PI. IX
Par un heureux concours de circonstances le Cabinet de France s'est récemment enrichi d'un nombre considérable de monnaies de la l^ycie. La plupart de ces pièces nouvelles appartiennent aux dynastos ([ui, dans le cours des v** et iv" siècles, ont battu monnaie à leur nom dans différentes villes lyciennes : cette série intéressante du médaillier national, demeurée stationnaire dans son accroissement, depuis plus d'un quart de siècle, vient tout d'un coup d'être à peu près doublée en nombre et en im|)ortance.
J'ai eu l'occasion de décrire et de faire reproduire ces monnaies des dynastes lyciens dans le volume du Catalogue des monnaies grecques qui vient de paraître, et qui a pour titre générique Les l\*rses achemrnides. Les personnes compétentes qui voudront bien jeter un coup d'œil sur le chapitre consacré aux dynastes de Lycie, se rendront com|)te, au premier coup d'œil, de Tintérét exceptionnel des acquisitions faites par le (Cabinet de France. Elles
apprécieront, en premier lieu, la richesse de notre suite des monnaies lyciennes primitives sans noms royaux ; puis elles relèveront des noms de dynastes inconnus jusqu'ici, comme Utévès et Khadritimès\ elles constateront la variété des types monétaires de Spintaza, de Tethiveibis, de Kuperlis, de Kheriga, de Kreis, le héros national lycien, dont la gloire est célébrée sur la grande stèle de Xanthos ; de Vexérès, de Dcnevelès, de Périclès. Les planches du Catalogue leur révéleront des types étranges, tels que la triquètre dont les bras se terminent par des tètes de coq ou des tètes de cygne ; elles y trouveront aussi de belles tètes de dynastes, les effigies monétaires les plus anciennes qui aient jamais été frappées, si Ton en excepte Timage des princes achéménides qui figure en pied sur les dariques.
Mais je n'ai point l'intention d'étudier ici cette série nouvelle, dont j'ai, d'ailleurs, essayé de faire ressortir la portée historique dans la préface du Catalogue. Tout n'est pas dit sur la suite monétaire des dynastes lyciens. Loin de là; on sent, à chaque instant, que le sol manque sous les pas, et Ton n'avance qu'à tâtons, les monnaies jusqu'ici connues étant encore trop peu nombreuses, trop isolées, pour jalonner avec précision la route de l'historien. Peut-être qu'avant quelques années il ne restera rien de mon coinmnuMilairc; mais dans tous les cas, les belles pièces que j'ai eu la bonne fortune de pouvoir livrer aux méditations des savants, demeureront toujours la pierre angulaire de l'édifice qui est encore à construire. Je tenais seulement à les signaler à Fattention : je n'y insiste pas autrement.
Avec elles, sont venues au Cabinet des Médailles quelques pièces de la même région, mais d'une époque postérieure et qui ne rentraient pas dans le cadre de mon Catalogue. J'ai donc du les laisser de côté; je pense qu'on me saura gré de les faire connaître ici par une description sommaire. Elles sont loin, incontestablement, de présenter l'intérêt historique de celles auxquelles je viens de ftiire allusion; leurs types même sont, en général, d'une banalité rebelle à tout commentaire; mais elles comblent des lacunes, complètent, et même, pour quelques-unes, inaugurent la numismati([ue de certaines villes; enfin ce sont des pièces fort rares. Elles appartiennent en majorité à la Lycie; les autres sont de quelques villes phrygiennes et pisidiennes voisines, en général, des frontières de c(*tte contrée.