15, ii" 1 «•! pi. VI

le nom d'un certain Mazaros investi par Alexandre, en 331, du commandement de Tacropole de Suse ^ Mais il est inadmissible que ce commandant de place, sans importance politique et qui ne fut point satrape ou chef d'armée, ait eu le droit de frapper monnaie. Remarquez cjue nous avons affaire à une légende barbare, puis(jue la première lettre du nom, le nieni^ est retournée. 11 est hors de doute, à notre avis, qu'il s'agit d'une sinq)Ie altération du nom de Mazaios.

Ouant aux circonstances précises de Fémission de ces pièces, il est probable que nous ne les connaîtrons jamais exactement. M. Six a bien saisi le caractère militaire de ce numéraire, frappé par (les satrapes, chefs d'armées en campagne. Mais celles qui ne portent pour légende que la déformation barbare du nom d'Athènes ne nous fournissent aucun indice qui précise autrement leur attribution; on ne saurait même donner à Mazaios les monnaies sur les(|uellcs on a co|)ié inconsciemment les lettres de son nom. Tout ce f[u il est |)ermis (raflîrmer, c'est que CCS inonnai(^sont été rraj)pées à l'occasion des guerres incessantes ([ue les Perses eurent à soutenir, en Palestinc v\ (Ml r]gypte, sous les règnes dWrtaxerxès III Ochns et d(* Darius 111 (](jdoman.

Sur un groupe inq)orlant de monnaies à types athéniens, (|ui se rehe au ])récédent par son style, on lit une h'gende (|ui prcsent(* les variétés suivantes :

HH-|\- HXII —SA! Y' et 'KH

l. J.-P. Six. ÏA' fuifrape Mazaû>x, pp. Vo à 'i7 rt pi. VI, fig. 10. (Fxlr;iit du Suinism. chrcuich', ISS'i , l'n exemplaire «le ees tétrndrochme» nUiciiîi>ii< il la l« ;^'finl«' HHI H*, ^iellt «l'être aequii! pnr Ip (wibÎDot do Fronce.

et quelques autres, plus ou moins complètes ou barbares, dans les(|uelles on reconnaît les mêmes éléments. l)(n'()ns-nous, ici encore, sim[)lement constater une déformation du nom de Mazaios?

Adrien de Longpérier a cherché, jadis, à reconnaître dans Tune de ces légendes des caractères himyaritiques formant vraisemblablement le nom de la ville de Nagran*. M. Six voudrait aujourd'hui y lire, en caractères araméens, le nom de Sabacès, (lui fut satrape d'Egypte en 333*. Il transcrit la légende "j^'C, ^vjiyio^ ou X£Çtyca;, ila6àxr^;. Mais, outre que la transcription des caractères n'est déjà pas certaine en elle-même, le rapprochement entre ^C^D et ^aÇàxr^; me paraît bien difficile à justifier, et les efforts troj) ingénieux que fait M. Six pour expliquer l'émission de ces monnaies en 333, ne contribuent qu'à nous pousser dans la voie du scepticisme. Il est porté à croire, nous dit-il, (pie les coins de ces monnaies ont été gravés à Athènes, ou même (jue râtelier d'Athènes a frappé toutes ces pièces qui auraient été ensuite livrées au satrape d'Kgypte contre des chargements de blé ou autres marchandises. 11 ajoute enfin :

(( Les noms peu distincts ([ui se lisent, outre le sien (surcertains exemplaires), à gauche de la chouette, sont peut-être ceux de questeurs chargés du payement do la solde aux mercenaires débarijués à Tripolis. C'est dans cette ville, cjui possédait sans doute un atelier monétaire, tpie ces chouettes, dont la légende est bien moins soignée, auront été exécutées en grande hâte, à l'approche d'Alexandre. »

1. \. <1«* LongpOrier, (tiuvrex, piihlii'os par <i. Si*liluml>i'rgor, t. I, p. 328. li. Sumismatic chroniclf, ISH8, pp. 30- 'il du lira^'C ù pari.

Ce sont là des suppositions sans fondement. Quand on rapproche, les unes des autres, comme nous Tavons fait, les légendes de ces monnaies, on voit qu'il s'agit, en réalité, du même nom qui va s'altérant de plus en plus, au fur et à mesure que s'accentue la barbarie des exemplaires. 11 n'y a donc pas à chercher à lire ici plusieurs noms, celui d'un satrape, puis celui de divers questeurs. Pour retrouver le vrai et le seul nom qu'on a voulu graver sur ces pièces, il faut recourir aux exemplaires du meilleur style, à ceux où le nom est le plus régulièrement gravé, et par conséquent le moins altéré. Je crois que M. Six a eu raison en y reconnaissant des caractères araméens ; mais de là à lire le nom du satrape Sabacès, il y a loin.

11 faut abandonnerégalementla lecture pIQ proposée par M. de Sallet pour l'une de ces légendes énigmatiques*. Nous avons, à notre tour, timidement avancé qu'on pourrait bien encore être simplement en présence d'altérations barbares du nom de Mazaios. Ce qui nous empêche d'être plus affirmatif, c'est que la première lettre du mot ressemble à un samedi aramécn plutôt qu'à un mcm. Quoi qu'il en soit, ce n'est ])as le nom de Nagran, ni celui de Margan, ni enfin celui de Sabacès ou d'un autre satrape de l'Egypte. Longpéricr a vu plus juste que M. Six, en conjecturant que ces monnaies pseudo-athéniennes avaient été frappées sur les confins de l'Arabie; la légende a, en effet, comme un faux air de lettres himyaritiques. Or, il y a ))récisément un autre groupe de monnaies à tvi)cs athéniens d'ancien style, sur lesquelles ont

1. A. von Sallet. dons la Zcitachrift fur Sumismatik, t. XV, 1887, p. 14.

ctc gravés des caractères himyaritiques. Au revers de CCS nouvelles pièces, frappées dans les mêmes circonstances que les précédentes, on lit bien encore la légende traditionnelle et déformée AOE, tandis qu'au droit, sur la joue de la déesse, se trouve la lettre himyaritique|M {noua), peut-être, cette fois, Tinitialc de la ville de Nagran en Arabie*. Voici donc des exemplaires qui prouventque les monnaies dWtliènes d'ancien style ont été copiées jusqu'en Arabie.

Un peu plus tard, les monnaies d'Alexandre, devenues aussi populaires et aussi répandues en Orient que les anciennes chouettes athéniennes, furent, comme ces dernières, imitées dans les ateliers monétaires de l'Arabie. M. B. Ilead a fait connaître un curieux tétradrachme, aux types alexandrins, sur lequel, au mot grec AAEIANAPOY, est substitué, en caractères himyaritiques, le nom Ab-j/atha^ ce tétradrachme paraît dater du second siècle avant

Ces imitations des deux séries monétaires les plus répandues dans l'antiquité, les tétradrachmes d'Athènes et les tétradrachmes d'Alexandre, se prolongent en Arabie jusqu'au premier siècle de notre ère ; la dernière étape des chouettes athéniennes, l'aspect sous lequel elles s'offrent à nous dans leur dégénérescence la plus éloignée, est représenté par les pièces du fameux trésor de Sana'a, dont la publication par M. G. Schlumberger fut, il y a peu d'années,

1. G. Schlumbcrg'er, Le Irvsor de Sanaa, p. 2 : B. Hrad, dnns le yumhma" tic e/tronicie, 1880, l. \\\\\, pp. 273 et suiv., el pi. XIII, fig. 1, 2 et 3 ; cf. l. XX. p. 310 et pi. XV, fi^r. l et 2.

2. B. Hcad, dans le yumism. chronicle, IKSO (t. XX)^ p. 3o3 et pi. XV, fig. 3

un événement scientifique. Mais nous atteignons ainsi le coniniencement de l'ère chrétienne, et nous appesantir sur ce monnayage serait dépasser notre but qui a été de démontrer que les plus anciennes monnaies frappées dans la VP satrapie (l'Egypte) et les pays limitrophes, TArabie et la Palestine, rattachés à la V® satrapie, ont été des monnaies d'imitation athéniennes émises, surtout pour la solde des mercenaires grecs, par les satrapes qui commandaient les armées du grand Roi ou par les rois d'Egypte révoltés contre la domination perse.

Les monnaies d'Athènes n'étaient pas les seules qui fussent imitées en Egypte ou dans la région de la Palestine et de l'Arabie soumise directement à Tinfluence égyptienne. 11 y eut aussi les monnaies des rois de Sidon, et si nous n'avons pu spécifier quels étaient les chefs d'armées qui avaient fait frapper les monnaies pseudo-athéniennes, du moins nous croyons être en mesure de conjecturer avec vraisemblance que les monnaies d'imitation sidonienne, frappées en l^]yy[)tc, l'ont été par l'eunuque Bagoas, de 346 à 343.

C/est ce que nous nous sommes efforcé de démontrer dans un autre travail*. Les doubles statères des rois de Sidon ont, au droit, la galère phénicienne, et au revers, le roi de Perse dans son char attelé de trois chevaux et suivi par le roi de Sidon, à pied, portant un sceptre. Ces grandes pièces, déjà fort répandues, surtout dans les armées navales, parce que le roi de

1. K. Babolon, Les monnaies el la chronologie des rois de Sidon, dans

Mclan^'cs nnmisma(i(/fieSf t. I, pp. 312 ù 315.

Sidon avait le commandement suprême de la flotte du grand Hoi, devinrent très populaires dans tout rOrient, lorsque le satrape Mazaios, place à la tête des armées perses, se mit à les imiter pendant une période d'au moins vingt et un ans, en substituant simplement son nom à celui du dynaste sidonien. Chargé, en 3^i(), par Artaxerxès III Ochus de faire la conquête de TÉgypte, Bagoas fit comme Mazaios : il copia les monnaies sidoniennes, en y plaçant la lettre 3 initiale de son nom. On trouvera, dans le travail précité, la description de ces monnaies qui forment une série complète : double statère, 28 gr. 40; demistatère ou sicle, Ggr. 30; obole, Ogr. 78. Nous n'insisterons que sur quelques points qui nous permettent d'attribuer, avec une entière certitude, ces monnaies à rÉgypte : c'est le satrape égyptien qui suit le char du grand Roi, en costume national, vêtu de la schenti et coiffé du skhent, et qui est tout à fait différent du personnage qui suit le char royal sur les pièces similaires de Mazaios ou des rois sidoniens. C'est aussi le style tout particulier de ces médailles : les ornements, la gravure du coin, les détails du char royal, la forme du flan, tout en un mot, au point de vue de la fabrique, trahit une origine autre que pour les pièces de Sidon et de Mazaios. Le poids enfin est égyptien, puisque les doubles statères pèsent 28 gr. 40, alors qu'à Sidon les monnaies royales, contemporaines d'Artaxerxès IH et de Darius III n'atteignent pas 26 grammes.

Ainsi donc, s'il n'est pas possible de contester l'origine égyptienne de ce groupe monétaire, au point de vue chronologique il ne saurait se placer à une

iuitre époque que pendant la période comprise entre :ri(>, date à laquelle Artaxerxès 111 Ochus entreprit do reconquérir rÉgyple sur Nectancbo II, et la fin de Tannée IVA'I. date de Farrivée d'Alexandre dans ce pays. Le satrape qui joua, dans la conquête de IKi^yple, le rôle décisif et eut le commandement des armées, fut Teunuque égyptien Bagoas. La présence de la lot Ire 2, initiale de son nom, sur toutes les nionnaios du groupe, donne à notre hypothèse le oaraoloro d'une (|uasi certitude scientifique. Ajoutons onlin que c*os pièces, de style égyptien, ne sauraient oouvonir à un autre satra])e de TEgypte. Ochus, une fois le pays reconquis et pacifié, en confia le gouvernoment au satrape Pherendatès; celui-ci eut pour successeur Sahacés, qui périt à Issus à la tête du (ontingont égyptien. A Sabacès succéda Mazacès cpii, au mois do décend)re 332, livra l'Egypte à Aloxaiulro, quand ce dernier, après la prise de Gaza, se présenta devant Péluse.

Im Phcnicir et la Stjric du nord.

En Phénicio et dans la Svrie du nord, c'est-à-dire dans rclW région qui formait hi plus grande partie (le la \''' satrapie, ont été frappées en grand nombre dos monnaies do dynasles tributaires du grand Roi. Los rois iXc Tvr, do Sidon, de Gebal, d'Aradus ont de longues suites monétaires. En quittant la côte et en nous dirigeant vers le coude de l'Euphrate, nous

trouvons aussi les monnaies dos prôlrcs-dynastes de llicrapolis (Bambyce); il faut mentionner enfin celles d'un dynaste du nom de Baana qui régnait dans quelque ville inconnue (peut-être Tripolis) où Ton employait Técriture phénicienne et non l'écriture araméenne ^ xMais ces monnaies de dvnastes hcrédi-

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taires ne rentrent point dans notre cadre. Les satrapes du roi de Perse, investis occasionnellement du commandement d'armées en campagne ont-ils monnayé à leur nom dans cette contrée?

Les contingents du roi de Perse avaient, sur la côte de Phénicie, deux points de concentration principaux : Tripolis dans le nord et Acé dans le sud. Acé était le quartier général des armées de terre et de mer qui, recrutées et organisées de toutes parts, à Cypre, en Pamphylie, en Cilicie, en Phénicie et en Syrie, se préparaient à marcher contre l'Kgypte. Cette ville eut, après Alexandre, un atelier monétaire dont nous connaissons les nombreux et remarquables produits ; aussi conçoit-on, à priori, que M. Six ait cherché à faire de ce centre militaire un atelier monétaire de l'empire achéménide. C'est sous son inspiration que, dans un livre tout récent, M. Walther Judeich a proposé de regarder certaines monnaies de l^harnabaze comme ayant été frappées à Acé, lorsque ce satrape, investi du commandement des troupes perses, en 31)7, se disposait à envahir l'Kgypte*. C'est là une conjecture que son auteur n'essaye même pas, d'ailleurs, d'étayer sur un semblant de preuve; nous aurons

I. M. Six rlasHc ù tort Ica monnaies de Bannu à Tur^c. Six, Le satrape yîazaiox, p. 50.

i. W. Judc'ii-b, Kieinasiatischc Stuilicn, p. 53, note 'i (Marburg*. in-8*, 1892).

plus loin Toccasion de démontrer que les monnaies en qucslion ont été frappées en Cilicie où s'est recrutée et organisée Tarmée de Pharnabaze avant de se concentrer à Acé .

Quant à Tripolis, c'était la cité fédérale où se réunissaient les délégués de toutes les villes phéniciennes ; elle était formée de trois quartiers distincts, entourés chacun d'un mur, et qui appartenaient respectivement aux Sidoniens, aux Tyriens et aux Aradicns^ Sur ces indices historiques on voulait, naguère encore, attribuer à cette ville les monnaies de Bagoas, celles des rois de Sidon et enfin celles que Mazaios fit frapper à l'imitation de ces dernières. Nous avons démontré que cette attribution était sans fondement, et qu'on ne peut môme pas laisser à Tripolis les pièces de Mazaios; elles ont une légende araméenne et non phénicienne, ce qui s'expliquerait difficilement à Tripolis; en second lieu, elles sont frappées pendant une période d'au moins vingt et un ans, et Mazaios n'a pas possédé Tripolis aussi longtemps*. Bref, il n'y a pas de monnaies satrapales dont on puisse fixer l'émission dans cette ville.

Dans le cours du iv° siècle, la Syrie du nord fut gouvernée par des personnages qui jouèrent un rôle prépondérant dans les affaires j^olitiques de TAsie antérieure. Ce sont : lîélésys I, signalé en 401, par Xénophon, comme satrape de Syrie et d'Assyrie*, et Bélésys II, que nous trouvons, en 351, satrape de

1. Scvlax, Peri/fL, lO'i ; Diod. Sit., XVI, 41; cf. Six, dans le yumism. cfironicle, n. s. l. XVII '1877}, pp. 178-179.

-. E. lîabclon, Mélani^cx numismatit/ues, t. I, pp. 310 & 312. Î5. XtMiopb., Anab. I, 4, 10; cf. Six, Le satrape Mazaiott p. 3.

Syrie et ollic de Mazaios contre les rois phéniciens révoltés*. Quelque important qu'ait été le rôle politique et militaire des deux Bélésys, ils ne paraissent pas, jusqu'ici du moins, avoir frappé monnaie.

Mais, vers 350, Mazaios,déjà satrape de Cilicie, succède à Bélésys II, ou plutôt il ajoute à son gouvernement de la Cilicie toute la Syrie du nord; à partir de ce moment, nous le voyons l'homme de confiance du grand Roi, recevant de lui, à maintes reprises, des sommes énormes puisées dans le trésor de Suse, et sans cesse occupé à lever et à rassembler des troupes qui, des ports de la Cilicie et de la Phénicie, vont guerroyer dans toutes les directions. Ce rôle militaire, dont il demeure chargé pendant trente ans, explique ses nombreuses émissions monétaires tant en Syrie qu'en Cilicie ; nous y reviendrons tout à l'heure.

La Cilicie,

La Cilicie eut des dynastes héréditaires chez lesquels le nom de Syennesis !t]tj£vv£Tt^' revient le plus fréquemment. Xous pouvons énumérer les suivants :

Svennesis I vers 590

Syennesis II vers 510

Syennesis III, fds d'Oromédon. . . en 480

Xénagoras en ^i79

Svennesis IV en 401

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