‹ Mélanges numismatiques (volume 2)Chapitre 167 sur 239 · Jinlcioh, op. cit., p. 13'i · texte numérisé non relu

Jinlcioh, op. cit., p. 13'i

quand, sur le continent, Sidon succomba et Tcnnès fut mis à mort. Je cite à présent textuellement un passage de Diodore (XVI, 46) : « Le roi de Salamine Pnytagoras (ou Protagoras) osa soutenir le siège. Evngoras réclamait la souveraineté de Salamine comme l'héritage de ses ancêtres, et il espérait qu'avec Tappui du roi des Perses il serait rétabli sur le trône. Mais, bientôt calomnié auprès dWrtaxerxès qui penchait déjà pour Pnytagoras, Evagoras renonça à Tespoir de recouvrer Salamine. Toutefois, après s'être justifié des accusations portées contre lui, il obtint du roi une souveraineté en Asie, plus considérable que celle qu'il avait perdue. Mais ayant mal conduit son gouvernement, il dut se réfugier de nouveau dans l'île de Cypre, où il fut arrêté et condamné au supplice. »

Nous avons établi ailleurs* que le royaume asiatique donnépar Artaxerxèsà Evagoras, en dédommagement de sa couronne perdue, était celui de Sidon, devenu alors vacant par le supplice de Tennès. Nous avons également démontré qu'Evagoras, intronisé à Sidon, frappa en cette qualité des monnaies sur lesquelles son nom est représenté par 0 0 O'IJ), les initiales de NTJ^I?, forme phénicienne probable du mot Evagoras.

Or, les statcres que nous avons décrits plus haut portent les deux aïns, 00, tout comme les monnaies qu'Evagoras II fit frappera Sidon. H serait donc difficile d'en contester l'attribution à ce prince. Sur les monnaies à légendes grecques qu'Evagoras fit frap-

1. E. Babelon, Mélanges numismatijues, !'• série, pp. 30'i à 307.

per à Salainiiie avant d'être dépouillé de son Irone cvj)ri<jtc par l^nylagoras, son nom est abrégé par les initiales EVA ; on voit par là cpie les monnaies à la légende 0 0 ne font que trans{)orter en pliénieien les deux premières syllabes du mot grec.

11 nous est iaeile à présent de déterminer la plaee chronologique du grou|)e monétaire dont nous venons d(* fixer 1 attribution ; il prend plaee entre les monjiaies à légend(*s grecques (pfEvagoras fit frapper comme* roi de Salamine, et les monnaies à légende phénici(Min(* (|u'il émit pendant les trois années qu'il occupa le Irone de Sidon. (IVst le numéraire du roi détrôné, devenu simple satrape du monarque achéménide, (M cliaigé, à la tète de l'ai niée organisée par Idrianis, de faire rentrer sous le joug perse Cyi>re rév(jltée.

Mais ces |)ièces satrapal(\s d'Evagoras ont-elles été frappées à (lypre même? Certains indices pourraient faire croire* (pie leur atelier d'émission était en Carie, patrie tlIdriaMis Klies sont de poids rhodien, système cpii fut en usage au iv** siècle jusqu'à l'arrivée d AlcxaiidiH*. surtout dans les contrées de l'ouest et du sud-ouest de* TAsie Mineure. On a fait, en

l(S'23, une inqxjrlante trouvaille de statères d'Evagoras à Calvmna, daïïs l'île de Hhodes même', et M. Six. dans Tctudc (ju'il leur a consacrée, fait rcmar- (jncr (pi à CCS piiM-cs se trouvaient mêlées des monnai(*s de Mausole, d'Iclriauis et de Pixodare. Ainsi, le poids rliodicn, \c lieu de la trouvaille, la présence (les moiiMai(»s caricnnes, pourraient être des argu-

1. lîorrrll. <1;mi- \v .\uf//rsni . rhionitlc, 18'i", l. IX, p. 1C5 ; Six, dnn» le

!sunils'tl . c'il n-iicic , 1^77, |)p. ^1 et MIIV.

mcnts en faveur de rattribution des statèrcs d'Evagoras à la Carie, comme lieu d'émission. Mais il importe d'observer que le principal argument de M. Six pour soutenir cette thèse se trouve détruit : c'est la lecture erronée du nom d'Othontopatès sur Tune des pièces. En second lieu, le poids rhodien a été usité à Cypre aussi bien que dans les villes de la côte d'Asie Mineure, et peut-être son introduction à Cypre fut-elle provoquée par cette circonstance que l'armée d'Evagoras s'est recrutée en Asie Mineure, et avait pour chef suprême un dynaste carien. Enfin, la présence d'un groupe de statères d'Evagoras à Calymna peut s'expliquer autrement que par l'émission de ces monnaies en Carie, et je n'insisterai pas autrement sur ce point.

Il y a, en revanche, des arguments sérieux pour admettre que les monnaies satrapales d'Evagoras sont d'origine cypriote. Aucun historien ne nous dit que ce prince soit venu en Carie pour y organiser Tarmée grecque que lui amena Phocion. La forme des lettres 0 0 (^}7) et ^ p) est phénicienne, comme sur toutes les monnaies cy[)riotes à légende sémitique ; au contraire, en Asie mineure, les monnaies sémitiques ont des légendes en écriture araméenne. Le dauphin qu'on voit en symbole sur quelques-uns de nos statères est le tvpe de monnaies de Nicoclès, le prédécesseur et le père d'Evagoras*. L'étoile, hi tête de lion, la colombe, l'aigle, autres symboles qui figurent sur les statères ([ue nous étudions, sont des types essentiels de la numismatique cypriote. 11 en

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