‹ Mélanges numismatiques (volume 2)Chapitre 48 sur 239 · CN. STATI. LIBO. PRAEF. Têle d'homme imberbe, h droite · texte numérisé non relu

CN. STATI. LIBO. PRAEF. Têle d'homme imberbe, h droite

i^. SACERDOS. Patère et praefericulum.

Pelit bronze, 21"°*. Bord en biseau. — PI. VI, fig. 6.

La première seulement de ces pièces est inédite. Toutes les trois sont du même style; elles ont le même aspect extérieur, le même flan parliculièrenienl épais et taillé en biseau, et, si elles ne portent aucun nom de ville, on ne saurait du moins hésitera les rapprocher et h les considérer comme émises dans le même atelier el à une époque contemporaine, c'esl-à-dire sous Auguste, comme le prouve la première.

Marcus Batus, dont le nom revient deux fois sur ces pièces, est qualifié de praefectus iteriwi. Ce magistrat municipal n'est mentionné dans aucune inscription ni chez aucun auteur. Cependant, malgré la mauvaise conservation des deux monnaies, la lecture de son nom nous paraît certaine, et il n'y a pas lieu d'adopter l'une ou l'autre des conjectures de M. R. MoNval, qui a proposé de lire sur la seconde médaille : ARRATVS, ABBATVS, ARBATVS. ABRATVS, ou même AARATVS'. On ne saurait non plus songer à un nom se terminant par — battf^iy comme BarbatuSy Orhntnx, ProbataSy Fabatm^ Jubatus, etc. Le mol Batus est bien complet et précédé, dans les deux

' UuU'fin fpiijraph'viut, fasc. I, de i886 (t. VI), p. 40.

cas, du prénom Marcus. D'ailleurs, Batus, bien que insolite dans l'onomastique latine, n'est qu'une forme dérivée de Battus, nom fréquent en Afrique K

Sur des monnaies de Caesaraugusta, en Espagne, un certain Junianus Lupus est qualifié pj^ae/ectus Caii Caesaris '. Marcus Batus exerçait probablement les mêmes fonctions ou celles de préfet duumviral. Ce devait être dans quelque ville d'Espagne plutôt qu'en Afrique, car, si nous connaissons un certain nombre de monnaies africaines avec des noms ou même l'effigie de proconsuls, ou bien avec les noms de divers magistrats locaux tels que sufTètes ou duumvirs, on n'en signale aucune qui donne à un magistrat la qualification deprae/ectiiSj tandis que ce litre est assez souvent porté sur des monnaies d'Espagne. Quant à la tête qui accompagne le nom de M. Batus, elle a un caractère iconique nettement prononcé et on doit y reconnaître le portrait de Batus lui-même, car ce n'est certainement pas une lète impériale ou divine.

La seconde médaille a été publiée par M. Robert Mowal en 1886' et elle a été signalée ici même par Charles Robert *; nous avons pu loul h Tlieure rectifier la lecture du nom do Marcus Batus, et nous croyons aussi maintenant pouvoir proposer une nouvelle interprétation de la légende qui figure sur l'autre face. M. Mowatalu : VAGAXA. T. TIRO. AED..

• On trouve le nom de Batus, doiin»;^ à un soldat, dans Silius Ilalicus (iv, 239;. Une inscription funôraiit^ mentionne un Julius Bitus. Héron de Villefosse, dans la htvue arcMol., uov.-déc. 1887, p. 292, n« 5.

' Delgado, op. cit,^ t. III. p. 47.

' Bulletin épiuraptwiue, fasc. 1 de* 1880 (t. VI), p. 40.

* KeKue numismatique^ 1886, p. 411.

croyant reconnaître dans Vagaxa le nom d'une ville d'Espagne ou d'Afrique, inconnue jusqu'ici, et dans Titus Tiro, aedilisy un magistrat municipal de celte ville nouvelle. Trompé par celte lecture, M. Salomon Reinach a, de son côté, proposé d'ajouter le nom de Vagaxa à la liste des villes d'Afrique qui n'ont pas été mentionnées par les auteurs*. Or, la médaille porte positivement, au lieu du simple T de Titus, le monogramme "E = ET, et cette légère rectification nous oblige à regarder le mot Vagaxa non plus comme un nom de ville, mais comme un nom d'homme : Vagaxa et Tiro, aediles. La ville de Vagaxa est donc à retrancher de la nomenclature géographique de l'Afrique ou de l'Espagne.

Quanl à l'étymologie de ce mot Vagaxa, les ingénieuses réflexions qu'elle a suggérées à M. Mowal demeurent justifiées. C'est un nom hidigène formé sur celui du dieu africain Bagax, dont le sanctuaire principal était au Djebel Taia, près de Thibilis*.

La troisième monnaie porte le nom d'un autre pruefectus également inconnu en dehors de la numismatique et qui s'appelle Cnaeus Statilius [owStatius) Libo. On a cru reconnaître, au droit, la tète d' Agrippa \ Le caractère de celle effigie sur l'exemplaire bien conservé que nous publions, et qui appartient à un amateur parisien, permet de certifier qu'il ne s'agit ni d'Agrippa, ni d'un empereur romain. Le

' s. RoiFiarli, dans Cb. Tissot, Géogr. comp. de la province romaine d' Afrique, I. H, p. 7(»o.

* Cil. Ti^sôt, Gf}0'jr. romp. de la province romaine d'Afrique, L I, p. 4S7. Cf. C. I. I.., L. Vni, n°' 5504 et siiiv.

' D^.'l^iulo. Dc:^rr. de las medall. atiton, dt Espanùy t. I, p. 126 à i:;0, 11° 4 et pi. XVII; cf. Prolég., p. Cl.

Cabinet des Médailles possède deux exemplaires de celle pièce, mais dans un élai de conservation qui ne permet guère de les invoquer comme arguments dans la question d'iconographie qui nous occupe. Il faut y reconnaître le portrait de Statilius ou Slalius, de môme que nous avons reconnu tout à Theure ceux de Marcus Batus et de Publius Siltius.

Cette médaille, connue depuis longtemps en plusieurs variétés, a toujours été classée à TEspagne'. Delgado dit qu'il se rencontre en Espagne quelques monnaies qui, ne portant pas de nom d'atelier, étaient évidemment destinées à circuler dans toute la province ; il attribue, en conséquence, la pièce de Cn. Statius Lil)o fi Corduba; il suppose qu'Agrippa, dont il croit discerner les traits, obtint le titre de duumvir de Cordul)a et délégua en ses lieu et place Cn. Stacius Libo ', qui, pour cette raison, s'intitule praefectus. Le même auteur attribue à Carlhago Nova des monnaies, sans nom d'atelier, qui portent les iïom% Aq praeferti (juinqiiennales, Eckhel et d'autres auteurs classent la monnaie de Cn. Statius Libo à Caesaraugusta ou à Celsa.

Mais aucune de ces attributions n'est scientifiquement justifiée et le champ reste ouvert aux hypothèses. Nous signalerons, sans oser résoudre le problème, un Quintus Statius qui figure comme duumvir sur des monnaies de Caesaraugusta', et un Tiro dont le nom parait sur une pièce de Carthago Nova

• Ecklicl. Doctr, num. vet.y t. V, p. 310; Sesihû, Medaglie hisp. p. 423, n« 18.

' Delgado corrifje sans raison Stat^ius pour Statius ou Statilius. ' A. Hciss, Monnaies antiques de l'Espagne, p. 201.

avec le titre de duumvir quinquennal * ; il y a des duumvirs et des prae/ecli s\xv des monnaies de Carthago Nova, de Caesaraugusia et de quelques autres villes d'Espagne; on trouve des édiles mentionnés sur les monnaies de Calagurris '. On ne pourrait pas citer autant d'analogies entre nos pièces et celles des villes africaines; nous sommes donc portés à conclure que les trois médailles que nous venons d'étudier sont plutôt espagnoles qu'africaines ; mais nous ne saurions dire si elles ont été frappées à Corduba, à Carthago Nova ou à Celsa, plutôt que dans quelque autre ville de la Bétique.

* Delgado, op. cit., t. HI, p. 70, n<* 24 et pi. CX, ii*24.

* Delgado, op, cit., pi. CIV.

28 i. — Paris. Typographie Gastou Néi, rue Cassette, 1.

BACCHIUS JUDAEUS.

Tous les antiquaires connaissent les monnaies de la République romaine, au revers desquelles est représenté un roi de l'Orient agenouillé à côté d'un chameau qu'il tient parla bride. Ce roi tend, d'une main suppliante, une branche d'olivier, symbole de paix ; il est vêtu des larges pantalons ou anaxyrides que l'art antique donne communément aux Parthes et que nous voyons portés, encore aujourd'hui, par les Orientaux; sur ses épaules il a un grand manteau qui rappelle le burnous des Arabes. Il est nu-tête, avec des cheveux longs ; une observation minutieuse d'un grand nombre d'exemplaires de ces deniers qui ne sont pas rares, nous a permis de constater que le personnage ainsi figuré, est parfois imberbe avec des traits juvéniles, tandis que d'autres fois

il a une longue barbe et Taspect d'un vieillard (i). Le chameau qui figure à côté de son maître est couvert d'une selle qui offre des variantes. Borghesi y a ingénieusement reconnu tantôt Vephippium ou centunculum, la selle de guerre d'où les Arabes pouvaient de haut, kf c^^u^ suivant l'expression d'Appien (2), décocher leurs flèches sur l'ennemi ; tantôt le bât en bois ou sagina^ fait pour les chameaux de charge, et sur lequel on installait le matériel de campement et les vivres, d'où les chameaux étaient dits sagmarii et ofierarii (3).

Les inscriptions qui accompagnent ce type curieux, partagent ces deniers en deux groupes, et prouvent qu'ils ont été frappés à Rome par deux personnages différents et à quelques années d'intervalle. Les uns, en effet, portent la légende : M • SCAVR • AED • CVR • EX S • C • REX ARETAS. {Marcus Scaurtis, aedilis curulis, ex sena-tus consulta. Rex Aretas.) Il n'y a aucun doute possible au sujet de leur interprétation et de l'explication du tableau en miniature dont l'inscription nous donne la clef. Ces deniers ont été frappés

(il Le duc de Luynes a cru remarquer que quelquefois le personnage est coifTc d'utte tiare pointue. Mais nous n'avons pas réussi à découvrir cette intéressante particularité sur aucun des très nombreux deniers qui nous sont passés sous les yeux. Voir A. -H. dk Ll-ynes. dans la Revue numismatique de i858. p. 3S4.

(2- Appian. De reb. Svr., XXXII.

(3; Borghesi, Œuvres complètes, t. II, p. 186; Cf. E. Babklon, Monnaies de la république romaine, t. l'«", p. 120.

sur l'ordre du sénat {ex senatus cansulto) par Tédile curule Marcus Aemilius Scaurus, et le type représente le roi nabatéen Arétas offrant sa soumission à Pompée. L'édilité de Scaurus est placée avec certitude en Tan de Rome 696 (58 avant J. C.) : telle est donc la date de ces monnaies qui rappellent le rôle que Scaurus joua en Syrie lors de l'expédition de Pompée. Nous savons, en effet, qu'en 692 (62 av. J. C), Scaurus, lieutenant de Pompée en Orient, réprima les incursions d' Arétas qu'il contraignit à rendre les armes et à payer un tribut de trois cents talents : ce fut Scaurus qui acheva la conquête de l'Arabie Pétrée, Quelques années plus tard, rentré à Rome et investi de la dignité d'édile curule, il fut chargé de l'émission des monnaies, et à l'exemple de la plupart des magistrats monétaires de la République romaine, il fit graver sur les pièces qu'il fit frapper, probablement avec l'argent du tribut d' Arétas, un type qui rappelait ses glorieux exploits en Orient. Voilà donc un type monétaire dont l'interprétation est aussi claire et aussi précise qu'on peut le souhaiter (i). Ajoutons qu'il existe un petit groupe de deniers de Scaurus sur lesquels les mots REX ARETAS n'ont pas été inscrits. Mais le type et le reste de la légende sont demeurés identiques, de

(1) L'autre foce des mûmes deniers offre un type et une légende qui rappellent la prise de Privernum par un des ancêtres de M. Scaurus, en 341 av. J.-C. Nous n'avons pas à nous en occuper ici.

sorte que les pièces sur lesquelles on lit rex Aretas, expliquent sans effort celles où ces deux mots sont omis.

La seconde série de nos deniers porte, au revers, une légende toute différente de celle qui vient d'être expliquée. On y lit simplement ces mots : BACCHIVS IVDAEVS. Le droit nous apprend que ces monnaies ont été frappées par l'édile curule Aulus Plautius. Voici, au surplus, la description intégrale de ces pièces qu'il s'agit d'expliquer : A • PLAVTIVS AED • CVR • S • C. {Aultcs Plautius aedilis curulis. Senatûs consulto). Tête de femme à droite, surmontée d'une couronne murale.

Rev. BACCHIVS IVDAEVS. Personnage agenouillé dans une attitude suppliante, tenant de la main gauche un chameau par la bride, et de la main droite, une branche d'olivier.

Le magistrat qui fit frapper cette médaille, Aulus Plautius, sur l'ordre du Sénat, en qualité d'édile curule, remplit cette charge en l'an 700 de Rome (54 av. J. C.) : son denier est donc postérieur de quatre ans aux pièces de Scaurus dont il reproduit le type de revers, moins les légendes.

Quel est ce Bacchius Judaeus qui figure au revers de notre médaille à la place du roi Arêtes ? Plusieurs érudits ont cherché à l'expliquer, et s'ils n'ont pas trouvé, selon moi, la véritable solution du problème, c'est peut-être qu'ils sont allés la chercher trop loin. Elle me paraît des plus simples,

ainsi que nous le verrons tout à l'heure ; rappelons d'abord les principales hypothèses qui ont été proposées.

Le savant qui s'est approché le plus près de la vérité, est le duc de Luynes, et ceux qui sont venus après lui ont eu le tort de condamner trop absolument son opinion. Il voit dans le mot Bacchitis le nom hébreu latinisé d'Aristobule, le roi juif fils d'Alexandre Jannée et compétiteur de son frère aîné Hyrcan. On sait que ce prince, dans la guerre même qui aboutit à la soumission d'Arétas, fut fait prisonnier par Pompée et emmené à Rome en captivité avec le roi nabatéen. Dans l'hypothèse du duc de Luynes, le nom hébreu d'Aristobule devait être 'pn Bucchi, ou 1iTp2 Bucchiou, mot dont les Romains auraient fait Bacchitis. Aucun témoignage de l'antiquité, il est vrai, ne nous fait connaître le nom juif d'Aristobule, mais, ajoute ce savant, on sait que les princes juifs de ce temps avaient généralement deux noms, l'un grec ou romain, l'autre hébreu. « Il semble donc permis de reconnaître dans le Bacchius jusqu'à présent inconnu, l'Aristobule vaincu par Pompée, et de croire que la médaille de la famille Plautia représente d'un côté la tête de la ville de Jérusalem personnifiée, de l'autre Aristobule vaincu, se livrant à Pompée, et déposant son titre de roi » (i).

m) Duc de Liynes, dans la /^^vj/c numismatique, i858, p. 384.

L'abbé Cavedoni, à qui Ton doit tant d'ingénieux aperçus sur les monnaies romaines, émit, dans un premier écrit, l'opinion que Bacchius Judaeus était un roi juif de quelque district de l'Arabie Pétrée. Il appuie cette conjecture sur un passage de Diodore de Sicile dans lequel l'historien grec rapporte que Pompée soumit c Aristobule, roi des Juifs, Arétas, roi des Nabatéens et un roi des Arabes (/«; B«<r.>î« •a^«6»v) > (i). Dans un deuxième ouvrage, le même auteur propose une autre hypothèse. Il rappelle que Josèphe (2) énumère parmi les vaincus de Pompée un certain Silas le Juif {ii>»i i icudv.cç), tyran de Lysiade en Cœlésyrie, et il cherche, en conséquence, à identifier le nom gréco-latin Silas avec le nom hébreu Bucchi (3). Plus tard enfin, après la publication du duc de Luynes, Cavedoni dit qu'on pourrait admettre que Bacchitis est le nom gréco-latin du tyran de Lysiade qui s'appelait en hébreu Sela (4). Mais il fait aussi bon marché de cette conjecture que des précédentes, car il s'empresse d'ajouter que Silas est plutôt un nom dérivé de Silvanus, et que le tyran de Lysiade soumis par Pompée dans sa marche victorieuse de Damas à Jérusalem, était un personnage de trop mince importance pour mériter que son image figurât comme type moné-

yi) Cavedoni, Appendice al saggio, p. 143. {2) Jos., Ant.jtid., XIV, 3, 2.

f3i ('avedoni. Ragguaglio de ripostigli, p. 1 if>, note o'^. 4- T o/r le Thésaurus de Gf.se^ivs, p. 1413.

taire à Rome, de pair avec celle du roi Arétas (i). Toutefois, le savant italien ne peut se résoudre à accepter l'ingénieuse opinion du duc de Luynes. D'une part, dit-il, la tête de femme tourelée, au droit de la médaille, est plutôt Cybèle que Jérusalem, la tête de Cybèle figurant sur plusieurs autres deniers frappés sous la république romaine par des édiles curules. En second lieu, Aristobule eut été désigné à Rome sous son nom gréco-latin, connu de tous, et non sous un nom juif ignoré hors des frontières de la Judée. En outre, son nom juif était probablement Judas déjà porté par le premier Aristobule, et Bacchius est, selon lui, un nom manifestement gréco-latin et non juif. Dans de telles conjonctures, Cavedoni ne trouve rien de mieux à faire que de retourner à sa première hypothèse qui consiste à supposer que l'expression Bacchius Judaetis vise le ««^i^ùg 'A^iStoy innommé, de Diodore, prince qu'on suppose de religion juive, et qui, régnant dans l'Arabie Pétrée, aurait peut-être été sous la dépendance d'Arétas le Nabatéen dont le royaume s'étendait jusqu'à la mer Erythrée (2).

Borghesi a supposé, de son côté, que ce b««)ii»« 'A/i^tuv qu'il identifie aussi avec Bacchius Judaeus, régnait sur les Arabes Sceititi cantonnés dans la

II) OvEDONi. dans le BuUettino archeologico neapolitano, i858, p. 43.

il) Dion Cassius. XXXVll. i?.

partie inférieure de la Mésopotamie (i). Enfin, M. Mommsen se contente de repousser l'opinion du duc de Luynes pour deux motifs. Le premier, c'est que le titre de rex accompagnerait le nom du roi juif, comme il accompagne le nom d'Arétas; le second, c'est qu'Aristobule fit sa soumission non à Plautius, lieutenant de Pompée, mais à Pompée lui-même (2). Ces arguments ne me paraissent pas bien solides, car il suffit que Plautius ait pris une part directe à la soumission d'Aristobule, sous les ordres de Pompée, pour justifier la présence du roi juif sur les monnaies qu'il fit frapper plus tard à Rome comme édile curule. D'autre part, les noms des anciens rois de Rome, Numa Pompilius et Ancus Marcius figurent sur des monnaies de la république romaine (famille Marcia) sans que le titre royal leur soit donné. Il est aussi possible que les Romains aient envisagé Aristobule plutôt comme grand prêtre que comme roi des Juifs, car il cumulait cette double dignité, et dans la légende hébraïque de leurs monnaies, les princes asmonéens ne prennent que le titre de grand prêtre et non celui de

roi.

Me trouvant en présence d'opinions aussi diverses lorsque je fus amené à traiter la question pour ma Description des monnaies de la République romaine,

(1) BoRGHEsi, dans le Gioniale Arcad., t. XLI, p. i33.

(2) Mommsen. Hist. de la monnaie romaine, t. II, p. 493. note 3.

je crus devoir me rallier, sous réserves, à l'opinion du duc de Luynes, qui me paraissait la plus rationelle. Il est certain, ai-je écrit alors en substance, que la médaille fait allusion à la soumission de la Judée par Pompée et ses lieutenants, à une conquête assez importante pour être mise en parallèle avec celle de l'Arabie Pétrée sur Arétas, Or, le seul événement de la campagne de Syrie qui réponde à ces conditions est la défaite d'Aristobule et la prise de Jérusalem, et Plautius commandait dans cette campagne un corps d'armée sous les ordres de Pompée (i) : dès lors, l'opinion du duc de Luynes paraît très vraisemblable (2).

Mais il y a loin de la vraisemblance à la certitude et il restait dans mon esprit un doute reposant sur ce fait que donner à Aristobule le nom juif de Bucchi ou Bîicchiou est une hypothèse purement arbitraire. C'est sans doute la même réflexion qui a engagé récemment M. Théodore Reinach à proposer, à son tour, une nouvelle conjecture et à supposer, comme Cavedoni, que Bacchius est le nom romanisé de quelque dynaste de la Palestine ou de la Syrie méridionale dont Plautius aura achevé la soumission. « Nul doute, dit-il, que Bacchius Jtidaeus ne soit quelque principicule plus ou moins juif de Syrie, dont la soumission avait été l'œuvre de Plautius; les textes ne nous parlent

(i) Dion Cassius, XXXIX. 16; Cf. Plut.. Pomp. XLVII. (3) E. Babklon, op. cit., t. II. p. 324.

pas de ce personnage, mais on sait qu'au moment du passage de Pompée, il existait, dans la région du Liban, plusieurs dynastes de ce genre, tenant le milieu entre le chef de brigands et le roi. L'un d'eux, mentionné par Josèphe, s'appelsàtDiofiysios : Bacchius ne serait-il pas tout simplement la traduction latine de ce nom grec? > (i). Et en note, M. Reinach ajoute : c Dionysios était tyran de Tripolis. Son voisin Silas est formellement qualifié de juif » (2).

Cette hypothèse ingénieuse me paraît devoir être rejetée à son tour pour différentes raisons. Rien, dans le texte de Josèphe, n'autorise à croire que ce Dionysios fut juif; au contraire, il est donné comme parent de Ptolémée fils de Mennaeos, noms qui n'ont rien d'hébreu pas plus que celui de Dionysios, et la précaution que prend Josèphe de nous avertir que Silas, le tyran de Lysiade, est juif, renferme peut-être implicitement la pensée que le tyran de Tripolis dont il parle en même temps n'est pas juif. La soumission de ce Dionysios est, comme celle de Silas, un événement trop peu important pour mériter d'être mise, sur les monnaies romaines, en parallèle avec celle d'Arétas le Nabatéen. Enfin, dans l'onomastique romaine, le nom de Z)zo;î>'sm5 est tellement répandu qu'on ne comprendrait pas pour quelles raisons

fii Th. Reinach, Les monnaies juives, p. 29. [2) Cf. Josèphe, Ant.jud., XIV. 3. 2.

on lui aurait substitué celui de Bacchitis qui est très rare ; chaque fois que les rois ou les autres personnages qui, en grec se sont appelés Dionysos ou Dionysios, sont mentionnés dans les auteurs latins, on cite leurs noms avec la forme Dionysus ou Dionysius, et jamais avec la traduction J5accA«5 ou Bacchius qui les eut rendus méconnaissables. Il faut, je crois, abandonner Thypothèse deM.Reinach et chercher ailleurs encore, la solution du problème. Je vais donc, à mon tour, proposer une nouvelle interprétation de la légende monétaire dont tant d*ingénieux esprits ont vainement, jusqu'ici essayé de dévioler Ténigme.

C'est un fait avéré que les Romains s'imaginaient que le Dieu des Juifs était une sorte de Bacchus oriental comme le Dusarès des Arabes. Cette croyance était universellement répandue et je n'ai pas besoin d'insister longuement à son sujet, ni d'en rapporter toutes les preuves hivStoriques. Plutarque, dans ses Propos de table, a consacré un chapitre entier à justifier cette assimilation du Dieu inconnu au Bacchus gréco-romain, et il s'évertue à démontrer que ce que l'on connaît du culte et des fêtes religieuses des Juifs ne saurait convenir qu'au culte et aux fêtes d'un Bacchus local. La raison pour laquelle les Juifs ne mangent pas de viande de porc parait être, à Plutarque,

qu'un sanglier tua Adonis à la chasse, et il ajoute que pour les Juifs Adonis n'est autre que Bacchus. Le jeûne prolongé de la fête de TExpiation qui précède la fête des Tabernacles, n'a d'autre but que d'exciter les Juifs, par des privations prolongées, à célébrer plus copieusement, sous des tentes de vigne et de pampre , la fête essentiellement bachique des vendanges, qui tombait au même moment que les grandes Dionysiaques, et dans laquelle on imitait souvent le libertinage des Grecs et des Romains (i). Les grandes cérémonies dans lesquelles les Juifs portent processionnellement des rameaux de myrte, des palmes et des thyrses ne sont-elles pas des pompes bachiques ? Comme dans les Bacchanales, on danse et l'on sonne de la trompette pour honorer le dieu des Juifs, et les prêtres qui jouent de la cithare sont appelés Lévites, mot qui vient, prétend Plutarque, de Aiw,- ou plutôt de Ewcç, l'un des noms mystiques de Bacchus. Le sabbat lui-même, n'est pas étranger à Bacchus car l'^iSSo-Ji et bm^^vç, sont des expressions synonymes. Le costume du grand prêtre, sa tiare et ses clochettes conviennent à merveille à un pontife de Bacchus. Telles sont les principales raisons qu'invoque Plutarque pour assimiler le dieu des Juifs à Bacchus, et Tacite [Hist. W, 5), relate le même préjugé. On croyait même constater un rapport direct entre le nom de Jehovah Sabaoth

{\) Graetz. Hist. des Juifs, trad. Vogue, t. II, p. 65.

(Jehovah, dieu des armées) et le nom de Sabazios donné au Dionysos phrygien (i). Une légende rapportée par Pline (2), place le tombeau de la nymphe Nysa, la nourrice de Bacchus, dans la Décapole, àScythopolis, ville qui prit de là le nom de Nysa.

Différents événements historiques ont pu, dans une certaine mesure, contribuer à accréditer la croyance dont Plutarque et Tacite se sont faits récho. C'est ainsi qu'on prétendait que lorsqu'Antiochus IV Epiphane s'empara de Jérusalem et en profana le temple, il avait trouvé dans le Saint des Saints, une tête d'âne, symbole bachique (3). Ce qui est plus vrai, c'est que Nicanor, lieutenant de ce prince, entreprit d'élever un temple de Bacchus sur l'emplacement de celui de Jéhovah (4). Au temps de la domination des Lagides, un fermier général des impôts en Judée, Joseph, fils de Tobie, avait institué à Jérusalem une fête en l'honneur de Bacchus. L'historien Josèphe raconte que tandis que Pompée se trouvait à Damas, Aristobule voulant se concilier ses faveurs, lui offrit en cadeau la vigne d'or du Temple, qui pesait cinq cents talents, et cette vigne d'or, qui devait passer pour un symbole bachique, fut déposée à Rome

(1) Val. Max., I, III, 2; Fr. Lenormant, art. Bacchus, dans le Dict. des antiq. gr. et rom. de Daremberg et Saglio, t. I", p. 600.

(2) Puw.. Nat. hist, V, 18, 16.

(3) Graetz, Hist. des Juifs, t. II. p. 87.

(4) H Machab., XIV, 33.

dans le temple de Jupiter Capilolîn après avoir figuré dans le triomphe de Pompée (i). Enfin, sur les monnaies juives on voit, comme types habituels, la grappe de raisin et d'autres symboles que les Romains prenaient naturellement pour des emblèmes dionysiaques.

Bref, c'est un fait établi depuis longtemps que les Romains s'imaginaient que le dieu des Juifs était un Bacchus particulier.

Or, un temple de Bacchus était couramment appelé B«x»cv ou Baccheium^ de même qu'on désigne sous les noms de Herculeium, Hereum, Artemisium, ou des vocables de même formation, les temples d'Hercule, de Hera, d'Artemis ou d'autres divinités. Le temple de Jérusalem était donc un Baccheium aux yeux des Romains.

Le pontife préposé à un Baccheium en est le huryjUi ou le Bacchius, le mot latin n'étant que la transcription du terme grec et offrant les variantes suivantes : Bacchius, Baccheius, Baccheus, comme en grec on a : b«/x<'$. Bi//.»c4. nx^xiiç. Ce mot est formé comme 'rp^ç de u^iv, et bien qu'il signifie habituellement € qui appartient à Bacchus, > ou c qui est possédé de la fureur bachique, » on le trouve pourtant employé pour désigner le prêtre de Bacchus, notamment dans ce paysage de la Thébàide de Stace :

(i) JosÈPHB, i4«^ jyd , UI ; Cf. Graetz, Hist. des Juifs, t. II, p. aoo.

... cultor Bacchaeut Acontea Phegeus

Jam vacuum telis, geminoque in sanguine ovantem

Cominus ense petit.

ce Au moment où, les mains vides de traits, Aconteus s'applaudissait de sa double victoire, Phegeus, prêtre de Bacchus, s*élance sur lui et le frappe de son épée. »

Stage, Theb., VU, 6o3 à 6o5.

Les Romains désignaient souvent les pontifes d'une divinité ou les membres d'un collège constitué en l'honneur d'un dieu par l'adjectif formé sur le nom de ce dieu et pris substantivement. C'est ainsi qu'il est constamment question dans les textes littéraires et dans les inscriptions, de Marteftses ou Martiales, prêtre de Mars, de Venerii ou affiliés au culte de Vénus (i), à' Herculatiei ou pontifes d'Hercule ; on sait que le nom d'Herculius fut pris comme surnom par Maximien Hercule. Servius (2) appelle les prêtres de Pavor et de Pallor, Pavorii et Palloriij termes pareils à celui de Bacchius désignant un prêtre de Bacchus.

D'ailleurs, le nom de b«x«<, ^^oo^ ou Bacchius, désigne souvent Bacchus lui-même, et les mots Biuyêç, Bux/âi, B«xi»«, hiuyucç sout cmployés indifféremment l'un pour l'autre, par exemple, dans la tragédie des Bacchantes d'Euripide. Les prêtres

(1) MoMMSiN, Inscr. regn. neapol., n^ 4616. Cf. J. Marquardt, Romische Staatsverwaltung, t. 111. p. 317.

(2) Sermus. ad ^neid., VIll, 28?.

d'un dieu sont appelés du nom même de ce dieu dont ils prennent non-seulement le nom, mais le costume et les attributs. Les prêtres d'Apollon Pythien sont les uv^m; à Sparte, les prêtresses des Leucippides, femmes des Dioscures, s'appellent elles-mêmes Leucippides (i); à Athènes, les prêtres de Boutés et de Bouzygès portent les noms mêmes de ces héros (2). Pour désigner un pontife de Bacchus, on disait également bien B«oex«i»«, BacchtuSj et Hix^e^, Bacchus. C'est ainsi qu'une inscription mentionne un uix^o,-, comme pontife du

UieU l Béotjrto II! Bicx/ev x«i ir^^y/uiva/at ^/to, x. t. >. (3).

Une autre inscription trouvée à Smyme commence comme il suit : ; îv^à cwko\ tâv m^; rev B/utvim

Sto-j'jyov Ti)^'juxi»'j xcti fiitçzi-'j Mot^cxov MpA}te'j\\\euhotit*v rèv sTî; à7'«;/9v /ai

0Tt9Xv)!^^v x«i 'jctaxi/sc'j riv l-€xTcîiv xxi BAKXON TOY ©EOY ... x. r. À. ut)»

Le scoliate d'Aristophane dans la comédie des Chevaliers donne expressément la définition suivante ! hâxyc-j el 79 v ^(iv'j':ev fii-jcj ixiùewj^ à)j.a xoù rovç ràoi/vrttt rk, •iTftot xoù revç xïéao'Ji evç e\ fivTTM ft/X'jvt yJU

Ainsi, voilà des textes bien positifs où le mot pixx^' est donné comme désignant le pontife de

(i) Fausanias, III, 16, I.

(2) Voir ScHŒMANN, Antiquités grecques, trad. Galuski, t. II, p. 498.

(3) Kaibel, Épigr., 821, 822. Sur des monnaies de Stratonicée de Lydie, à l'effigie de l'empereur Gallien, on rencontre le nom de deux stratèges appelés XC/:. ^xjvriSotxyci et Aw/î. 'Aàxivc./$ ^àiStayc^ : ces noms paraissent faire allusion à une confrérie pieuse en l'honneur de Bacchus. Imhoof-Blumer, Griechische Mun^en, p. 727.

(4) Corp. Inscr. Grœc.^ tï9 3 190.

(3) Scol. in Aristoph. Equit., 409.

Bacchus. Le mot Bixx.«« était donc tout naturellement usité dans le même sens (i). Au féminin, les Bixx*' sont les Bacchantes, les prêtresses de Bacchus, de même que les b«;j« sont les prêtres ou les Bacchants; c'est dans ce sens qu'il faut entendre cet adage qui se rapporte aux mystères d'Eleusis : vx^cç^xtfUct /Am «>>«;, Bixx« ^i caS^r. « Beaucoup prennent le thyrse, mais bien peu sont Bij%« », c'est-à-dire véritablement possédés de la fureur bachique ou Bacchants (2).

De ce qui précède, il résulte que l'inscription BACCHIVS IVDAEVS sur la monnaie frappée à Rome par l'édile Plautius, signifie tout simplement et sans torturer les mots, « le bacchant juif, le pontife du Bacchus juif », c'est-à-dire le grand prêtre du temple de Jérusalem, et c'est lui que le type monétaire représente agenouillé, un rameau d'olivier à la main. L'expression Bacchius Judaeus est analogue à celle de Martiales Larini ou celle de Mercuriales Capuani, par exemple , employée communément à Rome pour désigner les prêtres de Mars à Larinum, ou ceux de Mercure à Capoue.

Il ne sera pas difficile, à présent, de démontrer

(i) Une inscription trouvée à Athènes et conservée au Musée britannique mentionne un k/xOitm hauyisj Kehfjtviou, mais je crois que le mot Bô/x'cç est ici un nom propre et ne désigne pas un pontife du Bacchus de Colophon. C. /. Att., II, 632; Cf. Dittenberger, Sylioge, p. 5io.

(2) Plat., Phaed., 38; Clem., d'Alex., Stromat., I. 19 ^p. 372 de l'édition Potter).

que ce grand prêtre n'est autre qu'Aristobule, et c'est en cela que je crois pouvoir donner les caractères de la certitude' à l'hypothèse du duc de Luynes. Qu'on me permette de rappeler sommairement les événements politiques. Nous avons déjà dit que les Macchabées et les princes asmonéens furent investis de la double dignité de grand prêtre et de prince du peuple ou de roi (i), et que ceux d'entre eux qui firent frapper monnaie, prirent, dans les légendes monétaires, le titre de hakkohe^i haggadol c grand prêtre ». Cette dénomination se constate sur les monnaies du premier pontife-roi de la dynastie, Jean Hyrcan I*' et, sans discontinuité, jusque sur celles du dernier de ces princes, Antigone, qui régna de 40 à 37 avant notre ère : remarque importante, elle est donc bien contemporaine de la campagne de Pompée et des deniers de Plautius. Après tous ses démêlés avec son frère Hyrcan II, Aristobule qui se croyait soutenu par les Romains, plaça sur sa tête la tiare de grand prêtre et la couronne de roi. Ayant bientôt reconnu qu'il n'était que le jouet de l'ambition des Romains, il voulut résister à l'envahissement de ses États. Après plusieurs combats, il fut fait prisonnier, et Jérusalem subit les horreurs d'un siège. Douze mille Juifs périrent en défendant le Temple ; Pompée entra dans le Saint des Saints

(1) Vo)^ef sur ce point, Dion Cassius, t. III, p. 175, note 11, de rédition Gros.

du Bacchus juif, ce qu'aucun mortel n'avait fait jusque-là, le grand prêtre excepté (i); ce fait d'armes lui valut le surnom de Hierosolymarius. Le caractère religieux de cette guerre et le siège mémorable du temple contribuent à expliquer la présence du grand prêtre sur les monnaies romaines. Après la prise de Jérusalem, Pompée envoya son lieutenant Scaurus achever la guerre contre Arétas et faire la conquête de l'Arabie Pétrée.

Le triomphe de Pompée à Rome eut lieu peu après, en 6i av. J. C. Parmi les rois d'Orient qui suivaient le char triomphal on voyait Aristobule accompagné de sa famille; le nom d'Arétas le Nabatéen était aussi inscrit sur la liste des princes vaincus et dépossédés. Aristobule et Arétas sont donc bien les deux héros malheureux qui figurent sur les deniers frappés à Rome en souvenir de ces événements mémorables, par Plautius et Scaurus. Le roi Arétas est représenté imberbe et le pontiferoi Aristobule a une longue barbe : c'est, en dehora de la légende des monnaies, la seule particularité qui les distingue, et à ce sujet, il importe de remarquer que sur les deniers à la légende REX ARE- TAS, on trouve tantôt le personnage imberbe et tantôt le personnage barbu ; la même observation doit être faite, semble-t-il, pour le type des deniers avec BACCHIVS IVDAEVS. Il faut sans doute

(1) Voir Graetz. Hist. des Juifs, t. II. pp. np et suiv. (trad. franc.)

reconnaître dans cette irrégularité, un exemple de la liberté avec laquelle les ouvriers monétaires de Rome interprétaient les types qu'on leur donnait à graver : je n'oserais proposer de reconnaître les deux frères Hyrcan et Aristobule, tous deux grandsprêtres et rois, dans les typts imberbe et barbu des deniers de Plautius. Quoi qu'on pense de cette particularité, elle ne nous paraît pas de nature à infirmer la thèse que nous venons de développer et qui consiste a reconnaître sur les monnaies le grand-prêtre de Jérusalem.

Telle est, si je ne m'abuse, la véritable explication de la légende Bacchius Jîidaeus ; cette interprétation offre ce côté piquant de reposer sur l'idée fausse que les Romains se faisaient du dieu des Juifs, et elle est en même temps si naturelle et si conforme à la simplicité ordinaire des légendes monétaires, que l'on peut, à bon droit, s'étonner qu'elle ne soit venue à l'esprit d'aucun des savants qui jusqu'ici s'étaient occupés de ce petit problème de numismatique.

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