‹ Mélanges numismatiques (volume 2)Chapitre 28 sur 239 · DYNASTE DE CILICIE · texte numérisé non relu

DYNASTE DE CILICIE

PI. IV, fig. 9.

On sait que lorsque Pompée eut vaincu Mithridate et Tigrane, la Cilicie fut au nombre des provinces asiatiques qui passèrent sous la domination romaine. Mais là comme dans beaucoup d'autres contrées, les vainqueurs n'cHablirent pas tout de suite et complètement l'administration romaine; ils se bornèrent, sans doute pour ne pas heurter les susceptibilités des pays annexés, à y exercer ce que nous appelons aujourd'hui le protectorat; des dynastes locaux qui portaient le tilrc de roiSy virent leur autorité confirmée, à la condition de prendre le titre d'amis et d'aliiés du peuple romain, de payer tribut et de barrer la loute aux invasions étrangères. Cette politique habile qui flattait l'orgueil de Pompée en lui permettant de se poser en j'oi des roiSy tout aussi bien que le roi de Perse lui-môme, fut appliquée notamment en faveur d'un dynaste de la Cilicie

supérieure, qui porte dans Strabon et dans Plutarque le nom de Tarcondimotus. Ciccron l'appelle le plus fidèle allié et Tanii du peuple romain. Dans la guerre civile qui éclata entre César et Pompée, il prit naturellement le parti de ce dernier qui lui avait confirmé son trône et pour lequel tout TOrient s'était déclaré. Apres Pharsale, Tarcondimotus se réconcilia un instant avec César, mais bientôt il se trouva entraîné dans le parti de Brutus et de Cassius qui soulevèrent un instant tout TOrient, puis dans le parti d'Antoine contre Octave. Il périt dans les rangs de l'armée de Marc Antoine à la bataille d'Actium en l'an 31 av. J-C.

Tarcondimotus a frappé quelques monnaies de bronze qui présentent toutes le même type, mais dont la légende a été, jusqu'ici, mal interjn-étce ; ou plutôt les exemplaires connus étaient trop frustes pour qu'on pût s'assurer de la véritable lecture.

Ces médailles ont, au droit, la tète de Tarcondimotus imberbe, diadémée et tournée à droite. Au revers, Jupiter, à demi-nu, assis sur un trône, à gauche, portant sur la main droite une Victoire et s appuyant de la gauche sur un long sceptre. Quanta la légende, Eckhel lit : BAZIAEni TAPKONAIMOTOY, en trois lignes, sur les côtés; puis, au-dessous du siège de Jupiter, A. AN- THNIOY. Il pense que ce nom de Lucius A7itonius est celui du frère de Marc Antoine, à moins, dit-il, que la lettre A ne soit un M mal conserve, et qu'on doive lire sur la pièce le nom de Marc Antoine lui-même *.

La présence du nom de Marc Antoine ou de Lucius

> Eckhcl. Doetr, num. réf., t. III, p. 62.

Antoine s'expliquait, d'ailleurs, par des exemples analogues fournis par les monnaies de Polémoay dynaste et prêtre d'Olba, en Cilicie, et par des monnaies des rois du Bosphore. Mionnet n'a rien changé à l'interprétation d'Eckhel que nous trouvons égale* ment respectée, avec le A, par M. Imhoof-Blumer * et M. Barclay V. Head *. Nous devons cependant faire remarquer l'interprétation difiérente de Charles Lenormant ' qui, faisant quelque peu violence à la disposition de la légende, lisait M. ANTONIOY- TAP- KONAIMOTOY BAZIAEnZ- Ce savant admettait ainsi que Tarcondimotus avait, en signe d'amitié, pris le nom même de Marc Antoine en l'ajoutant comme prénom au sien propre.

Tout cet échafaudage tombe devant la légende bien conservée d'une monnaie de Tarcondimotus que le Cabinet des médailles vient d*être assez heureux d'acquérir et d'ajouter à l'exemplaire défectueux qu'il possédait déjà. Il y a très lisiblement :

BAZIAEOZ TAPKONAIMO

TOY OIA. ANTHN.

$ûcu AvtwwVj, ami d'Antoine. La lettre A qu'on avait lue primitivement et à laquelle on a voulu à tort substituer un M n'est que la troisième lettre du mot OIAOYf dont les deux premières se trouvaient effacées. Ce petit point de numismatique, qui n'est pas tout à

< Imhoor-BIumcr, Portrœtkopfe auf antiken Mûnxen, p. 40. s Barclay V. Head. Historia numorum, p. 618. s Trésor de numitmatique. Bois greci, p. 72.

fait dénué d'intérêt, se trouve ainsi définitivement éclairciy et la rectification que je propose ne me parait pas pouvoir être contestée. (PI. IV, fig. 9.)

Tarcondimotus tué, comme nous l'avons dit, à la bataille d'Actium, eut deux fils ; l'ainé appelé Philo* paior lui succéda et l'on a aussi de lui quelques monnaies; mais elles ne portent plus l'effigie royale. Au droit, on voit une tête de Tyché tourelée, et au revers Pailas Nicéphore avec la légende BACIA€nc.

♦lAOnATOPOC*.

Le petit royaume de la Cilicie supérieure parait avoir disparu avec ce prince, sous Auguste.

A Trhor de numitmatique, t6ûf ., gravée.

MARATHUS

Page 1