‹ Mélanges numismatiques (volume 2)Chapitre 24 sur 239 · GOUVERNEUR DE GALATIE · texte numérisé non relu

GOUVERNEUR DE GALATIE

Dans le mémoire qu'il a publia en 1867 sous ce titre: Les porlraits des procomtds d'Asie et d'Afrique sur les monnaies \ M. Waddington a constaté qu'un certain nombre de médailles de l'époque d'Auguste, frappées dans des villes d'Asie ou d'Afrique, ont pour types des têtes qui sont les portraits des proconsuls romains, et non point, comme on l'avait cru jusque-là, l'effigie d'Auguste ou d' Agrippa. Après avoir démontré qu'à l'imitation des généraux romains comme Antoine, Octave, Lépide, Sextus Pompée, Brutus, Labienus, Domitius Ahenobarbus, qui se sont arrogés le droit d'effigie monétaire accordé par le Sénat à Jules César quelques semaines avant sa mort, des proconsuls n'avaient pas hésité, eux aussi, à placer leurs portraits surles monnaies qu'ils faisaient frapper dans leurs provinces respectives, le savant numismatiste a relevé sur les médailles Teffigie de sept proconsuls, dont quatre en Asie et trois en Afrique. M. Waddington termine son étude par celte considération générale :

« Il nous semble que les sept exemples que nous

1 Milangtt de numismatique, t« série, i867, p. 133 à 157.

avons réunis dans ce mémoire montrent que, sous

le règne d'Auguste, les portraits de quelques proconsuls des deux grandes provinces d'Asie et d'Afrique ont été reproduits sur les monnaies locales. Nous n'avons cité que des exemples certains, empruntés à des médailles que nous avons pu examiner nous-même. On en trouvera probablement d'autres, mais pas beaucoup; car cette distinction n'a été accordée qu'à de très grands personnages, illustres par leur naissance ou par leur position à la cour d'Auguste et dont plusieurs étaient parents ou alliés de la famille impériale. »

A cette liste de sept personnages, tous contemporains du règne d'Auguste, je puis ajouter le nom de Marcus Annius Afrinus, qui exerçait les fonctions de gouverneur de Galatie, non plus sous le règne d'Auguste, mais sous celui de Claude. La monnaie qui nous donne son portrait est tout récemment entrée au Cabinet des Médailles; en voici Timage et la description :

ANNIOC TtHe d'homme à droite,

û, KAAVA€IKONienN. Persée nu, debout, tenant la harpe do la main droite, et la tête de Méduse delà gauche. lir. 3 7..

Cette médaille a été frappée, comme le dit la légende, à Iconium, ville de la Lycaonie qui, du temps de Cicé-

ron, était comprise dans la province romaine de Cilicie *• Sous Claude, la ville d'Iconium ajouta à son nom celui de cet empereur, sans doute en souvenir de quelques bienfaits, et elle s'appela IQau^îetxcvicv, nom que Ton trouve inscrit sur les monnaies, particulièrement sur la pièce que nous venons de décrire, et qui ne saurait ainsi être antérieure au règne de Claude. A cette époque, Iconium n'était plus rattachée à la Cilicie, mais elle faisait partie de la province de Galatie, comme nous le permettront de constater tout à l'heure les inscriptions et les médailles. Une légende locale prétendait que le héros Persée avait consacré sa propre statue (stxwy) à Iconium même; de là le nom de la ville et le type de Persée sur les monnaies.

Mais quel est cet Annius dont le nom et la tête sont reproduits au droit de notre médaille? La légende est incomplète, et la pièce étant rognée, il n'est pas possible de lire autre chose que le mot ANNIOC. Il s'agit certainement d'un gouverneur de Galatie, car tout autre personnage n'eût osé prendre ainsi le droit d'effigie monétaire, si exceptionnel même pour les gouverneurs de provinces. Une inscription latine copiée par Hamilton * et reproduite successivement, d'après cette copie, par Le Bas et Waddington ^ et par le Corpus Inscriptionum latinarum *, paraît nous donner le nom complet du personnage que nous cherchons. Elle a été trouvée non loin des ruines d'Isaura, près du village de

1 Waddington^ Revue numismatique^ 4883, p. 49. t Asia Minor, II, n» 442.

> Le Bas et Waddington, Inscriptions grecques et latines recueillies en Asie Mineure. Isaurie, n* 4385 his, * T. III, no 288.

Jali-jiik, c'est-à-dire à une faible dislance dlconium ; c'est une dédicace en l'honneur de l'empereur Claude :

TI.CLAVDIO. CAESARI

AVGGERMANICO

SACRVM

M. ANNIVS AFRICANVS

LEO EIVS. DEDICAYIT.

D'après cette inscription, le personnage dont nous recherchons le nom s'appellerait Marcus Annius Africanus et il est quaUfié légat de Tempereur Claude. Mais nous allons voir que la lecture de Hamilton, ainsi que l'a déjà remarqué M. Dittenberger, doit être rectifiée et que ce légat de Claude porte en réalité les noms de Marcus Annius A frinus. Le nom d'Afrinus est extrêmement rare, il est vrai, mais il est de formation très régulière : Afrinus est formé sur .4/lpr, comme Macrinus sur Macer, Au surplus, on trouve un autre personnage du nom d'A9p£tvc;, contemporain d'Antonin le Pieux et de Marc Aurèle, qui est mentionné dans une inscription trouvée en Galatie et publiée par M. G. Perrot'.

Il existe des monnaies de l'empereur Claude sur lesquelles il est fait mention d'Afrinus, sans toutefois donner son portrait comme la pièce que nous avons décrite plus haut, ni indiquer quelle était sa charge. Les unes sont frappées à Iconium même, les autres à Pessinunte de Galatie, ce qui prouve, comme nous l'avons avancé plus haut, que sous Claude, la ville d'Iconium avait cessé d'être rattachée à la Cilicie. Peut-être ce changement date-t-il du règne de Claude lui-même,

* G, F^rrot, Ej^hraii^ de la Galatie, etc., p. 232, ligne 40.

et se rattache-t-il aux remaniemenls administratifs que ce prince, au témoignage de Dion Cassius, imposa à l'Asie romaine en Tan 41 de notre ère *.

Le même historien nous dit d'ailleurs expressément que la Lycaonie, dont Iconium faisait partie, dépendait du gouverneur de Galatie ^ ; une inscription d'Iconium publiée par Boeckh ^ est en Thonneur d'un procurateur de Galatie et elle place KAAVA6IK0NI0N , nom donné à la ville, daus la Tockaruin 'enxpxeia. Enfin, suivant Pline, Iconium et quatorze autres villes formaient ce qu'il appelle une téirarchie qui dépendait de la Galatie : tetrarchiam ex Galatia *. Il ne saurait donc exister le moindre doute au sujet de l'identilé du personnage du nom d'Afrinus, mentionné à la fois sur des monnaies de Pessinunte et d'Iconium.

Voici d'abord la description des monnaies d'Iconium. On n'en connaît que deux qui sont l'une et l'autre dans la collection de M. Waddington \

KAAYAIOC KAICAP. C€BA... Tête laurée de Claude.

^. C€BACTH. €ni. AOPCJNOY. KAAYAeiKONI€nN. Tète d'Agrippine à droite. Br. 5.

.... «BACTOC. Tête laurée de Claude.

i^. Eni A A€IKONI€nN. Pluton, la tête tutulée, la

main droite levée, assis sur un trône à gauche. Br. 6 V,.

A Pessinunte, j'ai relevé quatre monnaies frappées sous l'autorité d'Afrinus. La première, dont un exem-

1 Dion Cassius, LX, 8.

2 Dion Cassius, LUI, iO.

» C. I. G. n* 3991; Cf. G. Perrot, Exploration de la Galatie, etc., p. 14. i Plin., Hiit. nai., V, 23, 43.

* Waddingtoo. i\umi*matique de l'hauric et de la Lycaonie, dans la Bevuc numismatique, 1883, p. 46.

plaire existe au Cabinet de France, a été publiée par Raucli en 1847 :

... KAICAP. Tête laurée de Claude à droite.

lî. ETTI. AOPeiNOY.Bucrane de facesur un autel, iîr.

Rauch regardait alors Afrinus comme un magistrat local non titré, ainsi qu'il en existe tant dans la numismatique des villes grecques sous Tempire romain *. Borghesi a voulu rectifier l'assertion de Rauch en cherchant à établir qu'il s'agit d'un personnage qui fut consul su/fcclus en l'an 812 (59 de J.-C.) sous le règne de Néron et qui antérieurement aurait gouverné la G^latie comme légat propréteur \ Nous verrons plus loin que le savant italien s'est trompé également.

Deux autres monnaies de Pessinunte avec le nom d' Afrinus sont dans la collection de M. Imhoof-Blumer, à Winterthur \

KAAYAIOC KAICAP. C€BACTOC. Télé de Claude à droite.

^. MHTPOC neCINCOYNTICON. €ni. AOPINOY.

Cybèle, coiffée du calathus, assise à gauche sur un trône à dossier, et tenant le sceptre et la patère. Br.

KAAYAIOC. KAICAP. CCBACTOC Tête de Claude à droite.

li. .... €ni. A0P€INOY. Serapis (?) assis à gauche, la main droite appuyée sur le sceptre, la gauche en repos. A gauche du trône. Cerbère accroupi à gauche. Br.

' A. (In Hnucli, dans les Annales de VlniiUut archéologique de Rome, 1847, p. iHi el pi. P. n'» G.

^ horghcsi. Bulletin fie rinstilut archéologique de Rawie, 1849, p. 24. 3 Imhoof-Blumer, Monnaies grecques, p. Mo, n^* 474 et 173.

On remarquera que sur Tune des deux pièces de la collection de M. Imhoof-Blumer, le nom d'Afrinus est orthographié AOPCINOC, tandis que, sur l'autre, nous a\ons A0PINOC. Celte particularité, qui n'apas lieu de nous étonner beaucoup, permet toutefois de rectifier avec certitude une lecture de Sestini et de Mionnet et d'ajouter une nouvelle médaille à celles que nous venons de décrire. Voici la description qu'en donne Mionnet, copiant Sestini qui Ta publiée le premier, d'après l'original conservé au musée Ainslie :

KAAYAIOC KAICAP. «BACTOC Tête laurée de Claude .

€ni. MAKPINI ... n€CCINOYNT. Temple hexastyle. Br, \

Nul doute que l'on doive lire : €ni. M. A0PIN(OY). Le Macrinius que supposent Sestini et Mionnet n'existe pas, et, pour rectifier la lecture donnée par ces deux numismatistes, on voit qu'il suffit de changer le K en O-

Le rôle de Marcus Annius Afrinus comme légat gouverneur de Galatie n'est pas autrement éclairci et aucun historien n'en parle. On connaît, comme prédécesseurs de ce personnage, deux gouverneurs de la même province ; le premier est M. Lollius M. F.,rami d'Horace , qui fut envoyé en Orient vingt-cinq ans avant notre ère; le second estL. Axius Naso, qui gouverna la Galatie sous Tibère. Il est possible qu' Afrinus ait succédé directement à ce dernier; il paraît avoir été lui-

* Nionnot, Galatie, n* 106. D'après Scslini, Descript. num. vct,exmuscis Aimlie, Bellini, BondaccOt etc., p. 48i.

môme remplacé par Calpurnius Asprenas, contemporain de Galba *.

Malgré l'obscurité profonde qui règne encore , ainsi qu'on le voit, sur la carrière politique de Marcus Annius Afrinus, nous sommes certain, toutefois, qu'elle ne se renferme point exclusivement dans l'administration de la province de Galatie. Il fut appelé à d'autres honneurs et remplit des fonctions importantes dans d'autres provinces. Une inscription trouvée à Athènes^ près de TErechteion, en 1839, nous apprend que Marcus Annius Afrinus fut con»ul. En voici le texte, d'après le Corpus inscnplionum atlicarum ' ;

H El APEIOY nArOY.

H BOYAH TCON EZAKO2IC0N

0AHM02MAPK0N ANNIO

A0PEINON YnATON APETHI.

KEN KAI THinPOI THN nOAIN E..

'H è; 'ApsiC'j ?:ây5'j [ScAri xxl] h /EouX>7 rwv éçoxco-iwy [y.aîj 0 ùritic^ Maoxcv Avvt5[v] Xfozlvo:/ uTraTOV dptzti

Mais cette inscription, tout en donnant au long les noms de Marcus Annius Afrinus et en nous apprenant qu'il fut consul, ne fait point connaître la date de son consulat. Un graffite de Pompéi, publié dès 1846 par Avellino ^ et étudié par Borghesi *, est un peu plus explicite.

1 (i. rciTot, Ejploration de la Galalic, p. 107

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