‹ Mélanges numismatiques (volume 2)Chapitre 199 sur 239 · Abgar XI, Phrahate, fils de · texte numérisé non relu

Abgar XI, Phrahate, fils de

Manou 2 ans 242-244 n

Les monnaies d'Edesse sont loin de remonter jusqu'à l'origine de cette dynastie. Les premières ne sont pas antérieures à l'arrivée des Romains en Mésopotamie et à leurs luttes contre les Parthes dans cette contrée (i). Les rois parthes, au moins

(1) La monnaie attribuée par le P. Sibilian à Oisamos, père d'Abgar (Numism. Zeitschri/t, de Vienne, t. H, p. 241 ; Dkoysbn, Hist.de l'hellénisme, t. II, p. 81, note), porte, en réalité, BAXUSÛZ APZAMOr, et non DA£IAEI12 ûlvAMOT. Cette pièce appartient à Arsamèt, roi

à Torigine, n'octroyèrent pas à leurs clients de rOsrhoène les droits monétaires. Ceux-ci n'avaient qu'une autorité assez restreinte dans leur propre pays, obligés qu'ils étaient de payer l'impôt, et d'amener leur contingent de troupes à leur suzerain, à toute réquisition. Aussi, c'est à peine si les historiens romains honorent ces princes du titre royal ; ils les appellent dédaigneusement ^ufêta-r^t, (foxdfxot, TùTiu^xot (i). L'arrivée des Romains seule leur donna un peu plus d'autorité et d'indépendance ; les deux partis rivaux les ménagèrent, se disputant leur clientèle , cherchant à les gagner à leur cause par des concessions, des bons offices, des privilèges. C'est ainsi que, tour à tour, au gré de leurs avantages immédiats, les rois de l'Osrhoène se constituèrent, en Mésopotamie, les sentinelles avancées des Parthes contre les Romains, ou des Romains contre les Parthes.

On sait que ce fut seulement sous le règne de Trajan que les Romains réussirent à venger leurs sanglantes défaites de Carrhes et de Sinnaca. Trajan partit pour l'Orient au mois d'octobre de l'an ii3 (2). Le toparque d'Édesse, raconte Dion

d'Arménie. Vqye^ E. Babelon, Les rois de Syrie, et Arménie et de Commagène, Introd. p. cxciii.

ixitJXf î^t >'•«* ta X*/"* «^tSv fv'Xatt l)tO/jiétÇcinou. SuiDAS, V® ^u>«^)k.

Avyoïpei Jv T/$ Jv «.{ àfv(u y/ii^ctç 'EJitvm TCKXfi'/my «Jtcu ykfi tcvç xorc* Î4vcç /3flr»r>ùç r^vtxauta txiXeuv. ProCOP., Bell, Persic.y II, 12.

(2) C. DE LA Bebgr, Essai sur le règne de Trajan, p. i58.

Cassius (i), — c'était alors Abgar VII, fils d'Izate, — voyant que toute TAnnénie était tombée au pouvoir des Romains, s'empressa, tout tremblant, d'aller à la rencontre de l'Empereur et de lui ofErir sa soumission : Trajan fit son entrée à Ëdesse en Tan ii5 (2). Mais à peine l'Empereur s'était-il éloigné, que la haute Mésopotamie , l'Arménie et rOsrhoène se révoltèrent, et Trajan dut envoyer Lusius Quiétus pour pacifier le pays; Quiétus emporta d'assaut Édesse qu'il livra aux flammes. Les monnaies de coin romain consacrent les rapides succès de Trajan par leurs légendes qui portent, par exemple : ARMENIA ET MESO- POT AMI A IN POTESTATEM F.R, REDAC- TAË (3). Mais en dehors des monnaies de la colonie de Ninive que Trajan fonda sur l'emplacement de l'antique capitale du royaume d'Assyrie, il n'existe pas de monnaies firappées par Trajan sur le théâtre de ses exploits. On croyait, naguère encore, que les grands bronzes, à légendes grecques, qui portent, au droit, le buste de Trajan, et, au revers, l'inscription nAP0IA, avec le type de la Parthie assise, en pleurs, au pied d'un trophée, avaient été frappés en Mésopotamie, peut-être à Édesse: il est aujourd'hui démontré que ces grandes pièces ont été

(1) D. Cass., LXXVIII, 18 et suiv. Cf. C. de la Bbkgk, op. cit,

(2) Cf. R. DuvAL, loc. cit.

(3) H. CoiiEN, Monnaies frappées sous l'empire romain, t. II, p. 21 ,

n»' 39 (2« édit., 1882).

émises en Crète, au moment du retour de Trajan (I).

Bayer a voulu jadis attribuer au roi d'Édesse, contemporain deTrajan, une monnaie de bronze qui porte, au droit, un buste royal barbu, coiffé de la tiare, et, au revers, une Tyché assise avec la date FKY (428 de l'ère desSéleucides) (2).Maison ne lit sur cette pièce aucun nom royal ; il s'agit en réalité d'une monnaie arsacide dont le type se retrouve sous un grand nombre de règnes, et dont l'attribution aujourd'hui ne souffre aucun doute. L'année 423 des Séleucides (112 de J.-C.) permet de donner la pièce de Bayer à Arsace XXVII Vologèse II (3).

Après la chute d'Abgar VI, une sorte d'anarchie paraît avoir favorisé les projets des Parthes, qui placèrent sur le trône d'Édesse des princes de leur race ; la tranquillité ne fut rétablie qu'avec l'avènement de Manou VII, fils d'Izate, l'ami des Romains. Hadrien prit à tâche de s'attacher par des moyens pacifiques les populations de la Mésopotamie et de l'Arménie : toparchas et reges ad amicitiam invitavit, dit Spartien , qui ajoute plus loin : a Mesopotamiis non exegit tributum quod Trajanus

(1) J. SvoRONOs, Numismatique de la Crète ancienne, p. 345, n** 70, et pi. XXXIV, fig. 9.

(2) Bayer, Hist. Osrhoen., p. 148.

(3) V. J. LiNDSAY, A view 0/ the history and coinagcofthe Parthians, pi. IX, n^^'yS et 79; Prokesch-Ostbn, Les monnaies des rois Parthes, pi. VI, n« 5i ; Percy Gardner, The Parthians coinage, p. 5i .

itnposuit (i). Ma nou Vil se montra toujours Tallié

fidèle de TEmpereur.

D'anciens auteurs ont attribué au roi d'Édesse, contemporain d'Hadrien, des monnaies où l'on prétendait lire son nom ainsi que celui de l'Empereur. Mais cette attribution ne résiste pas à un examen attentif. En effet, nous ferons remarquer, en premier lieu, que sur ces pièces on a lu ABFA- POC, tandis que le contemporain d'Hadrien s'appelle Mannus. D'autre part, le nom même de l'Empereur est fautif; Bayer décrit aussi l'une de de ces pièces :

... aPIANOC KAICAP. Buste d'Hadrien, à droite. Rev. ABFA.... Buste d'Abgar, coi£fé de la tiare, à droite ; devant le visage, une étoile (a).

De l'existence de cette monnaie, Bayer conclut que le roi Ma nou, contemporain d'Hadrien, portait comme titre honorifique et générique le nom d'Abgar. Mais cette interprétation n'est guère du goût du docte Eckhel (3). Mionnet, enfin, est allé trop loin dans la voie du scepticisme en regardant la pièce comme c refaite par un ouvrier médiocre qui n'a pas même su se rapprocher de la tête d'Hadrien (4). >

La médaille n'est point refaite ; ce n'est pas son authenticité qu'il faut mettre en doute, mais la

(1) Spart., Adrian., XIII, 17, 21.

(2) Bayer, Hist, Osrhoénœ, p. i53, pi. IV, 2.

(3) EcKHKL, Doctr, num. v^f., t. V, p. 5i2.

(4) MiONNBT, t. V, p. 612, d9 107.

lecture de Bayer. Au lieu de •.. APIANOC • KAI- CAP, il faut lire ... PAIANOC • KAICAP pour rOPAlANOC KAICAP. Il s'agit de Gordien le Pieux, qui a, comme nous le verrons, de nombreuses monnaies semblables à celle-ci.

Visconti (i) a également attribué à Hadrien et à Ma' nou, son contemporain, une pièce du Cabinet de France, sur laquelle il lit les lettres APOY- MAgA qu41 interprète :

f A^y-] APOY MA-M BA- [o'iU«r],et du côté de la tête de l'Empereur, il voit : KAI • AAP AN -, c'està-dire, selon lui, KAI- [^-^ ] AAP [-U] AN [02]

Mionnet a déjà rectifié cette attribution en reconnaissant dans la tête impériale non pas le portrait d'Hadrien, mais celui deCaracalla(2). Les auteurs du Trésor de numismatique (3) ont décrit cette pièce ainsi : KAI (r-^) C (i/3-(rr.f) ANTÛNINZC. Rev. — AYMaA ••• (sic).

Mais la véritable lecture est la suivante : KAIC •

ANTii . CGB ' @Y (JLmTMf AfT(ofUff Zi^M^-rof Euafitiç.

Rev. ABFAPOC (&mrtxtvç) en légende rétrograde. La monnaie est sûrement de Caracalla, et nous en reparlerons plus loin (4).

Ainsi, quoiqu'on en ait dit, il n'y a pas de monnaie d'Édesse avec le nom et l'effigie d'Hadrien,

Cet empereur mourut le 10 juillet de l'an i38.

(1) Visconti, Iconogr. grecque, t, III, pp. 34-35, pi. XLVIII, n<» i3.

(2) Mionnet, t. V, p. 622, n» 154.

(3) Très, denum. Rois grecs, p. i32, n® 3.

(4) Cestia pièce qui est reproduite sur notre planche III, figure lo.

C'est vers la même époque, c'eat-à-dire exactement en l'an i39, que son fidèle allié Ma*nou VII bar Izate mourut également et fut remplacé sur le trône de TOsrhoène par son fils Ma'nou VIII bar Ma nou ; ce dernier demeura, comme son père, Tami des Romains, et son règne ne fut pas troublé pendant les vingt-quatre premières années, c'està-dire au moins pendant toute la durée du règne contemporain d' Antonin le Pieux. Mais la mort de cet empereur paraît avoir été le signal de grands désordres en Mésopotamie et particulièrement à Edesse. C'est à la faveur de ces bouleversements que furent frappées les premières monnaies royales de rOsrhoène.

WÂÊL, FILS DE SAHROU

(i63 à i65 après J.-C.)

Vers Tan 162, le roi des Parthes Vologèse III (Arsace XXVIII) réussit à déposséder les Romains de la Mésopotamie et de l'Arménie. Il chassa de son trône le roi arménien Sohaemos, le protégé des légions, qui s'en vint à Rome demander des secours ; il culbuta en même temps le roi d'Édesse, Ma nou VIII, fils de Ma nou, qui, suivant le récit de Denys de Tellmahrê, se réfugia aussi chez les Romains.

Vologèse plaça sur le trône de TOsrhoène un prince du nom de Wâël, fils de Sahrou, qui s'em-

pressa de battre monnaie à son nom et à son effigie. Ce sont vraisemblablement les premières monnaies d'Edesse : elles ont, en raison des circonstances de leur émission, un caractère insurrectionnel vis-à-vis des Romains; elles témoignent aussi avec éclat de la suzeraineté des Parthes sur rOsrhoène, car quelques-unes portent, en même temps que l'effigie du roi Wâël, celle de Vologèse III. En voici la description :

1. Buste de Vologèse III, barbu et coiffé de la tiare, à gauche; derrière, la lettre B.

Rev. K^JTi JFCO {H:ht2b^\WâëlMalika, Wâël, roi). Buste du roi Wâël, à gauche, barbu et la tête nue. Couronne de laurier au pourtour.

JE. 20 mill. Coll. de Luynes, au Cabinet de France.

PI. m, fig. 1.

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