‹ Mélanges numismatiquesChapitre 24 sur 109 · Comana de Cappadoce ou de Cataonie · texte numérisé non relu

Comana de Cappadoce ou de Cataonie

Avant d'entrer dans Texamen des monnaies jusqu'ici incertaines qui forment Tobjet de cette notice, il importe de remarquer préalablement qu'on ne peut hésiter à donner à Comana du Pont les pièces autonomes qui portent des types se rapportant au mythe de Persée et de la Gorgone, avec la légende KOMANflN. Ces types sont certainement pontiques, pareils à ceux d'autres villes du même pays, comme Amisus, Cabira, Laodicée, Amastris, Sinope. L'embarras ne commence que pour les monnaies de l'époque impériale romaine, et la diversité des opinions émises sur ce point par les numismalistes suffira pour démontrer dans quel inextricable chaos est, jusqu'ici, demeuré le classement de cette série monétaire.

Eckhel donne à Comana du Pont les médailles à la légende KOMAN^HN ou l€POKAICAP. KOMANCHN ; mais il avoue son embarrarî au sujet des pièces coloniales dont la légende ost, suivant lui : COL. IVL. AVG. F. COMANORVM [Colonia Julia Augnsta Félix Coma-

7iorum)*. L'illustre législateur de la numismatique se contente de faire observer que Vaillant classe ce groupe au Pont, tandis qu'Hardouin le donne à la Cappadoce.

Quant à Mionnet, le classement adopté par lui est dt^ pourvu de toute base scientifique. En effet, après avoir décrit les monnaies autonomes avec KOMANHN, à l.i Comana Pontique, il donne en outre à la môme ville les monnaies coloniales, au nom d'Antonin le Pieux et de Caracalla, qui portent la légende : AVGCOMANA ou COL. IVL. AVG. F- COMANORV (Colonia Julia Augiista Fida Comanorum)^ et en même temps, des monnaies de Septime Sévère, avec KPOKAICARKOMANÇON ( Ufoxatcrapewv Kcfzavéwv) et de Sévère Alexandre avec KOMANCHN. Mionnet admet ainsi que la Comana Ponlique a pu prendre le titre de colonie romaine depuis Antonin le Pieux jusqu'à Caracalla, puis abandonner ce titre sous Septime Sévère et Sévère Alexandre, enfin prendre sous Septime Sévère le nom de 'lepcMi'jdpiLx. 11 faut reconnaître, pour être équitable, que Mionnet paraît s'être lui-même ' rendu compte de ce que son classement avait d'illogique, car il dit dans son Supplément : « Nous avons décrit à tort deux médailles, appartenant à la colonie de Comana, à la ville du Pont tportantle même nom*. » Mionnet regarde alors comme plus probable que les monnaies coloniales de Comana sont de Comana de Cappadoce. Nous établirons tout à l'heure qu'il s'est trompé, aussi bien dans cette rec-

*■ Nous verrons plus loin que cette lecture et celte transcription sont inexactes.

* Mionnet, Descr. gin. Pont, n» 107 à 411, et Suppl,, n*" 161 A 166,

* Mionnet, 5upp/., t. VU, p. 710.

tiiication tardive que dans sa première attribution.

Pour Comana de Pisidie, Eokhel dit franchement qu'il ne sait pas quelles pièces doivent lui être attribuées. Mionnet décrit à cette ville une monnaie autonome du cabinet de Cousinéry dont la description nous parait fort suspecte ; d'après notre auteur, cette médaille porte en légende KCOMACCON* * Mionnet est si peu sûr de cette attribution que, revenant sur cette même médaille dans son Supplément, il dit qu'elle appartient plutôt à Comana du Pont'. C'est d'ailleurs la seule médaille que ce numismatiste ait proposé de classer à Comana de Pisidie.

Enfin, Eckhel déclare également son incertitude au sujet des pièces qu'on doit attriDuer à Comana de Cappadoce. Mionnet a été plus hardi et s'est cru mieux inspiré en reportant, dans son Supplément^ à Comana de Cappadoce toutes les monnaies coloniales avec le nom de Comana, c'est-à-dire celles qui sont à légendes latines et qu'il avait attribuées d'abord à Comana du Pont. Mais il ne cherche point à justifier cette seconde attribution, qui d'ailleurs est erronée tout comme la précédente. Nous en avons dit assez pour montrer qu'une confusion absolue n'a cessé de présider, jusqu^ici, au classement des monnaies des différentes villes de Comana. Essayons maintenant de débrouiller ce chaos et d'établir une classification véritablement scientifique.

i SlioDDct, Pisidie, n*87; c'est plutôt KOMANCflN- 2 Mionnet» Suppl., t. VII, p. 112.

La Comana Pontique (Kéfjiava rà Uovnyji) est bien connue et citée par de nombreux auteurs*. C'était une ville riche et 1res commerçante du Pontus Galaticus. Elle avait un temple célèbre d'Anaïtis ou Astarté, qui comptait six mille hiérodules et qui, chose singulière, était, dans ses privilèges, son organisation et son culte, la reproduction exacte du temple d'Anaïtis, appelée aussi Ma et Enyô, dans la ville homonyme de Cappadoce. L'emplacement de la Comana Pontique est fixé avec toute certituile sur l'Iris, affluent du Lycus, là où s'élève actuellement une localité appelée Geumenek, près deTokat, non loin des anciennes villes de Gaziura et d'Eudoxias. C'est dans ses ruines qu'ont été copiées, par un Arménien, deuxinscriptionsrécemmentpubliées par M. Ramsay et qui établissent que la Comana du Pont prit, à l'époque romaine, le surnom de KPOKAI- CAF€IA, Hiérocésarée ^ . Or, ce nom se retrouve sur un groupe de médailles : celles-là doivent donc être ai tribuées, en toute certitude, à Co^nana du Pont. Frappées à l'effigie de Septime Sévère et de Caracalla, elles portent : l€POKAICAP. KOMANÇflN, et sont généralement au type du temple d'Anaïtis. Elles nous font ainsi constater que l'ethnique de la ville a varié, car sur les pièces autonomes que nous avons signalées plus haut comme étant bien certainement de cctle ville, et aussi sur les pièces

* Forbiger, Handbuch der allen Geoyraphie, l. Il, p. 427. 2 Journal ofPhUology.i. Xf. 1882, p. 152, n«« 13 cl 14. Cf. Wadilinglon, Bull, de rorr. hcUàxiquc, 18«n. p. HO.

romaines jusque sous Nerva, on trouve KOMANHN ; à partir de Septime Sévère on a KOM ANëHN. La Comana Pontique ne devint jamais colonie; du moins aucun texte ne nous le dit, et ce n'est pas à cette ville qu'on doit classer les médailles de la colonie romaine du nom de Comana. Voici la description des seules monnaies de l'époque impériale qu'on doive attribuer à Comana du Pont :

Nerva. TOI- AYTOKPATOPL N6P0YA. KAICAPI. Tête

laurée de Nerva à droite.

1^ . KOM ANflN r Z (63) en trois lignes. Au milieu, une massue debout. jE 6.

Cette monnaie, décrite par Mionnet, d'après Milliogen, est maintenant au Cabinet des Médailles. Mionnet a lu AYTOKPATOP au lieu de AVTOKPATOPI; de plus, il a mis l'article TOI à la fin de la légende, ce qui n'offre aucun sens (Mionnet, SuppL^ Pont, n** 165).

Septime Sévère. AY- KA- CEn. C6Y0YHP0C (sic)... Buste lauré de Septime Sévère à droite, avec le paludamenlum.

i^. ICPOKAICAP. KOI\>mN€CON. Femme radiée debout de face, vêtue de la stola, la main droite sur un bouclier posé à terre, et tenant de la main gauche une massue levée. JE 8 ^/g.

Mionnet donne cette pièce d'après le cabinet de Millingen. Il l'a inexactement décrite (Mionnet^ Supp/. , Pont, n*" 166) ; elle est actuellement au Cabinet des Médailles.

AY. KACCn. aOYHPOC Buste lauré de Septime Sévère à droite, avec le paludamentum.

4. KPOKAICAP. KOMANtnN. Temple tétrastyle, sous lequel est une Victoire debout sur un cippe, tenant une palme et une couronne; à Texergue, €T. BOP. (172)^7.

Cette pièce n'est pas décrite dans Mionnet à Tune des trois Comana, mais à Hiérocésarée de Lydie (n° 260) ; la description même n'est pas absolument exacte ; Mionnet traduit notamment la date BOP (172) par 192, et cela à trois reprises différentes.

C€OYHPOC. Buste lauré de Septime Sévère à

droite, avec le paludamentum.

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