‹ Mélanges numismatiques (volume 2)Chapitre 23 sur 239 · Comana de Cappadoce ou de Cataonie · texte numérisé non relu

Comana de Cappadoce ou de Cataonie

Avant d'entrer dans l'examen des monnaies jusqu'ici incertaines qui forment Tobjet de cette notice, il importe de remarquer préalablement qu'on ne peut hésiter à donner à Comana du Pont les pièces autonomes qui portent des types se rapportant au mythe de Persée et de la Gorgone, avec la légende KOMANON. Ces types sont certainement pontiques, pareils à ceux d'autres villes du même pays, comme Amisus, Cabira, Laodicée, Amastris, Sinope. L'embarras ne commence que pour les monnaies de l'époque impériale romaine, et la diversité des opinions émises sur ce point par les numismalistes suffira pour démontrer dans quel inextricable chaos est, jusqu'ici, demeuré le classement de cette série monétaire.

Eckhel donne à Comana du Pont les médailles à la légende KOMAN€nN ou l€POKAICAP. KOMAN^flN ; mais il avoue son embarras au sujet des pièces coloniales dont la légende est, suivant lui : COL- IVL- AVG. F. COMANORVM (Colom'a Julia Augnsta Félix Coma-

norum)*. L'illustre législateur de la numismatique se contente de faire observer que Vaillant classe ce groupe au Pont, tandis qu'Hardouin le donne à la Cappadoce.

Quant à Mionnet, le classement adopté par lui est dt^pourvu de toute base scientifique. En effet, après avoir décrit les monnaies autonomes avec KOMANflN, à l.i Comana Pontique, il donne en outre à la même ville les monnaies coloniales, au nom d'Antonin le Pieux et de Caracalla, qui portent la légende : AVGCOMANA ou COL. IVL. AVG. F- COMANORV (Colonia Julia Augusta Fida Comanorum), et en même temps, des monnaies de Septime Sévère, avec l€POKAICAP.KOMAN€nN ( lepcxataapéwv Kcfjuxvewv) et de Sévère Alexandre avec KOMANCflN. Mionnet admet ainsi que la Comana Ponlique a pu prendre le titre de colonie romaine depuis Antonin le Pieux jusqu'à Caracalla, puis abandonner ce litre sous Septime Sévère et Sévère Alexandre, enfin prendre sous Septime Sévère le nom de 'Upcxaivdpeix. 11 faut reconnaître, pour être équitable, que Mionnet paraît s*être lui-même * rendu compte de ce que son classement avait d'illogique, car il dit dans son Sujhplément : « Nous avons décrit à tort deux médailles, appartenant à la colonie de Comana, à la ville du Pont portant le même nom'. » Mionnet regarde alors comme plus probable que les monnaies coloniales de Comana sont de Comana de Cappadoce. Nous établirons tout à l'heure qu il s'est trompé, aussi bien dans cette rec-

f Nous verrons plus loin que cette lecture et cette transcription sont inexactes, s Mionnet, Descr.gên. Pont, n« 107 à ill, et Suppl., n**161 1 166. s Mionnet, Suppl.^ t. VII, p. 7i0.

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tifîcation (ardive que dans sa première attribution.

Pour Comana de Pisidie, Eckhel dit franchement qu'il ne sait pas quelles piècesdoivent lui êtreatlribuées. Mionnel décrit à cette ville une monnaie autonome du cabinet de Cousinéry dont la description nous paraît fort suspecte ; d'après notre auteur, cette médaille porte en légende KCOMA€CON- * Mionnet est si peu sûr de cette attribution que, revenant sur cette même médaille dans son Supplémenty il dit qu'elle appartient plutôt à Comana du Pont*. C'est d'ailleurs la seule médaille que ce numismatiste ait proposé de classer à Comana de Pisidie.

Enfin, Eckhel déclare également son incertitude au sujet des pièces qu'on doit attri^uer à Comana de Cappadoce. Mionnet a été plus hardi et s'est cru mieux inspiré en reportant, dans son Supplément^ à Comana de Cappadoce toutes les monnaies coloniales avec le nom de Comana, c'est-à-dire celles qui sont à légendes latines et qu'il avait attribuées d'abord à Comana du Pont. Mais il ne cherche point à justifier cette seconde attribution, qui d'ailleurs est erronée tout comme la précédente. Nous en avons dit assez pour montrer qu'une confusion absolue n'a cessé de présider, jusqu'ici, au classement des monnaies des différentes villes de Comana. Essayons maintenant de débrouiller ce chaos et d'établir une classification véritablement scientifique.

1 31ionDct, Pisidie. n*87; c'est plutôt K0MAN6ON. < Mionnet, Suppl., t. VII, p. 112.

La Comana Pontique (Kcpn/a ri ïlcyma) est bien connue et citée par de nombreux auteurs*. C'était une ville riche et 1res commerçante du Pontus Galaticus. Elle avait un temple célèbre d'Anaïtis ou Astarté, qui complaît six mille hiérodules et qui, chose singulière, était, dans ses privilèges, son organisation et son culte, la reproduction exacte du temple d'Anaïtis, appelée aussi Ma et Enyô, dans la ville homonyme de Cappadoce. L'emplacement de la Comana Pontique est fixé avec toute certitude sur l'Iris, affluent du Lycu^, là où s'éFève actuellement une localité appelée Geuraenek, près deTokat, non loin des anciennes villes de Gaziura et d'Eudoxias. C'est dans ses ruines qu'ont été copiées, par un Arménien, deux inscriptions récemment publiées par M. Ramsay et qui établissent que la Comana du Pont prit, à répoque romaine, le surnom de KPOKAI- CAF€IA, Hiérocésarée^. Or, ce nom se retrouve sur un groupe de médailles : celles-là doiveut donc être aitribuées, en toute certitude, à Comana du Pont. Frappées à Teffigie de Septime Sévère et de Caracalla, elles portent : I6P0KAICAP. KOMAN€nN,et sont généralement au type du temple d'Anaïtis. Elles nous font ainsi constater que l'ethnique de la ville a varié, car sur les pièces autonomes que nous avons signalées plus haut comme étant bien cerlainemenl de cctle ville, et aussi sur les pièces

' Forbigcr, Uandburh ilcr altcn Ovoyiaphif^ l. Il, p. 4i7. » Journal ofPhiinlotju,{. XI, 1S8i,p. 132, n*» 13 cl 14. Cf. Waddinglon, BnU. de rorr. hellniifjiir, IHS:t, p. \H\.

romaines jusque sous Nerva, on trouve KOMANflN ; à partir de Septime Sévère on a KOMANCIIN. La Comana Pontique ne devint jamais colonie; du moins aucun texte ne nous le dit, et ce n'est pas à cette ville qu'on doit classer les médailles de la colonie romaine du nom de Comana. Voici la description des seules monnaies de l'époque impériale qu'on doive attribuer à Comana du Pont :

Nerva. TOI- AYTOKPATOPL N€POYA. KAICAPI. Tète laurée de Nerva à droite.

i^. KOMANflN p i(63)entroislignes. Au milieu, une massue debout. AU 6.

Cette monnaie, décrite par Mionnet, d'après Millingen, est maintenant au Cabinet des Médailles. Mionnet a lu AYTOKPATOP au lieu de AVTOKPATOPI; de plus, il a mis l'article TOI à la fin de la légende, ce qui n'offre aucun sens (Mionnet, Suppl.y Pont, n** 165).

Septime Sévère. AY- KA. CEn. C€YOYHPOC (sic)... Buste lauré de Septime Sévère à droite, avec le paludamenlum.

i^. KPOKAICAP. KOMAN€C0N. Femme radiée debout de face, vêtue de la stola, la main droite sur un bouclier posé à terre, et tenant de la main gauche une massue levée. jE 8 ^j^.

Mionnet donne cette pièce d'après le cabinet de Millingen. Il l'a inexactement décrite (Mionnet, Suppl.^ Pont, n** 166) ; elle est actuellement au Cabinet des Médailles.

AY. KACCn. C€OYHPOC. Buste lauré de Septime Sévère à droite, avec le paludamentum.

R. KPOKAICAP KOMAN€nN. Temple télrastyle, sous lequel est une Victoire debout sur un cippe, tenant une palme et une couronne; à Texergue, €T. BOP. (112 £1.

Cette pièce n'est pas décrite dans Mionnet à l'une des trois Comana, mais à Hiérocésarée de Lydie (n* 260 ; la description même n'est pas absolument exacte ; Mionnet traduit i»otamment la date BOP (172) par i92, et cela à trois reprises différentes.

C€OYHPOC. Buste lauré de Seplime Sévère à

droite, avec le paludamentum.

û. KPOKAICA €T. BOP (172). Temple tétra-

style. zE 8.

Mionnet décrit cette pièce, comme la précédente, à Hiérocésarée de Lydie (n' 261).

Caracalla. AYK. M- AYPH- ANTCONINOC. Tète laurée de Caracalla à droite.

û. KPOKAI. KOMAN€C0. Temple tétraslyle sous lequel est une Victoire debout sur un cippe, tenant une palme et une couronne. A l'exergue, €T. BOP (-172). ^8 7,.

Comme les deux précédentes, cette monnaie est décrite à Hiérocésarée de Lydie par Mionnei (n** 262), qui Ta publiée d'après la collection Allier de Hauleroche. Elle est, depuis lors, entrée au Cabinet des Médailles. Mionnet a lu I6P0KAIC, prenant pour un C racrotère du temple. De plus, il n a pas su reconnaître le type, car il le décrit ainsi : « Un autel allumé surmonté d'un trophée militaire. »

La place que Mionnet a donnée aux trois médailles précédentes prouve que ce numismatiste les regardait comme ayant été frappées en commun par deux villes : une des Comana et Hiérocésarée de Lydie. Eckhel pourtant avait démontré l'invraisemblance de cette hypothèse formulée 'déjà par Vaillant et Hardouin *. Quant aux dates qui figurent à la suite de la légende^ elles suffiraient, à elles seules, à prouver que les médailles précédentes sont de Ctomana du Pont. Eckhel a démontré qu'elles se rapportent à l'ère du Pont qui commence en 791 ou 792 de Rome (38 ou 39 ap. J.-C), époque où Caligula donna le royaume du Pont à Polémon IL

La ville de Pisidie, qui est appelée Kôfxava par les autem^s, porte dans les inscriptions et sur les médailles le nom de Comama. M. Ramsay a visité les ruines de cette ville, qui se trouvent à une courte dislance au nordouest de Cremna. 11 y a copié deux inscriptions qu'il a publiées en 1884 et qui prouvent que, comme beaucoup d'autres villes de Pisidie, Comana devint une colonie romaine à partir d'Auguste. L'un de ces textes épigraphiques commence par ces mots :

COL. IVL. AVGVSTAI FIDA COMAMA'

< Eckhel, Doct. nur/i. vet., t. Il, p. 3Si.

* Bphemtri* epigrapkiea, t. V, 1884, p. 581-58t.

C'est donc à Comana, ou plutôt à Comama de Pisidie, qu'il faut classer les monnaies coloniales à l'effigie d'Antonin le Pieux, de Julia Domna et de Caracalla, qui portent en légende, au revers : COL- AVG. COMAMA ou une légende latine analogue. Voici la description de ces pièces :

Antonin le Pieux. IMP. CAESAR- ANTON Tête

laurée d'Anlonin le Pieux à droite.

i^. COL. AVG. COMAMA (Colonia Augusla Comama). Junon Pronuba, voilée et vôlue de la stola, debout de face. JE 5.

Cette médaille, donnée par Mionnet {SuppL^ Cappadoce, n"* 305) à Comana de Cappadoce, d'après la collection Allier de Hauteroche, est maintenant au Cabinet des Médailles. C'est probablement un autre exemplaire de la même médaille que Mionnst a décrit d'après le Leœicon de Rasche, à Comana du Pont (n** 109).

Julia Domna. IVLIA* DOMNA- Buste de Julia Domna à droite, avec la stola sur les épaules.

4. COL. IVL. F. COMAMA (Colonia Julia Fida Comama). Némésis debout à gauche, vêtue de la stola, portant la main droite à la draperie qui lui recouvre le sein et tenant de la main gauche une corne d'abondance. JE 4.

Mionnet [SuppL^ Cappadoce, n%306) décrit inexactement cette pièce. Il lit COMM. P. P. COL. IVL. p. L'inscripiion que nous avons citée plus haut démontre que la lettre P- doit s'interpréter par Fida (Colonia Julia Fida Comama) et non par Félix, comme on pourrait le croire au premier abord.

Caracalla. IMP-CAES- M. AVR. ANTONINVS. Buste lauré de Caracalla à droite, aveclepaludamentum.

i^. COL. IVL. AVGG. F- COMA[M]ENORV. Junon Pronuba voilée, debout de face, sous un temple à deux colonnes. ^9 7,-

Mionnet a décrit une première fois cette monnaie à Comana du Pont ; une seconde fois à Comana de Cappadoce, en croyant cette dernière attribution meilleure que la première. Sa description est d'ailleurs inexacte ; car il lit : COL IVL AVG- G- l. F- COMANORV. Il faut lire AVGG- {Augustorum)j ce qui prouve que la pièce a été frappée avant la mort de Geta; on doit rétablir aussi COMAMENORV; si l'M est effacé dans la légende, TE est parfaitement visible et ne laisse aucun doute sur la lecture qui, d'ailleurs, est confirmée par la pièce suivante.

IMF. CAES. M. AVR. ANTONINVS. AVG. Buste lauré de Caracalla à droite, avec le paludamentum.

i^. G. COMAMENOR- Deux femmes voilées et

tourelées, assises en regard, sous un temple à deux colonnes sur le fronton duquel est un aigle aux ailes éployées. JS 9 7,.

Cette médaille n'est pas dans Mionnet. Le commencement de la légende est fruste, mais le mot COMA- MENORum est très distinct et ne saurait faire l'objet d'un doute.

Enfin, à ces pièces, il faut ajouter la suivante que Mionnet a enregistrée à la Cappadoce d'après Sestini :

IMP. C. M. AVR. ANTONINVS. AVG- Tête laurée de Caracalla.

i^. COL AVG. COMANORVM. Femme vêtue de la stola, debout de face, avec une tête de taureau, la

main droite lerée sur une haste. et tenant de la main gauche pendante on petit vase. ^£ 7.

Mioonet (Suppl., Cappadoce, n* 308), à qui nous empruntons cette description, n'a connu cette médaille que d'après Sestini. Die a fait partie du musée Hedervar, dispersé depuis longtemps^ et nous ne savons ce qu'elle est devenue. H ne nous semble pas douteux, d'après tout ce qui précède, qu'on doive lire COMAME- NORVM au lieu de COMANORVM.

Il nous reste à faire une remarque au sujet des variétés de l'ethnique de la ville de Pisidie dont nous nous entretenons ici. Les inscriptions publiées par M. Ramsay portent Coinama: les monnaies portent aussi Comama et le génitif pluriei Comamenorum. J'ai dit plus haut que les auteurs anciens donnaient à cette ville le nom de Comana; ces auteurs se réduisent à deux. Cest Ptolémée et Hiéroclès ; et encore Forbiger nous apprend qu'un des manuscrits de Ptolémée, le Codex PalatinuSj porte Kifxfwac; au lieu (le Kcuetyx *. Hiéroclès, qui mentionne Kc^juzva, dit que cette ville, à l'époque byzantine, faisait partie de la province de Pamphylie. On a enfin parfois confondu Comana ou Comama de Pisidie avec une ville de Conana (Kêvav«) également en Pisidie, au sud de Baris, et dont les monnaies portent KONANCHN *.

i Forbiger, Handbuch der alten Géographie, t. II, p. 337.

* Forbiger, op. et/., p. 334. La coufuriion qae je signale a été faite notamment par E. Muret qui classe à Comama de Pisidie les monnaies portant la l<^gende KONANEIIN- Annuaire de la Société de Numismatique, 1866,

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Si Ton adopte la classification numismatique proposée dans les pages précédentes, il s'ensuit qu'il ne reste plus aucune médaille à Comana de Cappadoce. Celle ville, avons-nous dit, était non moins célèbre que celle du Pont, et pour la dislinguer de celte dernière ou lui donne parfois le surnom de XpvTn, ou bien Ton dit zd Kc/zava zr^q Ka7r7ra(îcxfaç. M. Ramsay a déterminé avec certitude l'emplacement de la Comana de Cappadoce ^ Elle se trouvait dans la Cataonie, sur l'ancien Sarus, là où est actuellement une localité du nom de Sherherdere-si. Les textes épigraphiques que le savant voyageur anglais a recueillis en cet endroit ne mentionnent pas le nom de la ville. Mais trois inscriptions de la Cataonie publiées par M. Waddingtou donnent à Comana le surnom d'Hiéropolis^ ; elle prit ce titre -sans doute pour imiter sa rivale, la Comana Pontique, qui avait le nom de Hiérocésarée. Si, comme nous Tavons démontré, aucune des monnaies portant le nom de Comana ne peut être attribuée à Comana de Cappadoce, peut-êlre quelques-unes des médailles attribuées aux différentes villes à'HieropoltSj ou HiérapoliSy savoir Hiéropolis de Cilicie (Castabala), Hiéropolis de Cyrrhestique, Iliérapolis de Syrie et Hiérapolis de Phrygie, pourraient être reportées à Comana de Cappadoce. Des monnaies autonomes enfin,

» Journal of Philohgy, t. XI, 1882, p. 145.

' Bull, de eoir. hellénique^ 1883, p. 12o et suiv.

mal classées jusqu'ici, ap( artieonent probablement à cette ville, car il serait étonnant qu'une cité aussi importante que celle-là au point de vue commercial, et dont le sanctuaire, avec ses six mille hiérodules, comme celui de la Comana Ponlique, était encore si célèbre à Tépoque romaine, n'eût jamais possédé d*atelier monétaire. Dans tous les cas, c'est un nouveau côté de la question que nous aborderons peutêtre un jour; aujourd'hui, nous avons voulu nous borner à déterminer neltement les éléments du classement des monnaies qui, à l'époque impériale, ont été frappées avec les noms de Comana et de Comama.

MARCUS ANNIUS AFELNUS

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