‹ Mélanges numismatiques (volume 2)Chapitre 200 sur 239 · Autre exemplaire. Variété de coin · texte numérisé non relu

Autre exemplaire. Variété de coin

Musée britannique. PI. III, fig. 2.

3. K^jy^ J/^T (N3^D ^K1, Wâël Malika, Wâël roi). Buste du roi Wâël, à gauche, barbu et la tête nue. Couronne de laurier au pourtour.

Rev. J ^ J ^ rr> j fÇ (^f>ii nhHjledieu Elout). Temple du dieu Eloul (?), vu de trois quarts, avec un fronton triangulaire orné d'une étoile; sous le portique, un bétyle de forme rectangulaire posé sur un piédestal.

M 20 mill. Coll. de Luynes, au Cabinet de France

4* Deux autres exemplaires variés, au Musée

britannique.

PI. m, 6g. 3 et 4.

C'est W. H. Scott qui, le premier, a fait connaître ces curieuses monnaies et déchiffré le nom de Wâël (i) ; elles ont, depuis lors, fait l'objet de diverses remarques de la part de Land (2), Fr. Lenormant (3), A. von Gutschmid (4), et d'autres encore : tous ces efforts réunis ont abouti à une lecture des légendes, qui semble définitive, sauf pour un mot. Au revers des pièces décrites sous les n°' 3 et 4, on lit bien nbHf Dieu^ mais l'autre mot est d'un déchiffrement très délicat ; il n'est visible, d'ailleurs, que sur un des exemplaires du Musée britannique (notre n** 3). Fr. Lenormant a proposé de lire ^n^a, maison^ et il traduit la légende complète maison du dieu, allusion au temple qui forme le type de la médaille (5). Mais Texamen attentif des lettres permet d'afBrmer que Lenormant s'est trompé; on ne peut retrouver aucun des éléments du mot wn^a. La lecture que

(i) Dans le Nurtùsmatic Chronicle, t. XVIll, (i855), pp. 6 etsuiv.

(2) Land, Anecdotasyriaca, 1. 1, p. 64, pi. B.

{3) Fr. Lenormant, De la propagation de r alphabet phénicien dans l'ancien monde, t. II, pp. 6 et suiv.

(4) A. VON Gutschmid, Untersuchungen ùber die Geschichie des Konigreichs Osroêne, pp. 29-30.

(5; Fr. Lenormant, De la propagation de P alphabet phénicien, t. U, p. 6; Lettres assyriologiques, i" série, t. 11(1872), p. 118, L'église des chrétiens à Édesse était désignée sous le nom de KO^P H^S» domus œterna. Cf. Corp, inscr, semit,, 1. 1, p. 157.

j'ai donnée *?1*7K, Eloul, me paraît justifiée matériellement ; on distingue bien toutes les lettres de ce mot. Malheureusement, je ne crois pas qu'il existe dans le panthéon sémitique un dieu Eloul. A la vérité, ce nom était donné au sixième mois de Tannée, dans tous les calendriers orientaux (i), mais cette constatation ne saurait suffire à justifier l'existence du dieu Eloul, de sorte que mon interprétation conserve un certain caractère hypothétique. On s'attendrait plutôt à trouver ici le nom du dieu Samas, le Soleil, qui avait un temple fameux à Edesse (2).

Malgré l'absence de légende autour de la tête du roi parthe, sur les pièces i et 2, on ne saurait hésiter à y reconnaître Vologèse III, car elle est identique au portrait qui figure sur les pièces parthes au nom de ce prince. Il est intéressant de remarquer aussi que la tête du suzerain parthe figure pareillement au revers des monnaies frappées par d'autres vassaux du grand Roi, par exemple sur les bronzes à légendes sémitiques des rois de la Characène (3).

Les caractères estranghelos des légendes monétaires sont identiques à ceux des inscriptions syriaques des premiers siècles de notre ère (4).

(1) Fr. Lenormant, Les origines de l'histoire, t. I, pp. 598 et suiv. (3) R. DuvAL, lac. cit., p. 228.

(3) E. Drouin, dans la Revue numismatique, 188g, pi. V et VI.

(4) Voyez notamment celles qui sont publiées dans la Zeitschri/t der deutsch. Morgenlànd Gesellschaft, 1878, p. 199; 1882, pp. 142

Enfin, la lettre B, gravée derrière la tête de Vologèse, paraît sur de nombreuses monnaies parthes contemporaines : c'est sans doute une marque de valeur, car, sur les pièces de plus petit module, elle est remplacée par la lettre A.

Les Romains a Édesse. — Interrègne. — Restauration DE Ma nou VIII

Les événements que nous avons résumés tout à rheure, à savoir : l'invasion de Vologèse III, l'expulsion de Ma nou VIII et Tusurpation de Wâël, motivèrent l'expédition de Lucius Verus en Orient, en l'an 162 de notre ère. On sait que la guerre de Lucius Verus contre les Parthes, de i63 à 166, se divise en trois campagnes : beUum Armeniacum en i63; bellum Parthicum en 164 et i65; enfin, bellum Medicum en 166 (i). Tandis que Verus se livrait, à Antioche, à ses goûts pour les plaisirs, ses lieutenants remportaient pour lui des victoires. Statius Priscus s'empara de TArménie, et cette conquête est consacrée par les médailles romaines qui donnent à Lucius Verus les surnoms à' Arniefiiactis . L'Empereur remit sur son trône le roi Sohaemos, et l'on frappa, à Rome,

et 343. Comparez aussi Tinscription du tombeau de la reine Çadda. au Musée du Louvre. A. de LoMCPiaiBR, Musée Napoléon III, pi. XXXI; Pli. Bergbr, Histoire de V écriture dans lantiquitép p. 980. (1) WILLMAN3, Exempt inscr. latin,, t. I,p. 184.

à cette occasion, des médailles où Ton voit Lucius Verus posant la couronne sur la tête du roi d'Arménie; la légende est : REX ARMENIIS DATVS IMP-II-TR-P-IIII-COS-II (i).

En même temps que Priscus s'emparait de l'Arménie, un autre lieutenant de Verus, Avidius Cassius envahissait la Mésopotamie, et ses succès rapides forcèrent Vologèse à demander la paix : il l'obtint au prix de la Mésopotamie et de TAdiabène qui passèrent de nouveau au pouvoir des Romains. L'année suivante Verus revint à Rome où il triompha des Parthes avec Marc-Aurêle. Ce triomphe est représenté sur des médailles où Marc-Aurèle prend le nom d'ArmeniacuSj et de Parthicus Maximtis; sa xx® et sa xxi® puissance tribunitienne marquées sur ces monnaies correspondent à l'an i66 et 167 de J.-C. (2).

C'est à la suite de la campagne d'Avidius Cassius que Ma nou VIII fut rétabli sur son trône par les légions, et Vologèse III fut obligé de le reconnaître comme roi d'Edesse dans le traité conclu en 166 ou 167 de notre ère. D'autre part, nous avons vu que, d'après Denys de Tellmahrê, le roi Wâël ne régna que deux ans, de i63 à i65. Il est d'ailleurs conforme à la logique des choses que les Romains aient expulsé l'usurpateur, vassal dévoué de Vologèse, dès leur arrivée en Mésopo-

(1) H. Cohen, t. III, pp. i85 et 186.

(2) Ibid., t. III, pp. 79 et suiv.

tamie en i65. Par conséquent, entre la chute de Wâël et le rétablissement officiel de Ma nou VIII, il y a un intervalle d'environ dix-huit mois, pendant lequel Édesse fut aux mains des Romains. C'est dans cet espace de temps (165-167) que MM. A. von Gutschmid et R, Duval voudraient placer un certain roi Abgar VIII dont je me propose de contester l'existence (i).

Le règne de ce prétendu Abgar VIII n'est fondé que sur les légendes de monnaies de bronze qui porteraient, d'un côté, la tête de Marc-Aurèle ou celle de Lucius Verus, et, de l'autre, la tête du roi d'Ëdesse entourée de l'inscription ABTAPOC BâCIAGVC. Examinons donc ces monnaies.

Patin, le premier (2), et, à sa suite, Visconti (3) ont décrit la pièce suivante :

Tête laurée de Marc-Aurèle, à droite.

Kev. ABrAPOC BACIASYC, Tête d' Abgar, coiffée de la tiare à droite.

Remarquez qu'on ne lit point la légende du droit. C'est seulement d'après les traits du visage que Ton a cru pouvoir donner cette pièce à Marc- Aurèle. Or, on sait que le profil de Marc-Aurèle et celui de Septime Sévère ont souvent, sur les monnaies asiatiques, la plus grande ressemblance. La pièce en question est incontestablement à l'effigie de Septime Sévère, qui, ainsi que nous le consta-

(1) R. Duval, d&ns le Journal asiatique, 7* série, t. XVni, p. 312.

(2) Patin, Num. imperat, p. 193

(3) V18CONT1, Iconogr. grecque, t. III, p. 36,etpLXLVIII, o^ 14M i3.

terons plus loin, avait un Abgar pour contemporain. Mionnet la tenait déjà, d'ailleurs, pour fort suspecte, et traitait de méprise, l'attribution de Visconti (i).

Visconti a encore attribué à Marc-Aurèle une autre pièce sur laquelle il lit :

KAICAP AVPH Tête laurée de Marc-Aurèle

à droite.

Rev. ABIAPOC BA2IASVC. Tête d'Abgar avec la tiare à droite (2).

Mais on peut constater que dans cette description, pas plus que dans la précédente, on ne lit le nom de Marc-Aurèle ; Mionnet n'enregistre que sous réserve, cette pièce qu'il faut évidemment aussi reporter au règne de Septime Sévère (3).

Les monnaies sur lesquelles on a cru lire le nom de Lucius Verus ne méritent pas plus de crédit, comme on va le constater. Patin en a publié une avec une légende entièrement fruste au droit, qu'il a ainsi décrite :

Tête de Lucius Verus, à droite.

Rev. ABrAPOC BACIASVC. Tête d' Abgar avec la tiare, à droite.

Bayer (4) a admis l'attribution de cette pièce Mionnet la classe à Commode (5) : elle est identi-

(1) MioNNBT, Z)e5cr., t. V, pp. 6i3 et 614, note; Suppl ,t.VIII,p.409.

(2) Visconti, /co;i. grecque, t. III, p. 35.

(3) Mionnet, t. V, p. 61 3, et Suppl., t. VIII, p. 409.

(4) Bayer, Hist. Osrhœnœ, p. i58.

(5) Mionnet, t. V, p. 616.

que aux monnaies de Septime Sévère et c'est à ce règne qu'on doit la reporter.

Visconti (i) a publié une autre monnaie sur laquelle il déchiflFre, au droit :.... POC, et il prend ces trois lettres pour la fin du nom de OYHPOC. Mais on conçoit la fragilité d'une pareille conjecture, car ces lettres peuvent aussi bien être la syllabe finale de CGOYHPOC. Quant à la légende du revers, Visconti l'interprète comme il suit : [AB] TAPOC [0] OY [HPOC].

Il suppose alors que cet Abgar aurait pris le prénom de Verus en l'honneur de l'Empereur. Mais sans parler de l'article O, qui serait tout à fait étrange, on n'a pas de peine à s'apercevoir qu'il s'agit d'une simple altération du mot BACI AGVC.

On a encore classé à Lucius Verus d'autres pièces en bronze sur lesquelles on a cru lire OYHPOC, mais, ici encore, ma conviction est que ce mot n'est que la dernière partie de CSOYHPOC. Il existe l'une de ces monnaies au Cabinet de France, et M. A. von Gutschmid, qui l'a publiée en dernier lieu (2), m'a fait, il y a quelques années, l'honneur de me consulter à son sujet. C'est la pièce qui figure sur notre planche IV, n** 8.

Je n'avais, à cette époque, aucune raison de douter de la lecture OYHPOC etM. von Gutschmid me fait trop d'honneur en s'appuyant, pour justifier

1) Visconti. Icon. grecque, t. III, p. 36. (2) A. VON Gutschmid, op. cit.^ p. 33.

cette lecture incomplète, sur mon autorité. Les deux empreintes que j'ai envoyées à ce savant n'ont pu que contribuera Tenfoncer dans Terreur, caria médaille étant en partie fruste, on ne déchiffre bien que... YHPOC, ce qui est la fin de OYHPOC aussi bien que de CSOYHPOC et l'effigie impériale paraît, de prime abord, mieux convenir à Lucius Verus qu'à Septime Sévère.

Mais un examen plus attentif et raisonné me force à abandonner cette attribution que j'ai ainsi, autrefois, contribué à accréditer. Comme nous le constaterons plus loin, les monnaies de Septime Sévère et d'Abgar sont particulièrement barbares; les lettres des légendes sont souvent retournées et bouleversées de la plus singulière façon; les traits iconiques de l'Empereur, enfin, sont altérés et font parfois songer à Marc-Aurèle, à Lucius Verus, à Commode, à Caracalla, aussi bien qu'à Septime Sévère lui-même. Cette étrange barbarie dans la frappe de ces espèces jointe à la mauvaise conservation de la plupart des exemplaires : telles sont les deux causes qui ont contribué à égarer les savants dans la question délicate que nous traitons ici.

Au surplus, l'existence de l'Abgar VIII créé par MM. von Gutschmid et R. Duval, serait en contradiction tormelle avec les données les plus rigoureuses de l'histoire. C'est Ma'nou VIII qui, nous l'avons vu, se réfugie chez les Romains; c'est lui que les légions rétablissent en i66. Comment

admettre que les Romains lui eussent préféré, pendant les deux années que dura la guerre, un prince du nom d'Abgar? Enfin, Denys de Tellmahrê est formel en ce qui concerne le rétablissement de Ma nou VIII. Il s'exprime ainsi :

Et après lui (Wâël), régna Ma nou bar Izate (faute évidente pour Ma' nou bar Ma'nou), après qu'il fut revenu du pays des Rmnahis, douze ans. Le total de tout le temps de son règne est donc de trente-six ans, satis compter le temps qu'il passa chez les Romains (i). On voit combien Denys est précis; il n'intercale aucun règne entre la chute de Wâël et le rétablissement de Ma nou VIII, et l'on s'est trop hâté d'affirmer que la numismatique était en contradiction avec le témoignage du patriarche jacobite qu'elle confirme, au contraire, avec une rigoureuse précision.

Pendant toute la durée de leur campagne contre Vologèse III, les Romains frappèrent en Mésopotamie, très vraisemblablement à Carrhes, des deniers d'argent, à légendes grecques, à l'effigie de Marc-Aurèle, de Faustine jeune, de Lucius Verus et de Lucille. Ces pièces, assez semblables, pour l'aspect, à celles que frappait, vers le même temps, l'atelier de Césarée de Cappadoce, portent au revers des types empruntés aux monnaies de coin romain, la Fortune, la Victoire, Junon, Pallas, l'Arménie en pleurs, avec l'une des légen-

(i) DioNYS. Telmah., édit. Tutlberg, p. i56.

des : H NEIKH PÛMAIÛN (au Musée britannique), YneP NIKHC TÛN KYPIÛN C6B (^ro.,), ou VnSP NIKHC PÛMAIÛN (i). Ces deniers célèbrent ainsi le triomphe des armes romaines dans le lieu même où Crassus avait jadis subi un échec si cruel et si retentissant. Carrhes est, en effet,ratelier probable de ce curieux monnayage qu'on ne saurait classer à Édesse, bien que le roi Ma nou VIII rétabli ait frappé à son nom, comme nous Talions voir, des deniers analogues. Ce qui prouve l'attribution à Carrhes que nous proposons pour ces deniers romains, c'est que la légende YneP NI KHC PÛM AliîN se prolonge dans le monnayage de cette ville, sur des bronzes à l'effigie de Commode, qui ont au revers, une tête de Tyché (2), type républicain qui ne saurait convenir à Édesse au temps de Commode, puisqu'en ce temps-là, cette ville avait un dynaste frappant monnaie à son nom et à son effigie.

Les deniers royaux d'Édesse pareils, pour le poids et la fabrique, aux deniers romains de Carrhes, portent le nom de Ma nou, qualifié ami des Romains, et ils ont, au droit, l'effigie de Marc- Aurèle, de Faustine, de Lucius Verus et de Lucille. En voici l'énumération :

(i) V. Lasglois, Numismatique des Arabes avant l'Islamisme, pp. i33 et suiv (2) EcKHEL, Doctr. num. vet., t. IV, p. 5o8 et t. VII, p. i33.

non plus que Mannus, chef de P Arabie limitrophe et Spo races chef de l'Anthémosie (i). > Un peu plos loin. Dion ajoute que ce Ma'noa fît des ouvertures à Trajaa : < Quant à Mannus, dît-il, Trajan se défiait de lui, entre autres raisons parce qu'après avoir envoyé des troupes au secours de Mébarsapès roi de TAdiabène, il les avait toutes perdues sous les coups des Romains; c'est pourquoi il (Trajan; n'attendit pas leur arrivée (de Ma'nou et de Manisaros\ et il s'avança contre eux en Adiabène. > Plus loin encore, le même auteur, après

avoir raconté la révolte d'Edesse veis la fin da règne de Trajan et la ruine de cette ville par Lusius, ajoute . < Trajan partit ensuite pour V Arabie et attaqua les Hatréniens qui, eux aussi, avaient fait détection... Par suite des obstacles naturels, ni Trajan alors, ni Sévère^ dans la suite, ne purent prendre la ville, bien qu'ils aient démoli des portions de ses murailles (2). >

Du rapprochement de ces divers passages, il résulte que, selon Dion Cassius, un chef du nom de Ma' nou était, à l'époque de Trajan, toparque d'une contrée voisine de l'Osiboène, appelée vaguement l'Arabie (3) ; Dion semble ajouter que

(1) Dion Ca8S., LXVIII, 3i.

[2) Ibid.. LXVIII, 3i, éd. Gros, t. IX, p. 4S3. Cf. R. Dutal, /oc.

cit., p. f>^.

G, Cette qualification de dynaste des Arabes, donnée par Dkm Cassius à ce Ma* nou, ne doit pas surprendre, car les écrivains romains désignaient souvent sous le nom vague d*AraHe toutes les contrées

Hatra était la capitale de ce pays, ou du moins en était une des principales places fortes.

Il n'a pas fallu plus d'indices pour que Ton n'hésitât pas à attribuer à un roi Mannus, qu'on suppose le fils ou le petit-fils du contemporain de Trajan, les monnaies du MANNOC <I>IAOPÛMAIOC, allié de Marc-Aurèle.

Cette opinion fut d'abord émise par Seguin et par Spanheim (i). Eckhel l'accepta avec hésitation : € Ces pièces, dit-il, ne sont pas d'Edesse, mais d'un pays tout voisin, car cette région est la seule qui fournisse le nom de Mannus (2). » Eckhel ne prononce pas, comme on le voit, le nom d'Hatra. Visconti (3) a admis un dynaste des Atréniens auquel il donne ces monnaies; les auteurs du Trésor de numismatique (4) et Victor Langlois ont adopté, mais avec quelque réserve, l'opinion de Visconti qui a été, d'ailleurs, généralement suivie.

On peut déjà objecter contre cette attribution qu'il est bien téméraire de s'appuyer sur l'autorité

asiatiques qui étaient en dehors des provinces romaines, et qu^^ d'autre part, ne faisaient pas partie de l'empire des Parthes. Édesse, d'après eux, faisait partie de l'Arabie .- Tacite dit en parlant d'Abgar V, contemporain de Claude : Postquam illustres Part hi^ rexque Arabum Abbarus advenerat (i4ww., lib. XII) ; un peu plus loin, il ditqu'Édesse était la principale ville de ces Arabes. Pline (liv. V, ch. 24) dit aussi : Arabia supradicta habet oppida, Edessam, etc. ; Appien {in Parthicis) parle de u Acbaros, phylarque des Arabes. »

(1) Spanheim, De prœstantia et usu numism. antiq., t. II, p. 578.

(2) Eckhel, D, N. V., t. III, p. 5i3.

(3) Visconti, Iconogr. grecque, t. III, p. 35, note 2.

(4) Rois grecs, pp. i3o-i3i.

de Dion Cassius pour admettre l'existence d'un phylarque Ma nou petit-fils de celui dont parle cet auteur. Sans compter que ce descendant n'est mentionné dans aucun texte, le Ma* nou des monnaies est ami des Romains, ^ix«fmfuuêh\ or, Dion dit formellement que Trajan échoua sous les murs d'Hatra et que cette ville résista victorieusement aux successeurs de Trajan, même à Septime Sévère ; grâce à sa position naturellement forte, au désert qui l'entoure et au courage de ses habitants, elle sut se maintenir indépendante sous tous les empereurs qui prirent le nom de Parthicus (i). Tout en invoquant l'autorité de Dion Cassius, on se met en contradiction avec le texte de cet auteur, car comment admettre que le d3maste d'Hatra,ennemi acharné et victorieux des Romains, ait frappé des monnaies avec le nom et l'effigie de l'Empereur et sur lesquelles il s'institule ^iXêp^fêtuêt ? Au surplus, ce qui empêchait d'attribuer ces pièces à un roi d'Edesse, c'est que, par suite de faux calculs de chronologie, on croyait que le roi de rOsrhoène contemporain de Marc-Aurêle s'appelait Abgar et non Mannus : aujourd'hui, cette objection, la seule qui eût mérité d'être prise en considération, n'a plus de fondement.

En frappant ces drachmes d'argent, à l'imitation

(i) C. DE LA Berge, Essai sur le règne de Trajan, p. 1S7. U reste encore des ruines assez considérables de la ville d*Hatni ; elles ont été décrites notamment par Ainsworth, Researches in Mesapoiamia Londres, 1840, pp. i65 et suiv.

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de celles que les Romains émettaient dans l'atelier de Carrhes, Ma nou VIII usait d'un droit que les Romains accordèrent quelquefois aux rois qui étaient leurs alliés ou leurs vassaux. Archélaus de Cappadoce et les rois de Mauritanie bénéficièrent du même privilège qui eut pour double but de flatter l'amour-propre du faible toparque osrhoénien, et en même temps, de procurer les sommes nécessaires au paiement des troupes qui opéraient dans la Mésopotamie (i).

Mais une fois la paix conclue et les troupes romaines éloignées, le monnayage de deniers d'argent à Edesse n'aurait plus eu de raison d'être : il cessa pour toujours.

En même temps que Ma nou VIII frappait ces pièces d'argent destinées à avoir cours dans tout l'Orient et partout où les soldats les emporteraient avec eux, il émettait pour la circulation locale de petites monnaies de bronze qui portent une légende sémitique. Le monnayage de ces pièces de cuivre continua tout naturellement après le départ des Romains ; il fut assez abondant, et nous allons étudier les variétés qu'il présente, en même temps que justifier son attribution à Ma nou VIII. Ces monnaies à légende sémitique sont, sans exception, de très petites pièces de bronze qui ont, entre elles, une identité de légende, et, au point de vue du style, un lien de parenté, un air de famille qui

(i) Fr. Lbnormant, La monnaie dans V antiquité , t. II, pp. 194 à 196.

ne permettraient guère de les répartir entre plusieurs des princes qui ont porté le nom de Ma nou. En voici quatre variétés caractéristiques :

10. Tête nue et barbue de Ma nou, à droite (sans la tiare). Grènetis.

Rev. ALiZiTX •>uLiJI (KD^Q 131», Ma nou roi), en deux lignes dans le champ. Grènetis.

JE. 12 mill. Cabinet de France. PI. III, fig. 10.

11. Buste barbu de Ma nou, à droite, la tête coiffée de la tiare conique. Grènetis.

Rev. Ma Itou Malika, en légende estranghelo, comme sur la pièce précédente.

JE. 12 mill. Cabinet de France. PI. III, tig. 11.

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