ANT • rOPAIAXOC • CSB. Tète laurée de
Gordien le Pieux, à droite.
Rrc. ABIAPOC • BACIASVC. Buste d'Abgar à
droite, coiffé de la tiare.
JE. i5 mill. Cabinet de France.
J ai signalé plus haut (i) une pièce que Bayer avait attribuée à Hadrien, et j'ai démontré que cette attribution provenait d'une faute de lecture. La monnaie en question est de Gordien, et au lieu de ... APIANOC, il faut lire [10] PAIANOC.
Je mentionnerai enfin une monnaie du Cabinet de France ainsi décrite dans le Trésor de numis'
(i) Vqy. ci-dessus, p. 220, et Revue belge de numismatique^ 1893, p. 36o.
matique (i) et dans Mionnet : M («/«•$) AO («•) A (w) N T Pr (v^.) lANOC.
Cette lecture, qui n'a aucun sens, ne supporte pas Texamen ; l'étude attentive de la monnaie m'a permis de rétablir avec certitude : AVT • M • ANT • rOPAIANOC. Je ne discuterai pas non plus un certain nombre de variantes bizarres que Ton peut rencontrer soit chez les anciens auteurs, soit dans le Trésor de numismatique ou dans Mionnet. Ce sont presque toujours des erreurs provenant de la barbarie de la frappe ou du mauvais état de conservation des monuments; il n'y a pas lieu, scientifiquement parlant, d'en tenir compte.
L'expédition que Gordien avait entreprise contre les Parthes lui fut fatale comme à tant d'autres empereurs. Le préfet du prétoire Philippe le fit assassiner au milieu de son armée. Les soldats lui élevèrent plus tard, à Zaytha, en Mésopotamie, un tombeau qui existait encore au temps de Julien. L'histoire ne nous dit point comment finit le royaume de l'Osrhoène ; mais la série des Abgars rois s'arrête définitivement avec la mort de Gordien. Il est probable que Philippe enveloppa dans une même haine Gordien et ses amis, et qu' Abgar X fut dépouillé et peut-être tué à la mort de son bienfaiteur.
Cependant, M. Rubens Duval émet la conjecture suivante : c Ce dernier Abgar, dit-il, paraît avoir
(i) Rois grecs t n® 7, p. i32 ; Mionnet, n» 160.
fini ses jours à Rome. Une inscription tumulaire trouvée dans cette ville nous fait connaître le nom entier de ce prince, appelé Abgar Phrahate, et celui de sa femme nommée Hoâda, à laquelle il avait élevé un mausolée (i), >
Trajan Dece.
Non seulement l'empereur Philippe mit définitivement fin au royaume d'Osrhoène, mais il paraît même avoir enlevé à Édesse le titre de colonie qu'elle avait avant Gordien. On n'a, en effet, signalé jusqu'à ce jour aucune monnaie de cet empereur, frappée à Édesse. Après qu'il eut conclu la paix avec Sapor, comme l'indiquent les médailles romaines avec la légende PAX FVN- DATA • CVM • PERSIS, il revint à Rome célébrer les jeux séculaires, puis il fut assassiné, en 24g.
Après ce prince, la Syrie forma plusieurs empereurs qui n'eurent qu'un règne éphémère comme Jotapien, par exemple, et qui ne laissèrent pas de trace dans le monnayage d'Édesse. Trajan Dèce, qui réussit à se faire reconnaître à peu près universellement, n'alla pas en Orient et fut occupé pendant tout son règne à défendre la firontière du Danube. Pourtant, la colonie d'Édesse fut rétablie sous son règne ; mais cette ville n'eut que le rang
(1) R. Du VAL, Journal asiatique, 1891 , pp. 224-225; yqr* l'inscription dans Orelu, Inscr, lat., n<* 921.
de colonie et non plus celui de colonie métropole qui ne fut jamais rétabli pour elle. Ces faits nous sont révélés seulement par les monnaies ; les pièces de Trajan Dèce, à Edesse, sont toutes des petits bronzes, qui portent en légende, au droit, les noms de l'empereur en abrégé : 'Awx^rw^ rot;«< aix;«« 2*^wTi«, et
au revers K^Xcav/a "Et^otr^œ.
io3. AVT • r • ASKIC • CGB [sic). Buste de Trajan Dèce, radié et paludé, à droite.
Rev. KOA • GASCCA, Buste de Cybèle voilée et tourelée, à gauche ; devant, un petit autel.
JE. 19 mill. Cabinet de France. PI. VIII, 6g. 9.
104. AV • r • ASKIC • CSB (sic). Tête laurée de Trajan Dèce, à droite.
Rev, KOA • SA6CCA. Même type que la pièce précédente.
JE, 18 mill. Cabinet de France. PI. VIII, fig. 10.
io5. AV • ASKIOC • CSB. Tête laurée de Trajan Dèce, à droite.
Rev. KOA • SASCCA. Même type que les pièces précédentes.
JE, 18 mill. Cabinet de France.
Mionnet a donné au fils de Trajan Dèce, Herennius Etruscus, une monnaie coloniale d'Édesse qu'il décrit ainsi : AVT • ASKIC- CSB. Tête radiée d'Herennius Etruscus, à droite, avec le paludamentum.
Rev. KOA • 6ASCCA. Tête voilée et tourelée de femme, à gauche; devant, un petit autel (i).
Cette pièce ressemble aux monnaies que nous avons décrites sous Trajan Dèce. Nous n'y trouvons point les noms d'HERENNI VS ou d'ETRVSCVS qui sont particuliers au fils que Trajan Dèce associa à l'empire et qui mourut avec lui. C'est simplement sur les traits du visage qu'on peut se fonder pour déterminer cette attribution. Or, la tête représentée au droit est bien celle d'un jeune homme, et elle diffère absolument de celle de Trajan Dèce, qui était déjà un vieillard. Je crois donc qu'il faut maintenir l'attribution proposée par Mionnet.
Après le règne de Trajan Dèce, le monnayage d'Édesse cesse pour ne plus reparaître. Quelles sont les causes de cette disparition ? C'est ce que ne nous apprend aucun texte historique. Pourtant, en voyant s'arrêter, à peu près en même temps, le monnayage de Carrhes, d'Anthemusia, de Nisibe, on peut croire qu'il y a, à ce fait, une cause générale qui ne doit pas être autre que l'invasion des Parthes. En effet, les Sassanides profitèrent des guerres civiles et du désordre politique qui éclata à cette époque dans l'empire romain, pour courir aux armes et essayer de ressaisir les provinces qui leur avaient été arrachées depuis Trajan. Zo* zime (2) nous dit que les Perses occupèrent à cette
(i) Mionnet, Suppl., p. 408, n» 56.
(2) Lib. 1, cap. 27.
époque toute la Mésopotamie, s'avancèrent même jusqu'en Syrie où ils prirent la ville d'Antioche. C'était au temps de Sapor. Cette invasion nécessita l'expédition de Valérien, en 258, et les succès de cet empereur sont consacrés par les monnaies romaines qui portent VICTORIA • PARTHICA. Mais Valérien fut ensuite fait prisonnier par Sapor, qui le traita comme le dernier de ses esclaves et le fit écorcher tout vivant. Zonaras (i) dit que les Parthes assiégèrent Édesse, et que Valérien n'osa les attaquer et les prendre à dos que lorsqu'il vit les Édesséniens faire des sorties vigoureuses. D'autres auteurs comme Le Syncelle (2) racontent, au contraire, que Valérien s'était renfermé dans Édesse et qu'il y fut pris par Sapor. Quoiqu'il en soit, on n'a pas de monnaies de Valérien frappées à Édesse. Si cette ville, dont je n'ai plus à poursuivre plus loin l'histoire, retomba accidentellement sous la domination romaine, elle n'eut plus de monnayage particulier. Nous sommes d'ailleurs à l'époque où le monnayage des villes grecques de l'empire disparaît sans retour. Ce n'est point un fait spécial à Édesse ou à la Mésopotamie : c'était la loi générale dans toutes les provinces orientales de l'empire romain.
Des Abgars et de leur postérité il n'est plus question nulle part ; cependant, dans le récit du
(1) Ed. db Bonn, t. II, p. 694.
(3) Ho. DB Bonn, t. I, p. yiS.
Martyre des SS. Samofia, Guria et Abib, de Siméon Métaphraste, on trouve, à Edesse, un Âbgar qui vivait sous Dioclétien et qui était préteur de la ville : Augarus autetn Zoarœ fiUus, kis temporibus prœtor (i).Cet Abgar, fils de Zoar, qui occupait une situation importante dans rOsrhoène, était peutêtre un descendant des anciens rois. Ce serait dans ce cas le dernier représentant de la race des Abgars dont Thistoire fasse mention.